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Ressources de la Clé allemande pour l'enseignement de spécialité (classe de première)

Publié par Cécilia Fernandez le 03/11/2019
La Clé allemande vous propose sur cette page une sélection de ressources en lien avec le programme de l'enseignement de spécialité. Vous trouverez les deux thématiques, structurées autour de trois axes d'étude, suivies du texte de cadrage d'Éduscol (en italique). Les problématiques proposées (en gras) sont des pistes de réflexion établies à partir des ressources disponibles sur La Clé allemande ; elles ne constituent en aucun cas des recommandations officielles. Les ressources indiquées ici ont pour but d'apporter une connaissance scientifique en lien avec les thématiques, et non de fournir des pistes d'exploitation pédagogiques.

Voir le programme complet de l'enseignement de spécialité, avec questions, références et modalités d'évaluation

Thématique «Les imaginaires»

L’imaginaire occupe une place de choix dans la littérature et la philosophie de langue allemande, et se situe à la croisée des chemins entre art et théorie. La thématique de l’imaginaire, étroitement liée à l’imagination, faculté humaine et modalité d’être au monde sans laquelle les mondes imaginaires ne sauraient exister, permet d’explorer de nombreuses œuvres littéraires et artistiques du patrimoine culturel germanophone. Non seulement les formes, mais aussi la fonction des mondes imaginaires peuvent faire l’objet d’une réflexion invitant les élèves à se demander ce que les mondes imaginaires disent de la réalité ou à s’interroger sur la vérité qu’ils délivrent sur l’homme et le monde par le rêve, les prophéties, les visions. On envisage ces mondes merveilleux, étranges et fantastiques comme autant de modalités esthétiques pour s’éloigner d’une réalité difficile ou triviale; on peut étudier les mondes imaginaires comme la capacité humaine à créer d’autres univers, qu’ils soient obscurs et angoissants ou constructifs et porteurs d’espoir. Concernant les documents iconographiques, nombreux à illustrer cette thématique, on prend soin d’insister sur leur portée métaphorique. Une entrée possible dans la thématique peut se faire par une réflexion initiale sur ces termes fondamentaux de la pensée et de la langue allemandes que sont «Bild» (image) dans le rapport à son modèle («Urbild» «Abbild» «Gleichbild»), «Einbildung» (imagination entendue dans le terme lui-même comme processus et pouvoir intérieur de façonner des images) et par un ancrage dans la diachronie en partant des concepts ratio et imaginatio annonçant des controverses esthétiques et philosophiques qui caractérisent le XVIIIe siècle. C’est notamment le traité d’Immanuel Kant Critique de la faculté de juger (1790) qui ouvre la voie à l’éclosion particulièrement remarquable de l’imaginaire sous toutes ses formes (merveilleux, fantastique, étrange) au tournant du XIXe siècle. On peut dans ce contexte explorer le dépassement de la réalité par la force de l’imagination en sensibilisant les élèves à la distinction établie dans l’Antiquité entre «mimesis» et «phantasia», la première soucieuse d’imiter la réalité, la seconde de la créer ou de la recréer.

La thématique peut ainsi donner lieu à plusieurs axes d’étude décrits ci-dessous:

Axe d'étude 1: L'imaginaire populaire allemand

L’imaginaire populaire allemand est riche de motifs ancestraux et récurrents; parmi eux, on peut citer le dragon, l’ombre perdue, le pacte avec le diable, la sorcière, le rêve et ses frontières poreuses avec la réalité. On peut à cet égard insister sur la façon dont des auteurs à partir de la fin du XVIIIe siècle retravaillent des récits populaires fantastiques de fantômes et de revenants («Schauerballade» ou «ballade terrifiante»). Puis, au tournant du XIXe siècle, la littérature romantique allemande redécouvre quant à elle la puissance de l’imagination et la beauté des mondes imaginaires à l’exemple des frères Grimm et Adelbert von Chamisso qui axe son récit Peter Schlemihls wundersame Geschichte («L’étrange histoire de Peter Schlemihl») autour de la perte de l’ombre ou de E.T.A. Hoffmann et son univers fictionnel angoissant par exemple. Les romantiques allemands voient l’origine de la poésie dans l’émancipation par rapport à la domination de la raison. C’est grâce à eux que le conte, qu’il soit populaire («Volksmärchen») ou esthétique («Kunstmärchen»), fait l’objet d’un engouement qui n’est pas sans lien avec la redécouverte au même moment de l’enfance entendue comme phase de l’existence à part entière. Le conte redonne à la magie, aux êtres surnaturels, aux animaux merveilleux, aux personnages dotés de pouvoirs étranges une place de choix dans le monde poétique et fictionnel de langue allemande.

Présentation du romantisme allemand

Quelques motifs de l'imaginaire allemand

  • les Nibelungen:

La Chanson des Nibelungen, l'Iliade allemande, conférence de Peter Andersen

Das Nibelungenlied - Neu erzählt von Franz Fühmann, présentation de Morgane Deutsch

Différence entre conte populaire et conte esthétique

 

Axe d'étude 2: L'inquiétante étrangeté

Si l’on poursuit dans l’approche diachronique de la thématique, on fait également mention du tournant du XXe siècle marqué par les théories de Sigmund Freud sur le rêve et l’inquiétante étrangeté («das Unheimliche») qui eurent des résonances auprès de nombreux auteurs tels Arthur Schnitzler que Freud qualifiait de «double de lui-même» ou encore Hugo von Hofmannsthal et Franz Kafka. La question du double qui incarne le surgissement de l’étrange au cœur du quotidien, mais aussi celle de la folie, peuvent faire l’objet d’un travail en classe. On s’intéresse notamment aux procédés littéraires et esthétiques de représentation de la folie et du rêve. On peut sensibiliser les élèves à l’hésitation permanente suscitée chez le lecteur entre un monde rationnel et un autre irrationnel et que résume très bien l’interrogation de Faust à la première apparition de Méphistophélès: «Ist es Schatten, ist es Wirklichkeit?» («Est-ce une ombre, est-ce la réalité?»).

Repères sur le tournant du XXe siècle

Le voyage vers un au-delà dans les contes: représentations du monde dans le conte, différentes fonctions du voyage, ciel et enfer

 

Axe d'étude 3: L'imaginaire fantastique

On peut aussi choisir de mettre le fantastique à l’honneur et on accorde dans cette perspective une place à la littérature fantastique de jeunesse et à ses adaptations filmiques susceptibles de constituer une porte d’entrée motivante pour des adolescents. Les personnages de vampires de Nosferatu à Der kleine Vampir («Le petit vampire») peuvent être analysés en tant que vecteurs d’évolution participant pleinement d’un processus de socialisation et d’individuation. La littérature fantastique et de science-fiction allemande peut favoriser chez les élèves le goût de la lecture; elle permet non seulement d’augmenter leur capacité d’abstraction par le décodage de l’implicite propre à cette littérature qui a recours à de nombreuses allégories, mais de renforcer également leur culture littéraire dans des genres plus traditionnels avec les codes desquels elle joue, tels que le roman d’amour, le roman d’initiation ou le roman d’aventures.

 

Thématique «Représentations et expressions de la mémoire»

On envisagera la place que l’aire germanophone réserve à la mémoire, qu’elle soit collective ou individuelle, documentée ou fantasmée, littéraire ou non fictionnelle. Cette thématique, où se croisent les termes «Erinnerung» («souvenir») et «Gedächtnis» («mémoire»), mais aussi «Vergangenheit» («passé»), «Geschichte» («Histoire»), «Historie» («histoire événementielle») et «Erinnerungskultur» («devoir de mémoire»), s’attachera autant au temps long qu’aux témoignages sur le vif, autant à la mémoire des traumatismes qu’à celle des innovations et des utopies. On veillera d’une part à analyser la façon dont la mémoire des moments décisifs de l’histoire allemande au sein de l’espace européen (Saint-Empire romain germanique, Réforme, Guerre de Trente Ans, Lumières, guerres mondiales) s’est construite et évolue. D’autre part, les spécificités de l’organisation territoriale, politique et confessionnelle des pays germanophones sont autant de facteurs structurants de l’écriture de la mémoire : on pourra envisager comment la littérature, les arts, l’historiographie témoignent de cette singularité. On réfléchira à faire par exemple une place à la Trümmerliteratur («littérature des ruines») qui s’ancre dans une mémoire du territoire. Par ailleurs, on explorera la tension qui peut exister entre mémoire individuelle et histoire collective, telle qu’elle s’exprime dans le Familienroman («roman familial») ou la Väterliteratur («littérature des descendants des acteurs de la guerre et de la dictature») par exemple. Cette expression de l’individu dans sa filiation culturelle, linguistique et territoriale, qu’elle soit contestée ou assumée, alimentera la réflexion sur le rapport au passé dans sa dimension générationnelle. Dans l’articulation entre ces différentes démarches, l’élève trouvera les éléments indispensables pour saisir les grands enjeux qui traversent le monde germanique contemporain.

Axe d'étude 1: Histoire(s) et territoires

On s’attachera ici à approfondir le lien entre la mémoire et le territoire, réel ou imaginaire, dans lequel elle s’ancre. Ainsi l’espace germanophone a-t-il été façonné par des mouvements politiques, culturels et religieux dont il porte les traces: les oppositions nord/sud et est-ouest, par exemple, imprègnent de longues périodes et restent souvent palpables. Le territoire est donc à la fois le décor de l’Histoire (Weimar à l’époque classique) et le lieu dont l’évocation dépasse, par sa seule portée, l’existence physique (Buchenwald à la période nationale-socialiste). On analysera donc dans quelle mesure le territoire concourt à la représentation et à l’expression de la mémoire, et avec quelles incidences il est convoqué par les auteurs, les artistes, les historiens. Par ailleurs, on pourra évoquer les territoires imaginaires générés par les représentations de l’histoire (le Rhin, œuvres cinématographiques), et on ouvrira la réflexion aux débats contemporains sur le statut de ces territoires ruraux ou urbains qui dédaignent ou au contraire revendiquent leur inscription dans l’histoire. Pour cet axe d’étude, on pourra interroger la notion de «lieu de mémoire».

Les traces de l'histoire dans l'architecture

L'expression de la mémoire à travers les musées

 

Axe d'étude 2: la construction de la mémoire

On envisagera ici plus spécifiquement la nature des textes et leur destination: le journal documenté, la fiction qui saisit l’air du temps, l’œuvre d’anticipation, l’autobiographie et son regard sélectif et subjectif sur une époque en soulignant comment la littérature s’empare de la construction de la mémoire. Si les «empires» scandent l’histoire allemande, leurs représentations littéraires, artistiques et philosophiques ont profondément évolué avec le temps. Il sera également opportun de prolonger la réflexion sur le rapport entre mémoire et vérité. Pour cet axe, on croisera avec profit les différentes formes d’expression pour mesurer la puissance évocatrice d’une œuvre et son impact sur la mémoire: on pourra notamment adosser cette réflexion à des œuvres picturales et cinématographiques, qui sont souvent propices à construire les représentations collectives, mais peuvent également contribuer à une mise en distance critique d’une époque.

Dossier sur Der Untertan de Heinrich Mann

Transmission de la mémoire au sein de la famille dans le contexte d'un passé douloureux

La construction de la mémoire de la résistance allemande au nazisme

Le film Frantz de François Ozon

 

Axe d'étude 3: «Erinnerungskultur» («devoir de mémoire»)

Cet axe d’étude sera l’occasion d’approfondir le lien entre mémoire collective et mémoire individuelle et d’envisager selon quelles modalités l’individu comme la société s’inscrivent dans leurs généalogies respectives. À ce titre, le succès du Familienroman témoigne de la volonté d’inscrire les péripéties individuelles qui ne prennent sens qu’au regard des événements collectifs. Pour cet axe, on pourra également étudier la portée symbolique de destins individuels aux prises avec les crises et transformations historiques. Selon les contextes, on étudiera comment la fiction contribue à modeler un héritage culturel, à affronter les traumatismes de l’histoire ou à bâtir des utopies en réponse aux déficits du passé. La littérature et les productions artistiques de l’aire germanophone nourrissent ce qu’on appelle «Erinnerungskultur», qu’il conviendra de définir avec les élèves pour les amener à percevoir les enjeux des débats actuels sur l’historiographie, la muséographie, l’urbanisme, etc.

L'articulation entre mémoire collective et mémoire individuelle

Le Familienroman: l'exemple de Haltet euer Herz bereit, roman de Maxim Leo, dans lequel l'auteur dépeint sa famille est-allemande, véritable RDA en miniature.

La position de Sebald en faveur d'une "Erinnerungskultur", dénonçant la littérature d'après-guerre qui selon lui a passé sous silence la destruction des villes allemandes par les bombardements

 

Oeuvres intégrales

Oeuvres littéraires

Gottfried August Bürger, Lenore (1774) ;
Stefan Zweig, Der Amokläufer (1922) ;
Christian Bieniek, Switch (2004) ;
Erich Maria Remarque, Im Westen nichts Neues (1929) ;
Bernhard Schlink, Der Vorleser (1995) ;
Christoph Meckel, Suchbild. Über meinen Vater (1980).

Œuvres filmiques

Katharina Schöde, Rubinrot (2013) ;
Christian Petzold, Barbara (2012).

 

Pour citer cette ressource :

"Ressources de la Clé allemande pour l'enseignement de spécialité (classe de première)", La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), novembre 2019. Consulté le 14/11/2019. URL: http://cle.ens-lyon.fr/allemand/se-former/programmes-denseignement/ressources-de-la-cle-allemande-pour-lenseignement-de-specialite-classe-de-premiere