Pourquoi dit-on « a big producer » plutôt que «*a high producer » ? Métaphores et représentations sociales dans les noms de métiers du type « high executive » en anglais contemporain
Introduction
Les termes employés pour nommer les fonctions sociales et professionnelles des individus contribuent à façonner notre perception de ces fonctions : ce constat a notamment été fait lors de différents débats sur la féminisation des noms de métiers (la première ministre) ou l’évolution de dénominations de postes considérés comme appartenant au bas de la hiérarchie sociale (a janitor → a custodian). Les termes dont une langue dispose déterminent les représentations sociales de ses locuteurs et locutrices. Or, dans le même temps, les mots et expressions que nous pouvons utiliser sont contraints par ces mêmes représentations sociales. En effet, les noms de métiers désignent une position objective dans un champ professionnel, mais ils suggèrent dans le même temps une forme de prestige social.
Cet article a pour objectif de mettre en évidence les différents effets de sens et les représentations sociales qui fondent notre interprétation des dénominations de métiers tels que high executive, big producer, top baker, chief engineer ou head nurse en anglais contemporain. Cette étude s’appuie sur les travaux menés sur le français par Rémi-Giraud (2015) au sujet des noms de métiers associant « des adjectifs de dimension spatiale et des noms dénotant des humains, et, plus particulièrement, dans le domaine sociopolitique, des noms dénotant des catégories sociales ». Notre objectif est entre autres de montrer la proximité des résultats entre les deux langues mais aussi la spécificité des combinaisons propres à chacune.
Ces dénominations associent dans un syntagme nominal un nom-tête qui dénote une fonction ou un statut socio-professionnel, et un nom ou un adjectif qui modifie ce nom-tête, et qui exprime un degré au sein de la hiérarchie sociale, au moyen d’une représentation métaphorique de la taille ou de l’espace. Pour prendre cette place à gauche du nom-tête, cinq mots ont été sélectionnés en anglais contemporain car ils répondent à ces critères syntaxiques et sémantiques : il s’agit de high, big, top, qui font clairement référence à l’espace ou la taille, mais aussi head qui fait avant tout référence au sommet ou à l’avant d’une entité, et chief, qui vient étymologiquement du français chef, désignant la tête en tant que partie du corps, et donc située en haut ((D’autres modifieurs peuvent être employés dans les noms de métiers pour désigner une position hiérarchique, tels que junior, assistant, senior, prime, first ; mais ces termes ne reposent pas, pour désigner une position hiérarchique, sur une métaphore spatiale. Le choix a été fait de focaliser la présente étude sur les termes illustrant une métaphore spatiale de la hiérarchie, mais des travaux portant sur d’autres modifieurs possibles sont en cours.)). Ces termes pouvant être soit des noms soit des adjectifs, mais ayant toujours pour rôle de modifier le sens du nom-tête, nous les désignons par le terme de « modifieur ». Les différences entre la modification par un nom et par un adjectif sont discutées en détail dans une autre étude (Turlais, 2023), et ne sont pas le sujet principal du présent travail. On peut néanmoins souligner qu’un adjectif désigne une propriété tandis qu’un nom suggère un faisceau de propriétés. Un nom conserve plusieurs traits sémantiques même lorsqu’il est employé comme modifieur devant un autre nom, ce qui sera pertinent pour discuter par exemple des différentes associations entre big ou high (deux adjectifs) et un nom de métier, et head (un nom) devant un nom de métier.
Les combinaisons modifieur + nom-tête étudiées ici ont été recensées à partir d’un corpus électronique en ligne, le Corpus of Contemporary American English (COCA). Les données étudiées incluent 489 dénominations de métiers. On observe une variation de la répartition des combinaisons : 29 noms-tête sont compatibles avec high, 63 avec big, 81 avec head, 148 avec chief et 168 avec top.
Dans le but de mettre en évidence les différents effets de sens et connotations sociolinguistiques de ces dénominations, nous présenterons dans un premier temps les enjeux identifiés par la littérature concernant la référence aux humains, en particulier dans le contexte socio-professionnel, et nous montrerons l’impact du sens métaphorique du premier terme sur les représentations sociales associées à ces appellations. On s’intéressera en particulier à la notion de métaphore conceptuelle, théorisée par Lakoff & Johnson (1980), pour voir que les notions de taille et de hauteur influencent très largement notre compréhension du prestige social. Dans une deuxième partie, nous mettrons en évidence les réseaux de collocations (les combinaisons possibles et idiomatiques) entre les modifieurs et le type de noms-tête (en termes de champ sémantique) avec lesquels ils sont compatibles, pour montrer que cette compatibilité dépend finalement des représentations sociales associées à chaque champ socio-professionnel.
1. Enjeux sociolinguistiques et cognitifs des noms de métiers
Les combinaisons étudiées font référence à des individus humains ; or ce type de dénomination comporte des particularités de plusieurs natures. La singularité de la référence aux humains est avant tout conceptuelle : les humains sont distingués du reste des entités du réel, une distinction conceptuelle qui a des répercussions dans la langue. Ces noms véhiculent de plus des enjeux sociolinguistiques spécifiques, puisqu’ils ont un lien avec la représentation sociale des individus. Ces enjeux sociolinguistiques sont notamment mis en évidence par l’emploi d’outils métaphoriques désignant les fonctions socio-professionnelles.
1.1 Noms d’humains et représentations sociales
1.1.1 Spécificités (socio)linguistiques de la référence aux humains
La référence aux animés humains est apparue comme une question linguistique à part entière à partir d’un constat grammatical : Sorlin & Gardelle (2018, 4-5) font remonter l’émergence de cette question aux années 1970 (Smith-Stark, 1974 ; Silverstein, 1976) et aux premiers travaux sur les différences de marquage de nombre (singulier vs. pluriel) et de cas (en particulier, le sujet vs. l’objet) entre les individus humains, les animés en général, et les inanimés. De ces travaux émerge la notion d’une hiérarchie de l’animation des entités du monde, dont plusieurs versions sont théorisées au début du XXIème siècle par Corbett (« the animacy hierarchy », 2000), Croft (« the extended animacy hierarchy », 2003), ou Siewierska (2004), qui s’intéressent en outre au marquage de genre (ainsi, pour l’anglais, l’alternance entre référents animés et inanimés, comme dans les pronoms personnels he / she et it, ou dans les pronoms relatifs comme who et which) comme indice grammatical de la hiérarchie d’animation. Siewierska (2004, 149, cité par Sorlin & Gardelle, 2018, 6) identifie en particulier la hiérarchie d’animation suivante : « humain > animé > inanimé > abstrait ».
Ainsi, la référence aux humains est marquée par le fait que l’énonciateur∙rice reconnaisse l’humanité de l’individu nommé ; si ce n’est pas le cas, la dénomination est d’ailleurs souvent péjorative, comme le montre Wierzbicka (1986, 358) au sujet des noms d’humains construits par dérivation d’un adjectif employé comme nom pour désigner des personnes (a blonde, a weirdo, Blacks) : ces termes sont réducteurs, voire péjoratifs, car l’emploi d’adjectifs substantivés comme têtes de syntagmes nominaux ne permet pas de rendre compte de la complexité, et donc de l’humanité des personnes ainsi désignées.
1.1.2 Enjeux sociolinguistiques des noms de métiers
La dénomination des métiers et fonctions professionnelles est une question à forts enjeux sociolinguistiques, du fait du lien étroit entre statut professionnel et reconnaissance sociale.
Ce débat est déjà connu et documenté concernant le genre des noms de métiers. Gardelle (2019) propose une analyse comparée des différentes stratégies d’usages non discriminants du genre dans les noms de métiers entre le français et l’anglais : l’anglais a tendance à chercher avant tout un terme indifférencié par création lexicale (camera operator, sales associate) ; le français a plutôt tendance à marquer le féminin pour les références spécifiques (une chercheuse, une écrivaine) et à employer des doublets complets (les pompiers et pompières) ou abrégés (les pompier∙ères) pour des références génériques.
Ce débat concerne également la dénomination de certains métiers du bas de la hiérarchie socio-professionnelle, dont l’appellation a évolué dans une optique de revalorisation des emplois, ou de masquage de différentes réalités (concernant par exemple le genre et la pénibilité) du métier : les appellations femme de ménage et concierge ont notamment été remplacées respectivement par technicien∙ne de surface et gardien∙ne d’immeuble (Rodriguez Pedreira 2016, 214-216). Des phénomènes comparables existent en anglais (a seamstress est devenu a sewing machine operator, et secretary laisse la place à administrative assistant).
Il existe de forts enjeux sociolinguistiques attachés à la dénomination des métiers en anglais contemporain. Nous avons choisi d’étudier ces enjeux grâce au catalyseur que constitue la structure syntaxique modifieur + nom-tête. En effet, du fait des différentes relations sémantiques entre le nom-tête et son modifieur, cette structure met en évidence deux phénomènes de construction du sens : les effets de sens dus à la métaphore à l’œuvre dans ces combinaisons, et les effets de connotations apportés par chaque modifieur (étudiés en deuxième partie).
1.2 Métaphores conceptuelles dans les noms de métiers
Le sens des combinaisons étudiées est tributaire d’un transfert métaphorique, qu’il nous faut étudier pour comprendre les enjeux sociolinguistiques de ces dénominations.
1.2.1 Fonctionnement linguistique et cognitif de la métaphore
Une métaphore est un procédé linguistique par lequel un objet A est pensé et énoncé en termes d’un autre objet B, ce qui conduit un énoncé correspondant à B (un seul mot ou plusieurs, ou une expression) à être utilisé d'une manière inhabituelle ou novatrice. Cette définition, donnée par Goatly (2007, 11), permet également à l’auteur de préciser le vocabulaire utilisé en théorie de la métaphore :
In traditional terminology A is the Topic or Target and B is the Vehicle or Source. [...] To distinguish metaphor from other figures of speech we must stipulate that metaphorical thinking of a target in terms of a source involves establishing some similarity or analogy linking A and B. This process can be called Mapping and the similarities or analogical relationships found can be called the Grounds. (Goatly 2007, 11)
Dans les noms de métiers étudiés ici (high executive, chief engineer, etc.), la cible, ce dont on veut effectivement parler, est la notion de hiérarchie socio-professionnelle (le nom-tête désigne un domaine, et l’association du nom et du modifieur indique que l’on s’intéresse à la hiérarchie). La source, qui sert de réservoir linguistique pour exprimer cette notion, est la taille ou la position spatiale dénotée par high, big, chief, top ou head. Les points communs les plus simples et évidents entre ces deux notions sont par exemple l’image de l’échelle, qui peut être l’objet concret avec ses barreaux (ou échelons) ou l’organigramme théorique au sein d’une entreprise. Avec une échelle, on peut s’élever pour accéder à un point en hauteur, de même que l’on gravit l’échelle sociale pour atteindre une position professionnelle élevée.
La métaphore n’est ainsi pas qu’un procédé linguistique, c’est avant tout une capacité cognitive d’association, qui a des conséquences sur la pensée et l’action. Lakoff & Johnson (1980, 1) considèrent que les systèmes conceptuels des individus et des communautés linguistiques sont métaphoriques : « Our ordinary conceptual system, in terms of which we both think and act, is fundamentally metaphorical in nature ». Cette habilité cognitive, appelée la « métaphore conceptuelle », nous permet ainsi d’exprimer nos idées au travers d’une grande diversité d’expressions qui associent ces différents domaines.
Nous avons vu que les dénominations de métiers étudiées ici emploient la taille ou la position spatiale élevée comme source métaphorique pour parler de la hiérarchie socio-professionnelle. Lakoff & Johnson indiquent que les métaphores d’orientation ne fonctionnent pas strictement comme les autres métaphores conceptuelles, en ceci qu’il ne s’agit pas de concevoir seulement un domaine en termes d’un autre, mais un système de plusieurs domaines en fonction d’un autre : « orientational metaphors [are a] kind of metaphorical concept [which] organizes a whole system of concepts with respect to one another » (1980, 14), ce qui est illustré par la multitude de métaphores conceptuelles qui fonctionnent avec des sources liées à l’orientation spatiale (haut-bas, devant-derrière, dedans-dehors...). Il existe donc un réseau de métaphores conceptuelles qui emploient la taille ou la position spatiale comme source multivalente pour parler de différentes notions.
Ainsi, le haut peut être employé pour signifier la grande quantité, ce qui s’explique par l’image du verre d’eau : plus il y a d’eau, plus le niveau est haut. Les auteurs illustrent la métaphore More is up; less is down ((Les petites majuscules sont employées de façon conventionnelle pour nommer les métaphores conceptuelles.)) par les exemples suivants :
The numbers keep going up.
His draft number is high.
My income rose.
The amount of artistic activity has gone down in the past year.
He is underaged. (Lakoff & Johnson, 1980, 15-16)
Les métaphores d’orientation explicitent de plus le lien conceptuel entre position élevée et contrôle physique ou pouvoir symbolique, du fait que nos représentations sociales associent la taille et la puissance physique, et que la domination (physique ou morale) est exprimée dans les termes de la position spatiale en hauteur : Having control or force is up ; being subject to control or force is down (« I have control over her. I am on top of the situation. He’s in a superior position. He’s at the height of his power. He’s in the upper echelon. He ranks above me in strength », 1980, 16).
Ces premières analogies, profondément ancrées dans une réalité physique, donnent le cadre de la suivante, qui se situe à un niveau plus abstrait et est au centre de cette étude : High status is up ; low status is down.
He has a lofty position.
She’ll rise to the top.
He’s at the peak of his career.
He’s climbing the ladder.
He has little upward mobility.
He’s at the bottom of the social hierarchy.
She fell in status. (Lakoff & Johnson, 1980, 16)
Enfin, d’autres métaphores conceptuelles qui emploient le haut comme source incluent par exemple virtue is up ; happy is up ; conscious is up ; rational is up ; health is up ; alive is up (Lakoff & Johnson, 1980, 5-17) ((Les métaphores spatiales présentées par Lakoff et Johnson ont cependant leurs limites, et l’on peut trouver des contre-exemples importants (ainsi quand on parle d’une épidémie ou d’une dette, la quantité supérieure est perçue de façon négative).)).
1.2.2 Conséquences sociolinguistiques des thèmes métaphoriques complexes
Le fait qu’au moins cinq termes (high, big, top, chief, head) correspondant à des domaines conceptuels différents (direction, size et quantity, par exemple) puissent être employés métaphoriquement dans des contextes similaires et avec des apports sémantiques communs nous indique que les métaphores conceptuelles fonctionnent en réseau. Les métaphores conceptuelles, de même que les concepts auxquels elles font référence, ne sont pas toujours nettement séparées les unes des autres : il existe par exemple des liens entre les concepts de temps, de passé et de futur, d’âge et d’histoire. De même, les métaphores conceptuelles témoignent de l’interpénétration des concepts, et une première métaphore peut donner lieu à une autre à partir d’une source ou d’une cible commune, ce qui crée un réseau de métaphores liées par un même thème complexe.
Goatly (2007, 164-166) montre que les thèmes complexes de métaphores conceptuelles fonctionnent comme l’interrelation entre les métaphores linguistiques et reposent sur le mécanisme conceptuel de la multivalence, c’est-à-dire la mise en commun d’un même domaine source pour plusieurs concepts cibles. L’auteur présente les métaphores conceptuelles good (quality / morality) is high (high quality jade, high-class fruit, high-minded), happy is high (on the top of the world, my spirit rose), et more is high (the prices rose). Il observe que les trois cibles good, happy et more ont la même source high (multivalence), ce qui les conduit à s'associer, voire à se confondre en une nouvelle métaphore : more = good (happy). L’auteur conclut que cette interrelation métaphorique se retrouve dans certains comportements sociaux : la grande quantité est parfois confondue avec la qualité.
Dans cette étude, les métaphores conceptuelles important is big et hierarchy as vertical scale sont donc analysées comme deux dérivés du thème complexe high status is up, qui permet de rendre compte de toutes les occurrences métaphoriques observées dans ce travail. Ces thèmes métaphoriques complexes observables dans les noms de métiers étudiés peuvent être illustrés par 489 combinaisons différentes, ce qui témoigne de la grande productivité de l’analogie entre taille ou position spatiale et hiérarchie sociale. Une conséquence de cette productivité est l’influence de ces métaphores sur nos représentations de ces activités professionnelles : on conçoit la hauteur physique comme source ou preuve de pouvoir social, comme l’illustrent parfois les hautes tours dans lesquelles les dirigeant∙es ont souvent leurs bureaux dans les derniers étages.
Nous allons à présent mettre en évidence le fait que nos perceptions et représentations de différents métiers et champs socio-professionnels déterminent les termes que l’on emploie pour les désigner.
2. Traits sémantiques spécifiques des modifieurs
Les théories de la métaphore conceptuelle rendent compte de grandes tendances concernant l’influence entre un domaine linguistique ou conceptuel et les représentations sociales qui y sont attachées. Néanmoins, ces théories ne permettent pas de mettre en évidence les variations de sens et de représentations plus fines qui existent à l’intérieur d’un domaine, notamment du fait des particularités sémantiques associées aux termes individuels. Concernant les dénominations de métiers, par exemple, on cherche à comprendre pourquoi certaines combinaisons telles que *high producer ou *big justice n’existent pas ((Une convention de la recherche en linguistique consiste à faire précéder d’un astérisque les énoncés considérés comme faux, agrammaticaux et / ou qui n’existent pas.)), et quels sont les effets de sens des combinaisons qui existent bel et bien (high executive, big producer ou chief justice par exemple). Pour ce faire, nous commençons par présenter les données prises en compte pour cette étude, et la méthodologie ayant permis de les collecter.
L’existence des dénominations étudiées tient à la compatibilité entre les traits sémantiques propres à chaque modifieur (high, big, top, chief ou head), et les représentations sociales associées au champ socio-professionnel de chaque nom de métier. Nous montrons ici que bien que l’existence des métaphores influence les représentations que nous avons des métiers du fait de leur appellation, un phénomène réciproque est également à l’œuvre : les différents domaines professionnels contraignent, déterminent ou sélectionnent l’emploi d’un modifieur plutôt qu’un autre, du fait des spécificités sémantiques de chacun.
Pour mettre en évidence ce deuxième lien entre domaine linguistique et représentations sociales, nous nous intéressons ici aux différents champs socio-professionnels avec lesquels chaque modifieur est compatible, et proposons une justification de ces compatibilités basées sur les traits sémantiques propres à ces modifieurs.
2.1 Méthodologie de sélection des données
Les données sur lesquelles se fonde la présente étude ont été collectées manuellement à partir du Corpus of Contemporary American English (COCA). Cinq requêtes différentes (une pour chaque modifieur : high, big, top, head et chief) ont donc été effectuées ((Ces requêtes datent de 2022 et portent sur tout le contenu du COCA à jour à cette date, tous genres et années confondus.)), dans le but d’obtenir tous les noms qui pouvaient suivre immédiatement ces cinq termes. La requête « high nom », par exemple, a été saisie pour étudier les collocations constituées de l’adjectif high précédant un nom-tête. Enfin, pour traiter en même temps les emplois singuliers et pluriels des noms apparaissant derrière les modifieurs, la recherche a été programmée pour rassembler les résultats par lemmes, c’est-à-dire par unité lexicale sans tenir compte des variations grammaticales (ainsi, officer et officers apparaissent comme un seul résultat, mais officer et official sont bien deux résultats différents car il s’agit de deux lemmes, deux noms différents).
À partir des données du corpus en ligne, une base de données a été élaborée manuellement dans le but de lister les combinaisons modifieur + nom-tête existantes, et de renseigner un certain nombre de spécificités sur chacune de ces combinaisons. La base de données dans son intégralité peut être consultée ici ((Seules les données pertinentes pour cet article sont incluses dans la base de données. Chaque feuille correspond à un des cinq modifieurs pris en compte : la première colonne donne les noms de métiers que l’on trouve associés à ce modifieur, la deuxième colonne donne le nombre d’occurrences de cette association modifieur + nom-tête, et la troisième colonne indique le champ socio-professionnel auquel ce nom-tête est rattaché.)).
Le but de la constitution d’une base de données regroupant les types de noms-tête pouvant être associés à chaque dépendance, et leur fréquence d’emploi en combinaison, est d’une part de permettre de dresser le profil sémantique de chaque dépendance, et d’autre part de se rendre compte des représentations que nous lions à chaque domaine socio-professionnel.
Nous avons pris appui sur une première définition faite dans une perspective linguistique d’étude des noms d’humains, par Todirascu et al :
[D]e nombreux groupes humains fonctionnent selon une hiérarchie établie entre des sujets au sein d’un système organisé par des règles de vie en groupe. L’organisation hiérarchique implique, hormis la formation de groupes, des alliances entre individus visant un but précis, comme par exemple l’organisation de la production dans le cadre d’une entreprise, le contrôle d’un pays dans le cadre politique, la guerre ou les « actions de maintien de la paix » dans l’armée, l’organisation des enseignements et de la recherche à l’université, etc. Pour certaines sociétés, la hiérarchie a pour but l’organisation du groupe et, idéalement, le partage des tâches suivant un principe pyramidal. Elle est aussi censée éviter les conflits et apporter sécurité et clarté en ce qu’elle définit précisément les rôles tout en permettant la transparence et la communication. (Todirascu 2014, 438)
À l’aide de cette définition, ont été inclus dans la base de données les noms issus de tous ces domaines identifiés comme « hiérarchiques », faisant référence à des individus dans l’exercice de leur métier ou dans le cadre de leur fonction sociale et / ou professionnelle. Cela signifie que l’on a sélectionné aussi bien des métiers de plein droit, qui pourraient être nommés dans des fiches de poste (nurse, chef, teacher, sheriff), ou qui dépendent d’une administration (official, commissioner, representative) voire de fonctions militaires (commander, admiral, general), que des noms désignant des individus dans le cadre de relations professionnelles (employer, manager, director) ou de relations commerciales (investor, client, contractor), ou encore des noms faisant référence à des relations sociales impliquant un revenu ou un don d’argent, ainsi qu’une reconnaissance par la société (landowner / landlord, politician, donor à comprendre dans le sens de « mécène »).
2.2 Collocations et connotations de high
2.2.1 High devant des noms de métiers
High entre en combinaison avec 29 noms-tête de métiers ou de fonctions dans notre base de données. Ces noms délimitent un champ sémantique précis : les métiers dénotés correspondent à la classe socio-professionnelle la plus élevée, voire à des fonctions exécutives.
High se combine en particulier avec des noms qui désignent le (plus) haut pouvoir politique. Les noms-tête peuvent ainsi désigner une activité de gouvernement ou de commandement, dans l’armée (high admiral, high commander ; 2 combinaisons sur 29, soit 7% des résultats de high + nom-tête sont inclus dans ce domaine) ou à l’échelle de l’État : high official, high executive, high officer, high chancellor (14% des résultats) correspondent à cette réalité dans les sociétés anglophones occidentales contemporaines, mais on trouve également high en combinaison avec des titres royaux ou seigneuriaux : high king, high queen, high prince, high princess, high lord, high holder, high warlord (24% des résultats). D’autres exemples de figures de commandement sont high matriarch, high steward, high chief.
On trouve aussi des dénominations d’individus occupant des postes à responsabilités dans différents organes de gouvernements qui se situent juste en-dessous du plus haut commandement, tels que high minister (sens politique), high counselor et high councillor, high inquisitor, high sheriff ou high executioner (21%). En lien avec ce domaine, high est également associé à des noms faisant référence à la diplomatie et aux organisations internationales : high official peut en faire partie, ainsi que high commissioner, high representative, et high champion (représentant du roi, de la reine ou d’un∙e dirigeant∙e) (14%).
Dans le domaine lexical du religieux, high est également employé pour qualifier des individus haut placés : high priest, high priestess, high churchman, high minister (sens religieux) (14% des combinaisons).
2.2.2 Connotations associées à high
Le fait qu’un nom de métier puisse être modifié par high signifie que ce métier appartient à une catégorie professionnelle à part, prestigieuse : en effet, high n’entre en combinaison qu’avec des termes qui sont conçus comme faisant référence à une classe sociale dominante. On ne trouve pas les combinaisons *high salesman ni même *high reporter ou *high expert dans le corpus, alors que ces noms-tête sont compatibles avec top, par exemple, ce qui signifie qu’ils sont compatibles avec ce type de représentation sociale métaphorique, et en particulier avec le haut de la hiérarchie. Ainsi, high ne désigne pas simplement la partie haute de n’importe quel domaine socio-professionnel, mais implique que l’individu appartient à un domaine socio-professionnel dominant, prestigieux.
Cet effet de sens est dû au fonctionnement sémantique littéral de l’adjectif, observé dans la définition de l’Oxford English Dictionary (OED) : l’élévation verticale est le trait sémantique dominant de high, dans la mesure où cet adjectif ne peut qualifier que des objets dont la hauteur est déjà la dimension principale (high tower et non *high warehouse), ou des choses que leur hauteur distingue d’autres objets (high tide, high chair). L’emploi de high devant un nom de métier ou de fonction professionnelle indique qu’il s’agit nécessairement de noms qui font référence à des métiers prestigieux. High peut par conséquent entrer dans la composition de dénominations qui sont à la fois des noms de métiers ou de fonctions politiques ou militaires, et des titres, comme dans les combinaisons high commissioner, high commander et high representative, ou encore dans les combinaisons suivantes, qui associent le titre Lord aux combinaisons étudiées : Lord High Chancellor et Lord High Admiral.
Les domaines hiérarchiques qui emploient des noms compatibles avec high sont : l’ONU, l’Union Européenne, les hiérarchies politiques, religieuses et militaires d’un État ou d’une communauté (réels ou fictifs). C’est le rôle de dirigeant∙e, de chef∙fe ou de commanditaire qui est connoté par cet adjectif, car ces individus sont ceux qui prennent ou font appliquer les décisions au plus haut niveau hiérarchique de la communauté. L’autorité et la légitimité conférées par de hautes instances constituent finalement l’effet de sens le plus central et le plus caractéristique de high par rapport aux autres dépendances : la source du pouvoir politique de la personne désignée (les institutions nationales ou internationales, ou l’organisation même de la société) dépasse l’échelle individuelle.
Finalement, high véhicule parfois l’idée que la hauteur ou la domination sociale de l’individu est perçue comme trop impressionnante, excessive, donc pas toujours positive en termes de connotations : cette négativité dans les connotations est également présente dans d’autres sens métaphoriques de high qui signifient « arrogant, hautain » (a high-brow person, high words, high attitude). Cet effet de sens peut participer à expliquer pourquoi high est la dépendance qui est compatible avec le plus petit nombre de noms dans cette étude. On observe en effet une forme de figement dans la combinatoire de cet adjectif, qui est peu productif dans les dénominations de métiers ou de fonctions sociales : puisqu’il n’entre pas en combinaison avec des noms de métiers de l’entreprise (en particulier dans les domaines de la technologie ou de la recherche), et puisqu’il est plus largement associé à des institutions, high ne se combine pas avec de nouveaux noms de métiers.
2.3 Collocations et connotations de big
2.3.1 Big devant des noms de métiers
Les 63 noms de métiers compatibles avec big recensés dans la base de données proviennent de cinq domaines professionnels différents, qui illustrent les traits sémantiques métaphoriques de l’adjectif mentionnés précédemment, en particulier le lien entre quantité et qualité.
Les résultats de l’association de big avec des noms de métiers et de fonctions socio-professionnelles montrent que cet adjectif a avant tout une combinatoire importante avec des noms qui désignent des relations professionnelles ayant trait avec le monde de l’entreprise (16 des 63 noms compatibles avec big appartiennent ainsi à ce domaine, soit 25% des résultats). Ces noms peuvent désigner des relations hiérarchiques au sein d’une même entreprise (big boss, big employer, big CEO) ; des métiers ou des fonctions d’individus d’entreprises différentes qui ont des échanges (big investor, big contractor) ; ou des relations entre les entreprises et les consommateur∙rices, qui peuvent être des employé∙es d’autres entreprises (big customer ((Ce qui est désigné par ces deux combinaisons peut être une entreprise toute entière, voire un pays ; mais il existe également des contextes dans lesquels big customer et big wholesaler désignent des individus, employés ou dirigeants d’entreprise. Nous avons donc pris le parti d’inclure tout de même ces résultats dans notre étude.)), big wholesaler). Dans les données étudiées, le monde de l’entreprise est étroitement associé à la sphère de la finance, et plusieurs noms de métiers compatibles avec big font partie de ce champ sémantique (16% des résultats), en particulier en lien avec les actions en bourse : big shareholder, big trader, et plus généralement avec l’idée de manipulation et d’échanges d’argent : big sponsor, big banker, big lobbyist.
Les noms liés à la finance dénotent l’échange d’une grande quantité d’argent ; dans d’autres combinaisons, big peut de plus signifier de grandes quantités de biens. C’est le cas lorsque le nom-tête désigne un métier de production matérielle (big producer [of goods], big manufacturer, big industrialist ; 9 noms-tête s’inscrivent dans ce champ sémantique, soit 14% des résultats). De plus, big entre en combinaison avec des noms qui font référence à la propriété de terres ou de biens immobiliers, et l’adjectif dénote alors le fait que l’individu a de nombreuses possessions : big landowner, big rancher, big farmer, big landlord (6%).
L’une des valeurs métaphoriques de big est de dénoter une forte popularité, ce qui donne lieu, dans les données étudiées, à la présence de noms de métiers qui ont un rapport avec la célébrité d’un individu appartenant à la sphère du divertissement. Deux domaines professionnels sont particulièrement compatibles avec big dans ce sens : le monde de la culture (big artist, big director, big writer, big publisher ; 16% des résultats) et le monde du sport professionnel (big athlete, big rider ; 5%).
2.3.2 Connotations associées à big
Les personnes dénotées par des combinaisons qui incluent big sont bien perçues comme ayant une forme de supériorité ou de domination par rapport à d’autres membres de la même classe ou par rapport aux attentes du locuteur ou de la locutrice, mais le type ou l’origine de cette domination diffère de celle connotée par high.
À la différence de high qui, dans son sens littéral, fait référence à l’espace de façon unidimensionnelle (cet adjectif dessine une ligne verticale qui s’étend dans une seule direction), big a une valeur spatiale bi- voire tridimensionnelle : en fonction des contextes, il peut faire référence à une surface ou à un volume important. Cette différence se retrouve dans les emplois métaphoriques des deux termes : alors que high place l’individu à un point clairement défini de la hiérarchie sociale, conçue comme une échelle d’orientation verticale, big met en jeu d’autres aspects des relations sociales et professionnelles, en particulier les notions d’importance et d’influence, sans les associer directement avec l’idée de hiérarchie décisionnelle.
Big signifie, dans les contextes étudiés, que cette personne exerce une forte influence sur un réseau social ou professionnel important, sans que cette influence ne soit fondée sur une supériorité hiérarchique à proprement parler. Cet adjectif ne crée pas un système de hiérarchie officielle avec un lien clair entre les différents échelons, mais plutôt une sorte de réseau d’influence officieux, implicite, non direct. Ce phénomène est particulièrement visible dans les combinaisons big executive et big boss qui, si elles peuvent faire littéralement référence au supérieur hiérarchique, ont le plus souvent un sens figuré qui signifie « le grand patron » ou « la grande patronne », celui ou celle qui tire les ficelles de manière plus ou moins secrète ou qui est perçu∙e comme prenant les décisions, parfois en passant outre la hiérarchie officielle ; c’est la personne dont tout le monde sait qu’elle est la ou le chef∙fe effectif∙ve, même sans en avoir le statut officiel.
Les noms de métiers compatibles avec big présentent la domination de l’individu comme liée à la notion de grande quantité, de masse, qui leur confère une influence ou une importance. Dans le domaine culturel et sportif, l’apport sémantique de big est double : big stars signifie que ces acteur∙rices ont tourné beaucoup de films, ou des films qui ont rencontré un grand succès ; les personnes désignées par big authors ont écrit de nombreux livres, ou des livres qui se sont très bien vendus ; et big athlete signifie que cet∙te athlète a remporté beaucoup de compétitions. Ces différents succès quantitatifs se doublent d’une importante popularité des individus désignés.
La notion de quantité dénotée par le nom dont big dépend est une des conditions à l’emploi de l’adjectif, ce qui a été mis en évidence par d’autres expressions : les consortiums ou groupes d’entreprises désignés par les expressions big agriculture, big oil, big pharma sont importants parce qu’ils couvrent une part considérable de leurs marchés respectifs. Ainsi, de même que high crée une sous-classe de noms de métiers auxquels l’idée de prestige est inhérente, de même big a pour connotation l’idée que les noms de métiers et de fonctions associés doivent leur importance et leur influence à la masse de personnes, capitaux ou produits auxquels ils sont associés.
2.4 Collocations et connotations de chief
2.4.1 Chief devant des noms de métiers
Chief est un adjectif qui est compatible avec un grand nombre de noms-tête (147) appartenant à une grande diversité de domaines sociaux et professionnels. C’est également un terme qui est spécifique au champ sémantique socio-professionnel en général, et qui s’applique à des humains avant tout : les 147 combinaisons chief + nom de métier ont été obtenues parmi les 600 premiers résultats du COCA à la requête chief + nom, donc 25% des résultats de chief + nom sont des noms de métiers ou de fonctions socio-professionnelles. Chief est donc la dépendance étudiée dans ce travail qui a la plus grande affinité avec la référence à la hiérarchie socio-professionnelle.
De nombreux noms dénotent des fonctions dans une administration publique et / ou une hiérarchie d’entreprise privée, notamment la fonction de dirigeant∙e général∙e dans différents contextes (chief executive, chief magistrate), de conseiller∙e ou d’assistant∙e (chief advisor / adviser, chief secretary), de représentant∙e (chief delegate, chief spokesman / woman / person). Il est parfois difficile de déterminer, hors contexte, si le nom de métier appartient au domaine public ou privé ; ensemble, ces deux domaines correspondent à 31 des 147 combinaisons obtenues pour chief + nom-tête, ce qui correspond à 21% des résultats. Par extension, d’autres noms peuvent faire référence à la hiérarchie domestique, en particulier dans le contexte de l’intendance : chief steward, chief butler, chief servant. Cet adjectif peut également précéder des noms de métiers ou de fonctions du domaine privé qui font référence à la finance ou à la gestion de capitaux financiers : chief sponsor, chief fund-raiser, chief accountant, chief producer, chief lobbyist, chief financier, chief trader (11 combinaisons possibles, soit 7% des résultats.
Un autre grand domaine combinatoire de chief concerne les noms qui font référence au droit et à la justice, en particulier les juges et les avocat∙es : chief justice, chief judge, chief prosecutor, chief magistrate, chief attorney, chief lawyer, chief litigator ; ainsi que l’agent∙e responsable de l’application des peines : chief executioner (7% des résultats). Plusieurs noms font également référence au fait de juger ou d’évaluer de façon objective, hors du domaine du droit : chief appraiser, chief examiner, chief assessor. En lien avec le pouvoir judiciaire, on trouve également des noms de métiers qui désignent des individus dans la police, en particulier dans le contexte d’enquêtes policières : chief inspector, chief investigator, chief detective, chief constable, chief coroner ; 5% des résultats). De plus, chief est très compatible avec des noms de titres ou de grades dans l’armée : chief general, chief lieutenant, chief marshal, chief commander, chief master sergeant, chief quartermaster (4%). On trouve également deux noms-tête qui proviennent du domaine de l’aviation, dans lequel la hiérarchie a été historiquement mise en place par l’armée, ce qui explique l’emploi de chief pour désigner des professions qui ressemblent à des grades : chief pilot, chief steward.
Les métiers appartenant à des domaines intellectuels ou culturels sont nombreux dans la base de données. Deux noms concernent la référence à la presse (chief correspondent, chief reporter), tandis que d’autres désignent l’expertise académique en sciences humaines (chief economist, chief historian, chief archeologist), ou d’autres professions intellectuelles de domaines variés (chief librarian, chief archivist). Pour ces domaines intellectuels, on dénombre 8 combinaisons possibles (5% des résultats). Dans le domaine de la culture, certaines professions concernent la littérature (chief editor, chief writer), d’autres la musique (chief songwriter, chief conductor), la photographie (chief photographer) ou les musées (chief curator, chief conservator), entre autres domaines (chief critic, chief reviewer). En tout, la culture représente 10% des résultats. Il y a également un très grand nombre de noms de métiers qui correspondent à des professions scientifiques et / ou de chercheur∙euses : chief researcher, chief engineer. En lien avec le domaine scientifique, chief est aussi compatible avec un grand nombre de noms qui désignent des professions médicales ou de santé : chief surgeon, chief physician, chief nurse. Science et santé représentent 21% des résultats.
On trouve également chief devant quelques noms-tête qui appartiennent à des fonctions dans différentes religions : chief priest, chief rabbi, chief chaplain (8 résultats, 5% des combinaisons). Enfin, plusieurs noms de métiers faisant référence à des professions manuelles ou à des activités artisanales sont compatibles avec chief, tels que chief mechanic, chief technician, chief forester, chief baker (4% des résultats).
2.4.2 Connotations associées à chief
Les noms-tête compatibles avec chief appartiennent à des domaines sociaux qui impliquent l’existence d’une hiérarchie clairement établie, dans laquelle un individu occupe la position la plus élevée. Plusieurs personnes peuvent être désignées par la combinaison chief X, mais pas dans le contexte de la même unité sociale (dans la même culture, la même communauté, la même entreprise ou la même équipe professionnelle). Ainsi, chief executives peut désigner plusieurs personnes, mais celles-ci appartiennent le plus souvent à différentes entreprises ; de même, il n’y a qu’un individu qui soit chief librarian dans une bibliothèque précise. Cet effet de sens distingue notamment chief de high et big, qui peuvent s’appliquer à plusieurs personnes de façon concomitante (on observe par exemple cet écart entre les combinaisons big lawyer, qui identifie l’individu de par sa notoriété, et chief lawyer, désignant un∙e avocat∙e identifié∙e parce qu’il ou elle est seul∙e à ce poste dans une hiérarchie donnée ; de même pour high executive qui désigne un∙e cadre parmi d’autres, là où chief executive fait nécessairement référence à un individu dans un contexte identifié). La supériorité exprimée par chief correspond à un pouvoir décisionnel accru, et, dans le domaine de l’entreprise, à un salaire plus élevé que les autres membres de l’équipe.
Chief dans ce type de contexte est un terme qui définit une position claire dans un organigramme : on distingue par exemple dans une même équipe les positions junior accountant, accountant, senior accountant et chief accountant ; lorsqu’on est en recherche d’emploi, on peut consulter différentes fiches de postes qui ont pour intitulé chief butler ou chief speechwriter. Chief fait donc partie du nom du métier ; de ce fait, il permet l’identification objective (professionnelle) de la personne désignée.
Notons cependant que d’autres connotations peuvent être associées à ce terme, notamment lorsqu’il a un sens davantage adjectival et qu’il est proche du sens de main, comme cela peut être le cas avec des domaines intellectuels ou culturels (chief scientist, chief author, chief critic…). Ici, chief ne désigne pas forcément le titre ou le grade de l’individu, mais plutôt son investissement dans un projet identifié. Il est possible que cet adjectif ait alors un sens moins objectif et précis pour situer l’individu dans une hiérarchie, et qu’il véhicule partiellement l’idée d’une valorisation supplémentaire du référent en lien avec cet investissement ou la reconnaissance de ses qualités.
2.5 Collocations et connotations de head
2.5.1 Head devant des noms de métiers
Les 81 résultats des noms de métiers et de fonctions socio-professionnelles compatibles avec head recensés dans la base de données sont remarquables par leur hétérogénéité.
Ce modifieur se combine avec quatre noms désignant des fonctions dans l’éducation, pour désigner l’individu ayant autorité dans un établissement scolaire (head teacher, head mistress ((Ces deux combinaisons existent évidemment en un seul mot mais pour pouvoir être comptabilisées dans les recherches sur le COCA, seule la graphie en deux unités distinctes, séparées d’un espace, peut apparaître.))) ou dans un autre contexte d’enseignement (head instructor). On observe également une affinité combinatoire entre head et des noms de professions dans la culture, par exemple la littérature (head editor, head librarian), le cinéma (head director, head dressman), ou d’autres domaines intellectuels (head librarian, head curator). On dénombre 11 noms-tête appartenant aux domaines de l’éducation et de la culture, ce qui représente 14% des résultats. D’autres champs de la vie culturelle donnant des noms compatibles avec head sont la restauration (head bartender, head waitress), en particulier la gastronomie (head chef, head cook, head sommelier) (7% des résultats) ; ou le sport, en particulier des noms qui font référence aux entraîneur∙euses (head coach, head trainer), mais on trouve également head cheerleader et head referee (9% des combinaisons).
Dans d’autres domaines, on trouve des noms-tête faisant référence à des professions scientifiques de recherche ou d’ingénierie compatibles avec cette dépendance : head scientist, head researcher, head engineer et head programmer. D’autres professions scientifiques compatibles avec head sont plutôt associées à la médecine et aux professions de santé : head nurse, head surgeon. Science et santé regroupent 9 types de combinaisons possibles entre chief et un nom-tête, ce qui correspond à 11% des résultats.
D’autres noms de métiers liés à la vie en société et son organisation sont compatibles avec head : des noms d’officiant∙es de plusieurs religions (head pastor, head nun, head rabbi ; 9% des résultats) ; et des noms de professions liés à la police et à la justice (head judge, head attorney, ainsi que head detective ; 7%).
L’affinité combinatoire la plus remarquable de head par comparaison avec les autres dépendances concerne des domaines socio-professionnels qui sont considérés comme peu prestigieux, à savoir les services, les petits commerces ou les professions manuelles ou artisanales. Des noms-tête faisant référence à des professions du petit commerce (head clerk, head cashier ; auquel on joint head teller), le service domestique dans un hôtel ou une habitation particulière (head gardener, head maid) ou la conciergerie (head keeper, head housekeeper). L’intendance, en particulier, est un domaine que l’on retrouve dans 9% des combinaisons. Parmi les professions qui ont un statut social similaire, on trouve les noms de métiers manuels ou appartenant à l’artisanat : head brewer, head farmer, head carpenter, head baker, head winemaker (6% des résultats).
Head est également compatible avec quelques noms qui dénotent des fonctions dans la hiérarchie administrative, publique ou privée : head officer, head official, head administrator, head accountant. Au sein d’une entreprise, on trouve également quelques noms de fonctions modifiés par cette dépendance : head manager, head producer, head executive. Ces deux domaines, qui se superposent pour certains noms et dans certains contextes, correspondent à 12% des résultats obtenus.
2.5.2 Connotations associées à head
Lorsqu’il est dépendance, head fait avant tout référence à la hiérarchie professionnelle et non sociale. Ce nom en position pré-nominale ne sert jamais à former des titres, à identifier un individu par son prestige social. Il est purement hiérarchique, au sens où il décrit une position dans la hiérarchie sociale et désigne le ou la supérieur∙e dans une relation de subordination (le premier sens métaphorique social de head donné par l’OED est d’ailleurs « A person to whom others are subordinate ») sans qu’un prestige social fort ne soit nécessairement associé à cette fonction. En ceci, il se distingue de big, qui connote un fonctionnement officieux de la hiérarchie dans laquelle la source du pouvoir n’est pas toujours claire ; et ce terme se distingue également de high qui apporte comme connotation l’idée de prestige et de déférence sociale sans présenter objectivement le fonctionnement de la hiérarchie. Comme chief, head dénote une position qui correspond à une fiche de poste spécifique, qui peut être identifiée dans un organigramme. On observe que si chief et head sont tous deux compatibles avec des noms de métiers appartenant au bas de la hiérarchie sociale, head permet d’obtenir davantage de résultats : l’artisanat et l’intendance donnent 9 noms-têtes compatibles avec chief, contre 11 avec head, auxquels on peut rajouter trois résultats pour les employés de (petits) commerces. Notons ((Cette remarque a été suggérée par un ou une relecteur∙rice que nous remercions chaleureusement pour cette piste.)) également que head seul est compatible avec des noms de métiers associés à des femmes : on trouve head maid et head housekeeper mais pas *chief maid ou *chief housekeeper. Ces remarques nous conduisent à conclure que head est privilégié pour désigner une plus large variété de professions du bas de la hiérarchie sociale.
L’une des connotations les plus fortes de cette dépendance est le fait qu’elle désigne une personne comme cheffe d’une unité ou d’une section, qui est composée d’individus qui ont le même métier X que la personne désignée par head X : dans une équipe de bibliothécaires, le ou la responsable professionnel∙le est désigné∙e par the head librarian, qui est nécessairement bibliothécaire. Ceci implique que head n’est compatible qu’avec des noms de métiers ou de fonctions dans des contextes où plusieurs individus fonctionnent en équipe.
Ce nom ne véhicule pas l’idée d’un jugement de qualité, contrairement à certains emplois de chief que nous avons pu mentionner. Cette particularité sémantique favorise l’application de head à des domaines dans lesquels plusieurs individus travaillent dans une même équipe à égalité, et où l’individu désigné par the head X est distingué non parce qu’il ou elle est meilleur∙e, mais parce qu’il ou elle a la responsabilité professionnelle du groupe.
L’étude des types de noms de métiers compatibles avec head montre finalement que les équipes à la tête desquelles se trouvent les personnes désignées par les combinaisons étudiées sont plutôt de petites unités, qui ne rassemblent pas un grand nombre d’individus : les personnes désignées par head clerk ou head dressman peuvent avoir quelques personnes sous leur responsabilité, une quantité qui peut monter à quelques dizaines de personnes pour head chef ou head nun, et jusqu’à une ou deux centaines pour head teachers dans les plus gros établissements scolaires ou supérieurs. Mais cela est exceptionnel : la plupart des combinaisons étudiées montrent que les individus désignés sont à la tête de relativement petites équipes.
2.6 Collocations et connotations de top
2.6.1 Top devant des noms de métiers
Les noms-tête compatibles avec top recensés dans notre base de données sont plus nombreux (167 noms-tête) que les résultats obtenus avec les autres modifieurs, et concernent une grande diversité de domaines.
Parmi les combinaisons qui ont la fréquence d’occurrence la plus élevée, on trouve des noms qui ont un rapport avec des fonctions prestigieuses, qui évoquent l'idée de métiers de pouvoir, tels que top official, top executive, top leader. On trouve en outre de nombreux noms de métiers associés au monde politique et au pouvoir législatif (top Democrat, top Republican, top policymaker, top diplomat ; ce domaine regroupe 11 noms-têtes, soit 7% des résultats) ; d’autres qui font référence aux hiérarchies de l’armée et de la police (top general, top cop, top investigator, top diplomat ; 8 noms-tête, 5% des résultats) ; ou aux métiers du droit (top judge, top prosecutor ; 4%).
Plusieurs noms compatibles avec top sont des termes qui font référence à la hiérarchie et aux relations commerciales dans une entreprise ou entre plusieurs entreprises (la plupart de ces termes sont également compatibles avec big, comme on l’a vu plus haut) : top investor, top client, top CEO. D’autres font référence à des postes précis au sein d’une entreprise (top advertiser, top salespeople), ou au contraire, correspondent à des dénominations professionnelles très génériques, mais néanmoins associées à l’entreprenariat (top strategist, top assistant). Les noms-tête appartenant aux domaines des hiérarchie d’entreprises ou de l’administration correspondent à 25% des résultats. Le champ lexical de la finance génère aussi plusieurs noms de métiers compatibles avec top (top trader, top shareholder), ainsi que des noms qui ne désignent non pas directement un métier, mais une fonction plus ou moins bien définie ayant trait à la gestion de capitaux (top moneyman, top lobbyist), pour un total de 5% des résultats.
Top a une combinatoire privilégiée avec le monde du sport professionnel (21% des résultats), en désignant l’individu par le sport qu’il ou elle pratique (top golfer, top skier, top cyclist), par le nom spécifique donné aux athlètes ou à leur rôle dans un sport (top jockey, top pitcher, top quarterback) ou encore par des termes génériques (top player, top athlete).
De nombreux noms compatibles avec top appartiennent aux domaines de l’art, de la culture, des professions intellectuelles ou du divertissement. La musique, la littérature, le cinéma et le théâtre ou encore la peinture sont notamment représentés : top star, top artist, top exhibitor, top photographer, top author (12% des résultats). Top est en outre largement compatible avec des métiers liés aux domaines scientifiques : scientist, researcher, historian et mathematician sont compatibles avec ce modifieur ; le domaine de la médecine et de la santé plus largement génèrent également ces combinaisons : top doctor, top surgeon, top cardiologist. Ces trois sous-domaines regroupent 17 combinaisons possibles, soit 10% des résultats.
Dans une beaucoup plus faible mesure, top est compatible avec le domaine de la presse (top journalist et top reporter), de l’éducation, (top teacher, top scholar, top educator, top professor) ; on le retrouve aussi devant des noms de métiers manuels : top electrician, top worker, top winemaker ; et avec des noms du domaine religieux (top cleric, certains emplois de top minister).
2.6.2 Connotations associées à top
Top employé de manière métaphorique devant des noms de métiers véhicule en premier lieu l’idée d’un classement objectif au sein de la hiérarchie professionnelle : top manager correspond à la personne qui est au sommet de la hiérarchie d’une équipe professionnelle ; l’expression top sergeant (équivalent de first sergeant dans un registre moins formel) désigne le plus haut gradé dans une certaine partie de l’armée ; les individus désignés par les combinaisons top official, top diplomat, top administrator et top staffer sont à la tête des unités qu’ils dirigent ou administrent, etc. Top désigne donc la position au sommet de la hiérarchie.
Ce nom peut désigner la meilleure partie de quelque chose, faire référence à une évaluation en termes de valeur positive pour désigner ce qui est au sommet de l’échelle des qualités positives. Ce sens est en particulier véhiculé dans les domaines professionnels où les individus ne sont pas hiérarchisés au sein d’une même entreprise ou d’une même institution, mais sont comparés aux autres professionnels du même domaine : c’est le cas dans le sport (top surfer = le ou la meilleur∙e∙ par rapport aux autres surfeur∙euses), la culture (top artist), la santé (top surgeon), le droit (top lawyer), et les professions intellectuelles (top mathematician).
Cette place en haut de la hiérarchie ne vient pas objectivement du calcul qui conduit au classement, mais de l’impression de hauteur et de qualité dont cette place est le signe. Il y a donc souvent un engagement affectif positif du locuteur ou de la locutrice dans ces emplois de top, qui le distingue de l’utilisation de head et de la plupart des emplois de chief. Plus généralement, les connotations de top sont positives, y compris lorsqu’il signifie « tête d’équipe », lorsque le locuteur ou la locutrice n’est pas visiblement impliqué∙e dans un jugement affectif, car dans ce cas de figure, cette simple position de supériorité hiérarchique est portée au crédit de l’individu, pour lequel on s’attarde sur le prestige de s’être élevé tout en haut.
Finalement, l’élément sémantique le plus marquant de ce terme est sa très vaste combinatoire, sa capacité à être employé devant un grand nombre de noms, qui font référence à toutes sortes de domaines, et à s’adapter alors au sémantisme propre à ces noms tout en véhiculant l’idée du point le plus haut, le meilleur, que l’on peut atteindre dans ce domaine. Son sémantisme est avant tout celui d’une réussite ou d’un succès qui fait consensus, quel que soit le contexte de référence. Top véhicule l’idée d’un succès lié au mérite, dans un grand nombre de domaines professionnels, y compris des métiers de l’artisanat (top electrician, top winemaker, bien que peu de noms-tête fassent référence à des métiers purement manuels), et son sens de position en hauteur n’est pas synonyme de domination ou de contrôle.
Conclusion
Pour conclure, les dénominations de métiers que nous avons présentées dans cette étude fonctionnent comme des catalyseurs ou des témoins de l’aller-retour permanent entre nos représentations sociales et leurs manifestations linguistiques. Tout d’abord, le fait que ces combinaisons linguistiques dénotent des humains dans le cadre de leurs activités socioprofessionnelles présente différents enjeux sociolinguistiques : en tant que noms d’humains, ces dénominations représentent l’individu comme nécessairement complexe ; et cette complexité est reflétée par la multiplicité des traits sémantiques de chaque terme, et par la relation sémantique entre les deux termes, que l’on ne peut réduire à une simple relation de modification littérale.
En effet, le premier terme dont le sens littéral a trait à l’espace ou à la taille est employé avec un sens métaphorique dans une dénomination de métier. Ce sens métaphorique s’inscrit d’ailleurs dans le cadre plus large de la métaphore conceptuelle high status is up, qui influence notre conception et nos représentations de la hiérarchie socio-professionnelle. Or, si cette métaphore conceptuelle explicite les raisons qui fondent certains de nos comportements dans le contexte professionnel, elle ne permet pas à elle seule de rendre compte des représentations spécifiques ou des effets de sens particuliers associés à chaque dénomination, ni d’expliquer pourquoi certaines combinaisons sont étonnantes, et d’autres impossibles.
En effet, les traits sémantiques propres à chaque modifieur influencent sa compatibilité avec les différents champs socio-professionnels, et créent des effets de connotations qui s’associent aux différentes dénominations. En ce sens, on constate que notre perception et compréhension du réel, en l’occurrence de la hiérarchie socio-professionnelle, informe et contraint les termes que nous employons pour la nommer. Il existe donc nécessairement un mouvement d’influence mutuelle entre perception, cognition et construction linguistique.
Notes
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Pour citer cette ressource :
Marie Turlais, Pourquoi dit-on a big producer plutôt que *a high producer ? Métaphores et représentations sociales dans les noms de métiers du type high executive en anglais contemporain, La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), janvier 2026. Consulté le 15/01/2026. URL: https://cle.ens-lyon.fr/anglais/langue/linguistique/metaphores-et-representations-sociales-dans-les-noms-de-metiers


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