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Les banderoles des supporters ultras de Rome

Par Bernadette Tinti : Professeure agrégée d’italien - Lycée et Collège Maurice Genevoix de Montrouge
Publié par Alison Carton-Kozak le 14/04/2022
Ce qui se joue dans le stade de football n’est pas qu’un sport. Les ((striscioni)) affichés par les ultras dans les stades de ((calcio)) sont un moyen privilégié d’étudier le phénomène social et culturel du tifo en Italie. Cette entrée thématique permet de réfléchir aux spécificités culturelles italiennes : l’ancrage d’une identité plurielle dans des territoires et des langues multiples, des logiques symboliques de représentation de soi et d’autrui, l’importance d’appartenir au groupe, et l’art de jouer avec les mots.

Calcio, tifo, ultra, striscioni

Le peuple italien est réputé pour être un peuple de supporters fidèles et passionnés, l'un des plus fervents du monde – à l’image du personnage incarné par Alberto Sordi dans le film Il marito (1958) en proie à la fièvre footballistique : Alberto trahit ses devoirs conjugaux pour répondre au devoir impérieux d’aller au stade supporter son équipe, l’A.S. Roma, contre les adversaires de la S.S. Lazio. Depuis son essor dans la péninsule au début du XXe siècle et dans une société d’après-guerre de moins en moins religieuse, le football est devenu la nouvelle religion, qu’on célèbre à la grande messe du dimanche au stade. En 2009, une enquête Demos montrait que 55,6 % des Transalpins se déclaraient supporters ("militants", "passionnés" ou "tièdes") d'une équipe de football. Aujourd’hui encore, il suffit de peu de temps sur le sol italien pour se rendre compte, en effet, de l’importance que revêt cette foi footballistique : les inscriptions célébrant l'équipe supportée et ses faits d'armes recouvrent les murs des villes ; ses couleurs sont fièrement arborées sur les sac à dos des écoliers, les rétroviseurs des automobilistes ou les coques de Smartphones.

Si le français a créé l'anglicisme "supportérisme", pour caractériser l’amour pour un sport, l'italien, lui, a emprunté au vocabulaire médical le terme polysémique "tifo", dérivé du grec τῦϕος ("fumée ; fantaisie ; fièvre") et du latin typhys (« superbe, orgueil, arrogance »). Le tifo serait donc une maladie sportive, socialement contagieuse, caractérisée par son irrationalité et son abstraction volontaire loin du réel. Cette appellation connote le jugement anxieux que la société porte sur ce phénomène social, et ses  manifestations les plus violentes en particulier.

Les supporters les plus extrêmes, les "ultras" – terme qui désignait les extrémistes politiques –, sont de jeunes supporters de football qui se démarquent des supporters traditionnels par leur manifestation extrême, excessive et passionnée de l’amour pour leur équipe. Être ultra, c’est être supporter tous les jours de la semaine, et pas que le dimanche à l’occasion du match ; c’est partager un certain nombre de valeurs comme le courage, la virilité et l’attachement au territoire, et c’est avant tout une manière de s’exprimer, à travers des chants, des slogans, des gestes et des banderoles.

Les striscioni, ces morceaux de tissus affichés au cours des matchs de football, constituent pour les ultras qui les produisent un moyen privilégié de communication et un puits d’informations pour qui les lit. Le message dépasse l’espace du stade et des gradins où il apparaît, et s’adresse à une multitude de destinataires, dans et hors du stade. Le message contenu dans les striscioni est un savant mélange entre oral et écrit. Les banderoles tentent de fixer sur un support écrit, réfléchi et pensé à l’avance, un discours oral avec tout ce qu’il a de spontané, d’informel et de ludique. En effet, on retrouve sur les banderoles la retranscription d’une langue orale, faite de mots de dialecte, à la grammaire parfois défectueuse, imitant la façon d’écrire et de parler des jeunes. Les banderoles sont, en définitive, l’instrument de la mise en scène et de l’auto-représentation que les ultras font d’eux-mêmes. C’est à la fois un discours contre les autres et un discours sur soi, c’est-à-dire sur leurs auteurs et leur condition.

Nous nous concentrerons sur l’expression, pendant les années 2000, des supporters ultras de football de la ville de Rome, qui sont les auteurs de plusieurs banderoles fort intéressantes. La capitale italienne abrite, en effet, – comme d’autres grandes villes italiennes – deux équipes de football : l’A.S. Roma, née en 1927, et la S.S. Lazio née en 1900, et deux clans de supporters (tifoserie) advers. Les deux équipes se rencontrent chaque année lors des derbys. Ce terme désigne la rencontre qui oppose deux équipes d’une même ville, voire d’une même région. Ces deux clubs se partagent la ville, et les conflits fratricides entre les habitants de Rome au sujet du football ont été très fréquents. La confrontation permanente avec l’ennemi a provoqué l’exaspération du sentiment identitaire des supporters de chacune des deux équipes : on se définit en opposition à l’Autre.

Les banderoles des supporters ultras se résumaient-elles véritablement à une exaspération de la violence et de l’intolérance, à un appel à la destruction de la différence ? Les ultras n’utilisaient-ils le moyen des banderoles que pour y exprimer leur haine de l’Autre et l’amour de soi ? Nous nous proposons ici de relativiser la portée du discours politiquement incorrect des ultras et d’essayer de mettre en lumière la diversité et les qualités littéraires de leurs écrits, qui peuvent être riches en enseignements sur la société italienne qu’ils dépeignent.

Sport et société

Les banderoles exposées dans les stades de football sont riches d’enseignements sur la société italienne et peuvent être considérées comme un outil pour appréhender certaines de ses zones d’ombre. Christian Bromberger souligne que le spectacle sportif "réveille, en raison même de ses propriétés, des symboles, des comportements alanguis dans le quotidien (la guerre, la haine de l’autre, l’affirmation de la virilité, etc.) dont il nous dit, à sa façon, la permanence ou les résurgences" (Le match de football, 1995, 295).

Territoires et langues

Les particularismes et les divisions, durablement et fièrement ancrés dans les modes de vie des Italiens, continuent de persister dans une Italie tardivement unifiée à la fin du XIXe siècle. Le phénomène du supportérisme permet de mesurer la résurgence – si tant est qu’il ait disparu un jour – de cet esprit de clocher. On pourrait même penser que la logique partisane propre au tifo a rencontré un tel succès en Italie justement parce qu’elle s’inscrit dans cette tradition italienne de la division territoriale.

Aussi, certains habitants de Rome se sentent-ils davantage Romains qu’Italiens et revendiquent-ils même parfois leur appartenance à un quartier en particulier, comme celui de la Garbatella ou de Testaccio. Le virage d’un stade est assimilé au territoire de la ville : c’est là que s’installent les supporters ultras pour défendre l’honneur de leur équipe face aux attaques adverses. Certaines banderoles affichées dans les années 2000 faisaient état de la rivalité qui règne entre les grandes villes d’Italie, comme celles-ci, écrites par les supporters de l’A.S. Roma à l’adresse des supporters milanisti au début des années 2000 : "Roma Capitale, Milano succursale!" ; "Milano, provincia de Roma". Le message des supporters de l’A.S. Roma, "C’è solo una capitale", affiché sur une banderole lors d’un Roma-Juventus, fait référence à la courte période où, pendant le Risorgimento, Turin a été capitale d’Italie avant que Rome ne s’installe définitivement dans ce rôle. Le système des liens entre les tifoserie italiennes rappelle le système des alliances et des hostilités qui caractérisaient les liens entre les différentes villes italiennes au cours des Guerres d’Italie. Certaines villes ont établi des jumelages entre elles ; d’autres, en revanche, se vouent une haine viscérale. Ainsi, la Lazio et le Livorno sont deux tifoserie historiquement ennemies, l’une, réputée de droite et l’autre, communiste.

On peut par ailleurs mesurer l’ancrage territorial des supporters ultras romains à l’aune de la persistance de l’emploi, au contact de l’italien standard, du romanesco – que les Romains appellent le romanaccio – dans leurs banderoles. L’une des caractéristiques les plus significatives de l’"italiano de Roma" est le e prétonique que l’on retrouve par exemple dans "de" (au lieu de "di"), "me" (au lieu de "mi"), "te" (au lieu de "ti"). La diphtongue devient ò : "er core ce se ‘nfoca" au lieu de "cuore" et "infuoca" ; "mamma Roma quanto sei bona!" (au lieu de "buona"). Le rhotacisme du l devant une consonne, comme dans l’article défini masculin singulier "er" (au lieu de "il") est très fréquent. Un autre phénomène typique de l’"italiano de Roma" (Paolo D’Achille, L’italiano contemporaneo) est la réduction de la consonne latérale palatale "l" en semi-consonne palatale "j" : "Lasciamoje solo er buco sur petto" (au lieu de "gli"). La palatalisation du "ng" en "gn" est également typique du dialecte romain : "Ve se magnamo tutti i pandori", au lieu de "mangiamo").

Les énoncés des banderoles mélangeant dialecte romanesco et italien standard témoignent d’une situation romaine et italienne hybride : la plupart des Italiens ont une bonne connaissance du dialecte romain (diffusé à travers le cinéma et la télévision) ; écrire en dialecte n’est donc pas synonyme d’isolement et de communication imperméable. Utiliser cet "italiano de Roma" sur les banderoles de football est donc une manière d’affirmer son identité et sa particularité régionale, tout en établissant simultanément la communication et la rupture avec les "étrangers".

Racismes

On pourrait dire que le football italien est en quelque sorte "historiquement raciste" dès lors qu’il a durablement été le seul apanage des joueurs italiens. En effet, la Fédération italienne du jeu du football (Federazione Italiana Giuoco Calcio, 1898) décide en 1908 que les équipes du championnat italien ne doivent être composées que de joueurs italiens. Le régime fasciste maintient ce championnat sans étrangers avec la Charte de Viareggio de 1926 qui assujettit l’ensemble de l’organisation sportive au Parti et interdit aux équipes d’inscrire à leur effectif des joueurs non italiens. Chaque victoire sur le terrain est alors considérée comme une preuve de la supériorité ethnique et raciale de l’équipe.

À partir des années 1980, on caractérisait donc de "neo-razzismo" (Mauro Valeri, Che razza di tifo, 2010) l’apparition d’un nouveau racisme des équipes italiennes entre elles. L’Italien méridional, et particulièrement le Napolitain, devenait la cible des tifoserie du nord et du centre de l’Italie. Il était ainsi fréquent d’entendre, lors des derbys entre la S.S. Lazio et l’A.S. Roma, les romanisti (supporters de l’A.S. Roma) crier à l’adresse des laziali (supporters de la S.S. Lazio) : "Sembri Napoli", en référence aux couleurs de l’équipe laziale (bleu clair et blanc) qui ressemblent à s’y méprendre à celles du Napoli. Amalgamer une équipe avec une équipe plus au sud représente l’insulte suprême, car dans le système de valeurs des jeunes supporters, être du sud c’est être inférieur : l’Italien du sud est un "cul-terreux", un paysan sous-développé et grossier. Assimiler son adversaire à un méridional, c’est en souligner la soumission et l’infériorité.

Le racisme entre équipes italiennes à l’encontre des méridionaux trouvait une forme d’interprétation et d’expression dans les nouvelles formations politiques qui allait marquer les années 1990 et 2000. Les curve (virages) représentent, en quelque sorte, un laboratoire où l’on peut observer les phénomènes sociaux avant qu’ils ne s’expriment dans la société. Les années 1980 et 1990 voient, en effet, naître et se développer plusieurs mouvements xénophobes et séparatistes comme la "Ligue du Nord pour l’indépendance de la Padanie". Ce parti politique d’extrême droite anti-immigration, fondé en 1989, revendique la sécession de la partie septentrionale de l’Italie pour créer un État indépendant, la Padanie. Cette idée reposait sur la stigmatisation de l’Italie du Sud, accusée de ne pas produire de richesses et de survivre grâce aux succès des grands entrepreneurs du Nord. La société italienne semblait faire émerger de plus en plus de discours discriminatoires.

Ce sont toutes les minorités (religieuses, ethniques, sexuelles) qui sont ainsi stigmatisées. Les incidents à caractère raciste se manifestaient d’abord dans les tifoserie réputées, comme celle de la S.S. Lazio, d’extrême droite, mais ils allaient rapidement s’étendre aux autres tifoserie d’Italie. Ainsi, des virages auparavant d’orientation gauchiste, comme la curva sud du Stade Olympique de Rome, vont être touchés et entraînés dans cette "spirale fasciste". Les supporters de la S.S. Lazio se sont souvent illustrés par leurs banderoles racistes et discriminantes : "Una squadra de negri, una curva de giudei, questi non sono cugini miei", voilà le message affiché à l’attention des adversaires de la curva sud du Stade Olympique de Rome. On peut citer aussi le message : "Ieri nazi, oggi Onazi", écrit sur une banderole par des supporters giallorossi (de l’A.S. Roma) à l’adresse des supporters de la S.S. Lazio. Ce message est construit autour d’une opposition entre les deux segments qui joue sur la ressemblance phonétique entre "nazi" et "Onazi" et la dissonance de leur signification : d’un côté le nom d’un joueur de couleur de la S.S. Lazio et de l’autre l’idéologie raciste par excellence. Les supporters de l’A.S. Roma veulent ainsi discréditer le club adverse en soulignant la contradiction entre un passé fasciste revendiqué et le choix présent des dirigeants de leur club. 

Les messages racistes et antisémites des banderoles de football reflètent la banalité de certaines idées discriminantes présentes non seulement dans les stades, mais aussi dans une partie de la société italienne. En effet, les résultats d’une enquête parlementaire de la Commission des Affaires constitutionnelles et des Affaires étrangères et communautaires, datant du mois de novembre 2011 (Guglielmo Bucchieri, "Impunito il razzismo da derby", La Stampa, 18/11/2011) faisaient état de la propension antisémite d’une partie consistante de la population italienne : 44% des Italiens interrogés ont exprimé des opinions antisémites ; 1 Italien sur 3 nourrirait un sentiment de faible sympathie envers les Juifs, 1 sur 4 ne les considérerait pas comme Italiens. Si "il 44 per cento manifesta, in qualche modo, atteggiamenti ed opinioni ostili agli ebrei, nel 12 per cento dei casi tale ostilità si configura come antisemitismo vero e proprio...".

Toutefois, si les supporters de l’ A.S. Roma pouvaient manifester des réactions racistes à l’encontre de joueurs de couleurs d’équipes adverses, il leur arrivait simultanément d’idolâtrer des joueurs de couleur. On pense à Aldair, Brésilien défenseur de l’A.S. Roma de 1990 à 2003, à qui les supporters ultras vouaient un grand respect et qu’ils considéraient comme l’un des leurs : "Simbolo d’amore, eterno guerriero. Aldair, romano vero". Ce racisme semblait donc moins être une conviction qu’une posture, dans le système de dénigrement de l’ennemi.

Ainsi, les insultes racistes et imprécations discriminantes dont les banderoles se font la vitrine reflètaient les idéologies ambiantes d’exclusion et de mépris qui sclérosaient la société italienne. Le registre utilisé par les supporters ultras témoigne de peurs et de haines qui travaillent le corps social. Tout se passe comme si, dans une société italienne minée par les individualismes et les particularismes, la persistance de la simulation des oppositions était fondamentale.

En effet, selon les sociologues, Alessandro Dal Lago et Christian Bromberger, c’est la loi du défi agonistique qui prévaudrait sur le racisme et l’antisémitisme pur et dur. Marco Valeri (Che razza di tifo, 2010) établit une distinction entre un "racisme direct", adressé directement à un joueur qui présente des différences raciales, ethniques ou religieuses, et un "racisme indirect" qui prévoit l’emploi de termes dérivant de stéréotypes racistes uniquement dans le but de dénigrer l’adversaire.

Représentation de soi et des autres

Il semblerait donc que la principale forme d’expression des supporters ultras, en particulier de ceux de Rome, soit le "sfottò", qui signifie "raillerie" et qui, dans le contexte précis du supportérisme, renvoie au fait de déprécier son adversaire et de le déstabiliser. Les propos obscènes et racistes s’inscrivent dans la logique de la partisanerie qui vise à choquer l’Autre et à peser sur le déroulement de la partie. Selon Bromberger (Le match de football, 1995),  "[…] les supporters ne sont pas dupes de l’outrance des paroles qu’ils hurlent […] et la surenchère dans l’invective ne témoigne pas tant d’un défoulement que du souci concerté de peser sur l’issue de la rencontre, en déstabilisant l’adversaire par tous les moyens rhétoriques disponibles". Alessandro Dal Lago (Descrizione di una battaglia) parle, lui, de "ritualisation de la haine". La haine pour l’Autre, proportionnelle à l’amour que l’on porte pour les siens, semble être le dénominateur commun de la passion pour le football.

La banderole du Vérone, exposée au cours de la saison 1982-1983, "NOI ODIAMO TUTTI", peut être considérée comme une sorte de mot d’ordre du mouvement ultra. En effet, "la plupart des groupes sociaux doivent l’essentiel de leur cohésion à leur pouvoir d’exclusion, c’est-à-dire au sentiment de différence attaché à ceux qui ne sont pas ‘nous’" (Richard Hoggart, La culture du pauvre, 1970). Il convient donc de reconnaître l’aspect symbolique de l’expression des ultras et ne pas surcharger de sens les messages que contiennent les banderoles affichées dans les stades. Bien souvent, afficher ouvertement et officiellement sa haine envers l’Autre, c’est une manière de se poser en rebelle, car c’est se représenter en nette opposition face aux valeurs officielles du football, comme le fairplay, la tolérance et le respect de l’adversaire. Le sfottò s’avère être bien souvent une manière pour les ultras de s’opposer au monde du football et à ses autorités, et d’exprimer leur désaccord – notamment dans le contexte de la législation antiviolence.

Les supporters ultras érigeaient ainsi la figure de l’adversaire en un Autre méprisable, une sorte de monstre en marge de la civilisation. On conspuerait l’Autre – le noir, le méridional, le Juif – certes parce qu’il est Autre, et l’insulte n’est donc pas dépourvue de sens, mais on le ferait avant tout parce qu’il appartient à l’autre équipe. Alessandro Dal Lago (Descrizione di una battaglia) argumente en faisant référence au concept développé par Leon Festinger (A Theory of Cognitive Dissonance, 1957) : la "dissonance symbolique". Cette expression caractérise la capacité qu'avaient certains supporters de football à concilier leurs propres convictions politiques avec des slogans et des emblèmes opposés. L'identité du supporter se présentait comme intermittente, en ce qu'elle ne s'exprimait que lors des matchs de football, et transitoire en ce qu'elle évoluait au cours d'une vie. C'est pourquoi, selon Alessandro Dal Lago, l'identité de l'ultra, lorsqu'il n'était pas dans la curva, n'était en aucun cas en contradiction avec des rôles professionnels et des appartenances politiques. Lorsque l’on entrait dans un stade et que l’on prenait place dans les gradins du virage, on devenait un giallorosso (supporter de l’A.S. Roma) ou un biancoceleste (supporter de la S.S. Lazio), et on laissait son identité de père de famille, de jeune étudiant syndiqué, de fils de bonne famille, hors des enceintes du stade. Les supporters de la S.S. Lazio qui faisaient le salut romain dans la curva nord n’étaient pas nécessairement des fascistes convaincus, et pouvaient ne pas partager la nostalgie du régime de Mussolini. Mais de fait, le salut fasciste faisait partie des chorégraphies de la tifoseria laziale. Tandis que certains tifosi employaient ces slogans, gestes, symboles politiques et insultes par conviction politique, d’autres pouvaient les utiliser en dehors de tout référent politique, parce qu’ils signaient l’appartenance à un groupe.

L’emploi de ces slogans, gestes et insultes dépendrait alors du référent dominant dans le stade, à savoir le schéma "ami-ennemi" présenté par Alessandro Dal Lago comme le schéma qui oriente toute relation entre supporters. De nombreux témoignages de jeunes ultras affirment cette thèse, comme celui de ce jeune "Boys" de l'Inter de Milan : "Guarda, a me la politica non interessa. Tanti di noi dicono così per fare i duri, ma non vuol dire che siano iscritti al Fronte [groupuscule d’extrême droite]. Fanno così per disprezzo degli altri, soprattutto quando si sa che sono rossi". Le sentiment d'appartenance à une équipe, avec le recours à l'habituelle méthode du "bricolage", était à l’origine de dissonances qui dans d'autres sphères de la vie sociale auraient été inconcevables.

Guerre, entre fiction et réalité

Si l’on considère que pendant un match de football ce sont non seulement deux équipes qui s’affrontent sur le terrain mais par extension ce sont aussi leurs deux clans de supporters qui célèbrent un conflit rituel et ritualisé dans les gradins, alors les comportements des ultras sont à interpréter symboliquement.

C’est ce qu’envisage le sociologue italien, Alessandro Dal Lago : "Non ritengo che uno stadio di calcio (almeno in Italia) riassuma o esasperi conflitti o tensioni relative alla struttura sociale esterna al mondo del calcio, ma che invece costituisca la cornice ideale per creare un conflitto (largamente simbolico), in cui gli spettatori tendono a conquistare un ruolo privilegiato. Lo stadio è infatti la ribalta (o “scena dell’evento”) in cui la metafora bellica può essere (dal punto di vista degli attori implicati) convenientemente celebrata".  

Le jeune ou l’adolescent, dans le cadre d’un groupe ultra, était confronté à un système déjà organisé par des règles, des normes et des valeurs. La propension à agir violemment, chez les jeunes supporters ultras, n’était jamais une fin en soi, affirme Alessandro Salvini (Il rito aggressivo, 1988). Ils n’étaient pas poussés au vandalisme par une pulsion sadique. Ce qui les animait, c’était le besoin de conquérir l’approbation de leurs camarades et d’affirmer le prestige de leur groupe. Alors que l’on constate de fortes analogies entre les rituels du mouvement ultra et du squadrismo fasciste, il est intéressant d’observer ici que la violence ultra pourrait avoir servi à canaliser le besoin d’identité des jeunes supporters vers la conquête d’une réputation de virilité et de courage et l’accomplissement d’une identité adulte.

Le match de football constituait pour ces spectateurs/acteurs une extraordinaire occasion de se faire voir et par là-même de conquérir une portion importante de ce qu'Alessandro Dal Lago appelle le "pouvoir" social des images (Descrizione di una battaglia, 2010). Pour le sociologue italien et historien des mouvements juvéniles, Valerio Marchi, qui fut militant antifasciste, skinhead, ultra de l’A.S. Roma, écrivain et libraire Via dei Volsci dans le quartier de San Lorenzo à Rome, tous les premiers ultras des années 1970 étaient liés par une même recherche d'un sentiment d'identité (La sindrome di Andy Capp. Cultura di strada e conflitto, 2004). La communauté des jeunes supporters des virages était composée de groupes de jeunes gens qui allaient de la haute bourgeoisie au prolétariat, à l'intérieur de laquelle était présente une forte minorité politisée et une large majorité prête à revêtir des formes comportementales conflictuelles. Déçus par l’absence de perspectives d’emploi et la désillusion politique face à l’échec des mouvements contestataires, les jeunes Italiens semblaient ne plus avoir de repères identitaires. De plus, le contexte socio-économique d’origine pouvait empêcher toute possibilité d’affirmation de soi. Si la notoriété et le succès ne pouvaient être atteints à travers des moyens prédéfinis, imposés par l’ordre social, économique et culturel, ils étaient recherchés par d’autres moyens. Ces jeunes retrouvaient dans la curva un sentiment d’appartenance et une visibilité sociale, inaccessible autrement. Éternels figurants dans la vie de tous les jours, ils semblaient trouver dans les activités du tifo (les animations et les violences) l'occasion de se placer sous les projecteurs de l'attention des médias.

Antonio Roversi (Calcio, tifo e violenza, 1990) considère donc l’ensemble des signes ornementaux, dont les ultras s’affublaient pour se démarquer, comme une "identité prêt-à-porter". Dans les années 1970, "viene inventato un particolare abbigliamento da stadio che però in Italia ha la caratteristica di essere una trasformazione e un adattamento dell’originaria divisa dei movimenti studenteschi. Eskimo e giacche mimetiche, ornati di fregi e simboli calcistici, caratterizzano infatti il modo di vestire dei primi giovani ultrà, a testimonianza di quanto il clima di quella stagione politica si rifletta nell’atmosfera della curva". On pouvait alors voir dans les stades de jeunes ultras les chaussures militaires aux pieds, les vestes de camouflage de l'armée sur les épaules et le passe-montagne sur le visage. Cette manière de s'habiller récupérait du look des styles "de combat" l'habitude d'exprimer, à travers les symboles que l'on épingle sur ses vêtements, ses goûts politiques, musicaux ou footballistiques. Cette mode vestimentaire n'était pas un déguisement fortuit.

Les banderoles utilisées dans les stades avaient pour modèle les banderoles créatives, affichées dans les cortèges des manifestations. De même, les énormes drapeaux et les slogans scandés dans les rues par les étudiants et les ouvriers du mouvement de mai 1968 avaient influencé les supporters ultras qui les introduisaient à leur tour dans les stades. Ils puisaient dans le cadre politique les symboles qu'ils arboraient au stade, tels que la figure de Che Guevara, le poing fermé, la croix celtique, la flambeau, symbole de l’extrême droite, des têtes de mort, des têtes de lion, de panthères, des étoiles à cinq branches et ainsi de suite. L’ensemble de ces symboles, aussi différents soient-ils les uns des autres, avaient pour point commun d’être des symboles de lutte.  Les clubs ultras, sur le modèle des groupuscules extra-parlementaires, se structuraient en véritables "organisations permanentes". Les ultras se mettaient à vendre des produits dérivés tels que des t-shirts portants le nom du groupe ou de l’équipe, des pulls ou encore des drapeaux. Les bénéfices de la vente étaient investis dans les activités de groupe (comme les déplacements), dans l’élaboration des chorégraphies, des banderoles et des drapeaux.

En définitive, le match de football serait l’occasion du déploiement de ce que Bromberger a appelé une "guerre ritualisée" (Le match de fooball, 1995). Actes, symboles, emblèmes, vêtements, langages et organisation du spectacle participeraient de la dimension guerrière du tifo, à l’image de l’affrontement qui se joue sur le terrain. Le championnat italien s’apparenterait à une grande bataille ; le vainqueur se verrait décerner un écusson, le scudetto, que les joueurs des équipes victorieuses arboreraient fièrement sur leur torse, telle une récompense de guerre. Les ultras adoptaient des emblèmes et des dénominations qui renvoyaient au monde de la guerre dans le but de terroriser leur adversaire et d’exacerber leur propre masculinité. Les "Guerriglieri della Curva Sud", la "Fossa dei Lupi", ou encore les "Marines" étaient particulièrement représentatifs de la tendance des ultras à baptiser leurs groupes avec un nom de formation si ce n’est militaire, du moins armée. Au cours d’un match, le rythme des tambours, l’ondulation des drapeaux et le nuage de fumée libérée par les fumigènes reproduisaient l’ambiance d’un champ de bataille.

Les banderoles étaient l’instrument privilégié de ce conflit que les soldats/ultras se livraient contre les autres villes. Certaines chorégraphies de stade mettaient explicitement en scène ce conflit rituel, comme celle mise en place par les ultras de l’A.S. Roma au cours du derby de la saison qui les sacrait, pour la troisième fois, champions d’Italie en 2001.


Chorégraphie du virage Sud pendant le derby A.S. Roma – S.S. Lazio de 2001

À cette occasion, la curva sud s’était transformée en armée de soldats/ultras, aux couleurs de l’A.S. Roma (orange et rouge), brandissant les étendards de leur équipe, les vessilli. Les ultras, rangés, étaient prêts à passer à l’attaque et à inaugurer la bataille du tifo que les deux virages allaient se livrer au cours de la rencontre. La transformation de la curva sud en champ de bataille se prêtait parfaitement à la mentalité de la tifoseria romanista : les ultras aimaient à se présenter symboliquement comme les héritiers des Romains qui firent la gloire de Rome et étendirent son Empire, et les héritiers d’un régime fasciste qui voulut le faire renaître notamment avec la guerre d’Éthiopie de 1935-36. Ainsi, la légende qui illustrait, au bas du virage, cette spectaculaire chorégraphie, était un appel à la défense de l’équipe/Empire : "Nel nome di Roma …s’innalzano i vessilli dell’Impero".

Jusqu’au début des années 2000, les derbys étaient le théâtre d’un véritable affrontement entre les deux virages rivaux de la capitale, à celui qui était le plus inventif et cruel. Les banderoles, à cette époque, pouvaient encore être réalisées dans les gradins, avec de la peinture en spray. Le stade de football était le théâtre de véritables joutes de répliques, d’attaques et de ripostes improvisées. Nous nous proposons de reporter ici deux échanges qui illustrent le sens de la répartie et l’esprit railleur des supporters ultras. À la banderole de la curva sud qui célèbre la grandeur de la ville de Rome, donc de l’A.S. Roma, "Roma, alza gli occhi guarda il cielo : solo lui è più grande di te", les ultras biancocelesti supporters de la S.S. Lazio rétorquent par la banderole : "Infatti è biancazzuro", qui détourne le message original et le transforme en une célébration des couleurs de la S.S. Lazio. Les romanisti, eux aussi, prennent un malin plaisir à se moquer de leurs meilleurs ennemis : "Insieme a te aquilotto noi voliamo via …" / "BANG !!! Adesso non vola più … ".

Écrire pour reprendre le pouvoir

Toutefois, l’arme la plus fréquente des supporters ultras reste l’humour, parfois dans sa dimension la plus vulgaire. La banderole suivante reposait justement sur une assonance truculente entre le fax ("fax") et le sexe masculin ("cazzo") : "A noi ce s'è rotto er fax". Les supporters adressaient ici aux autorités leur mécontentement suite aux nouvelles mesures de restrictions : le Ministère de l’Intérieur italien imposait en 2007 de nouvelles normes qui exigeaient, en effet, que les supporters envoient un fax à la préfecture de police pour obtenir l’autorisation d’afficher leur banderole au stade. Les supporters, ici, appelaient à enfreindre cette règle, et la banderole (non autorisée et pourtant affichée) en était la preuve. Il arrivait parfois, comme avec cette banderole, que les ultras réussissent à contourner la législation et parviennent à introduire leurs banderoles, non filtrées par les autorités, dans les stades. Cette banderole montre bien que c’est un jeu, à celui que se montre le plus malin. La lutte que proposent les ultras à travers leurs banderoles est une lutte par l’humour et la dérision, et la désobéissance et irrévérence vis-à-vis de l’autorité est l’une des caractéristiques principales de leur expression.

Ainsi, même les banderoles les plus vulgaires et irrévérencieuses pouvaient présenter des qualités littéraires. Nombre de banderoles écrites par des supporters romains comportaient, en effet, des assonances et des rimes qui confèrent un caractère musical, voire poétique, à ces textes. Les messages des banderoles étaient – on l’a vu – souvent construits autour de jeux de mots, liés à des sons et des assonances qui renforcent encore davantage la puissance évocatrice et allusive de ces messages. L’ultra savait se montrer inventif et utiliser toutes les ressources textuelles à sa disposition, pour marquer l’esprit du lecteur/spectateur. L’intertexte des banderoles était très riche et rendait compte de la richesse d’une culture ultra qui emprunte ses personnages et ses histoires au folklore romain, à l’histoire d’Italie ou encore à la culture pop italienne et internationale.

On l’observe dans cette banderole affichée par les ultras de la curva sud (A.S. Roma) qui parodiait la fameuse comptine La Befana vien di notte : "La befana vien di notte per gli sbirri tante botte … Scende dal camino, vaffanculo al secondino … Porta tanti doni … agli amici di Liboni". Cette banderole est composée de trois segments, presque trois couplets d’une chanson. Le texte est très rythmé et mélodique. Son aspect musical lui vient de la présence de nombreuses rimes intérieures : "botte/notte", "camino/secondino", "doni/Liboni". Selon la tradition, la befana est une sorcière qui vient rendre visite aux enfants à l’Épiphanie. Elle remet des cadeaux aux plus sages, du charbon aux turbulents. Les ultras giallorossi s’approprient le patrimoine folklorique italien en reprenant à leur compte une chanson enfantine, très populaire en particulier dans la région du Latium. Cette banderole montre par ailleurs le souci des ultras de s’ancrer dans l’actualité et de la commenter. Les auteurs de la banderole citent, outre la befana, Luciano Liboni, dit "le loup". C’est un criminel italien qui a fait la une des quotidiens pendant plusieurs jours au cours de l’année 2004 ; après s’être échappé de prison et s’être soustrait au contrôle des policiers pendant quelques jours, il est assassiné à Rome par les policiers qui le traquaient. Ce personnage de l’actualité italienne est promu au rang de personnage fabuleux, au même titre que la befana, qui appartient au monde imaginaire des enfants. Dans la version des ultras romanisti, au lieu d’apporter des présents aux enfants qui ont été sages toute l’année, la befana apporte des cadeaux aux occupants des cellules des prisons italiennes. Les ultras détournent ici le système de valeurs : ce sont les condamnés qui méritent les attentions de la befana et les "sbirri", les "flics", eux, méritent les "fessées". Le gros mot, "vaffanculo, mis en avant juste après la ponctuation, vient souligner la volonté affirmée des auteurs d’être irrévérencieux et de choquer.

La culture ultra observée s’inscrivait parfaitement au cours des années 2000 dans la culture italienne du XXe siècle. Voici quelques exemples de la richesse des références intertextuelles des banderoles des ultras romains de la période, qui permettent de mesurer la dimension ludique et humoristique des banderoles des tifoserie romaines.
"47 laziale che parla" : cette banderole des supporters de l’A.S. Roma est une référence au film des années 1950, 47 morto che parla, dont le titre fait référence au chiffre 47 de la traditionnelle "smorfia napoletana", série de chiffres du loto, assimilés aux rêves. Par cette tournure, le romanista assimilait l’adversaire à un mort, et proposait donc une vision rêvée de la mort du laziale.
Les supporters de la Lazio se moquent de Vincenzo Montella – attaquant de l’A.S. Roma de 1990 à 2009 – en caricaturant sa façon de célébrer un but, en mimant les ailes d’un avion avec ses bras : "Montella presidente dell’Alitalia".
Les supporters giallorossi font référence à la tradition culinaire de la ville de Vérone, d’où serait originaire le pandoro, traditionnel gâteau de Noël avec cette banderole : "Ve se magnamo tutti i pandori".
Les supporters de la Roma utilisent la référence au jeu de cartes napolitaines, la scopa pour se moquer, encore une fois, de leurs adversaires à travers une banderole qui épousait la forme d’une devinette : "Perché i laziali giocano a scopa con 30 carte? … Perché non conoscono le coppe!". Le jeu de mots porte sur les familles de symboles des cartes : coppe (coupes), bastoni (bâtons), spade  (épées) e denari (deniers).

L’aperçu de quelques-unes des banderoles de notre corpus montre la complexité sémantique de ces textes : on rencontre énormément d'allusions et d’ambiguïtés qui supposent que le lecteur partage les mêmes références que les auteurs des banderoles et les mêmes thématiques reliées à la vie du tifoso ; le langage employé est très imagé et regorge de figures rhétoriques, comme les métaphores, les anaphores ou les paronomases. Le sens littéral est donc souvent obscur et ces banderoles requièrent la plupart du temps des explications, des extrapolations et des interprétations. Il faut savoir déchiffrer le code de ce message. Les supporters ultras semblent jouer avec cette ambiguïté et ce flou communicatif, qu’ils cultivent. L’ironie et l’humour sont les armes la plus utilisées par les auteurs des banderoles. L’ultra manifeste un plaisir tout particulier pour les mots illicites. Comme si masquer sa pensée, c’était résister ; comme si se montrer xénophobe, raciste, insultant et intolérant, était une façon de donner raison à ses détracteurs et de les provoquer. Le stade s’étant peu à peu transformé en lieu d’interdictions, l’ironie est devenue une manière pour les ultras de se rebeller et de se jouer de la situation. Persister à écrire des banderoles et à les introduire parfois clandestinement dans les stades – au risque d’en être banni selon la réglementation de 2007 – était un acte de courage, un défi ; c’était reprendre possession des lieux et reprendre donc le pouvoir. Les ultras par définition évoluent à la marge, dans l’extrême et se rient du danger. L’élaboration même des banderoles s’inscrit dans la logique rebelle du mouvement ; plus elles sont choquantes et inventives, plus l’exploit est grand.

Références bibliographiques

ARCHAMBAUD Fabien, Le contrôle du ballon. Les catholiques, les communistes et le football en Italie, de 1943 au tournant des années 1980Rome, Bibliothèque des écoles françaises d’Athènes et de Rome, 2012, 655 p.

BROMBERGER Christian, Le Match de football. Ethnologie d’une passion partisane à Marseille, Naples et Turin, Paris : Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 1995, 406 p.

D’ACHILLE Paolo, L’italiano contemporaneo, Bologne. Il Mulino, 2003, 279 p.

DAL LAGO Alessandro, Descrizione di una battaglia. I rituali del calcio, Bologne, Il Mulino, 1990, 171 p.

ROVERSI Antonio, "Calcio, tifo e violenza. Il teppismo calcistico in Italia", in Calcio e violenza in Europa, Bologne, Il Mulino, 1990, 166 p.

VALERI Mauro, Che razza di tifo. Dieci anni di razzismo nel calcio italiano, Rome, Donzelli Editore, 2010, 250 p.

Pour aller plus loin

Extrait de Il Marito (1958) de Nanni Loy et Gianni Puccini.

 

Pour citer cette ressource :

Bernadette Tinti, "Les banderoles des supporters ultras de Rome", La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), avril 2022. Consulté le 25/09/2022. URL: https://cle.ens-lyon.fr/italien/civilisation/xxe-xxie/les-banderoles-des-supporters-ultras-de-rome