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Contextualiser les mémoires de l’esclavage : transmissions transgénérationnelles dans « Homegoing » de Yaa Gyasi

Par Jehanne Eveno : ATER - Université Grenoble Alpes
Publié par Marion Coste le 08/01/2026

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[Article] Cet article analyse le travail de contextualisation temporelle et géographique par l’outil littéraire dans le roman ((Homegoing)) (2016) de Yaa Gyasi, au prisme de deux concepts : celui de « mémoire multidirectionnelle » développé par Michael Rothberg et celui de « mémoire palimpseste » conceptualisé par Max Silverman. Cette étude encourage une lecture comparative d’événements traumatisants qui se déroulent à des époques et dans des espaces distincts afin d’atteindre une plus grande contextualisation de l’esclavisation et des pratiques de mise en mémoire liées à celle-ci.

Introduction

Dans leur état des lieux de la recherche anglophone sur la mémoire, Lucy Bond, Stef Craps et Pieter Vermeulen évoquent l’un de ses enjeux contemporains : « as the Holocaust begins to pass out living memory, the question of how memories of survivors of historical traumas are transmitted to, and inherited by, members of later generations has become another area of intense inquiry » (2017, 2). Ils voient dans la disparition des survivants de l’Holocauste un élément déclencheur des interrogations autour de la transmission de la mémoire. Cette réflexion fait également sens dans le cadre d’analyses qui portent sur des événements d’un passé plus lointain : comment, par exemple, préserver la mémoire de l’esclavage quand la transmission des souvenirs n’est plus possible par le témoignage direct de celles et ceux qui ont été esclavisé·es ? Par le biais de son concept de « postmémoire », Marianne Hirsch a proposé un outil d’analyse de la transmission de la mémoire à travers les générations, qu’elle conceptualise au sujet de la mémoire de l’Holocauste mais dont elle suggère d’élargir l’application (2012, 19). Elle voit par ailleurs dans la littérature, par exemple dans les romans de Toni Morrison, des modes de transmission de la mémoire de l’esclavage : « Generations after slavery, Morrison was able to convey its impacts and effects more powerfully than contemporary accounts. How is trauma transmitted across generations, I began to wonder? How is it remembered by those who did not live it or know it in their own bodies? » (Hirsch, 2012, 11). L’extension du concept de « postmémoire » au contexte de l’esclavage se heurte toutefois à la spécificité d’un système qui, comme l’explique Clint Smith, a largement reposé sur une séparation des familles : « The splitting of families was not peripheral to the practice of slavery; it was central » (2021, epub, n.p.). Cette séparation est souvent représentée dans les récits qui portent sur l’esclavage, à commencer par ceux produits par d’ancien·nes esclavisé·es : « scenes and descriptions of family separation are central to the narratives enslaved people wrote and published throughout the eighteenth and nineteenth centuries » (2021, epub, n.p.). Si la séparation familiale est centrale à l’expérience de l’esclavage et aux narrations qui en résultent, comment un concept tel que celui de la « postmémoire », qui suppose une interaction entre les différentes générations, peut-il être opératoire ? Il nous apparaît que le concept de « mémoire palimpseste » proposé par Max Silverman (2015) pourrait être un outil plus adapté pour comprendre les processus de transmission transgénérationnelle relatifs à l’esclavage. Dans le cadre de son analyse, s’intéressant principalement à l’Holocauste et à la guerre d’Algérie, Max Silverman adopte une approche transnationale qui lui permet d’évaluer la portée de son concept dans des contextes culturels et historiques distincts. Nous souhaitons étendre son raisonnement au contexte de la traite Atlantique et de l’esclavage afin d’examiner les modes de transmission de la mémoire de l’esclavage dans le roman Homegoing (2016) de l’autrice américaine d’origine ghanéenne Yaa Gyasi.

Le récit se concentre sur les six descendants successifs de deux demi-sœurs nées en pays Fante et Ashanti ((Samuel Amponsah. 2023. « Akan Folklore as a Philosophical Framework for Education in Ghana », International Rewiew of Education, volume 69, n°1-2, pp.128 : « The Akan people constitute the largest ethnic group in both Ghana and its neighbour Ivory Coast […]. They include the Agona, the Ahanta, the Akuapem, the Akwamu, the Akyem, the Ashanti, the Bono, the Fante, the Kwahu and the Wassa. These Akan subgroups share many cultural traits, such as the matrilineal tracing of descent, matrilineal inheritance of property, and hereditary matrilineal succession to high political office ».)) (au Ghana) au milieu du dix-huitième siècle. L’une, Effia, est mariée à un esclavagiste britannique et l’autre, Esi, est capturée et envoyée aux États-Unis. La dimension transgénérationnelle de ce récit qui court sur sept générations s’incarne dans deux colliers composés d’une pierre noire qui sont légués à Effia et Esi par leur mère, Maame. Mar Gallego voit dans ce collier un symbole des stratégies de survie et de guérison transmises de génération en génération (2019, n.p.). À ces couches générationnelles, Gyasi ajoute une dimension transnationale, miroir de son propre parcours, puisque chaque chapitre de l’œuvre se concentre sur un·e descendant·e de chaque lignée, alternant entre le Ghana et les États-Unis, et couvre un événement ou un phénomène socio-historique précis. Par ce biais, l’autrice crée un parallèle et établit des liens entre deux contextes culturels et nationaux, processus qui peut être lu comme une déclinaison du concept de « mémoire multidirectionnelle » développé par Michael Rothberg (2009). L’historien défend en effet l’idée selon laquelle seule une approche comparative, et non compétitive, des mémoires d’événements traumatisants peut permettre une plus grande compréhension de leur impact. En cela, son projet, et notre analyse du roman de Yaa Gyasi, souligne l’importance du « pluriversel », concept au cœur du travail de Walter D. Mignolo et Catherine E. Walsh sur le décolonial : « For us, the pluriversal opens rather than closes the geographies and spheres of decolonial thinking and doing. It opens up coexisting temporalities kept hostage by the Western idea of time and the belief that there is one single temporality: Western-imagined fictional temporality » (2018, 3). La pratique de Gyasi et la théorie de Rothberg participeraient de ce pluriversel, qui s’oppose à l’universel en reconnaissant la spécificité de chaque expérience et apparaît comme nécessaire pour opérer une décolonisation des connaissances.

Les deux concepts de Silverman et de Rothberg s’appuient sur l’hypothèse d’une complémentarité des mémoires et semblent suggérer qu’une addition des souvenirs permettrait de parvenir à un accès plus complet aux épisodes du passé et de poursuivre le travail de contextualisation de la mémoire de l’esclavage. La structure fragmentée de Homegoing et sa diégèse transgénérationnelle invitent à interroger la façon dont le roman bouscule les paradigmes de la transmission de la mémoire de l’esclavage en multipliant les perspectives à la fois verticales et horizontales que nous nous attacherons à définir. Nous étudierons tout d’abord le processus d’accumulation transgénérationnelle des souvenirs avant de nous intéresser à l’enrichissement transnational des mémoires.

1. Couches de mémoire : transmission des souvenirs par accumulation

The night Effia Otcher was born into the musky heat of Fanteland, a fire raged through the woods just outside her father’s compound. It moved quickly, tearing a path for days. It lived off the air; it slept in caves and hid in trees; it burned, up and through, unconcerned with what wreckage it left behind, until it reached an Asante village. There, it disappeared, becoming one with the night. (3)

L’ouverture de Homegoing présente à la fois le lieu de l’action et le personnage au cœur du premier chapitre mais aussi l’un des motifs récurrents tout au long de l’œuvre : le feu. Sa répétition crée une forme d’accumulation à travers le temps. Le feu est immédiatement associé à l’idée d’origine par le complément circonstanciel de temps et le verbe « was born ». La personnification produite par le recours aux groupes verbaux « lived off the air », « slept » et « hid » lui donne une forme humaine, renforcée dans la suite du récit par l’association du feu et de la mère d’Effia, Maame. Ainsi, la révélation qui est faite à Effia de la véritable identité de sa mère reprend un verbe de mouvement (« ran away ») qui fait écho au « moved quickly » qui caractérise le feu : « She is not your mother, you know. Baaba. Our father had you by a house girl who ran away into the fire the night you were born. She is the one who left you that stone you wear around your neck » (27). Le feu, d’abord personnalisé au début du chapitre, s’incarne dans la figure de Maame qui s’est enfuie d’un village Fante où elle était esclavisée et qui a trouvé refuge dans un village Ashanti. À nouveau, le lien entre feu et origine est renforcé par la clause temporelle « the night you were born ». Le feu devient comme un mythe des origines, une force de vie (destructrice) qui est à la source des deux lignées. Dans le deuxième chapitre, consacré cette fois-ci à la demi-sœur d’Effia, Esi, l’histoire de la fuite de Maame n’est pas clarifiée mais la mère originelle entame une litanie qui connecte les deux sœurs et le feu : « Maame babbled nonsense words, words she had never spoken before. Sister, Baaba, fire. Sister, Baaba, fire » (42). Baaba est la mère d’adoption d’Effia, celle qui l’a élevée puis mariée à un esclavagiste britannique. Le feu est ainsi une origine commune aux deux sœurs, ce qui les connecte entre elles et avec leurs descendant·es au travers des souvenirs de Maame qui lient les sœurs à l’incendie. Dans le dernier chapitre du roman, la connexion entre les deux lignées apparaît à nouveau au travers du symbole du feu alors que les deux derniers descendant·es voyagent ensemble au Ghana : « She walked to where he stood, where the fire met the water. He took her hand and they both looked out into the abyss of it » (300). L’union oxymorique de l’eau et du feu se fait physique par le contact des mains et, de cette façon, le texte nous rappelle la séparation des deux lignées, causée par l’incendie originel puis la mise en esclavage et le déplacement forcé vers le continent américain.

Le maintien du symbole du feu à travers les chapitres suggère la perpétuation de la transmission d’une certaine forme de mémoire (les souvenirs à l’origine de la narration) à travers les générations jusqu’aux dernier·es descendant·es, rendue explicite par cette remarque de l’un d’entre eux au sujet de ses ancêtres : « They had been products of their time, and walking in Birmingham now, Marcus was an accumulation of these times » (296). Marcus, le personnage éponyme du dernier chapitre, représente la culmination de toutes ces couches. Son expérience peut en effet être lue comme le résultat de l’expérience cumulée de tous ses ancêtres, incarnée, comme l’expliquent Nonki Motahane, Oliver Nyambi et Rodwell Makombe, par la couleur de sa peau : « Thus for Marcus, slavery and the past it physically occupies are not ‘past’, they live in and through memories that are constantly refreshed and replenished by symbolic mnemonic objects, chief among them, the descendants’ black (African) skin » (2021, 19). Ces critiques considèrent la peau de Marcus comme symbolique de l’accumulation des conséquences du racisme depuis des décennies. Or, nous considérons que l’image de l’accumulation est précisément ce que le recours récurrent au symbole du feu rend manifeste dans le roman. Contrairement à la couleur de la peau, le symbole du feu ne se limite pas à une lecture verticale et chronologique qui voit Marcus comme la manifestation finale, dans le roman, d’une transmission portant sur l’expérience des personnes esclavisées et de leurs descendant·es mais crée également un mouvement rétrospectif.

En effet, l’accumulation des couches produites par la mention récurrente du feu nous semble tenir du palimpseste tel qu’il est présenté dans la poétique de la mémoire de Max Silverman. Son concept de « mémoire palimpseste » (ou « palimpsestic memory ») saisit les connections à travers le temps et l’espace : « The focus on the figure of the palimpsest reveals how time and space are reconfigured through a ceaseless process of straddling and superimposition of elements, and condensation and displacement of meaning » (2015, 22). L’approche de Max Silverman invite à privilégier les perspectives et les focalisations multiples qui permettent de brouiller les frontières temporelles. Le palimpseste n’est en effet pas simplement un processus d’accumulation qui voit le passé hanter le présent mais aussi un regard porté depuis le présent vers le passé. Lars Eckstein, dans son analyse de la mémoire en littérature, explique : « The central metaphor of the palimpsest here indicates that the material of reference is covered and displaced (verstellt) in mnemonic writing, yet in no way deleted. Material that has been covered with a new layer of print may, rather, be carefully recovered in a retrospective act of analysis » (2006, 35). Marcus est donc à la fois un aboutissement de la transmission mais aussi le point de départ du regard qui est porté de manière rétrospective sur le passé. Comme le souligne Ava Landry, la partie contemporaine du récit est partiellement inspirée de l’expérience de l’autrice elle-même : « The novel was inspired by Gyasi’s own “homegoing” back to her birthplace of Ghana after leaving as an infant » (2018, 128). Suivant le mode de fonctionnement du palimpseste, le roman de Yaa Gyasi lit également le passé à la lumière du présent, créant ce que Max Silverman a qualifié de « superposition des éléments », alors que le présent est « présenté comme pressé ou hanté par un passé qui n’est pas immédiatement visible mais qui doit être progressivement dévoilé » (2015, 3). La littérature devient une loupe qui permet de déchiffrer les traces perceptibles sur le parchemin mais pas nécessairement à l’échelle de l’histoire. Le passé est alors relu à la lumière d’un présent qui permet de nouveaux éclairages sur les événements que l’on cherche à comprendre. Cette pratique est d’autant plus importante que, comme le souligne Jacques Derrida, l’archive est intrinsèquement liée au pouvoir et les traces des minorités sont souvent inaccessibles. Dans une analyse de l’étymon grec du terme « archive » (« arkhē »), il montre comment les archives s’articulent avec la notion de privilège et considère qu’il n’y a « [n]ul pouvoir politique sans contrôle de l’archive, sinon de la mémoire. La démocratisation effective se mesure toujours à ce critère essentiel : la participation et l’accès à l’archive, à sa constitution et à son interprétation » (Derrida, 2008, 15). La considération de mémoires de l’esclavage décolonisées nécessite donc l’investigation des archives existantes afin de faire remonter les traces d’une histoire à inclure dans le « pluriversel ».

Dans Homegoing, la superposition évoquée par Silverman est produite par les échos créés par la répétition du motif du feu chapitre après chapitre. L’image du feu est ainsi appliquée au travail dans les plantations de coton dans le sud des États-Unis : « In Hell, the sun scorched cotton so hot it almost burned the palms of your hands to touch it. Holding those small white puffs almost felt like holding fire, but, God forbid you let one drop. The Devil was always watching » (74). La métaphore de l’enfer « Hell », la locution « God forbid » et le surnom « The Devil » introduisent une imagerie biblique qui vient s’ajouter à celle du feu et que l’on retrouve plus tard dans la comparaison : « The fire had been magnificent, and so hot it was like the Devil’s breath, and before Jo knew it, it had started to chase the wood of the deck » (117). Le feu est un symbole qui hante les personnages et réapparaît au cours du récit, trace de l’impact de l’événement originel à travers les générations. Cet impact se manifeste le plus visiblement dans le chapitre « Akua », nom de l’arrière-arrière-petite-fille d’Effia :

She had grown up in the missionary school, where they were taught to go to God with all their worries and problems and fears, but when she came to Edweso and saw and heard a white man being swallowed alive by fire, she dusted off her knees, knelt down, and gave this image and sound to God, but God had refused to keep them. He returned her fear to her every night in horrible nightmares where fire consumed everything, where it ran from the coast of Fanteland all the way into Asante. (177)

L’événement que j’ai qualifié d’originel, l’incendie qui a permis la fuite de Maame, est mentionné directement ici par le biais des références spatiales : « from the coast of Fanteland all the way into Asante » qui correspond au parcours de Maame. Elle fait ainsi l’expérience d’une forme de ce que Anny-Dominique Curtius qualifie de « ressouvenance » (2020, 16), le retour à la mémoire d’un souvenir oublié qui est ici construit à l’échelle transgénérationnelle. Ce parallèle témoigne de la connexion entre Akua et ses ancêtres, qui prend une dimension religieuse, ou tout du moins spirituelle, par la référence à Dieu et à la prière. Toutefois, la connexion aux ancêtres n’est pas vécue comme une bénédiction ((Dans le roman, alors qu’elle fait l’expérience d’une de ses visions, Akua brûle ses enfants et seul l’un d’entre eux survit. Cet acte crée un autre type d’interconnexion selon DeLinda Marzette qui voit dans ce geste l’inscription de l’œuvre de Yaa Gyasi dans une lignée d’autrices africaines américaines, parmi lesquelles Angelina Weld Grimke, Georgia Douglas Johnson et Toni Morrison : « With the killing of her children, she follows a noteworthy line of maternal figures by black women writers who decidedly slay their children. […]. After enduring some of the most horrific atrocities, ultimately, Gyasi presents resilient characters and a healing narrative reminiscent of what Morrison skillfully executes in her novel Beloved—a kind of literary ritual to reconnect what has been fragmented. » dans DELINDA Marzette. 2021. « Children of Fire and Water: Motherhood, Migration, and Home in Yaa Gyasi’s Homegoing », South Central Review, volume 38, n°2-3, p.105.)), comme le suggère le champ sémantique du tourment qui évoque l’enfer et la malédiction (« worries and problems and fears », « swallowed alive by fire », « fear », « nightmares », « fire consumed everything »). Le personnage hanté par des cauchemars de l’incendie originel exprime directement cette idée dans une discussion avec son fils : « But when I listened to the firewoman’s stories I began to see that the fetish priest was right. There is evil in our lineage. There are people who have done wrong because they could not see the result of the wrong. They did not have these burned hands as warning » (242). Différents éléments précédemment mentionnés sont repris ici : la dimension spirituelle par la référence au « fetish priest », la figure de la mère originelle, Maame, ici incarnée par la femme en flammes (« the firewoman »), ou encore les mains brûlées (« these burned hands »), écho aux paumes brûlées de la plantation de coton (« cotton so hot it almost burned the palms of your hands », 74). On constate que le symbole du feu se dote au fur et à mesure du roman de couches successives de sens qui viennent enrichir le référent premier : le feu n’est pas seulement l’incendie, mythe familial fondateur, mais aussi tous les obstacles qu’ont dû traverser les descendant·es de Maame, la mère originelle. Les traces textuelles du feu peuvent alors être lues comme des manifestations de la transmission de la mémoire familiale à travers les générations.

L’interconnexion de ces couches, quelles que soient leurs inscriptions géographiques, sociologiques ou historiques, participe des deux phases décrites par Max Silverman dans sa définition de la « mémoire palimpseste ». La première, que nous avons examinée, correspond à la façon dont le passé hante le présent de façon imperceptible de sorte qu’il faut alors progressivement le dévoiler : 

The relationship between present and past therefore takes the form of a superimposition and interaction of different temporal traces to constitute a sort of composite structure, like a palimpsest, so that one layer of traces can be seen through, and is transformed by, another. Second, the composite structure in these works is a combination of not simply two moments in time (past and present) but a number of different moments, hence producing a chain of signification which draws together disparate spaces and times. (2015, 3)

La seconde étape de ce processus décrit par Silverman suppose un brouillement des temporalités qui produit une influence mutuelle du présent et du passé. Nonki Motahane et al. perçoivent ce mouvement de va-et-vient du passé au présent qui ne permet pas une lecture simplement linéaire de la transmission puisqu’ils évoquent une forme de responsabilité qu’aurait Marcus envers ses ancêtres : « The ancestor’s omnipresence, which is paralleled with continuitites in blatant and subtle forms of racism in modern-day America, is a constant reminder of Marcus’ racial obligations as a modern-day incarnation of their spirit of struggle » (2021, 23). Ce sentiment de responsabilité face aux souvenirs des expériences de celles et ceux qui nous ont précédé participe également de l’analyse de Marianne Hirsch et son concept de « postmémoire » qui suppose une transmission explicite et volontaire, le passage d’histoires d’un parent à un enfant, transmission dont découle également une contrainte puisque les histoires pèsent sur la famille et qu’il semble impossible d’en refuser la réception. Cette transmission peut également s’accomplir de façon involontaire lorsque ce n’est pas tant par les mots ou par la parole qu’elle s’opère mais par les non-dits. Toutefois, cette approche de Marianne Hirsch suppose une communication ou un refus de communication et donc une interaction qui est rendue impossible dans la situation des personnages du roman de Yaa Gyasi puisqu’ils ont été déplacés de force et séparés de leurs proches. Homegoing souligne plutôt la transmission implicite et involontaire qui s’opère par accumulation de couches de sens autour de symboles qui hantent les personnages. L’accumulation des couches, que nous avons analysée avec l’exemple du feu, témoigne donc du maintien de la transmission transgénérationnelle de la mémoire en ce que les traces d’un événement parviennent à traverser les générations, se parant au passage de sens nouveaux et complémentaires apportés par le fonctionnement palimsestique de cette transmission. En ce sens, la mémoire palimpseste telle qu’elle est représentée dans l’espace littéraire fait coexister des temporalités, y compris celles « prises en otage par l’idée occidentale du temps et la croyance qu’il n’existe qu’une seule temporalité : la temporalité fictive imaginée par l’Occident » (Mignolo et Walsh, 208, 3, je traduis).

2. Faisceaux de mémoire : accumulation de mémoire par comparaison

Lorsque Mignolo et Walsh considèrent la place de l’eurocentrisme dans la production de la connaissance, ils rappellent que celui-ci n’est pas seulement géographique : « Eurocentricism is not a geographical issue, but an epistemic and aesthetic one (e.g., control of knowledge and subjectivities) » (2018, 125). Nous nous proposons à présent d’analyser la comparaison des contextes géographiques afin de montrer en quoi la mémoire de l’esclavage et ses conséquences gagnent non seulement à considérer l’accumulation à travers les générations (selon un mouvement vertical) mais aussi à travers les espaces dans un mouvement horizontal entre et au sein des générations de façon à se défaire de l’eurocentrisme dénoncé par Mignolo et Walsh. Cette lecture est influencée par le travail de Michael Rothberg qui, se fondant sur les recherches des études de la mémoire dans les années qui suivirent l’Holocauste, évoque le danger d’un discours unique qui créerait une hiérarchie de la souffrance (2009, 8-9) et propose à la place un système de comparaison : « Instead of memory competition, I have proposed the concept of multidirectional memory, which is meant to draw attention to the dynamic transfers that take place between diverse places and times during the act of remembrance » (2009, 11). La mémoire multidirectionnelle s’appuie sur la mise en relation de différents espaces et différentes temporalités afin d’étoffer la constitution d’une mémoire collective. Cette approche est celle adoptée par Christine Okoth dans sa lecture de l’œuvre de Gyasi lorsqu’elle s’intéresse à la représentation des régimes d’extraction, c’est-à-dire la dépendance à l’exploitation de ressources dans la formation d’un système économique et politique ((Voir GELLERT, Paul K. 2010. « Extractive Regimes: Toward a Better Understanding of Indonesian Development », Rural Sociology, volume 75, n°1, pp.28-57.)). Elle se penche plus particulièrement sur leur mise en place autour de « l’Atlantique noire » : « Like the ocean and the ship, extractive regimes generate paths through the Black Atlantic world that allow for comparisons on the basis of formal similarity while acknowledging the specific conditions under which race is produced in different geographies and temporalities » (2021, 380-381). Okoth analyse l’évolution des régimes d’extraction dans Homegoing, de l’exploitation de la terre à celle des esclaves (par leur capture sur la Côte-de-l’Or et leur esclavisation sur les plantations états-uniennes) puis au travail pénal : « Turning to the coal mines of nineteenth-century Alabama, Homegoing points to the similarities between plantation slavery and industrial capitalism while simultaneously insisting, by way of literary formal choices, on the transmutation and reconfiguration of the formal racial logics produced by extractive regimes » (2021, 388). Cette étude examine l’exploitation capitaliste et son fondement sur des logiques raciales déjà présentes dans l’esclavage en s’appuyant sur une comparaison de deux contextes d’exploitation, l’un transatlantique, l’autre américain, sans pour autant nier la spécificité de chacune de ces situations. Dans le domaine historique, une telle mise en relation est explorée par Edmund Abaka au travers d’une analyse de bâtiments que l’on retrouve au cœur du roman de Yaa Gyasi, tels les forts côtiers, et le fort de Cape Coast en particulier :

In the end, the slave forts and castles represent a crucial link in a trifecta of major historical epochs in global history: European expansion in Africa, the Atlantic slave trade and Gold Coast history. The slave forts and castles, as the linchpin of this trifecta, have affected global history in a way that has not been recognized for their monumental importance in as far as they contributed to pull Africa into the global political economy. (2012, 29)

Si Abaka mentionne ici le rôle économique et politique des forts côtiers, son ouvrage House of Slaves souligne également la place à attribuer à ces monuments à la fois dans l’histoire de l’esclavage et dans celle de la Côte-de-l’Or et du Ghana.

Le projet historiographique d’Abaka trouve un équivalent littéraire dans l’œuvre de Yaa Gyasi dont le roman adopte une perspective « Africentrique » (« Africentric »), telle que la définit Minister Faust ((Faust définit l’« Africentrisme » comme ce qui se centre sur l’Afrique et les Africains, distinguant ce terme de l’« afrocentricité » (et non « afrocentrisme ») qu’il considère correspondre à une philosophie. Minister Faust dans Isiah Lavender III et Lisa Yaszek (dir.), Literary Afrofuturism in the Twenty-First Century (Colombus : The Ohio State University Press, 2020), 27-28.)), et non eurocentrée, notamment lorsque le fort de Cape Coast ou « Cape Coast Castle » devient le lieu où se déroule la séparation entre les deux lignées. À la suite de son mariage avec un esclavagiste britannique, Effia emménage dans le fort de Cape Coast. Alors qu’elle visite le bâtiment avec son mari, elle est tout d’abord séduite par le lieu avant d’être troublée par ce qu’il cache :

The Castle was itself a village. Effia walked around with James in complete awe, running her hands along the fine furniture made from wood the color of her father’s skin, the silk hangings so smooth they felt like a kiss. […] Then she felt a breeze hit her feet from small holes in the ground. ‘What’s below?’ she asked James, and the mangled Fante word that came back to her was ‘cargo.’ (16-17)

La description presque cadastrale des bâtiments et de leurs fonctions est associée à un champ lexical des sensations qui est dans un premier temps laudatif : « awe », « running her hands », « silk », « smooth », « kiss ». Cependant, alors que l’adverbe de temps introduit la notion d’un changement, du franchissement d’une étape, les sensations deviennent plus agressives comme le suggère l’utilisation du verbe « hit » pour dénoter l’action « she felt a breeze hit her ». Cette transition est révélatrice des disparités entre la surface qui se veut bienveillante envers ces femmes noires mariées à des esclavagistes blancs, et le sous-sol, lieu de souffrances pour les femmes noires esclavisées. L’horreur du souterrain est présentée dans le deuxième chapitre du roman, « Esi », dans lequel la demi-sœur d’Effia est capturée et emmenée de force au fort de Cape Coast. Le deuxième paragraphe localise la jeune femme dans les prisons souterraines du bâtiment : « Esi had been in the women’s dungeon of the Cape Coast Castle for two weeks » (28). Or, la vie au sous-sol contraste fortement avec celle à la surface :

The soldiers came in, though Esi was no longer able to tell what time. The mud walls of the dungeon made all time equal. There was no sunlight. Darkness was day and night and everything in between. Sometimes there were so many bodies stacked into the women’s dungeon that they all had to lie, stomach down, so that women could be stacked on top of them. (30)

La description du donjon situé au sous-sol du fort de Cape Coast provoque une sensation de claustrophobie par l’évocation d’une absence de repères temporels et d’un manque d’espace conduisant à la suppression de la liberté de mouvement. Contrairement à Effia qui circule presque librement à la surface du fort, Esi est enfermée avec d’autres femmes. La situation des deux filles de Maame est donc contrastée dans le récit par l’apposition du récit focalisé sur Esi à celui focalisé sur Effia.

Un autre contraste est créé par un effet de rappel lorsque dans la deuxième partie du roman, un personnage prénommé « H » (qui est l’arrière-petit-fils de Esi), est contraint au travail forcé aux États-Unis. Il est envoyé dans les mines de charbon de l’Alabama où il découvre ce qu’il qualifie de ville souterraine. Lorsqu’il est enfin libéré, son passage du sous-sol à la surface rappelle les disparités entre la situation d’Effia et celle d’Esi : « The day the elevator shaft took him up into the light and the prison warden unshackled his feet, H looked straight up at the sun, storing up the rays, just in case some cruel trick sent him back to the city underground » (166). Le mouvement d’élévation, l’évocation de la lumière et l’ouverture des chaînes donnent à ce passage une tonalité spirituelle qui intensifie la transition du souterrain à l’extérieur. Le soleil est ici représentatif de la surface, opposé à la ville souterraine. Sa présence dans ce passage rappelle au lecteur son absence dans le donjon souterrain où était enfermée Esi : « There was no sunlight » (30). La libération de H est donc un retour au soleil d’un homme emprisonné contraint au travail forcé mais aussi une libération symbolique de la lignée d’Esi.

Le soleil est par ailleurs bienveillant et agréable pour H alors qu’il était agressif sur les plantations comme le souligne l’image utilisée dans le chapitre « Ness » : « the punishing eye of the southern sun » (70). L’évolution du motif à travers les chapitres permet une lecture dialogique de deux lieux : les mines de Pratt City et le fort de Cape Coast. L’historien Clint Smith évoque d’ailleurs le lien étroit entre esclavisation et travail forcé alors qu’il relate l’expérience d’un ancien détenu :

‘They lost all that free labor to emancipation, and now how are we going to get that free labor back? You got all these folks wandering around with no real skills, don’t know what to do, well, we can create laws to put them back in servitude, and that’s what they’ve done. Where do they work? They go right back to working convict leasing, working these same plantations that they were freed from.’ (2021, epub, n.p.)

Si Clint Smith confirme ici le soubassement scientifique et historique de la connexion opérée par Yaa Gyasi dans son roman, l’approche de Michael Rothberg nous invite à dépasser ce besoin de validation empirique : « Rather, a certain bracketing of empirical history and an openness to the possibility of strange political bedfellows are necessary in order for the imaginative links between different histories and social groups to come into view; these imaginative links are the substance of multidirectional memory » (2009, 18). La fiction est présentée comme tout aussi opérante pour enrichir le processus mémoriel de connexion entre les individus et les événements. La mise en fiction de la connexion entre travail forcé et esclavisation crée un lien direct, dans le roman, entre l’expérience de Esi, Effia et H, et permet d’avoir une vision plus englobante des conséquences des activités du fort de Cape Coast dans toute leur multiplicité et non conditionnée à une perspective occidentale hégémonique.

Lieu de séparation, le fort de Cape Coast est aussi le lieu d’origine et le foyer du fils d’Effia, Quey. Dans le chapitre éponyme, l’attachement du jeune homme au fort est présenté explicitement par la comparaison : « He missed the Castle, the breeze from the beach. Here, in the village of his mother, Effia, sweat pooled in his ears, in his belly button » (50). Bien que le deuxième lieu soit associé à l’origine par la formulation possessive « the village of his mother », le contraste entre « breeze » et « sweat » confirme le sentiment d’appartenance du jeune homme au fort et non au village de ses ancêtres. Quey a en effet été contraint de quitter le fort afin de travailler comme agent de liaison pour assurer le maintien du commerce entre le village et les Britanniques. Le fort de Cape Coast apparaît également en arrière-plan du chapitre « James », nom du petit-fils d’Effia. Il est d’abord évoqué au travers des spéculations d’un personnage pour son rôle commercial qui cache une ambition politique : « The year James was born, they told everyone in the Castle that the slave trade was abolished and that we could not sell our slaves to America anymore, but did that stop the tribes from selling? […] There’s more at stake here than just slavery, my brother. It’s a question of who will own the land, the people, the power » (93). Puis, son rôle politique est confirmé : « The British had no intention of leaving Africa, even once the slave trade ended. They owned the Castle, and, though they had yet to speak it aloud, they intended to own the land as well » (93). Le fort n’est pas ici seulement un symbole de l’esclavage mais représente également l’occupation britannique. Comme l’explique Edmund Abaka, les forts côtiers devinrent des lieux de gouvernance pour les Britanniques suite à l’abolition de l’esclavage : « The importance of the slave fort and castle in this long durée of British history lies in the fact that when Britain colonized parts of West Africa in the 1880s the former slave castle, Cape Coast Castle, continued to be the seat of the colonial administration in the Gold Coast » (2012, 3). Dès lors, les générations successives restées au Ghana ne sont plus concernées par l’esclavage mais par les luttes de pouvoir entre Britanniques, Fante et Ashanti ((La guerre anglo-ashanti est mentionnée à la toute fin du chapitre « James » alors que le personnage éponyme fait croire à sa famille qu’il est décédé pendant les affrontements entre Ashanti et Britanniques, tandis que le chapitre « Yaw » a lieu au moment de l’indépendance du Ghana.)). Ces situations sont toutefois mises en résonnance par la structuration du récit : le chapitre « Ness » qui a la forme d’un « neo-slave narrative » est intercalé entre les chapitres « Quey » et « James », soulignant ainsi les conséquences des actions des deux hommes. En effet, le chapitre « Ness » narre la tentative de fuite de Ness, femme esclavisée qui travaille sur une plantation dans le sud des États-Unis et est soumise aux flagellations, aux violences verbales et à la séparation forcée avec les membres de sa famille. De cette façon, la dernière phrase du chapitre « Quey », « He was in the business of slavery, and sacrifices had to be made » (69) – qui évoque la nécessité pour Quey de refouler son attachement pour un autre homme – prend un sens nouveau lorsqu’elle est suivie par une description minutieuse des souffrances psychologiques et physiques des personnes esclavisées dans les plantations du sud des États-Unis. Le roman de Yaa Gyasi illustre donc l’intérêt de considérer le travail sur la mémoire de l’esclavage non pas comme une compétition de souffrances mais comme la proposition d’une vision englobante des souffrances liées à l’esclavage. L’on retrouve dès lors le modèle de « mémoire multidirectionnelle » proposé par Michael Rothberg : « The model of multidirectional memory posits collective memory as partially disengaged from exclusive versions of cultural identity and acknowledges how remembrance both cuts across and binds together diverse spatial, temporal, and cultural sites » (2009, 11). La présentation de souffrances liées à l’esclavage, au travail pénal mais aussi à la colonisation et la dépendance politique et économique envers les Britanniques qui s’ensuit propose une plus grande contextualisation et un enrichissement du travail de mémoire autour de l’esclavage.

Conclusion

L’analyse du roman de Yaa Gyasi à la lumière des concepts de « mémoire palimpseste » de Max Silverman et de « mémoire multidirectionnelle » de Michael Rothberg nous a permis de montrer que les approches transnationales et transgénérationnelles qu’ils adoptent, et auxquelles Gyasi a recours, rendent possible un enrichissement de la vision de l’esclavage. La fiction se fait outil de contextualisation temporelle et géographique des mémoires afin d’interroger les dynamiques de pouvoir à l’œuvre dans la traite Atlantique, à la fois sur le plan spatial et sur le plan temporel : les conséquences dans le temps et sur différents territoires sont mises en parallèle et comparées, sans jamais être rendues équivalentes. Ce faisant, il nous apparaît que l’approche mémorielle adoptée par Yaa Gyasi et le choix de la développer dans une œuvre de fiction qui a pour but d’atteindre un public large et divers, se veut comme une participation à la « proclamation [de] la différence » à laquelle invite Achille Mbembe dans Critique de la raison nègre (2015, 263). De même que Mbembe, Boaventura de Sousa Santos souligne que la reconnaissance des différences est essentielle à la construction d’une communauté réellement pluriverselle : « the diversity of the experiences of the world, together with a conversation of the world that takes them seriously – that is to say, that allows for a dialogue among those experiences rather than forcefully imposing one of them upon all the others – makes no sense if one takes for granted that the objectivity of the world can be captured on the basis of one experience alone » (2018, 38). L’acceptation des différences de situations et d’expériences doit donc être associée à une reconnaissance des différences identitaires qui ne cherche pas à les limiter mais plutôt les encourage. Si notre analyse s’est concentrée sur la transmission transgénérationnelle et transnationale de souvenirs d’expériences liées à l’esclavage, une lecture peut également être faite, à l’image du travail de Ava Landry, en termes de construction identitaire. Landry souligne le poids symbolique de la dernière action du roman : « Giving her necklace to Marcus illustrates Marjorie’s security and acknowledgment that, while she had to adapt to her life in the United States, she could still feel connected to her home without being physically rooted there » (2018, 144-45). L’approche multidirectionnelle pourrait conduire à un refus de la compétition des mémoires auquel ferait écho, par extension, un refus de l’opposition des identités. De cette manière, la littérature pourra peut-être conduire à une compréhension plus totale de l’interconnexion de l’histoire et des histoires et ouvrir ainsi un chemin vers la montée en humanité prônée par Mbembe.

Notes

Biliographie

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Pour citer cette ressource :

Jehanne Eveno, Contextualiser les mémoires de l’esclavage : transmissions transgénérationnelles dans Homegoing de Yaa Gyasi, La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), janvier 2026. Consulté le 10/01/2026. URL: https://cle.ens-lyon.fr/anglais/litterature/litterature-postcoloniale/contextualiser-les-memoires-de-l-esclavage-transmissions-transgenerationnelles-dans-homegoing-de-yaa-gyasi