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Quand il faut choisir une langue : les poètes de la Caraïbe anglophone

Par Corentin Jégou
Publié par Marion Coste le 04/04/2025

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[Conférence] Comment et pourquoi les poètes de la Caraïbe anglophone choisissent-ils une langue plutôt qu'une autre comme outil poétique ? L'anglais de la Reine est-il nécessairement un instrument de domination ? La production littéraire en créole est-elle forcément émancipatrice ? Corentin Jégou propose dans cette conférence d'étudier les enjeux qui président au choix d’une langue à travers les exemples de plusieurs poètes de la Caraïbe anglophone.

Cette présentation a été donnée dans le cadre d'une séance du séminaire « Littératures et arts XIXème-XXème siècles » organisé par le laboratoire IHRIM, intitulée « Écritures postcoloniales : éthique et représentation ». Les autres présentations sont disponibles sur la Clé des langues : 

Yasemin Yildiz appelle « paradigme monolingue » le modèle qui assigne à une entité territoriale une langue commune et unique, valable pour tous ses membres. Ce modèle, dont on peut retracer l’origine au romantisme allemand d’une part, et à la Révolution française de l’autre, accompagne l’avènement de l’État-nation moderne, dont il se veut la traduction sur le plan linguistique. Or ce paradigme ne rend pas compte de la diversité des situations qui résistent au monolinguisme à travers le monde. L’archipel caraïbe, enjeu de rivalités séculaires entre les empires coloniaux d’Europe, invite à penser la coexistence de langues et de dialectes, dont la distribution témoigne d’une histoire placée tout à la fois sous le signe du conflit et de l’enchevêtrement. Les phénomènes de créolisation et les situations de diglossie qui en résultent mettent en lumière les enjeux qui président au choix d’une langue. A ce jour, patwakreyol, et autres dialectes plus ou moins standardisés coexistent avec les dialectes officiels que sont l’anglais et le français. Dans cette présentation, Corentin Jégou propose d’étudier la manière dont les poètes de la Caraïbe anglophone mettent en scène le choix d’une langue comme outil poétique. Choisir une langue signifie-t-il renoncer à une autre, ou à toutes les autres ? Ce choix vaut-il allégeance sociale ou politique à ceux qui la parlent ? Le choix d’une langue, même prétendument vernaculaire, n’est-il pas aussi invention d’une langue neuve, propre à l’œuvre poétique ? Et qu’advient-il des formes démotiques lorsqu’elles visent un lectorat parfois majoritairement métropolitain ? De Claude McKay et Louise Bennett à Derek Walcott et Kamau Brathwaite, et jusqu’à des poètes plus récents, Corentin Jégou montre comment ces tensions s’inscrivent dans une réflexion plus vaste sur la place de l’écrivain aux prises avec la mondialisation et ses avatars linguistiques dans les zones dites « semi-périphériques ».

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Introduction 00:00
  • Décolonisation politique et linguistique
01:30
  • Émergence d'une paralittérature en dialecte au 19ème siècle : hiérarchie entre les dialectes
05:17
1. Songs of Jamaica et Constab Ballads (1912) de Claude McKay : les premiers recueils en créole 07:53
  • Poème "Quashie To Buccra"
08:54
  • Intervention éditoriale du folkloriste anglais Walter Jekyll
10:40
  • Transcription et codification du créole par des auteurs blancs
15:41
2. Louise Bennett : le dialecte comme moyen d'expression légitime (années 1940) 17:38
3. Kamau Brathwaite : l'affirmation d'une poétique écrite en créole (années 1960) 20:21
4. David Dabydeen : le créole délibérément opaque (années 1980) 22:22
  • Poème "Two Cultures" (Slave Song, 1984)
25:12
5. Martin Carter : une poésie de combat 28:13
  • Poème "I Come from the Nigger Yard" (film The Terror and the Time, 1977)
29:06
  • Poème "Cartman of Dayclean"
31:28
Conclusion 35:10

 

Télécharger le Power Point de la présentation [PDF]

 

The Terror and the Time

Lecture de l'extrait du poème "I Come from the Nigger Yard" de 33:16min à 34:30min. Source : Youtube.

Bibliographie

BENNETT, Louise. 1942. Dialect Verses. Kingston, Jamaica : The Herald.

BRATHWAITE, Edward Kamau. 1984. History of the Voice: The Development of Nation Language in Anglophone Caribbean Poetry. London : New Beacon Books.

---. 1981 (1973). The Arrivants: A New World Trilogy. Oxford : Oxford University Press.

CARTER, Martin. 2006. University of Hunger: Collected Poems & Selected Prose. Tarset : Bloodaxe.

DABYDEEN, David. 2005 (1984). Slave Song. Leeds : Peepal Tree Press Ltd.

EDMONDSON, Belinda. 2022. Creole Noise: Early Caribbean Dialect Literature and Performance. Oxford : Oxford University Press.

JEKYLL, Walter. 1907. Jamaican Song and Story: Annancy Stories, Digging Sings, Ring Tunes, and Dancing Tunes. London : David Nutt. URL : https://archive.org/details/in.ernet.dli.2015.70284/page/n104/mode/1up

McKAY, Claude. 1912. Constab Ballads. London : Watts & Co.

---. 1912. Songs of Jamaica. Kingston, Jamaica : Aston W. Gardner & Co.

Victor Jara Collective. 1978. The Terror and the Time: Notes on Repressive Violence in Guyana. URL : https://youtu.be/dMMN2T3NaXw?si=KbVlaWJVT-wfycE4

Pour citer cette ressource :

Corentin Jégou, Quand il faut choisir une langue : les poètes de la Caraïbe anglophone, La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), avril 2025. Consulté le 05/04/2025. URL: https://cle.ens-lyon.fr/anglais/litterature/litterature-postcoloniale/quand-il-faut-choisir-une-langue-les-poetes-de-la-caraibe-anglophone