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L’interprétation intersémiotique autour de la morphologie évaluative ou altérative de l’italien LE à partir d’une image

Publié par Damien Prévost le 12/08/2009

Omar Colombo, Laboratoire Lidilem, Université Stendhal-Grenoble 3 Schéma général de l'article

1. L'objet linguistique de notre recherche : la morphologie altérative de l'italien

Une base est dite « altérée » si celle-ci est dérivée par les suffixes évaluatifs, altératifs, ou modificatifs (Mutz, 1999). Ces suffixes sont capables de modifier la dénotation dimensionnelle de la base (diminutif  augmentatif, om-ino « petit homme »  om-one « homme grand ») et la qualité dans le sens négatif (péjoratif : ragazz-accio « mauvais garçon ») ou positif (mélioratif : mamm-ina « (ma) chère maman »). L'évaluatif ne change pas le signifié de la base, mais il l'altère en créant son hyponyme : camicetta « chemisette / chemisier » est un hyponyme de camicia qui, à son tour, est l'hypéronyme de camicetta.

« La particularité de la dérivation évaluative [est] de conserver au dérivé la capacité référentielle de la base, du moins de faire des référents du dérivé un sous-ensemble de ceux de la base » (Roché, 1999 : 209).

 

Les altératifs sont productifs dans les discours des italophones, notamment -ino, -etto et -one. D'ailleurs, souvent une construction altérée en synchronie subit un procès de lexicalisation, en devenant une altération en diachronie, lorsque le rapport d'hyponymie avec la base se perd. Ce qui enrichit certains champs lexicaux, comme les vêtements (camic-etta en est un exemple). La morphologie altérative est particulièrement complexe. Dans une construction évaluative, nous pouvons trouver un infixe ou interfixe (Grandi, 2002 : 143 ; Grossmann v. d., 2004 : 276), un phénomène non prévisible (Serianni, 1989 : 549) formé par une voyelle et une consonne (fuoch-er-ello « (un) petit feu, (un) feu faible ») ou par une affriquée entre la base et le suffixe (libr(o)-icc-ino « petit livre »). De plus, les évaluatifs se caractérisent par le cumul suffixal pouvant se combiner entre eux par la répétition du même suffixe, par la séquence de suffixes synonymiques (fogli(o)-ett(o)-ino « petit papier ») ou antonymiques (peu fréquent étant donnée l'incongruité sémantique : pazz(o)-er-ell(o)-one N-INF-DIM-AUG[i]« un jeune fou/un vieux fou »,). Ainsi, un apprenant d'italien langue étrangère (désormais LE), dès la première phase de son apprentissage (du niveau A1, selon le Cadre Européen Commun de Référence, CECR), peut s'exposer à la réception de l'altération, ce qui implique de devoir faire face à une manipulation morphosémantique et syntaxique, ainsi qu'à une activité cognitive, souvent problématique. L'altération apporte son sémantisme unique et ambigu : si les apprenants rencontrent des difficultés dans la segmentation morphématique, ils peuvent ne pas saisir le sens final du mot. La nécessité de travailler sur l'altération est d'autant plus prioritaire si l'on considère que les apprenants universitaires ont souvent des difficultés dans la manipulation du lexique et de la dérivation.

Ces constats nous ont amenés à nous intéresser à l'apprentissage morphosémantique des suffixes altératifs de l'italien LE et LC (langue cible), notamment à leur dérivation lexicale et nominale.


[i]N-INF-DIM-AUG : nom-infixe-diminutif-augmentatif.

 

Le contributeur

Pour en savoir plus sur l'auteur, Omar Colombo

Schéma de l'article

Pour citer cette ressource :

"L’interprétation intersémiotique autour de la morphologie évaluative ou altérative de l’italien LE à partir d’une image", La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), août 2009. Consulté le 18/06/2018. URL: http://cle.ens-lyon.fr/italien/langue/l-interpretation-intersemiotique-autour-de-la-morphologie-evaluative-ou-alterative-de-l-italien-le-a-partir-d-une-image

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