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Littérature et cinéma péruviens contemporains

Par Clémence Oriol : Etudiant-chercheur - Université Lumière Lyon 2
Publié par Christine Bini le 19/06/2009
Les dernières années ont été fructueuses pour la littérature et le cinéma péruviens, de plus en plus primés et reconnus au niveau international. Plusieurs exemples : en 2005, Alonso Cueto remporte le prix Herralde pour son roman La hora azul ; en 2006 c'est Abril Rojo de Santiago Roncagliolo qui sort vainqueur du prix Alfaguara. Jaime Bayly est finaliste du prix Planeta 2005 et Iván Thays du prix Herralde 2008. Le dernier film de la jeune cinéaste Claudia Llosa a été récompensé par l'Ours d'or au festival de Berlin, en février dernier.

Présentation

Les dernières années ont été fructueuses pour la littérature et le cinéma péruviens, de plus en plus primés et reconnus au niveau international. Plusieurs exemples : en 2005, Alonso Cueto remporte le prix Herralde pour son roman La hora azul ; en 2006 c'est Abril Rojo de Santiago Roncagliolo qui sort vainqueur du prix Alfaguara. Jaime Bayly est finaliste du prix Planeta 2005 et Iván Thays du prix Herralde 2008. Le dernier film de la jeune cinéaste Claudia Llosa a été récompensé par l'Ours d'or au festival de Berlin, en février dernier.

En cherchant un thème, une tendance qui relierait les auteurs du dossier, on se rend compte que la guerre interne au Pérou est un thème récurrent dans beaucoup de romans et films récents, et c'est un point commun entre plusieurs ouvrages présentés dans ce dossier : Abril Rojo, Un lugar llamado Oreja de perro, y La teta asustada. Mais contrairement à ce qu'on pourrait croire, ce n'est pas un phénomène nouveau. Les violences politiques qui ébranlèrent le Pérou pendant presque vingt ans, le terrorisme du Sentier Lumineux et la sanglante répression instaurée par les gouvernements successifs, sont un thème privilégié dans la littérature de ce pays, et ce depuis plusieurs décennies déjà.

Sur ce sujet, la revue littéraire Quimera a publié en avril 2007(1) un article très intéressant du critique péruvien Gustavo Faverón, qui éditait en 2006 une anthologie intitulée Toda la sangre(2) compilation de nouvelles et contes sur la violence politique au Pérou. L'article présente en détails les différents textes (souvent ce sont des contes) sur ce thème, une tradition qui n'est pas récente, puisqu'elle commence dès 1974, avec des contes qui prédisent l'avènement du Sentier Lumineux : selon Faverón, les deux écrivains fondateurs sont Hildebrando Pérez Huarancca et Miguel Gutiérrez qui publient en 74 respectivement « La oración de la tarde » et « Una vida completamente ordinaria ». Depuis, les auteurs péruviens n'ont cessé d'écrire sur les violences politiques, jusqu'à nos jours, comme par exemple le jeune écrivain Daniel Alarcón. Bien que des écrivains de tous bords politiques aient écrit sur le sujet, beaucoup sont de gauche ou d'extrême gauche, et beaucoup écrivent depuis une perspective néo-indigéniste(3). Cette dernière voie continuera de se développer,  selon Faverón.  

Le fait est que les romans les plus remarqués parmi la production littéraire de ces dernières années sont souvent des histoires liées d'une manière ou d'une autre aux violences politiques. Cependant, des auteurs comme Roncagliolo ou Thays se démarquent de cette tradition littéraire appelée « literatura de la violencia », bien que le thème de la violence soit présent dans leur roman. Ils ne cherchent pas à analyser les violences et leur contexte, mais utilisent la violence politique comme cadre pour leur fiction, ouverte sur des réflexions qui ne sont pas forcément liées à ce thème précis. Leurs romans évoquent bien-sûr les violences, qui sont le point de départ de l'histoire, mais s'ouvrent d'autres thématiques, plus générales si l'on peut dire, comme la mémoire collective, la guerre et ses traumatismes, et sur une réflexion plus introspective. Dans un registre différent,  Comehoras de Margarita Saona, ou Pudor de Santiago Roncagliolo narrent des scènes de la vie quotidienne, évoquent les sentiments individuels que chacun éprouve.  

Ainsi, des problématiques telles que l'identité, la peur, la mémoire, la vérité, sont au cœur de la littérature péruvienne contemporaine, où finalement le collectif et l'intime s'entrecroisent. Tout ceci donne lieu à des créations littéraires et cinématographiques originales, qui expriment des visions, des voix personnelles et différentes. Vous pourrez en découvrir quelques-unes dans ce dossier.

Notes

1 - FAVERON Gustavo. « La otra guerra del fin del mundo. La narrativa peruana y los años de la violencia política ». In Quimera n°281, avril 2007, p. 66 à 73.

2 - FAVERON Gustavo (éditeur). Toda la sangre. Matalamanga. Lima, 2006.

3 - AUBES Françoise. « Le néo-indigénisme péruvien à partir des années 80 ». In America, Cahiers du CRICCAL, n° 25. Les nouveaux réalismes, 2ème série: Autre réel, autre écriture. Paris : Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2000.

 

Pour citer cette ressource :

Clémence Oriol, "Littérature et cinéma péruviens contemporains", La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), juin 2009. Consulté le 20/10/2018. URL: http://cle.ens-lyon.fr/espagnol/litterature/litterature-latino-americaine/auteurs-contemporains/litterature-et-cinema-peruviens-contemporains