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Entretien avec Santiago Gamboa

Par Anne-Marie Molin : Etudiante - Université Lumière Lyon 2
Publié par Christine Bini le 26/06/2011
Le 25 mai 2011, lors de sa venue à Lyon pour les Assises Internationales du Roman, Santiago Gamboa a accordé un entretien à la Clé des Langues.

Par Anne-Marie Molin et Christine Bini  

L'entretien audio

 

Le 25 mai 2011, lors de sa venue à Lyon pour les Assises Internationales du Roman, Santiago Gamboa nous a accordé un entretien.

Présentation

  Santiago Gamboa est un écrivain colombien né en 1965 à Bogota. Il commence des études de littérature à l'Université Javeriana de Bogota mais, pris très jeune par la soif de l'aventure et la passion des voyages, il émigre à Madrid et suit une licence de philologie hispanique à l'Université Complutense. En 1990, il décide à nouveau de changer d'horizon et part pour Paris où il étudie la littérature cubaine à la Sorbonne. Très rapidement, et pour entretenir sa nouvelle vie dans la si chère capitale française, il commence un travail de journaliste au service Amérique Latine de Radio France Internationale (RFI). De 1993 à 1997, il est chargé d'y élaborer des programmes littéraires et culturels.   Pendant ces années-là, il est également nommé correspondant du journal El Tiempo à Paris, journal à grand tirage et influence dans son pays natal.   Ses débuts de romancier, il les fait en 1995 avec Páginas de vuelta qui fut considéré par la critique comme un des romans les plus innovateurs de la littérature colombienne contemporaine. Il raconte l'histoire d'adolescents qui cherchent ensemble, mais néanmoins chacun à leur manière, le chemin qui les mènera à l'âge adulte ; une quête qui se déroule sur le décor d'une Bogota chaotique et bruyante, magique et imprévisible.   En 1997, il rencontre à nouveau un franc succès avec son deuxième roman, Perder es cuestión de método, roman policier dont l'humour et le sens du dialogue ont su convaincre les lecteurs du monde entier, puisqu'il a été traduit en pas moins de six langues et a même été adapté au cinéma en 2005 par Sergio Cabrera, cinéaste colombien. Son titre est inspiré d'une célèbre phrase de Luis Sepúlveda : « Perdí, siempre perdí, no me irrita ni me preocupa. Perder es una cuestión de método ».   Plus récemment, le succès a encore croisé son chemin grâce à son roman Le syndrome d'Ulysse, finaliste du prix Rómulo Gallego, puis du prix Médicis dans la catégorie "meilleur roman étranger". En 2009, il gagne à nouveau un prix littéraire, "La otra orilla" décerné à Bogota, pour son roman Necrópolis 1209, considéré par beaucoup comme sa meilleure œuvre.  

Santiago Gamboa et la solitude...

  Globe-trotter invétéré, dès son plus jeune âge, Santiago Gamboa n'a cessé de parcourir la planète pour renouveler et élargir ses horizons et pour pouvoir, à chaque pas, avoir l'impression de réinventer sa vie.   Durant ses nombreux voyages, il lui arrive de rester de longues journées dans les aéroports où il attend patiemment que son avion veuille bien décoller... Tragedia del hombre que amaba en los aeropuertos, est une nouvelle, une petite comédie qui est née de ces attentes prolongées, pendant lesquelles les esprits divaguent et se laissent embarquer dans des histoires parallèles et oniriques. Avec beaucoup d'aisance, Santiago Gamboa nous montre qu'il est capable de passer d'un genre narratif à un autre avec autant de succès que de mordant.   Ses romans et nouvelles portent toujours la marque de ses nombreuses expériences de voyage, de ses aventures et de sa réflexion sur la condition de l'émigré. Il s'inspire des situations et des personnages qu'il a connu tout au long de son parcours pour témoigner de la solitude et des choix quotidiens de ceux qui essaient de trouver, loin de chez eux, un sens à leur vie.   Pour Santiago Gamboa, l'expérience de la solitude a plusieurs facettes. Il découvre très jeune celle du voyageur, de l'émigré perpétuel, en quittant sa Bogota natale pour découvrir de nouveaux territoires. Tel un caméléon, il s'adapte et s'enrichit des différentes cultures qui croisent sa route : la Bosnie en pleine guerre, la Chine en tant qu'écrivain de livre de voyage, l'Inde, la France, l'Italie où il réside actuellement.   Pendant les années 90, rattrapé par sa "bougeotte" et sa soif d'aventures, il se retrouve correspondant de guerre à Sarajevo. Cette nouvelle expérience sera désormais une éternelle source d'inspiration pour ses fictions.   Pendant cette période, il découvre une nouvelle façon d'être « étranger », une  nouvelle solitude. Aux Assises Internationales du Roman de Lyon (2011), il partageait avec sa collègue, Florence Aubenas, sa définition du statut de correspondant de guerre : "Vouloir à tout prix aller quelque part d'où tout le monde rêve de fuir". Cette situation et cette sensation, bien incommode, de ne pas se trouver à la bonne place est un sentiment que l'on retrouve en effet souvent dans l'esprit de ses protagonistes.   Ses œuvres sont un florilège de personnages chamarrés, au caractère bien marqué, parfois insupportables et parfois désarmants de fragilité. Santiago Gamboa aime mettre à l'honneur et décrire sans tabou ni demie mesure les grandes métropoles qui servent de théâtre à ses histoires. Des villes surdimensionnées où l'anonymat est une constante, et où, comme dans la colmena de Camilo José Cela, une multitude de personnages se perdent dans une foule tumultueuse qui détient le rôle principal. On est heureux de retrouver au détour d'une page un protagoniste que l'on avait laissé, à regret, quelques instants plus tôt.   Des vies pas forcément glorieuses, mais décrites avec franchise et avec force, une misère sociale qui présente des caractères que l'on reconnaît, où l'on se reconnaît même... et où l'on préférerait parfois aussi, ne pas se reconnaître.   Amoureux de la littérature, ses références, sans être arrogantes, bercent et enrichissent sa construction fictionnelle. L'élément « policier » aime également s'immiscer discrètement à une trame narrative qui n'a, le plus souvent, rien du polar mais qui permet de rythmer la chronologie des évènements, de souffler entre deux émotions, et de jongler avec le suspens. –

Pour citer cette ressource :

Anne-Marie Molin, "Entretien avec Santiago Gamboa", La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), juin 2011. Consulté le 23/04/2018. URL: http://cle.ens-lyon.fr/espagnol/litterature/entretiens-et-textes-inedits/entretiens/entretien-avec-santiago-gamboa