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Malgré tout, contes à voix basse des prisons d'Argentine

Par Caroline Bojarski : Titulaire d'un Master 2 Pro (Traduction littéraire et édition critique) - Université Lumière Lyon 2
Publié par Christine Bini le 21/12/2012
Fiche de lecture du roman ((Malgré tout, contes à voix basse des prisons d'Argentine)) de l'auteur franco-argentin Miguel Benasayag.

BENASAYAG Miguel, Malgré tout, contes à voix basse des prisons d'Argentine, Préface de David Rousset, Editions Maspero, 1980. Titre original : A pesar de todo

malgretout_1356112512114-jpgUne femme à qui on retire son enfant quelques semaines après sa naissance et qui malgré tout ne cède pas ; un adolescent qui se retrouve en prison et qui perd dans la torture l'innocence de sa jeunesse ; une épouse qui ne se résout pas à appliquer le protocole parce que son mari ne rentre pas à la maison ; des hommes, reliés à des fils électriques, qui ne tiennent que grâce à leur engagement et leur conviction. Le livre Malgré tout, publié en 1980, est un recueil de vingt-cinq contes au travers desquels nous est proposé un témoignage émouvant et franc sur la solitude et la résistance. Plus qu'une simple description des conditions d'emprisonnement et des rituels auxquels étaient soumis les prisonniers politiques de la dictature militaire argentine, Miguel Benasayag nous apporte une réflexion sur la résistance et la nature humaine. Adolescents, hommes, femmes, enfants, tous sont touchés par la violence et la torture. La force des contes réside non pas dans la description de scènes de torture mais dans ce qui faisait tenir les prisonniers et leur procurait parfois de la satisfaction malgré la torture : la sauvegarde de leur honneur et la solidarité qui les liait. N'ayant plus peur de la mort mais l'attendant comme une délivrance, naît entre les murs froids de la prison une camaraderie allant jusqu'à dérouter les militaires, ne sachant que faire. À la première personne, les histoires se succèdent. Peu d'hommes et de femmes parleront. Séparés selon leur degré de dangerosité, les prisonniers du troisième groupe dont fait partie Miguel Benasayag sont peu à peu coupés du monde extérieur et des autres détenus. Enfermés vingt-trois heures sur vingt-quatre sans pouvoir bouger et n'ayant d'autre activité que l'immobilisme, la destruction mentale et physique guette ces hommes et ces femmes qui vivent en ressassant les images d'une vie suspendue, qui continue sans eux derrière les murs de la prison. Quand l'un d'eux est sommé de réunir toutes ses affaires ils savent qu'ils ne le reverront que lorsque son corps sans vie sera jeté à l'arrière d'une voiture pour être rendu à sa famille, pour qu'elle constate, en guise d'avertissement, les nombreuses brûlures dont est affublé le corps de ce mari, ce fils, ce frère.

 Miguel Benasayag (1953, Buenos Aires) est un militant franco-argentin qui fut emprisonné en mars 1975 par les militaires argentins, faisant partie de la guérilla guévariste. Après trois ans d'emprisonnement et de torture, il est finalement libéré en 1978 et rejoint la France, le pays de sa mère, qu'il découvre pour la première fois. Il se tournera rapidement vers la recherche en étudiant  la psychanalyse, l'anthropologie et la philosophie. Dans les années 1980, il créé le collectif "Malgré tout". La majorité de ses livres a pour objet l'engagement politique comme le prouvent  Résister, c'est créer (la Découverte, 2002) écrit en collaboration avec Florence Aubenas ou Du Contre-Pouvoir (La Découverte, 2000) écrit avec Diego Sztulwarkal. Il a également publié d'autres livres qui traitent de médecine, de philosophie ou de psychiatrie.

 
 
Pour citer cette ressource :

Caroline Bojarski, "Malgré tout, contes à voix basse des prisons d'Argentine", La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), décembre 2012. Consulté le 22/08/2018. URL: http://cle.ens-lyon.fr/espagnol/litterature/litterature-latino-americaine/la-dictature-dans-la-litterature/malgre-tout-contes-a-voix-basse-des-prisons-d-argentine