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Entretien avec Laura Alcoba

Par Laura Alcoba, Amandine Cerutti : Professeur agrégée et doctorante en Civilisation Latinoaméricaine - Université de Limoges
Publié par Elodie Pietriga le 27/10/2016
Laura Alcoba, avenante, commence à aborder avec nous son roman ((Manèges)), petite histoire argentine, écrit en français puis traduit en espagnol sous le titre ((La casa de los conejos)). Elle commence à évoquer avec nous l'importance que revêt, pour elle, la question linguistique et le fait d'avoir écrit ce roman en français...

Manèges de Laura Alcoba
Cet entretien a été réalisé par Amandine Cerutti, professeure agrégée et doctorante, à Paris le 8 juillet 2014.

Laura Alcoba, avenante, commence à aborder avec nous son roman Manèges, petite histoire argentine, écrit en français puis traduit en espagnol sous le titre La casa de los conejos. Elle commence à évoquer avec nous l'importance que revêt, pour elle, la question linguistique et le fait d'avoir écrit ce roman en français...

« Et si je dois beaucoup au français c'est aussi pour m'avoir permis de raconter cette histoire-là, donc ce n'est pas anodin. »

Laura Alcoba - Beaucoup de thèses et d'articles ont été réalisés sur Manèges, surtout en Argentine, et souvent je réagis par rapport à cela, parce qu'ils parlent du texte en espagnol. Il se trouve qu'il a eu plus d'écho en Argentine, qu'il s'est plus vendu... mais pour moi, c'est bizarre, parce qu'en fait il se trouve que je l'ai écrit en français. Et si je l'ai écrit en français, ce n'est pas pour rien ; même si ce n'est pas grand chose, il y a quand même des erreurs de traduction, comme dans toutes les traductions... Plusieurs chercheurs ont voulu me voir, et tiennent comptent de ceci, parce que cela commence à poser un problème, pour de nombreuses raisons. J'ai été invitée en Allemagne, en Écosse, pour parler de ce livre, dans des colloques... et j'ai essayé justement de parler de cela, de parler du fait d'être passée par le français. Quel sens cela avait pour moi. Je pense qu'il y a un problème à ne pas en tenir compte. On m'a pas mal interrogée sur ce point. Vous disiez que le silence est très présent dans l'œuvre, et cette question du silence se prolonge. J'ai pris conscience très fortement par la suite que je n'aurais jamais raconté cette histoire si j'étais restée là-bas, et si j'étais restée en espagnol, parce que l'espagnol, c'est vraiment la langue où j'ai appris à me taire, à avoir peur de parler, à avoir peur de formuler les choses. Et si je dois beaucoup au français c'est aussi pour m'avoir permis de raconter cette histoire-là, donc ce n'est pas anodin. En Argentine, le livre a été publié dans la collection de « Literatura hispanoamericana », et j'en étais ravie. J'avais dit à mon éditeur là-bas : « Mais c'est le seul livre en traduction dans cette collection... » et il a répondu : « ¡éste es un libro argentino ! » (rires). J'étais très contente de cela, de cet accueil-là et du fait qu'on m'invite régulièrement comme auteur argentin. Là encore je vais aller à Guadalajara avec la délégation « auteurs argentins », j'étais là à Paris à la fête du livre comme auteur argentin, il n'y a pas longtemps, je suis ravie de cela, et en même temps, cela veut dire quelque chose. Cela veut dire quelque chose par rapport à cette histoire-là et par rapport à ce que je raconte. Le fait que le français ait été nécessaire. Quand le livre a été publié là-bas, j'ai commencé à recevoir beaucoup de témoignages de lecteurs, en direct, et par la suite essentiellement par mails, beaucoup d'enfants de disparus m'ont écrit d'ailleurs, énormément, des gens qui avaient une histoire proche, et qui se reconnaissaient et me disaient : « je n'arrive pas encore à en parler ». Et je pense que s'il y a eu une distance, elle est géographique, elle est linguistique, même si on est en plein dedans (c'est une petite fille qui parle, elle a huit ans, elle le vit pleinement...), il y a cette espèce de distance et d'éloignement qui permet de raconter des choses, quand on apprend à parler et à se taire en même temps, ce n'est pas facile de se défaire de ça. Passer à la formulation quand on a appris à avoir peur de parler, si tôt, parce que du coup on est une « pâte maléable » quand on est enfant, c'est quelque chose qu'on intègre et dont on a beaucoup de mal à se défaire de façon simple, ou alors on reste dans l'autocensure... Et je crois que si le livre a beaucoup surpris quand il a été publié en Argentine, pour des sujets que j'abordais (même si le silence est là, des choses ont été explicitées, dites, que beaucoup de gens ont reconnues et qui n'avaient pas encore été formulées de cette manière-là), je pense que c'est grâce au français et à l'éloignement. Pour moi, c'était comme un contre-sens de faire comme si le livre avait été écrit en espagnol. Pour moi c'était l'évidence, je ne me suis même pas posé la question. C'est-à-dire que c'est venu naturellement. En revanche, j'ai eu à m'expliquer là-dessus après, notamment en Argentine. […]
Et je dirais que Le bleu des abeilles, mon dernier livre, répond à cette question, pourquoi je me suis exprimée en français. C'est entrer dans la langue française comme un plaisir une jouissance et une libération. Je dirais que pour moi, Le bleu des abeilles fait écho à Manèges et répond à cette question et à toutes ces situations dans lesquelles je me suis retrouvée. Une amie me disait à ce propos « Maintenant on pourra plus te demander pourquoi tu écris en français ! » (rires).

« l'espagnol, c'est vraiment la langue où j'ai appris à me taire, à avoir peur de parler, à avoir peur de formuler les choses. »

Dans le prologue de Manèges, vous expliquez votre silence pendant près de trente ans, certaines choses ont probablement accéléré votre envie de rompre avec ce « mur de silence », notamment la rencontre avec Chicha Mariani et le voyage que vous avez fait ?

Oui, je dirais une phrase particulièrement, même si je savais que si j'écrivais un jour il fallait que je commence par là. J'ai commencé par faire des études de littérature française, j'étais dans une volonté d'intégration très intense à partir du moment où je suis arrivée en France, et peut-être à partir de mes 23-24 ans, je suis passée en Études Hispaniques. J'ai intégré l'ENS en littérature française et je me suis rendue compte à un moment que j'étais un peu déséquilibrée, dirais-je (rires), et qu'il fallait que j'explore mon autre hémisphère linguistique aussi, j'ai donc « bifurqué » comme cela.
Avez-vous, d'une certaine façon, toujours su que vous alliez écrire?

Oui, ces choses qu'on se dit sans se les dire vraiment... Et je me disais : « Si un jour j'écris, il faudra que je commence par là ». Et donc, c'est venu... C'est une histoire que j'avais en moi, et forcément, dont je parlais très peu, sauf à des gens vraiment proches, mais très peu dans ma famille. On m'a souvent posé des questions là-dessus, à savoir est-ce qu'il y avait eu un relais d'histoire familiale... Non, c'était un sujet qui était pratiquement inabordable avec mes parents, très délicat, il y a des choses qu'ils avaient vraiment envie d'oublier... et qui, moi, m'obsédaient pas mal, notamment le fait que l'on ait survécu. C'est un poids, vraiment. Et en fait, je connaissais le nom de Chicha Mariani. Daniel Mariani et Diana Teruggi n'étaient pas clandestins, eux ils avaient leurs noms, La Plata est une petite ville où tout le monde se connaît, et il se trouve que Chicha Mariani a été le professeur d'arts plastiques de ma mère, au lycée Victor Mercante, comme de toutes mes tantes... Elle savait que nous vivions là, elle m'avait gardée une fois d'ailleurs, enfant, chez elle... elle savait qu'on vivait là. Même si nous étions clandestins (et ma mère l'était), elle savait que c'était ma mère et moi. Elle était venue à la « casa de los conejos », « tapada », les yeux bandés. Je ne sais pas si elle en parle trop. Elle était venue une fois, je m'en souviens parce que vraiment peu de gens pouvaient venir, encore moins des non-Montoneros [1], c'était la seule je crois. Et une fois, j'avais été gardée par elle à l'époque, je ne sais plus à quelle occasion, Diana m'avait laissée chez elle, donc elle me connaissait.

Et j'ai donc un ami qui m'a raconté que sa mère connaissait Chicha Mariani, et moi c'était comme le passé qui me tombait dessus... Je n'ai rien dit d'ailleurs, c'était un dîner, à Paris... Je suis restée silencieuse et le lendemain j'ai appelé cet ami et je lui ai dit : « Tu as dit le nom de quelqu'un hier, j'aimerais la contacter ». Je suis entrée en contact avec elle en 2003.

Vous vous souveniez bien d'elle ?

Oui, oui, et je me souvenais de ce que j'avais vécu. Et puis j'avais ce je ne sais quoi, je ne sais pas comment vous dire, le « destin », le nom avait été prononcé, il fallait que je la contacte. J'étais retournée à La Plata plusieurs fois, mais jamais je n'étais retournée dans la maison, jamais. Et je voulais y retourner, je voulais le faire avec elle, je voulais qu'elle m'accompagne. Je l'ai contactée en 2003. Mes intentions étaient encore confuses, si ce n'est que je voulais entrer en contact avec elle. Et la réponse au mail que je lui ai envoyé, son mail... Elle m'a répondu : « oui oui, bien sûr, je me souviens de toi et de ta mère... », elle me disait aussi, dans son mail... « yo creía que vos y tu mamá estaban muertas ». Et là, c'est comme si j'avais eu une prise de conscience : « on aurait dû mourir dans cette histoire et on n'est pas mortes dans cette histoire, donc il faut que j'écrive et que je raconte ça ».

C'est vraiment cette phrase qui m'a fait comprendre et accepter qu'il fallait que j'écrive là-dessus. Donc j'y suis allée, sans savoir encore vraiment... Il fallait que j'écrive. Est-ce que c'était pour moi, pour mes enfants, c'était encore confus, mais j'y suis allée. Il fallait aussi que j'écrive parce que je n'avais aucune photo, je n'avais aucune trace de ce lieu, que ce que j'avais en tête. Des personnes que j'avais en mémoire, Diana qui était très proche et très présente, et qui l'est, souvent... Aucune trace, que des morts... et aucun support, c'est très bizarre, aujourd'hui on est envahis par les images. Moi je n'avais rien, si ce n'est la peur, des sensations, des souvenirs un peu confus, des choses que j'avais vécues « j'ai vécu ça, c'était comme ça... » avec ce silence autour de cet épisode puisqu'avec ma mère on n'en parlait jamais, dans ma famille jamais... Et donc je suis retournée en 2003 avec Chicha Mariani dans la maison pour la première fois. Et, c'était très dur, pour moi cela a été très dur... (larmes)

Et c'est en revenant de ce voyage que j'ai mis par écrit, c'était comme des photos dans ma tête..... C'est-à-dire : « de quoi je me souviens ? ». Pour moi c'était : « je me vois faire ça », « je vois Diana faire ça »... c'était vraiment comme des instantanés photographiques, comme écrire un album de photos absent, pour moi c'était ça, sans savoir si je le faisais pour moi... C'était vraiment essayer de retrouver des images et des moments de vérité. Je ne savais pas très bien, mais il fallait que je le fasse, parce que j'ai vécu quelque chose de très bizarre, de très particulier, et qu'il n'y avait pas de survivants à part ma mère et moi. Il fallait que je mette ça par écrit. Je ne sais pas, au début c'était vingt ou trente pages... C'était vraiment l'album de photos absent, comme des petites séquences. Donc le livre, d'une certaine manière, a été conçu à partir de cela. J'ai laissé reposer ensuite parce que c'était trop... trop violent pour moi encore. J'y suis allée en octobre 2003, donc j'ai dû faire ça en novembre ou décembre 2003, et puis je l'ai laissé dans un coin, sur mon ordinateur. Le temps a passé et je suis retournée en Argentine, en février 2006, avec mes trois enfants, mon mari, en famille. C'était encore dur mais moins dur tout de même que la toute première fois... et en revenant de ce voyage, j'ai repris ce « feuilleton ». Je ne sais pas combien de temps j'ai mis à écrire ce livre puisque en fait le corps du texte de 2003 (ces toutes premières pages, 25-30) a reposé, et ensuite le livre est sorti très vite. Je dirais que c'est à partir de ces images, de ces « photos » que j'avais en tête comme ça, que le livre a pris forme. Il y avait ces espèces « d'éclats » de sensations visuelles, et puis à partir de là, j'ai construit quelque chose. Souvent avec un flou dans ma tête sur la chronologie, mais je me disais : « ça, ce n'est pas grave puisque je l'ai vécu comme cela, ce n'est pas un travail d'historien mais d'essayer de retrouver des sensations et du vécu ». À un moment je me disais : « on ne va rien comprendre à ce livre » (rires). Même ces premières « images » je les ai écrites en français, je ne les ai pas écrites en espagnol du tout.

[…]


Je me disais qu'il fallait que je donne tout de même des explications historiques. Je m'étais engagée à faire alterner une voix enfant et une voix adulte. Et puis cela ne me plaisait pas, j'avais l'impression de n'entendre que la voix de l'adulte, et celle de l'adulte ne me semblait pas aussi juste, donc je l'ai enlevée, et je n'ai gardé la voix adulte qu'au début et à la fin, et pour le petit chapitre sur « el embute ». J'ai « viré » la voix adulte (rires) ! Je ne savais pas trop quoi faire de ce que j'avais écrit, je me disais : « c'est fini, ce n'est pas fini ? Je ne sais pas quoi faire de ça »... et c'est allé très vite parce que c'était février 2006, c'est simple, c'était les vacances scolaires, avec les enfants, donc je suis rentrée, j'ai travaillé, travaillé, travaillé comme une folle. Je me demande si je n'avais pas semestrialisé mes cours cette année-là, j'avais pas mal de temps pour écrire. J'ai écrit environ deux mois. Alors c'est vrai que j'avais déjà quelque chose, je dirais que le fond du livre a mûri pendant trois ans (rires) ou deux ans et demi, mais en fait c'est allé très, très vite, j'étais dans une sorte de folie d'écriture. Je ne savais pas si ça tenait la route, et je l'ai envoyé chez Gallimard... à deux ou trois autres éditeurs également, notamment au Seuil, mais assez vite chez Gallimard. J'avais rencontré auparavant, et je savais qu'il pouvait être de bon conseil, Roger Grenier, mais c'était pour qu'il me donne un avis, ce n'était pas pour publier, je ne pensais pas une seconde publier chez Gallimard. Et je me souviens encore, c'était le jour de mon anniversaire, le 10 avril, j'ai envoyé le texte à Roger Grenier pour avoir un avis, en disant « voilà, est-ce que c'est un livre, pour moi c'est trop court... qu'est-ce que je pouvais faire de ça ? » c'était vraiment comme cela que j'envisageais l'envoi. Et le jeudi de la même semaine, il m'a appelé et m'a dit : « Cela peut nous intéresser ».

Et là, j'ai eu peur, parce que je n'étais pas prête, j'ai dit « il faut absolument qu'on se voit avant », j'avais mis quelques mots dans la lettre qui accompagnait : « je vous ai rencontré il y a très longtemps, j'aimerais avoir votre avis... ». Je n'avais pas dit que c'était autobiographique, je n'avais rien dit, j'avais très, très peur de cela. Je n'avais pas envie de faire un livre impudique, j'avais plein de choses qui me trottaient dans la tête. Il m'avait dit « je peux tout de suite le soumettre au comité de lecture si vous voulez », et moi je lui ai dit : « non, vraiment j'aimerais vous voir »... on s'est vus la semaine suivante, et c'est drôle parce que ce qui m'a rassurée (Roger Grenier était un très vieux monsieur, il a plus de 90 ans, il travaille toujours chez Gallimard), c'est qu' il m'a reçue dans son bureau, on a parlé de littérature, on n'a pas du tout parlé de mon livre, de ce que j'avais envoyé. Je pense qu'il a senti que j'avais besoin d'être rassurée donc il m'a demandé ce que je lisais, ce que j'aimais... et à la fin il m'a dit : « Alors, je le soumets au comité de lecture ou pas ? » ; et moi j'ai eu un moment d'arrêt. Et il m'a dit « j'ai beaucoup aimé le personnage de la petite fille ». Et là…« ah je n'aurais jamais pensé que ça pouvait être un personnage... ». Et j'ai dit oui, parce qu'en fait ça m'a libérée. Et entre-temps, après, il l'a soumis au comité de lecture. Et je ne pensais même pas que ce serait publié en Argentine un jour... Le livre en France a eu une sortie discrète, sympathique... ce qui a été toute une affaire c'est après, la sortie en Argentine, c'est allé très vite. En mai 2006 j'ai signé chez Gallimard, c'est allé très vite, il est sorti en janvier 2007, et l'année d'après en Argentine. Et là, en Argentine, ça a été très intense : la parution, beaucoup d'interviews... Et là, il a été de nouveau difficile de l'assumer, de le porter, d'aller à des débats, des rencontres... de m'expliquer là-dessus. C'est vraiment allé très vite : j'envoie un brouillon, je ne sais pas comment faire, cette voix adulte qui essaye d'expliquer de quoi il s'agit, est-ce qu'il faut essayer de la retrouver, elle ne me plaisait pas, et c'est une petite fille qui parle, elle ne comprend rien, les Montoneros, etc... (rires) on ne sait pas ce que c'est... il y a des petits mots croisés en espagnol dedans, j'avais dit à Roger Grenier, « les petits mots en espagnol, j'aimerais les laisser tels quels », « oui oui, ça ne pose pas de problème »... Donc c'est allé vraiment vite, mais la gestation a été très longue, d'une part tout le temps précédent, je dirais, le fait que j'avais cette histoire en moi tout le temps, je savais qu'un jour j'allais écrire là-dessus mais je ne savais pas comment, pourquoi... Je ne savais pas pour qui non plus. Je me disais « il faut que je le fasse »... et puis le premier voyage, et ces premières petites pages, je savais que sans ces premières pages je n'aurais pas pu écrire le livre... Et puis après, « boum ».

Et pendant toute cette « gestation » vous n'en parliez pas à votre famille?

Ohhh... non !

Il y avait encore le poids de cette histoire ?

Non seulement le poids mais aussi... je vois beaucoup ma mère, elle habite à Paris, elle vient me voir à peu près une fois par semaine, on se voit tous les week-ends au moins, et quand je travaillais là-dessus je cachais tout ! Et après, je me suis dit qu'en fait, ce livre, je l'ai écrit dans la clandestinité ! Chez moi, mes enfants savaient que j'écrivais quelque chose, je l'avais aussi dit à une amie, mon mari savait que j'écrivais « quelque chose ». Mais je ne savais pas si j'allais finir, je ne savais pas ce que j'allais en faire, pour ma mère tout particulièrement, c'est un épisode terrible, et je ne voulais pas la « torturer en vain », je dirais. Donc je l'ai écrit en cachette, ce livre. Après je me suis dit, « c'est fou, je l'ai écrit comme dans la situation de Manèges, en fait ». C'est bizarre (rires) ! En revanche, je ne voulais pas le publier sans qu'elle soit au courant et sans qu'elle le lise avant. Donc avant de signer chez Gallimard, quand je savais qu'il allait passer en comité de lecture (est-ce que j'avais déjà la réponse du comité de lecture, je ne sais plus, mais je crois que c'était très engagé), avant que je signe le contrat je lui ai dit : « J'ai écrit quelque chose, j'aimerais que tu le lises, et que tu me dises si ça te ferait de la peine que je publie ça ».

Et ma mère l'a lu d'une traite, dans la cuisine, chez moi... Elle a beaucoup pleuré, ça l'a beaucoup remuée... et elle l'a refermé et elle m'a dit : « Je n'imaginais pas que tu te souvenais de tout ça ». Et puis elle a mis un peu de temps et elle m'a dit : « Oui, vas-y ». Mais je ne voulais pas aussi le faire publier « contre », ça aussi ça me travaillait. Je voulais avoir toute la latitude, la liberté de parole dont j'avais besoin, et d'évocation, je ne voulais pas écrire un livre ni dans le procès parental ni dans l'idéalisation... les Montoneros, en plus, il se trouve que je suis née dedans mais je n'avais pas spécialement envie de faire l'éloge de quoi que ce soit... donc trouver ma place par rapport à cette histoire, ce n'était pas évident. Et c'est pour ça que c'était la voix de l'enfant, en fait. Donc je voulais garder cette ligne là qui était pour moi celle de la liberté de parole la plus grande. Même si c'est un livre sur le silence... sans aucune forme de censure et de regard, et pour cela il ne fallait pas que j'en parle quand je l'écrivais, bien sûr... il ne fallait pas que j'en parle, il ne fallait pas non plus que je me pose de questions... et sans doute des questions que je me serais posées en Argentine, parce qu'en Argentine le sujet est très politisé et instrumentalisé... Je me suis dit : « j'ai écrit, sans me poser un instant toutes ces questions, j'ai écrit chez moi, à Paris, dans une bulle, sans savoir ce que j'allais en faire, sans me demander comment on va recevoir telle phrase, etc... ». Des questions qui se sont posées après, et quand Leopoldo Brizuela a commencé à traduire, il m'a dit : « Tu sais, tu commences à dire que tu écris pour oublier, mais ça ici tu sais, on n'arrête pas de parler de l'importance de la littérature de la mémoire, etc, tu ne te rends pas compte... ». Et je lui dis : « Écoute, tu traduis mon texte... » (rires). Il y a quand même un carcan et un cadre rhétorique en Argentine qui limite beaucoup la parole. Donc le fait d'avoir écrit à Paris, dans le meilleur des cas pour un lecteur français, sans imaginer un instant que ce livre allait arriver en Argentine. Du coup ce texte je l'ai écrit dans une fraîcheur bizarre, en même temps j'étais en 75-76, mais j'étais en français. J'étais là, j'étais avec Diana, j'avais l'impression qu'elle était à côté de moi, que je revivais ce que je racontais, et en même temps j'étais et je n'étais pas. C'est tout le bizarre de ce livre, et le français y est pour beaucoup, et la distance y est pour beaucoup, géographique, même si j'y étais dans ma tête, j'étais très loin des débats qu'il pouvait y avoir à l'époque en Argentine. Et en Argentine c'était terrible, et encore, ça va, j'ai l'impression que j'ai tout affronté en essayant de parler le plus franchement possible, toujours, toujours, toujours. […]
 

Diriez-vous que ce livre a été une sorte d'exutoire?

« ce n'est pas un projet autobiographique,
c'est un matériau autobiographique,
ce n'est pas la même chose.
»

Oui, et en même temps je suis très mal à l'aise par rapport à tout ce qui est autobiographique, c'est un peu malgré moi je dirais. C'est-à-dire que j'ai un peu de mal avec la littérature autobiographique, ou alors...ce n'est pas pour me raconter, ça c'est sûr, ce n'est pas ma psychanalyse, parce que je pense que si un livre est une psychanalyse on le garde pour soi, donc j'avais une matière très particulière, il se trouve qu'elle est autobiographique, mais pour moi c'était parler, à partir de mon expérience personnelle c'est vrai, parler d'une enfant à cette époque-là, dans un moment de violence politique. J'en ai pris la mesure par la suite quand le livre a commencé à voyager, tout de suite on m'a invitée à droite et à gauche. Un des premiers voyages que j'ai fait c'était à Sarajevo, où finalement cette histoire si bizarre où je ne savais pas très bien pour qui, pour quoi j'expliquais, je racontais et pour qui je l'évoquais, tout d'un coup elle s'est mise à voyager, de tous mes livres c'est celui qui a été traduit dans le plus grand nombre de langues : espagnol, anglais, italien, allemand, serbe, et arabe en cours. Donc six langues, sept avec la langue d'origine. Donc du coup, c'est vrai que c'est peut-être particulier, je pense que c'est parce que, peut-être, je ne sais pas, parce que ce n'est pas seulement un témoignage. C'est un personnage, comme disait Roger Grenier, parce que même si je suis vraiment allée chercher des souvenirs et des sensations, ancrés en moi, gravés en moi, c'est aussi une petite fille dans un moment de violence politique. C'est l'Argentine mais comme elle comprend sans comprendre, comme le cadre politique est à peine évoqué, l'histoire peut être reçue ailleurs. Et ça, pour moi, c'est important.

« C'est l'Argentine mais comme elle comprend sans comprendre, comme le cadre politique est à peine évoqué, l'histoire peut être reçue ailleurs. »

Il ne s'agit pas de me raconter, d'ailleurs il y a beaucoup de choses dont je me souviens et qui ne sont pas dans le livre. Et par la suite aussi, dans Le bleu des abeilles il arrive la même chose, ou dans Les passagers de l'Anna C, il y a une sélection. C'est-à-dire que ce sont des choses qui signifient, ou qui ont un sens en dehors de moi. Et c'est vraiment aussi comme cela que j'ai sélectionné, à partir de ces instantanés photographiques que j'ai sélectionnés, que j'avais, j'ai construit quelque chose. Il y a un début, une fin, pour moi c'est important. Et le fait que ce soit une histoire, qu'il y ait un début et une fin, un dénouement, c'est aussi une mise à distance, on n'est pas dans la confidence, je ne voulais pas être dans la confidence autobiographique, ce n'est pas ça. Et pour moi ce qui permet d'y échapper, même quand on travaille sur un matériau qui est ancré en soi, c'est justement la sélection et la construction. On écrit pour se défaire des choses, pas pour se regarder dedans. Je ne voulais pas me regarder dans cette histoire. Et c'est ce qui m'a permis de choisir entre deux éditeurs, celui qui me disait que c'était un personnage, cela me rassurait, et l'autre qui voulait mettre en avant ma douleur personnelle, etc, et ce n'est pas cela que je voulais. Même si forcément elle est là, ce n'est pas un projet autobiographique, c'est un matériau autobiographique, ce n'est pas la même chose.

[…]

On sent également dans le roman que la petite fille ne comprend pas tout, mais on sent à la fois une grande responsabilité et une grande maturité, par exemple au moment où il est question que vous partiez avec votre mère, et que vous vous demandez comment il est possible que les chefs Montoneros s'en aillent et que les autres restent, est-ce une réflexion que vous vous êtes faite à l'époque?

C'est difficile à dire, peut-être pas formulé de cette manière-là mais oui, ceux qui étaient « en el exterior » comme on disait, et ceux qui n'y étaient pas... J'étais enfant d'une situation qui n'était pas celle d'une enfant. Il y a des moments où on sent que la petite fille a « un costume qui est trop grand pour elle ». Toutes les scènes correspondent à des moments dont je me souviens. La scène avec la voisine par exemple, ce moment où la voisine me demande comment je m'appelle. Ça c'est un souvenir. Et aussi tel que c'est raconté, c'est-à-dire que je me souviens de Diana et ma mère me disant : « Mais comment tu as pu dire une chose pareille, dire que tu n'avais pas de nom ? ». Et je ne me souvenais plus l'avoir dit. Comme si je l'avais effacé. Et c'était comme une surprise alors que cela venait d'avoir lieu. Après coup je me suis dit que c'était comme ces enfants petits encore qui font une bêtise et qui se cachent. C'était une énormité, je pouvais mettre en danger tout le monde, et c'est comme si je l'avais effacé, et tel que je l'ai raconté c'est tel que c'est dans mon souvenir. Alors là, c'est un moment très enfantin pour le coup, parce que faire une chose pareille et ne pas le dire, faire comme si ça n'avait pas eu lieu parce qu' « on se cache et ça n'existe plus », c'est on ne peut plus enfantin. Et il y a eu des moments où, au contraire, j'ai eu l'impression d'être une petite adulte avec ce que cela peut avoir de monstrueux. Parce qu'il y a du désordre là-dedans, enfant on n'a pas à être adulte, mais il se trouve que j'étais dans une situation qui n'était pas celle d'une enfant. Donc voilà, mais j'ai essayé de travailler tel que c'était dans mon souvenir, est-ce que la mémoire déforme les choses, avec toute la subjectivité que j'assume... Mais en essayant, comme je disais, quand même de donner à lire une histoire qu'on puisse recevoir comme une histoire, comme un roman, et qui était aussi une manière de la séparer de moi. Mais chaque scène correspond à un souvenir. Alors il y en a d'autres aussi, des choses dont je me souviens, certaines sont écrites, mais qui n'ont pas trouvé leur place dans le livre. J'ai voulu laisser dans le livre le minimum pour qu'on puisse comprendre. Parce que justement je n'étais pas dans l'épanchement. Donc il y a des choses que j'ai écrites et qui sont restées pour moi. Je ne les montrerai pas, il n'y a pas de raison. Des scènes, des moments, des choses qui me sont venues après aussi... j'avais l'impression que c'était comme les jeux de construction des enfants, les Lego, les choses comme ça, j'avais des petits éclats comme ça, des petits éclats de choses dont je me souvenais, il n'y avait pas forcément de lien entre elles, je ne savais pas très bien quoi en faire, j'en ai choisi quelques unes, je les ai mises ensemble et ça a donné ça. Donc les petits éclats sont tous authentiques, les petites pièces de Lego, après j'ai construit quelque chose dont on se défait, qu'on éloigne de soi, qu'on sépare de soi. J'avais l'impression d'être entrée dans le tunnel du temps, surtout en revenant dans la maison presque 30 ans après, 27 ans après... c'était fou... donc voilà c'était vraiment : « de quoi je me souviens ? ». J'essayais de reconstruire des images, j'essayais de mettre par écrit des souvenirs, c'est le point de départ du livre.


[…]


Par rapport à la maison aux lapins, je savais que tout le monde était mort et que ça avait été terrible. Je l'ai su quand je suis rentrée, quand je suis arrivée en France. C'est-à-dire que ma mère a quitté l'Argentine en 1976, je ne parlais pas mais ce qu'elle disait me parlait. Quand ma mère est partie, c'est très compliqué, c'était en août 1976, mon père était en prison déjà depuis un moment, puisqu'il a été arrêté en 1975, avant qu'on aille dans la maison aux lapins. Donc ma mère est partie en août 76, mes grands-parents m'ont récupérée, pas tout de suite d'ailleurs, je suis restée quelques mois cachée chez une femme, parce que je n'avais pas de papiers... ma mère était « prófuga », je ne sais pas trop... Moi j'avais de faux papiers à l'époque. Est-ce que mon grand-père a attendu que ma mère ait l'asile politique en France, je ne sais pas... donc je suis restée chez une jeune femme qui était avocate et qui était dans le même cabinet d'avocats que mon grand-père... à Vicente López, dans la province de Buenos Aires. Et je suis retournée à La Plata en décembre 1976 ou janvier 77 par là, l'été de là-bas. Et on n'a jamais rien évoqué avec mes grands-parents, jamais... rien. Et je ne posais aucune question, c'est ça qui peut paraître fou, jamais je n'évoquais les gens avec qui on avait vécu... C'est très particulier la psychologie des enfants, j'aimerais travailler là-dessus, on met beaucoup de temps à s'en défaire, la psychologie des enfants nés ou qui grandissent dans des situations de clandestinité. C'est-à-dire qu'il y a des choses qu'on dit pour les autres, des choses qu'on garde pour soi, on est « compartimenté »... et mes grands-parents, voilà, il n'avaient rien à voir avec les Montoneros, donc je ne par-lais pas. Jamais je n'aurais évoqué les gens avec qui on a vécu, l'imprimerie, RIEN ! Pas un mot, donc du coup ce sont des choses d'autant plus fortes, parce qu'on les garde pour soi. Et une des premières choses que j'ai demandées à ma mère quand je suis arrivée en France pour la rejoindre en 1979, janvier 1979, je venais d'arriver, c'est « ¿ Qué pasó con Cacho y Diana ? ». Je me vois, parce que c'était la question que j'avais là (elle attrape sa gorge) depuis 1976 ! Et ma mère m'a dit : « ils ont tous été tués ».

Et je m'en doutais, à cause d'une histoire assez sinistre, qui m'est arrivée à La Plata. Quand mes grands-parents m'ont récupérée, je suis retournée à l'école, à côté de chez mes grands-parents maternels. Mars 1977, la rentrée là-bas, ma grand-mère attendait avant la première récré, pour savoir si tout allait bien. J'allais avoir neuf ans. J'étais à l'école où ma grand-mère était assistante sociale, elle était à la retraite mais elle attendait dans les bureaux, elle m'avait dit : « tu viens me voir après », on avait un bout de cours, la récré... et elle attendait pour savoir si tout allait bien. Et je suis allée la voir, et je lui ai dit : « il y a une petite fille qui m'a reconnue ». Et elle me dit : « ne t'inquiète pas, je vais le dire à ton grand-père, ne t'inquiète pas.»... En fait, dans la classe, il y avait une petite fille qui habitait juste en face de la maison aux lapins. Et c'était la fille d'un policier. Elle était venue me voir et m'avait dit : « mais toi, tu habitais dans la maison »... Et elle m'avait aussi dit - je l'ai raconté à Chicha Mariani - « Est-ce que tu sais ce qui s'est passé avec le bébé ? ». Et là, j'ai compris qu'il s'était passé quelque chose. Après, on n'a plus jamais parlé. C'était une camarade de ma classe. Mais elle était venue me voir et elle m'avait reconnue et je l'avais dit à ma grand-mère. Et après j'ai su que cette petite fille, enfin, ses parents, m'avaient dénoncée. Et qu'ils avaient dit : « Il y a une fille qui vivait dans la maison... », et que mon grand-père (heureusement, il était prévenu) avait dû faire face. Il avait été interrogé, il avait dit : « ma fille est partie à l'étranger, elle nous a laissé son enfant, etc ». Je ne sais pas très bien comment il a fait... mais ça je l'ai su après parce qu'à l'époque j'avais juste dit à ma grand-mère « quelqu'un m'a reconnue ». En tout cas je savais qu'il s'était passé quelque chose de grave puisqu'elle m'avait dit : « Qu'est-ce qui s'est passé avec le bébé ? Qu'est devenu le bébé ? »....Moi je ne parlais pas et donc quand il y a eu l'attaque à la maison aux lapins, je n'étais pas à La Plata, j'étais à Vicente López, cachée. [...] Elle m'a posé la question à moi mais elle ne disait pas aux autres, je ne crois pas, elle m'avait posé la question en tête à tête. À tel point, c'est bizarre, même chez les enfants qui étaient de « l'autre côté », on mesurait ce qu'on disait, et se défaire de ça, c'est l'horreur. Je crois que sans passer par l'autocensure ou alors au contraire l'instrumentalisation rhétorique, c'est très dur de se détacher de ça. J'en ai beaucoup parlé avec Patricia que j'ai vue la semaine dernière, fille de disparus, pendant des années, dès qu'on lui posait la question c'était : « yo vivo con mi tía », pour couper court, et même après le retour de la démocratie. C'est très dur de sortir de ça, de l'habitude de compartimenter son cerveau. Ce qui se dit à l'extérieur, ce qui se dit à l'intérieur, « les journaux sont là mais dehors ça n'existe pas, les armes sont là mais dehors ça n'existe pas »... et du coup après on continue comme cela, et c'est long... C'est pour ça que peut-être exprimer les choses ailleurs, et dans une autre langue, ça aide, ça aide à circuler plus librement entre ces compartiments.

Dans le prologue, vous dites qu'en écrivant vous faites une sorte d'exercice de mémoire, comment est-ce que cet exercice de mémoire a évolué aujourd'hui, est-ce que vous avez toujours ces « flashs » ?..

Un peu oui, certaines choses oui, le fait d'avoir mis par écrit cela m'a fait du bien, même si ça a été difficile aussi... maintenant ce n'est pas fini c'est sûr, mais je réfléchis beaucoup à ma manière de poursuivre, il y a beaucoup de choses que j'ai entendues, en Argentine surtout... Il y a des tas de choses qui restent à dire, mais encore faut-il les dire dans la plus grande liberté. Je ne veux pas tomber dans le piège rhétorique et d'autocensure encore une fois. Et je crois qu'il y a beaucoup de choses qui ont été dites et qui restent à dire... Pour moi, ce qui permet d'évoquer pleinement, c'est la littérature, ce n'est pas le témoignage, c'est essayer d'en faire quelque chose littérairement. Ce qui m'intéresse c'est de parler de ces expériences humaines-là, sans tomber dans un propos engagé ou partisan politique, et en gardant la plus grande liberté. Et en même temps ces structures mentales bizarres des enfants sont terribles, fascinantes, mais terribles. J'aimerais l'explorer sur l'histoire de quelqu'un d'autre. Mais je sais que cela entre forcément en contact avec des choses que j'ai pu vivre.

« ce qui permet d'évoquer pleinement, c'est la littérature,
ce n'est pas le témoignage
»
[...]


Je suis aux éditions du Seuil depuis octobre, c'est nouveau, j'ai quitté la fac, j'ai gardé mon poste mais j'ai pris une disponibilité qui a été renouvelée pour l'année prochaine. L'année qui vient, j'essaye de m'en tenir au Seuil, une petite traduction, je tiens à garder l'activité dans mes deux langues... Au Seuil je suis en charge du domaine hispanique, c'est moi qui choisit les livres, je ne suis pas toute seule mais je suis responsable. Ensuite, en tant que traductrice, je veux garder un livre par an, en littérature contemporaine. Et puis l'écriture...

Retournez-vous souvent en Argentine ?

Cela fait longtemps que je n'y suis pas retournée avec du temps. Chaque fois que j'y vais, je vais voir Chicha Mariani, je l'ai beaucoup vue au moment de la parution de La casa de los conejos.

[...]


Vous évoquiez tout à l'heure le souci de la liberté de vous exprimer, vous vous sentez aujourd'hui beaucoup plus libre de vous exprimer en France qu'en Argentine?

(soupir) Oh oui ! Les adaptations doivent être fidèles à l'intention. J'ai écrit du point de vue de l'humain, ce n'est pas un pamphlet...

« On écrit pour se défaire des choses, pas pour se regarder dedans. Je ne voulais pas me regarder dans cette histoire. »
 

Note :
[1] Le mouvement des Montoneros s'inscrivait dans une mouvance révolutionnaire (péroniste-guévariste). Les militants Montoneros ont été traqués par l'Alliance Anticommuniste Argentine (la "Triple A") à partir de 1974, puis par la junte militaire au pouvoir dès 1976.

Pour citer cette ressource :

Laura Alcoba, Amandine Cerutti, "Entretien avec Laura Alcoba", La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), octobre 2016. Consulté le 22/06/2018. URL: http://cle.ens-lyon.fr/espagnol/litterature/entretiens-et-textes-inedits/entretiens/entretien-avec-laura-alcoba