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La musique pop : passeport pour l’anglais dans l’Espagne des années 60

Par Paloma Otaola
Publié par Elodie Pietriga le 11/11/2017
Vers la fin des années 50 et jusqu’à la fin des années 60, la plupart des établissements scolaires proposait le français comme langue étrangère, mais à partir de 1970, l’anglais s’est imposé jusqu’à devenir pratiquement la seule langue étrangère enseignée jusqu’en 1990. L’objectif de cette présentation est de montrer comment la musique pop des années 60 a incliné la balance en faveur de l’anglais.

 

 

Une journée d'étude organisée par Virginie Privas-Bréauté, en partenariat avec l'université Lyon 3, l'IETT et la MILC , et consacrée à l'art et à la transmission des langues et des cultures étrangères s'est tenue le 12 novembre 2015 à la Maison Internationale des Langues et des Cultures (MILC).
Suite à cette journée d'étude, nous publions cet article.

 

Paloma Otaola
Professeure des Universités
IETT- Lyon 3

 


Vers la fin des années 50 et jusqu’à la fin des années 60, la plupart des établissements scolaires proposait le français comme langue étrangère, mais à partir de 1970, l’anglais s’est imposé jusqu’à devenir pratiquement la seule langue étrangère enseignée jusqu’en 1990. L’objectif de cette présentation est de montrer comment la musique pop des années 60 a incliné la balance en faveur de l’anglais. L’arrivée de la musique moderne d’origine anglo-saxonne a été un facteur déterminant de l’intérêt des jeunes espagnols pour l’anglais qui est devenu grâce aux Beatles la lingua franca de la modernité. Ils ont été imités par de nombreux groupes en Espagne qui rivalisaient en chantant en anglais. Toutefois, l'affirmation de l'identité hispanique montre également une certaine résistance de la part des Espagnols à s'exprimer dans une autre langue que la maternelle.

 

Introduction

 

L’objectif de cet article est de montrer comment la musique pop des années 60 a incliné la balance en Espagne en faveur de l’anglais. En effet, l’anglais s’est imposé, non seulement par des raisons économiques, mais aussi parce qu’elle était la langue chantée par les jeunes, ce qui a favorisée sa demande croissante aux dépens du français qui a pratiquement disparu de l’enseignement secondaire dans les années 80.

Nous allons commencer par exposer brièvement la présence de l’anglais dans l’enseignement secondaire pendant cette période ; ensuite, nous parlerons du contexte socio-économique des années 60 qui a permis une certaine ouverture de la société espagnole à la société européenne pour terminer avec le sujet principal de ce texte : l’influence de la musique pop dans l’expansion de l’anglais.
 

1- L’enseignement de l’anglais dans l’Espagne franquiste

 

Dans les lycées publics, masculins ou féminins, la Loi de 1953 prévoyait l’enseignement de plusieurs langues étrangères : allemand, français, anglais, italien et portugais. Toutefois, une seule langue étrangère était obligatoire. Si le français était prédominant dans les années 50, l’anglais s’est imposé progressivement au cours des années 60. Quant aux établissements privés, de la fin des années 50 à la fin des années 60, la plupart proposait le français comme seule langue étrangère. Certains établissements donnaient la possibilité de choisir entre l’anglais et le français, mais à partir de 1970, l’anglais est pratiquement devenu la seule langue étrangère enseignée dans les établissements scolaires publics et privés jusqu’en 1990 [1].

Nous n’avons pas de données statistiques de cette époque, mais un sondage réalisé sur des personnes scolarisées dans les années 50 et 60 nous donne un échantillon de ce qui se passait dans des villes comme Madrid, Barcelone, Bilbao, Pampelune, Saint Sébastien, Grenade, Séville, Burgos et Soria. Dans les années 50, même dans les établissements qui proposaient l’anglais et le français, le français était la langue majoritairement enseignée. En revanche, dans les années 60 la proportion a commencé à s’équilibrer, jusqu’à ce que l’anglais prenne le dessus dans les années 70.

Certains établissements avaient comme spécificité l’enseignement d’une langue étrangère, comme c’est le cas du Sacré-Cœur pour le français ou des religieuses irlandaises qui enseignaient l’anglais. La disparition des établissements scolaires du Sacré Cœur après le Concile Vatican II a sans doute contribué à l’effacement du français dans l’enseignement secondaire. D’autres établissements bilingues comme le Collège anglais, le Collège allemand ou le Collège français étaient destinés à une élite.

Dans les années 70, le français a donc commencé à décliner au profit de l’anglais, jusqu’à pratiquement disparaître comme langue obligatoire, pour réapparaître à partir de 1990 sous la forme de LV2 optionnelle, possibilité qui n’existait pas auparavant. Quant à l’anglais, il a dominé en maître jusqu’à s’imposer comme la seule langue étrangère incontournable, comme c’est le cas dans la plupart des pays du monde. De nos jours, le nombre d’écoles, collèges et lycées publics qui proposent un enseignement bilingue : anglais, espagnol ou trilingue, anglais, espagnol, langue régionale ne cesse de s’accroître.

La demande croissante de l’anglais comme langue étrangère reflète certainement un changement d’attitude de la population espagnole dans son ensemble à l’égard de la langue et de la culture anglaises. Parmi les facteurs qui ont contribué à ce changement, nous pouvons mentionner la modernisation de l’Espagne, conséquence de la croissance économique des années 60, le tourisme de masse et la musique pop d’origine anglo-saxonne. Tous ces facteurs ont créé un climat favorable au développement de l’anglais au détriment des autres langues étrangères, notamment du français qui a été détrôné.

 

2- Le contexte socio-économique des années 60

 

Rappelons brièvement les conséquences de la croissance économique de l’Espagne de 1960 à 1973. La libéralisation de l’économie entreprise par les technocrates – le Ministre des Finances, le Ministre de l’Industrie et le Secrétaire au Développement - a permis l’industrialisation définitive de l’Espagne, la modernisation des infrastructures et l’augmentation du niveau de vie, favorisant la création d’une large classe moyenne et l’apparition de la société de bien-être et de consommation. Toutefois, les biens de consommation à l’époque étaient le frigidaire, le téléphone, la télévision, le tourne-disque, la machine à laver et bien évidemment l’automobile. La voiture phare de cette décennie devenue un symbole était la Seat 600. La télévision a été une ouverture sur le monde avec les séries américaines, contribuant ainsi à faire évoluer les mentalités de la société espagnole.

Un autre facteur déterminant de cette évolution a été le tourisme de masse qui fait son apparition en Espagne au début des années 60. L’arrivée de Manuel Fraga Iribarne en 1962 au Ministère de l’Information et du Tourisme a provoqué de profonds changements dans les objectifs et stratégies touristiques. Fraga avait compris l’énorme potentiel touristique de l’Espagne : ses ressources naturelles, notamment ses kilomètres de plage et le soleil. Il a développé une politique de bas prix pour attirer les touristes en masse sur le littoral espagnol, déterminé à faire du tourisme la poule aux œufs d’or. De petits villages de pêcheurs sont devenus des villes balnéaires modernes et les hôtels, les restaurants et les commerces se sont mis à l’anglais.

Les affiches touristiques de la fin des années 50 montrent de slogans en anglais et en français dans lesquelles les aspects culturels côtoient le modèle « plage et soleil ». Il ne s’agit pas encore du tourisme de masse, mais d’un tourisme d’élite, aristocratique, de la haute bourgeoisie ou des stars de Hollywood. Le slogan Spain is different, « l’Espagne est différente », créé en 1948 pour attirer les touristes étrangers, a eu un grand succès, marquant l’imaginaire de toute une génération. L’Espagne des années 60 devient définitivement Spain. Une autre expression qui fera fortune dans ce contexte est celle de typical spanish. Dans les principales destinations touristiques, les commerces, les restaurants et les hôtels ont rapidement orné leurs vitrines du slogan : « on parle français », « English spoken », « deutsch sprechen », etc. Les brochures publicitaires étaient rédigées en allemand, en français et en anglais. Les centres de langues étrangères ont également proliféré, manifestation de la demande des natifs de se mettre au parfum de ce qui arrivait d’ailleurs.

Le tourisme des années 60 était un tourisme essentiellement européen. Pendant les premières années, les Français étaient majoritaires (48%, suivis des Britanniques et des Allemands [2]).

Source: Élaboration propre
 

La Costa Brava attirait sans doute les Français en raison de sa proximité. Les Britanniques ont progressivement colonisé la côte d’Alicante, notamment Benidorm, tandis que les Allemands ont préféré les archipels : Les îles Baléares et les Canaries.
Cette tendance s’est maintenue pendant 50 ans, avec le Royaume Uni en tête de liste.

 

Le contact avec les touristes, si différents dans leurs comportements, leurs habitudes vestimentaires et alimentaires, a été l’un des détonateurs des changements des mentalités de la jeunesse espagnole. Le goût du contact avec l’étranger a entraîné également l’envie de se rendre à l’étranger. De plus en plus de jeunes Espagnols sont partis à l’étranger, principalement en France, en Irlande et en Angleterre pour des séjours linguistiques en été, ou bien, à la fin des études secondaires, aux États-Unis, devenus la destination à la mode.
 

3- L’impact de la musique anglo-saxonne en Espagne

 

L’arrivée de la musique moderne d’origine anglo-saxonne a été un facteur déterminant de l’intérêt des jeunes Espagnols pour l’anglais. Dans les années 60, Londres a exercé une grande fascination comme capitale du pays des Beatles, d’une mode et d’un style de vie, way of life, très différent et très attirant pour la jeunesse espagnole de cette époque, peu impliquée en politique mais qui avait hâte de suivre les traces de ses idoles britanniques et américaines. La minijupe et les cheveux longs pour les garçons se sont imposés malgré les réticences de la génération précédente.

La radio a eu un rôle de premier plan dans l’expansion de la musique anglo-saxonne. Parmi les émissions qui diffusaient la musique américaine - country, rock and roll, blues, twist - nous pouvons mentionner Vuelo 605 et Caravana Musical. Elles étaient dirigées par Ángel Álvarez, opérateur de radio d'Iberia qui profitait de ses voyages à Los Angeles ou à New York pour acheter les nouveautés musicales du moment. Les jeunes qui écoutaient ces émissions ne comprenaient rien aux paroles des chansons qui étaient en anglais, mais ils accrochaient à cette nouvelle forme d’expression. D’autres programmes de musique comme Discodial, consacré à l’audition des disques les plus vendus, Nosotros los jóvenes de Radio España, qui diffusait les succès du moment, dirigé par Ángel Nieto, ont contribué à la propagation de la musique étrangère et à susciter une profusion de chanteurs et de groupes locaux qui essayaient d’imiter les groupes et les chanteurs étrangers [3]. Grâce à la radio, aux festivals, aux disques et progressivement à la télévision, les jeunes se sont tournés vers la musique qui venait d’outre-Atlantique.

La guitare électrique et la percussion ont définitivement changé la façon de faire de la musique. La vente de guitares électriques a explosé à partir de 1962 [4] et la publicité de toute la panoplie des instruments nécessaires pour faire un groupe beat a inondé les revues spécialisées de musique pour les jeunes. Des mots anglais ont commencé à faire partie du vocabulaire des jeunes espagnols : single (introduit en Espagne en 1964), Long Play (LP), hit-parade, disc-jockey et surtout fans.
José Maria Iñigo, l’un des témoins privilégiés de cette attraction de l’anglais sur la jeunesse espagnole, raconte sa propre expérience dans ses souvenirs : Cuando éramos jóvenes. España años 60: recuerdos de una década apasionante. Londres et San Francisco devenaient des villes phares pour les jeunes branchés.

La musique anglo-saxonne s’est imposée à travers Cliff Richard, The Rolling Stones, Sandie Shaw, Simon & Garfunkel, les chanteurs country et surtout les Beatles. Comme le souligne José Maria Iñigo, « Dans les années 60, l’anglais est devenu la lingua franca de la modernité, grâce aux Beatles, les meilleurs ambassadeurs de la musique et du Royaume Uni dans le monde » [5].

Les chanteurs et les groupes espagnols ont essayé d’imiter leurs idoles américaines, britanniques, françaises ou italiennes. De cette nouvelle vague, le Duo Dinámico a eu un rôle fondamental comme pionniers de la musique moderne, des jeunes et pour les jeunes.

 

4- Les pionniers : Le Dúo Dinámico

 

Le Dúo Dinámico était composé de deux jeunes garçons de Barcelone, Ramón Arcusa (1936) et Manuel de la Calva (1937), qui travaillaient dans la même entreprise et qui aimaient chanter avec leur guitare. Ils ont été considérés comme la version espagnole de The Everly Brothers, duo américain qui se trouvait au sommet de la popularité aux USA. Ils ont connu un succès fulgurant devenant ainsi les stars de la jeunesse espagnole jusqu’en 1964, lorsqu’ils ont été submergés par la vague beat qui s’est imposée après le succès des Beatles.

Le démarrage de leur carrière artistique s’est produit en 1958, après un passage à la radio, dans une émission de Radio Barcelona : La comarca nos visita. Ils avaient choisi comme nom artistique The Dynamic Boys, mais le présentateur, sous prétexte qu’il ne connaissait pas l’anglais, les a annoncés comme le Duo Dinámico et ils ont gardé ce nom artistique [6]. Cette performance leur a permis de décrocher un premier contrat avec une Maison de disques, Gramophon-Odeon, avec laquelle ils ont enregistré leur premier EP (extended play : 45 tours) en 1959.
 

Ils ont commencé à chanter en espagnol les tubes du moment comme Adam and Eve de Paul Anka, Alone (calypso cha-cha-cha), Little darling (calypso), Cowboy (rock) et Hello Mary Lou de Gene Pitney, Bye Bye love des The Everly Brothers, Oh Carol de Neil Sedaka, Baby rock de Renato Carosone, etc. Dans le meilleur des cas, leur contribution en anglais se limitait aux mots du titre. Ils ont introduit le rock, le twist et tous les rythmes outre-Atlantique qui étaient à la mode chaque été. Grâce à leur succès, à partir de 1960, ils ont chanté leurs propres chansons et ont paradoxalement intensifié les traits identitaires hispaniques.
Ils ont occupé les premières places de listes de hits mensuels qui ont commencé à être diffusées en Espagne. Le programme de radio Discodial de Radio Juventud lança sa première liste en septembre 1963 et le Duo était au premier rang des interprètes.

 

5- Les premiers concerts rock au Cirque Price

 

Les premiers concerts de rock and roll, twist, etc. ont eu lieu au Cirque Price (Madrid) de 1962 à 1963. Les frères Nieto organisaient tous les dimanches matin des concerts avec les groupes espagnols et étrangers qui représentaient la nouvelle vague de la musique moderne. Les jeunes madrilènes venaient en masse écouter et danser au son de nouveaux rythmes. Les tarifs abordables permettaient l'assistance de jeunes d'horizons divers et non seulement des étudiants. Parmi les groupes pionniers du rock qui s’y sont produits, nous pouvons citer Los Estudiantes, Los Pekeniques Los Relámpagos, Los Sirex, Los Mustang, Los Tonys, Los Diablos negros, Los Diablos rojos, Los Flaps, Los Jumps. S’y sont produits également des chanteurs solistes tels que Bruno Lomas et Mike Ríos qui était connu sous le nom du « roi du twist ».

La presse de l'époque témoigne de l'impact de ce phénomène nouveau. La revue Triunfo publie dans le numéro du 8 décembre 1962 un reportage sur la nouvelle musique des matinales du Price en concluant : « Où allons-nous ? Les jeunes sautent jusqu’au plafond d'enthousiasme … près de deux mille jeunes partent en chantant Speedy Gonzalez » [7].
 

Fonorama (revue lancée en novembre 1963) transmet la chronique du quatrième concert (p. 14). Parmi les groupes nous pouvons mentionner Los diablos negros (ne pas confondre avec Los diablos rojos) qui ont interprété Mashed potatoes et She loves you des Beatles. Mashed potatoes a déclenché une réaction en masse des spectateurs qui debout criaient et dansaient. Tout le monde demandait à grands cris Hully Gully. Pour la première fois, un groupe américain Joe and the jaguars se produit à Madrid avec If I had a hammer de Trini López [8].
Les troubles dans la rue créés par une jeunesse tumultueuse et bruyante après les concerts ont provoqué leur suppression [9].

 

6- Les Beatles et la vague beat : La mode de los conjuntos

 

Au début des années 60, les stars du rock and roll étaient fondamentalement nord-américaines. Dans les îles britanniques, les groupes de musique privilégiaient encore la mélodie sur le rythme. Le succès obtenu par Cliff Richard and The Shadows qui introduisaient la guitare électrique et la percussion a préparé le terrain à la vague beat qui a transformé le rock américain. Mais, c'est avec l'arrivée des Beatles (1962) que ce nouveau style de musique s'impose en Europe et même aux États Unis. En 1962, ils ont enregistré leur premier disque Love, love me do qui rapidement obtient le n° 2 dans le hit-parade britannique de Melody Maker. Avec She loves you, ils ont gagné leur premier disque d'or en 1963, tandis que Love, love me do se hissait au n° 1 sur les listes américaines.

À l'instar du groupe de Liverpool, les groupes de musique se sont multipliés avec une existence plus ou moins éphémère. Les Beatles ont régné sur le monde de la pop jusqu’à sa disparition en 1970, malgré la rivalité avec The Rolling Stones. Leurs fans respectifs étaient divisés en deux camps irréconciliables.
En Espagne, comme dans les autres pays européens, leur influence a déclenché un raz de marée. Les quatre de Liverpool sont arrivés d'abord par la presse et par la radio. Dans les programmes consacrés à la musique jeune, on pouvait écouter leurs plus grands tubes. Les films de Richard Lester ont popularisé l'image de quatre garçons dans le vent.

Dans la presse, généraliste ou spécialisée, ils ont occupé les pages de couverture, faisant l'objet de nombreux reportages. Fonorama, dans son deuxième numéro de décembre 1963, consacre une page intérieure à parler du triomphe des Beatles en Angleterre. Un deuxième reportage sur leur succès aux États-Unis apparaît en mars 1964 (n° 5). En avril 1964, ils sont en couverture de cette même revue et en juillet de cette même année en dernière de couverture. À partir de juillet 1964, chaque numéro de Fonorama comprend une section fixe intitulée Beatlenoticias. La revue Triunfo publie également un reportage en janvier 1964. Quant à la revue Fans, elle présente les Beatles en couverture du n° 7 et du n° 65 ce qui permet aussi d’apprécier le changement de look du groupe en peu de temps.

Les listes de hits ont commencé à apparaître dans les émissions de musique radiophoniques, dans les revues et de façon régulière à partir de 1964. Fonorama (n° 8) publie sa première liste de popularité : Top 100, en octobre 1964 avec 4 titres des Beatles, même s'ils n'occupent pas encore les premières places : Twist and shout y apparaît au n° 36; Ella te quiere (She loves you) n° 43 ; Quiero coger tu mano (I want to hold your hand) n° 47, Please, please me, n° 53.
Mais, le mois suivant, n°9 Novembre 1964, A hard day’s night se situe au n° 12 (1 mois), Long tall Sally n° 63 et 97, I shoud Have know better. Finalement, en décembre de cette année (n°10, décembre 1964-janvier 1965), A hard day’s night n° 1, I shoud Have know better n° 8, Twist and shout n° 51.
Chaque mois, les chansons des Beatles seront omniprésentes dans le Top 100. Par exemple, I shoud have know better s’est maintenue dans les 10 premières places pendant 6 mois (décembre 1964-mai 1965) ; A hard day’s night, plus de 7 mois sur les listes de hits en Espagne.

Dans la section consacrée à l'évaluation des disques de Fonorama, les titres des Beatles obtiennent toujours la qualification maximale voir la qualification d'honneur accordée à Ticket to ride. Dans le bilan des artistes les plus remarquables de l'année, publié le 27 décembre 1965, les Beatles occupent la première place.
Cela vaut la peine de lire le commentaire élogieux à propos des Beatles publié dans Fonorama [10] :

« En premier lieu, nous devons faire remarquer, au-dessus des autres ensembles, le magnifique groupe des Beatles. Les rois de Liverpool ont réussi à harmoniser leurs voix et leurs instruments, créant un son unique au monde. Mais ils ne s'arrêtent pas là. Paul et John, comme compositeurs, sont sensationnels. Ils se renouvellent constamment et l'ensemble réussit de nouvelles nuances, de nouveaux systèmes de son, des arrangements inconnus, dans une maîtrise qui soulève l'enthousiasme des jeunes. Leurs hits (sic) sont continuels: Ticket to ride, Kansas City, Help, La chica perderás, (Your’e gonna lose that girl) font partie de leurs derniers succès mondiaux… »

La revue Fans a publié un long reportage La verdadera historia de los Beatles (n°15-23).

a- Concerts en Espagne : juillet 1965

Les Beatles, qui venaient de recevoir la médaille de Membres de l’Ordre de l’Empire britannique (juin 1965), sont arrivés en Espagne en juillet 1965 pour se produire dans deux concerts : le premier à la Plaza de Toros de las Ventas à Madrid (02/07) et le second dans la Monumental de Barcelona (04/07) [11]. Les quatre garçons ou les quatre « cheveux-longs » de Liverpool ont suscité partout le même enthousiasme, avec leur cohorte de fans et l’Espagne n’était pas une exception. Les médias de l’époque ont suivi de près l’événement. Comme beaucoup d’articles sur cet événement l’ont montré, les médias officiels essayaient de minimiser l’importance de leur arrivée et de leur influence sur les jeunes. 50 ans plus tard, certains journaux et magazines s’en souviennent et d’autres qui n’existaient pas à l’époque (El País, El Mundo), n’ont pas manqué de souligner cet anniversaire.

Les Beatles ont été accueillis à l’aéroport de Barajas par les journalistes, les photographes et leurs fans le 1er juillet 1965. Bodegas Domecq avait organisé une réception autour des vins de Jerez à l’hôtel Fénix où ils séjournaient, suivie d’un tablao flamenco. Le lendemain, le concert a eu lieu à Las Ventas. Hola parle de 10.000 personnes, considérant que ce n’était pas beaucoup, en tenant compte de leur popularité et de la capacité de Las Ventas de 18.000 personnes [12]. Le prix de l’entrée, entre 75 et 400 pesetas, y était sans doute pour quelque chose. Pour l’époque, c’était une somme considérable. Curieusement, plus de la moitié du public était composé par des personnes d’âge moyen. Apparemment, les forces d’ordre avaient aussi la consigne de ne pas laisser passer des jeunes avec une allure suspecte : cheveux longs, habillés de façon non conventionnelle… et beaucoup n’ont pas pu entrer. Toutefois, les images du NODO (Noticiario documental) montrent aussi des fans qui crient et qui dansent dans les gradins.

Les Beatles ont chanté Twist and shout, Long tall Sally, She’s a woman, I’m a looser, Can’t buy me love, Baby’s in black, Wanna be your man, A hard day’s night, Everybody’s trying to be my baby, Rock & roll music, I feel fine et Ticket to ride. Ils sont partis en courant après la dernière chanson, sans cris ni demandes de bis. C’est pourquoi le commentateur du NODO, le seul programme informatif autorisé à diffuser le concert, annonçait que les Beatles étaient passés par Madrid sans trop de peine mais sans trop de gloire. Les analyses plus récentes sur la question mettent en évidence les difficultés pour accéder au concert à Madrid et les images filtrées du NODO pour donner l'impression que les Beatles sont arrivés, ont chanté et sont repartis sans plus. Or, ils ont suscité un enthousiasme qui n’est pas reflété dans les images.

À Barcelone, en revanche, les fans étaient au rendez-vous. Hola parle de 25.000 personnes tandis que La Vanguardia fait état de 18.000 personnes. En tout cas, la Monumental était pleine. Les Sirex ont chanté dans la première partie du concert. Les Beatles sont arrivés la tête couverte par des toques de torero. Malgré les réserves exprimées par les médias officiels, c’était la première fois qu’avait lieu en Espagne un concert à l’air libre attirant les foules. Les deux concerts des Beatles ont été un grand succès qui a donné lieu à la Beatlemania, encouragée par El Corte Inglés pour promotionner la mode jeune [13]. Fonorama (n° 14) publia également la chronique de leur séjour à Madrid avec une interview de José Luis Álvarez avec les Beatles et Brian Epstein.

b- Apprendre l’anglais avec les Beatles

Avec les Beatles, l’anglais est devenu la langue de la musique moderne. La première motivation pour l’apprendre était de pouvoir chanter les tubes qui invariablement occupaient les premières places du hit-parade. Le film de David Trueba, Vivir es fácil con los ojos cerrados raconte l’histoire, basée sur des faits réels, d’un enseignant qui utilise les chansons des Beatles pour enseigner l'anglais. Le titre du film est la traduction d’un vers de la chanson Strawberry Fields forever : "Living is easy with eyes closed" [14].

Le professeur d’anglais, fan des Beatles, transcrivait les paroles à l’écoute et les faisait apprendre par cœur à ses élèves. Non seulement ils apprenaient la langue, mais surtout, ils découvraient les messages transmis dans les chansons par le groupe de Liverpool. Quand il apprend que John Lennon est à Almería, dans le sud de l’Espagne, il décide d’aller à sa rencontre. En effet, John Lennon s’était rendu en Espagne pour jouer dans le film antimilitariste de Richard Lester How I Won The War qui était tourné dans le « Le Hollywood espagnol » des années 60 et 70, et où furent tournés de nombreux westerns italiens et américains comme Le bon, la brute et le truand (Sergio Leone, 1966) ou d’autres chefs-d’œuvre du cinéma comme Lawrence d’Arabie (David Lean, 1962) et Cléopâtre (Joseph Mankiewicz, 1963). Malgré les difficultés, il réussit à avoir un entretien de quelques minutes avec Lennon dans lequel il lui a demandé d’inclure les paroles des chansons dans les disques, ce qui sera fait à partir de 1966.

À l’instar des Beatles, une multitude de groupes a surgit dans toute l’Espagne. La revue Fonorama (nº 17, octobre 1965), fait état de plus de 900 groupes distribués dans toutes les villes espagnoles : Los Sirex, Los Mustang, Los Briks, Los Jumps, Los Grajos, Los Búhos, Los Extraños, Los Brincos, Los Sonor… Rien qu'à Barcelone, il y en avait plus de 200.

Certains chantaient leurs propres chansons comme Los Sirex, mais beaucoup d'autres se spécialisaient dans les versions espagnoles de célèbres tubes du groupe de Liverpool. C'est le cas de Los Mustang qui ont interprété tous les chansons des Beatles en espagnol.

7- Les Beatles espagnols : Los Brincos

Los Brincos sont considérés comme le meilleur groupe des années 60 jusqu'à l'apparition de Los Bravos, ou en tout cas, comme l'ensemble musical qui se rapprochait le plus du groupe de Liverpool. Ils étaient en somme les Beatles espagnols [15] .

Le groupe s’est formé en 1964, lorsque les Britanniques dominaient la scène de la musique jeune aussi bien en Europe qu'aux États Unis. Il était composé de quatre membres (Fernando Arbex, Juan Pardo, Manuel González y Antonio Morales (Junior): une basse, deux guitares et percussion. Ils ont eu rapidement un grand succès car la plupart de leurs chansons ont été n° 1 dans le hit-parade. Leur popularité a été si forte que Fonorama parlait de Brincosis (n° 14).

Nous pouvons constater plusieurs ressemblances entre les Beatles et le groupe espagnol : tous deux étaient composés de quatre membres avec une formation similaire - une basse, deux guitares et percussion. Les compositions de Fernando Arbex et Juan Pardo pouvaient être comparées à celles de John Lennon et Paul McCartney. Le nom du groupe se composait de l'article suivi d'un mot à deux syllabes qui commençaient par B: The Beatles/ Los Brincos. D'après Gerardo Irles, le nom de Brincos évoquerait la manière de danser des jeunes après la mode du rock. Sur la couverture du premier EP des Beatles, Twist and Shout, ils apparaissaient en sautant, ce qui correspond à l'espagnol brincar [16].

Dans leurs chansons, tout comme les Beatles, ils ont introduit de nouvelles harmonies vocales, des enchaînements d'accords inhabituels qui surprenaient leurs auditeurs, mais qui sont entrées sans difficulté dans le langage musical des groupes. De plus, ils composaient eux-mêmes leurs titres et chantaient en anglais.

Leur premier disque parut en 1964, un single avec une chanson en anglais et une autre en espagnol : Dance the pulga/Bye Bye chiquilla. Cette même année, ils enregistrent un deuxième single Cry/Flamenco, deux EP et un LP avec 12 titres, sept en anglais et cinq en espagnol. Dans la première année de sa carrière artistique, nous pouvons constater l'intention affichée du groupe de se positionner dans la vague du beat britannique. Le succès fulgurant parmi les jeunes Espagnols marquera une nouvelle orientation avec des titres en espagnol et l'affirmation d'une identité hispanique. Flamenco, au deuxième mois de son lancement s'est placé au n° 17 de la Escala de popularidad (hit-parade de hits-parade) de Fonorama (n° 12), mais au n° 3 du hit-parade espagnol qui classait les Top 20 des interprètes espagnols. En mai 1965, la même revue (n°14) indique dans le hit-parade que Flamenco s'est maintenue au n° 1 pendant trois mois.

Titres anglais des premiers Brincos


Malgré leur succès et leur immense popularité parmi les jeunes Espagnols, ils se sont séparés en 1966. Juan et Junior ont formé un duo et Los Brincos ont continué avec deux nouveaux membres. Les deux formations ont maintenu leur popularité jusqu'à la fin des années 60.

8- Los Bravos

Los Bravos ont été le groupe espagnol le plus international des années 60. Le groupe est né en 1965 de la fusion de deux groupes : Los Sonor, un des premiers groupes de rock de début des années 60, d’où venaient Manolo Fernandez, clavier et Tony, guitare et voix, et le groupe Mike and The Runaways qui avait un soliste allemand, Mike Kögel [17]. D’après Ángel Casas, les deux pièces clé du succès international des Bravos étaient leur manager français Alain Milhaud et le chanteur Mike Kögel . Milhaud travaillait comme directeur artistique de Columbia-Espagne. Les quatre autres membres du groupe étaient espagnols.

La formation de Los Bravos comprenait un chanteur soliste Mike, un batteur (Pablo), un organiste (Manolo Fernández) et deux guitares : Tony et Miguel. Ses titres étaient composés par l'Espagnol Manolo Díaz, l’âme du groupe, mais ils chantaient également des chansons d'autres auteurs en espagnol et en anglais. Parmi ses titres originaux : No sé mi nombre, La moto, Quiero gritar, Los chicos con las chicas, La parada del autobús, des titres emblématiques de la pop espagnole.

Los Bravos ont bénéficié d’un lancement médiatique très bien orchestré à travers le programme El Gran Musical dirigé par Martín Blanco. Dans une des émissions, on invitait les fans du programme à écouter un nouveau groupe et à proposer un nom la semaine suivante. Cette mise en scène a créé une grande expectative. Le nom choisi parmi ceux proposés par les fans a été Los Bravos, un nom cour comme les Beatles, les Brincos, mais avec de fortes connotations hispaniques. Leur première concert au Théâtre de la Zarzuela a été un grand succès et leur a permis une première projection internationale : diffusion sur la chaîne Europe 1, Salut les copains, invitation au Rallye International de Monte-Carlo en 1966 [18].

Depuis leur lancement, ils étaient le groupe rival des Brincos. Lors du Ier Festival d’idoles promotionné par le Corte Inglés, organisé en mai 1966 au Palais de Sports de Madrid, 5 groupes choisis par les fans, s’affrontaient pour gagner la première place : Los Brincos, Los Sirex, Los Bravos, Los Mustang et Los Relámpagos. Le Palais était plein à craquer. Le dernier groupe était Los Bravos. Dans un climat électrique, les fans ont demandé beaucoup de bis et ils se sont imposés comme le premier groupe du pop-rock espagnol rivalisant avec les groupes étrangers [19].

Leur grand succès, enregistré dans un studio à Londres en juin 1966, a été Black is Black (Peu des gens savent que c'est un groupe espagnol qui chante ce tube mondialement connu). Le disque a été lancé d'abord sur le marché anglais en juillet 1966 avec une forte promotion à la radio. Le succès a été immédiat et le titre s'est placé au n° 2 du hit-parade anglais et au n° 4 aux États-Unis. Il a occupé le n° 2 et 3 des classements des revues américaines Cash-Box et Billboard ; n° 1 en octobre au Canada ; un grand succès dans la plupart des pays d'Europe. La chanson a été diffusée en France par Johnny Hallyday : Noir c'est noir. C'était un succès insolite pour un groupe espagnol de placer deux titres dans les listes de hits étrangères : Royaume Uni, Australie, Canada, Allemagne, etc. Forts du succès de Black is Black, les Bravos ont lancé en Angleterre un deuxième single, en septembre 1966 : I don’t care qui obtient le n° 16 dans les listes britanniques [20]. Pour la première fois un groupe espagnol réalise une tournée dans toute l'Europe : France, Belgique, Allemagne, Hollande, Italie, et place ses disques dans le top de marchés comme les États-Unis [21].

En Espagne, Black is Black a été lancée en octobre et s'est rapidement placée au n° 1 du hit-parade. Le single est vendu à 2 millions et demi d'exemplaires. Des concerts directs et à la télévision consolident son succès. Grâce à Black is Black, Los Bravos sont le seul groupe espagnol à avoir rivalisé sur le hit-parade avec The Beatles et The Rolling Stones, même en Grande Bretagne [22]. Selon les témoignages des uns et des autres, le son du disque Black is Black serait dû surtout à la qualité des musiciens anglais qui ont joué dans l'enregistrement londonien et non au mérite des Bravos. Le fait est qu'après Black is Black, ils ont continué à occuper la première place en Espagne avec deux autres titres classés dans les listes américaines.

En 1966, ils ont enregistré 8 singles dont la moitié des chansons en anglais : Black is Black, I want a name, It's not unusual, Will you always love me, I don't care, Don't be left out in the cold, Going nowhere, Brand new baby.

En 1967, trois EP et deux singles : Don't be left out in the cold, Going nowhere (listes US), Sympathy /Show me / I'm all ears / I'm wearing a smile, You'll never get the chance again, Don't get in my way, Bye by baby, Come when I call, Like nobody else (Como nadie más) / Sympathy. Douze chansons en anglais en tout.
En 1968, ils enregistrent quatre singles et un EP : I'm hearing things,- Bring a little lovin' (listes US/ Make it last, Love is a symphony / great is our love,- Just holding on / We'll make it together : sept titres en anglais).

Certaines chansons étaient enregistrées dans les deux versions : espagnol et anglais. Le but des versions en espagnol étant de consolider leur succès auprès des jeunes Espagnols.

À l’instar des Beatles, ils ont tourné deux films, Los chicos con las chicas (Javier Aguirre 1967), l’un des films emblématiques du cinéma pop et Dame un poco de amor/Bring a little lovin' (José Maria Forqué-Francisco Macian, 1968). Dans les deux films, on trouve la mode op-art et psychédélique de la fin des années 60. Malheureusement, le groupe commencera à décliner après la mort tragique de Manolo Fernández, l'organiste, et le départ de Mike qui débutera une carrière comme soliste sous le nom de Mike Kennedy [23].
Les deux chansons les plus célèbres du groupe qui sont restées dans les mémoires sont Black is Black et Bring a little lovin’ du groupe australien Easy Beats.

9- L'Espagne se rebiffe

 

Paradoxalement, dans la musique pop espagnole s’est produit aussi une certaine révolte contre l'anglais accompagnée de la nécessité d’affirmer l’identité hispanique. Une fois qu’on avait démontré qu’on pouvait chanter en anglais et qu’on pouvait chanter comme les Britanniques, il fallait affirmer qu’on était Espagnols. Les fans voulaient des groupes et des chanteurs avec une personnalité propre et non de simples imitateurs de la musique étrangère.
Déjà en 1964, l’édito de Fonorama, « Barcelone et la musique moderne » est très éloquent. Miguel Ángel Nieto lance un appel vibrant aux protagonistes de la nouvelle vague musicale :

« Nous devons … lever les frontières des Pyrénees et lancer à travers elles notre personnalité, nos qualités et notre manière d’être, sans imiter personne, sans copier […] Plus d’anglais, plus de français. Du twist, mais en espagnol et à l’espagnole […] L’Espagne a appris, malgré le malgré, beaucoup de choses au monde entier… » (Fonorama 6, 4-1964: 1).

Cette même année, en première page du numéro spécial de Noël (n°10), sous la rubrique « Nouvelles et divers », un paragraphe annonce :

« Le Spanish sound est né [...] Il était temps de faire quelque chose d'original en musique moderne [...] Fonorama [...] promet de faire la publicité gratuite et abondante à toutes les nouvelles créations de Spanish sound ».
La cerise sur le gâteau de cette aspiration à rivaliser avec la musique britannique sera le Festival d’Eurovision 1968, lorsque la chanteuse espagnole Massiel a triomphé par un point de différence, one point, sur le célèbre chanteur britannique Cliff Richard.

 

Conclusion

 

Le succès des Beatles et des autres groupes de musique anglo-saxonne a propulsé l’anglais comme la langue par excellence de la musique moderne.
La popularité des groupes espagnols qui étaient capables de chanter en anglais et qui rivalisaient avec les groupes britanniques est une manifestation de l'aspiration de la jeunesse espagnole à s'aligner avec la jeunesse européenne à travers la musique et à travers une langue qui allait devenir commune. La musique anglo-saxonne et notamment les Beatles ont été des acteurs majeurs de la tendance croissante à apprendre l’anglais et à choisir l’Angleterre, l’Irlande et les États-Unis comme destination pour des séjours linguistiques.

Toutefois, la phonétique restreinte et les habitudes d’articulation de la langue espagnole créent une résistance naturelle à la pratique des langues étrangères de la part des Espagnols. Par ailleurs, la peur du ridicule et l’attachement à la langue nationale freinent en général la possibilité de s’exprimer en anglais, si on peut l’éviter.

 

Notes

[1] MORALES GÁLVEZ C. et al., La enseñanza de las lenguas extranjeras en España, Centro de Investigación y Documentación Educativa CIDE, Ministerio de Educación, Cultura y Deporte, 2000. https://sede.educacion.gob.es/publiventa/la-ensenanza-de-las-lenguas-extranjeras-en-espana/investigacion-educativa/8757 [Consulté le 10 septembre 2015]
[2] Sánchez Sánchez, Esther, “El auge del turismo europeo en la España de los años sesenta”, Arbor CLXX, 669 (2001), 201-224. http://arbor.revistas.csic.es/index.php/arbor/article/viewFile/918/925 [Consulté le 10 octobre 2015]

[3] Paloma Otaola González, « La música pop en la España franquista: rock, ye-ye y beat en la primera mitad de los años 60 », ILCEA. Revue de l’Institut des langues et cultures d’Europe et d’Amérique, juillet 2012.
[4] Pardo, José Ramón, Historia del pop español, Madrid, 1988, p. 32
[5] Iñigo, José María, « Cuando Éramos Jóvenes. España Años 60 Recuerdos De Una Década Apasionante », p. 28. José Maria Iñigo a été animateur de programmes de musique à la radio et sur TVE. À 18 ans, il est parti à Londres comme collaborateur des programmes de musique de Cadena Ser. De retour en Espagne, il s’est installé à Madrid collaborant dans des programmes de musique comme Musiquero, El Gran Musical et Los 40 Principales. En 1968, il a commencé à travailler pour la télévision, dans des programmes de diffusion de la musique pour les jeunes. Jusqu’à la fin des années 70, il a été l’une des personnalités les plus populaires dans le domaine de la musique moderne. Traduction propre.

[6] http://www.duodinamico.com/Adelante.htm. [Consulté le 15 septembre 2015]
[7] Cité par Pardo, 32. Traduction propre.

[8] Ángel Nieto était le rédacteur de Fonorama et l'organisateur de concerts au Price.

[9] Paloma Otaola Gonzalez, ‘La música pop en la España franquista: rock, ye-ye y beat en la primera mitad de los años 60’, ILCEA. Revue de l’Institut des langues et cultures d’Europe et d’Amérique, 2012 <https://ilcea.revues.org/1421> [consulté le 28 Septembre 2015].

[10] Il est curieux d’observer qu’à côté des titres en anglais La chica perderás (Your’e gonna lose that girl) est écrit en espagnol.
[11] Ils avaient réalisé une tournée aux USA et en France l'année précédente.
[12] Il n’y a pas de chiffres officiels du nombre de personnes qui réellement ont assisté au concert des Beatles. Certains parlent de 6.000, d’autres de 8.000. Ce qui est curieux est que toutes les entrées avaient étaient vendues, mais tout le monde n’avait pas pu entrer pour les raisons évoquées dans le texte. D’autre part, ceux qui n’avaient pas d’argent pour payer l’entrée sont venus écouter de l’extérieur. Isabel, García Acosta, Imagen y recepción de Los Beatles en La España Franquista: Una Mirada Analítica de Su Visita y Del Revuelo Musical Que Crearon En Nuestro País, Universidad de Sevilla (Sevilla, 2011) <http://dialnet.unirioja.es/servlet/libro?codigo=486414> [Consulté le 20 Octobre 2015]
[13] L’enregistrement du concert considéré perdu pendant toutes ces années, a finalement était reproduit en 2015 sur un disque vinyle, accompagné d’un CD et d’un reportage photographique, pour commémorer les 50 ans du concert à Madrid. Les enregistrements se trouvent sur internet en accès libre.
[14] Le film a été récompensé dans l’édition 2014 de prix GOYA: Meilleur film/ Meilleur réalisateur/ Meilleur scénario/ Meilleur acteur/Meilleure révélation féminine / Meilleure musique.
[15] César Campoy, Érase una vez, Los Brincos y Juan & Junior, Madrid, Efe Eme, 2006.
[16] Gerardo Irles, Solo para fans. La música ye-ye y pop española en los años 60, Madrid, Alianza Editorial, 1997, p. 29.
[17] Ángel Casas, 45 revoluciones en España (1960-1970), Barcelona, Dopesa, 1972, p. 124.
[18] Alonso Moreno, Guzmán, Los Bravos. Recuerdos de una leyenda. El fenómeno social de un grupo de Pop-Rock en la España franquista, Madrid, Agrupación Hispana de Escritores, 2012, p. 39.
[19] Ibid, p. 4445.
[20] Ibid, p. 55.
[21] Op. cit. p. 90.
[22] José María Iñigo, Cuando éramos jóvenes. España años 60: recuerdos de una década apasionante, Madrid, La esfera de los libros, 2004, p. 39.
[23] Manolo Fernández s’est suicidé en mai 1968 après la mort de sa femme dans un accident de voiture. Mike s’est séparé de Los Bravos en décembre 1968 commençant une carrière de soliste au début de 1969.

 

Bibliographie

 

ALONSO MORENO, Guzmán, Los Bravos. Recuerdos de una leyenda. El fenómeno social de un grupo de Pop-Rock en la España franquista, Agrupación Hispana de Escritores, Madrid, 2012.

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OTAOLA GONZÁLEZ, Paloma « La música pop en la España franquista: rock, ye-ye y beat en la primera mitad de los años 60 », ILCEA. Revue de l’Institut des langues et cultures d’Europe et d’Amérique, juillet 2012.

PARDO, José Ramón, Historia del pop español, Madrid, 1988.

SÁNCHEZ SÁNCHEZ, Esther, “El auge del turismo europeo en la España de los años sesenta”, Arbor CLXX, 669 (2001), 201-224. http://arbor.revistas.csic.es/index.php/arbor/article/viewFile/918/925. [Consulté le 10 octobre 2015]
 

 
Pour citer cette ressource :

Paloma Otaola, "La musique pop : passeport pour l’anglais dans l’Espagne des années 60", La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), novembre 2017. Consulté le 27/04/2018. URL: http://cle.ens-lyon.fr/espagnol/langue/didactique/lenseignement-des-langues-a-letranger/la-musique-pop-passeport-pour-l-anglais-dans-l-espagne-des-annees-60