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Hospitalité et art du recevoir

Par Claire Fauchon : AMN Histoire ancienne - Université Lyon 3
Publié par Salam Diab Duranton le 02/06/2009
Claire FAUCHON propose quelques réflexions autour d’une publication récente : BORBONE P. G., ((Un ambassadeur du Khan Argun en Occident, Histoire de Mar Yahballaha III et de Rabban Sauma (1281-1317))), trad. de l’italien par Egly ALEXANDRE, L’Harmattan, Paris, 2008.

Au Moyen Âge, les voyageurs d'Occident en Orient sont relativement bien connus. Marco Polo a ainsi laissé un récit vif et coloré des contrées orientales. En revanche, les voyageurs d'Orient en Occident sont plus rarement connus, car leurs ouvrages et leurs langues nous sont moins familiers. Néanmoins, ils offrent matière à étude comme le montre l'ouvrage italien de P. G. Borbone récemment paru en France dans une traduction en français d'E. Alexandre et une mise à jour de l'auteur : BORBONE P. G., Un ambassadeur du Khan Argun en Occident, Histoire de Mar Yahballaha III et de Rabban Sauma (1281-1317), trad. de l'italien par Egly ALEXANDRE, L'Harmattan, Paris, 20081.

Cet article n'est pas un compte rendu exhaustif de l'ouvrage mais se propose d'étudier trois thèmes : le voyage comme structure du récit, les types d'hospitalités, les biais et les silences du récit. Il espère ainsi proposer quelques pistes de réflexion sur l'art du recevoir en Orient et en Occident, sur l'organisation de l'Église d'Orient au XIIIe siècle et sur un pan méconnu de l'histoire mongole.

Avant-propos

Les voyages invitent à découvrir l’Autre. Quitter un univers familier et parcourir des contrées étrangères sont l’occasion de porter un regard ethnologique et ethnographique sur un monde à la fois nouveau, étrange et plus ou moins exotique2. Les voyages favorisent la rencontre et l’échange.

Lors de ces voyages, des étapes sont nécessaires, pour des raisons matérielles, politiques, diplomatiques, religieuses. Elles jalonnent le parcours effectué dans le cadre de missions différentes : pèlerinages, ambassades, inspections d’un territoire. Mais faire étape auprès d’une personnalité charismatique ou des pouvoirs locaux ne détermine pas le même type de réception. L’hospitalité a de multiples facettes.

Selon A. Van Gennep3 : « L’hospitalité est un rite de passage qui permet de régler l’agrégation et la séparation de l’étranger au groupe ». De ce fait, l’art du recevoir concentre la rencontre entre deux entités différentes mais non nécessairement adverses. Cette mise en présence s’accompagne d’une série de codes dont le bon déroulement conditionne la réussite de la rencontre. Cet art du recevoir se pratique dans les milieux les plus aisés comme dans les plus modestes. Mais il est certain que les  codes comportementaux et les rites hiérarchiques sont plus importants en milieu officiel, où les règles dites de l’étiquette occupent une place de choix.

Au Moyen Âge, les voyageurs d’Occident en Orient sont relativement bien connus. Marco Polo en est sans doute le parangon. On connait de lui un récit vif et coloré des contrées orientales4. En revanche les voyageurs d’Orient en Occident sont plus rarement connus, car leurs ouvrages  et leurs langues nous sont moins familiers. Néanmoins ils existent et offrent matière à étude comme le montre l’ouvrage italien de P. G. Borbone récemment  paru  en  France  dans  une  traduction  en  français  d’E. Alexandre et une mise à jour de l’auteur.

Précisons d’emblée qu’il ne s’agit pas ici de présenter un compte rendu exhaustif de l’ouvrage mais  de proposer quelques réflexions personnelles sur la définition, les modalités et les représentations de l’hospitalité au Levant5.

Remarques préliminaires

Présentation de l’ouvrage de P.G. Borbone traduit par E. Alexandre6

L’ouvrage du professeur Borbone comprend une introduction riche et détaillée. Il propose une traduction et un commentaire linéaire de l’histoire de Mar Yahballaha et de Rabban Sauma. L’ouvrage comprend également des cartes et un appendice qui permet de croiser les sources sur ces deux personnages étonnants. Il se termine sur des questions ouvertes ou des sujets soumis à débat, ce qui ouvre ainsi des pistes de recherches pour l’avenir.

En quoi consiste l’histoire de Mar Yahballaha et de Rabban Sauma ?

L’histoire commence à Khanbaliq soit Pékin actuel7. Elle comprend une présentation quasi hagiographique de la jeunesse des deux protagonistes principaux, deux moines nestoriens d’origine turque, et non mongole8, de bonne famille, (Rabban Sauma et son disciple Rabban Marcos). Ils décident de partir en pèlerinage pour visiter Jérusalem9. Ce projet n’aboutit pas. Leurs pas s’arrêtent en Mésopotamie en raison de la guerre qui oppose les Mamelouks et les Mongols en Palestine et qui les empêche d’accéder à la Ville Sainte. Lors de ce séjour prolongé10 le chef de l’église nestorienne, le catholicos Mar Denha, vient à mourir et on choisit Rabban Marcos pour le remplacer. Il s’agit d’un choix stratégique et politique : on suppose que ce chinois/turc non mongol, mais entretenant de bonnes relations avec le souverain mongol, sera plus à même de défendre l’Église nestorienne, laquelle représente une minorité dans l’empire. Dans le même temps, Rabban Sauma est désigné pour se rendre en ambassade en Europe ; il doit se rendre auprès du pape pour lui présenter ses hommages de la part du catholicos et du souverain mongol, il doit se rendre surtout auprès des souverains pour demander de l’aide. Le but est de former une alliance des rois chrétiens contre les Mamelouks en Syrie. Il se rend d’abord à Constantinople, puis Naples, Rome (où il tombe en plein conclave), Gênes, Paris, Bordeaux, avant de repasser par Gênes puis Rome où il rencontre enfin le pape. Il finit par rentrer auprès du catholicos nestorien, son ancien disciple, et se rend auprès du souverain mongol afin de lui rendre compte de sa mission11. La troisième partie du récit s’attache à décrire la vie de Rabban Marcos devenu Mar Yahballaha le catholicos12 de l’Église nestorienne dont le siège est à Bagdad. Durant son patriarcat, il connait les vicissitudes de la domination mongole et multiplie les visites pour soutenir ses fidèles d’une part et tenter de plaider leurs causes auprès des souverains en allégeant les persécutions13, d’autre part. Il s’agit en effet d’une époque et de milieux marqués par les conflits de succession entre les souverains et par les guerres entre leurs états respectifs. Ces périodes de conflits alternent avec ce que certains historiens ont appelé la paix mongole14.

L’épisode de l’ambassade en Europe, qui occupe la majeure partie du récit, est attesté par d’autres sources : d’une part, les archives vaticanes, d’autre part les archives nationales de France, et enfin des sources orientales (Chronique des patriarches nestoriens en arabe, Chronographie de Bar Hebraeus, Livre de la Tour, Memra15 à la fin d’un évangéliaire, sources arméniennes,…)16.

Cette ambassade n’est pas la première. Les archives vaticanes attestent qu’en 1285 une ambassade a déjà été envoyée par le khan Argun à Rome. Elle comprenait deux mongols et le génois Tommaso Anfossi. Si l’ambassade de 1287 n’est pas le premier voyage de Chine en Occident, c’est la plus connue grâce au récit de voyage de Rabban Sauma lui-même, écrit en perse.

Ce récit ne nous est pas parvenu directement. Mais il a servi de source à un auteur anonyme du XIVe siècle qui a rédigé la biographie de Rabban Sauma et celle de son jeune disciple Rabban Marc élu au rang de patriarche et devenu Mar Yahballaha. Ce récit-ci est écrit en syriaque. L’auteur est très certainement un ecclésiastique nestorien puisqu’il met en exergue le fait que deux moines nestoriens ont été choisis pour représenter la cour mongole en Europe.

Comment nous est parvenu ce texte ?

Ce texte est attesté dans cinq manuscrits, découverts entre 1883 et 1886 dans le cadre des missions effectuées par les catholiques et les protestants auprès des chrétiens nestoriens du Kurdistan. Il date probablement des années 132017. Il appartient aux genres littéraires de l’hagiographie, de la biographie historique et de la chronique. L’auteur semble tirer ses sources du compte rendu personnel de Rabban Sauma et de la fusion d’autres notices de première main. Une question se pose : lorsque des détails manquent, est-ce parce qu’il n’a pas eu accès aux informations ou bien alors parce que ces informations ne l’intéressaient nullement ?

Plusieurs interrogations sous-tendent le propos

La narration et les descriptions correspondent-elles avec l’expérience authentique des protagonistes ? Quelle est la part des stéréotypes culturels dans la vision du monde occidental ou oriental offerte par ces hommes eux-mêmes « étrangers » à la culture dont ils sont les émissaires18 ? Quelle vision l’auteur offre-t-il d’un épisode particulier de l’histoire mongole ?

Trois aspects ont retenu ici notre attention : le voyage comme structure du récit, les types d’hospitalité, enfin, les biais et les silences du récit.

1. Le voyage comme structure du récit

Comme le souligne PG Borbone, « le thème du voyage apparait comme la structure de l’histoire sous diverses formes »19. En effet, le parcours et l’hospitalité conditionnent la structure narrative, temporelle et spatiale du récit.

Structure narrative

La structure du récit s’articule autour du parallèle entre les deux hommes. Les deux biographies sont construites en parallèles. Leurs deux missions (l’ambassade de Rabban Sauma en Occident et les tournées de Mar Yahballaha chef de l’Eglise nestorienne) se font écho et constituent les temps forts du récit.

Hospitalité et temps du récit

Le thème du voyage structure avant tout le temps du récit. Les étapes d’hospitalité jalonnent le texte. Elles sont l’occasion de narrer les rencontres et les découvertes, notamment lors des étapes sur le chemin qui est censé mener les deux moines à Jérusalem (Kosang, Tangut, Khotan, Kasghar, …), mais qui s’arrête contre leur gré en Mésopotamie ; puis l’occasion de narrer les réceptions en Europe, à Naples, Rome, Gênes, Paris ; et, enfin, de narrer les relations plus ou moins bonnes entretenues entre le roi mongol et le patriarche signifiées par des échanges de présents ou des réceptions dans le Camp royal ou dans les monastères nestoriens. Le thème du voyage donne donc son tempo aux aventures des protagonistes tant en ce qui concerne la superstructure du récit qu’en ce qui concerne la microstructure de ce dernier. Dans le premier cas, peut distinguer trois temps forts (le départ en pèlerinage, l’ambassade de Rabban Sauma, les tournées du patriarche). Le pèlerinage ouvre le récit et constitue la première étape des moines vers leur destin. Au cours du pèlerinage, ils sont accueillis par les populations ou par les monastères et sont tenus de présenter leurs hommages aux souverains locaux. L’ambassade en Europe se découpe en plusieurs saynètes plus ou moins exotiques pour le lecteur. Enfin, les rencontres entre le souverain mongol et le catholicos, dans un contexte de crise politique, ainsi que les incessants déplacements du catholicos d’une église à une autre ou d’un monastère à un autre, afin de rassembler son Église malgré les persécuteurs, constituent le troisième temps du récit, un temps dilaté qui reflète les souffrances endurées par les chrétiens et perçues comme interminables. Le point commun de ces trois grands temps du récit est que dans leur structure même - et l’on parlera alors de microstructure du récit - c’est bien l’hospitalité qui donne encore son rythme au récit. Les aventures des protagonistes progressent au gré des étapes de un à plusieurs jours, semaines voire mois, ou années.

Voyage et espace du récit

Dans les récits de voyage, les étapes servent traditionnellement de prétexte pour décrire des lieux et pour planter le décor du récit. Mais si, dans les récits des voyageurs occidentaux, la dilatation du récit en de longues descriptions en est une caractéristique majeure, ce n’est pas le cas dans le récit qui nous occupe. Par exemple, l’auteur ne note que Kasghar20 est une étape importante de la route de la soie. Il ne s’attarde pas sur le compte rendu précis de la topographie du lieu ou de son paysage. Ici l’auteur s’étend davantage sur la nature religieuse des étapes, ce qui est logique dans le cadre d’un récit de pèlerinage. Il met ainsi en exergue la notoriété dont jouissent les ambassadeurs de l’ilkhan et celle de Rabban Sauma21. On vient parfois de loin pour les rencontrer.

2. Typologie sommaire des hospitalités

Lors de leurs voyages (le pèlerinage, la mission de Rabban Sauma en Europe, les tournées de Mar Yahballaha) les protagonistes sont reçus selon diverses modalités dont il convient pour commencer de dresser une typologie sommaire.

Les    réceptions    royales    figurent     parmi     les    plus    documentées    et    les    plus impressionnantes

L’ambassadeur mongol est amené à rencontrer différents souverains22. L’auteur ne livre pas de description détaillée des codes de réception. Il insiste néanmoins sur quelques aspects spécifiques, parmi lesquels la visite des trésors des rois. La description des mœurs, des us et coutumes ne retient guère l’attention des témoins, ou ne répond guère aux intentions de l’auteur. Il est probable en effet que le texte soit à l’origine plus long (sur la base des carnets et des notes de voyage des deux moines) mais que l’auteur a focalisé son attention sur certains points qui lui paraissent primordiaux dans une visée hagiographique23.

Exceptions faites des réceptions auprès des potentats locaux lors du pèlerinage initial des deux moines, la première réception royale a lieu à Constantinople. Avant d’entrer dans la ville, Rabban Sauma fait envoyer deux émissaires (sans doute porteurs de lettres)24 au roi pour lui annoncer son arrivée. Le roi ordonne alors à des grands du royaume25 d’aller à sa rencontre et de l’introduire en grande pompe, non pas directement auprès de lui mais dans la ville. Cela n’est pas sans rappeler la cérémonie de l’adventus. Pour son séjour, le roi assigne à son hôte une résidence (ce qui est aussi une manière de surveiller ses hôtes). Après s’être reposé, Rabban Sauma se présente au roi. En général, trois jours s’écoulent entre l’arrivée/l’annonce et la réception effective de l’hôte26. Le souverain a organisé un banquet pour lui. Il propose ensuite à l’ambassadeur du roi Argun une visite guidée de sa capitale conformément aux vœux émis par ce dernier. Ici, les notables du royaume se chargent de faire visiter les églises et les sanctuaires des pères de l’église. Souvent, dans la suite du récit, il s’agit de moines27. Cette première réception royale met en évidence un schéma classique qui comporte 6 éléments depuis le moment de l’annonce jusqu’à la réception effective (annonce de l’arrivée, envoi d’émissaires, entrée en ville, attribution d’une résidence, réception effective, échanges de lettres et de cadeaux au cours du banquet). Ces éléments se retrouvent sous des modalités plus ou moins différentes au cours des autres réceptions : celles qui se déroulent à Rome, à la cour du roi de France et à celle d’Angleterre.

D’une manière générale, l’accueil réservé à Rabban Sauma est bon voire excellent. Soit les souverains se déplacent en personne (ainsi à Gênes le chef sort de la ville pour l’accueillir lui-même et le faire entrer28), soit ils envoient des émissaires de haut rang pour le recevoir. Les entrées dans la ville sont  un passage important et symbolique comme le relève à plusieurs reprises l’auteur du texte. P. Dufraigne a bien montré comment la cérémonie de l’adventus s’est chargée au cours du temps d’une signification théologique29.

Les réceptions dans un contexte religieux

Elles sont davantage représentées que les réceptions royales : d’une part en raison de la personnalité des protagonistes et d’autre part en fonction de la mission ou des missions qui leur sont confiées. Elles s’insèrent d’abord en effet dans le cadre du projet initial de pèlerinage. Puis elles s’expliquent par la mission confiée à Rabban Sauma , représentant du catholicos en Occident et émissaire du souverain mongol. Cela induit, par définition, des arrêts dans des lieux emblématiques comme Rome. Rabban Sauma s’y arrête à deux reprises, une fois à l’aller où il ne rencontre pas le pape qui n’est pas encore élu et une fois au retour où il rencontre le pape récemment élu.

La première fois donc Rabban Sauma arrive à Rome dans des circonstances particulières : en plein conclave30. Sans doute après s’être fait annoncé, il pénètre dans l’église saint Pierre saint Paul et se présente. Dans son déroulement, la réception n’est pas fondamentalement différente de celle observée dans le contexte politique même si le narrateur en souligne les principales nuances. À l’entrée de la résidence du pape se trouve un autel devant lequel il est impératif de se prosterner. Ce rite d’entrée remplace la salutation au souverain. Ce qui est logique, on salue la plus haute instance à savoir ici Dieu lui-même !31 Ensuite seulement il lui faut aller saluer les cardinaux, lesquels ne se lèvent pas à son passage ; toutefois, il est invité à s’asseoir parmi eux32.

Les premières questions que les cardinaux posent à leur hôte sont purement informationnelles (durée et motif du périple). Trois jours plus tard, les questions se font en revanche plus précises (organisation de l’Église nestorienne, rattachement d’icelle, fonction et dignité occupées par Rabban Sauma, teneur de son credo). Ces questions nous montrent que les Occidentaux et même les prélats haut placés avaient une profonde méconnaissance des realia de l’Église d’Orient.

Lors de ce premier passage à Rome, Rabban Sauma est tenu de professer sa foi. Mais Rabban Sauma coupe court aux discussions théologiques et demande à visiter les sanctuaires et les églises de la ville. Les cardinaux confient cette tâche au gouverneur de la ville. Son deuxième passage est l’occasion de comparer plus spécifiquement les pratiques de l’émissaire mongol. Ainsi le fait-on participer aux fêtes de Pâques pour conclure que les deux rites liturgiques sont très proches33.

Mais il est un deuxième pan d’accueil religieux bien différent : il s’agit des tournées effectuées par le catholicos en contexte de persécution mongole. Elles se déroulent pour l’essentiel dans les églises et les monastères orientaux. D’une part, il veut assurer de sa prière les populations, d’autre part, il tient à signifier aux autorités la force de cette Église menacée. En réalité les conditions de vie des chrétiens dépendent beaucoup de l’attitude des souverains à leur égard. L’accent est mis sur les retournements de situation à chaque avènement de souverains ; les chrétiens sont obligés de s’adapter : soit en fuyant, soit en se réfugiant dans des monastères.

Il existe aussi dans ces tournées un aspect plus officiel : les diverses réceptions à la cour du roi mongol, dans le Camp royal, ou, à l’inverse, la réception du roi dans les monastères nestoriens. L’auteur procède ainsi à une mise en abyme car la description des conquérants et de leurs rites s’effectue par le biais d’un « étranger ». L’auteur développe ainsi le paradigme du parfait croyant sous l’apparence exotique des peuples lointains et du récit de voyage. Il relève d’ailleurs certains rites mongols que Mar Yabhallaha considère comme étranges, ainsi il rêve qu’on lui demande de manger la tête bouillie de son ennemi. Offrir la tête d’un animal cuit à l’hôte d’honneur est un rite qui fait partie du rituel de l’hospitalité des nomades turcomongols encore de nos jours.

L’hospitalité forcée

Un dernier versant de l’hospitalité consiste en l’obligation de recevoir les armées en contexte de guerre34. Il peut s’agir de la réquisition de logement pour les soldats ou pour le roi et sa suite, soit chez des particuliers soit dans des monastères.

Les soldats sont évidemment perçus comme des hôtes indésirables, pilleurs et assassins. Malgré tout, la population a intérêt à les recevoir si elle ne veut pas subir de pires exactions35. La présence de fonctionnaires officiers ou messagers (à plus forte raison la présence du roi et de sa suite) impliquait de lourdes dépenses pour les gens du lieu où ils faisaient halte36. L’auteur a souligné que le khan a montré par sa générosité combien il savait apprécier l’hospitalité reçue. Sans chercher forcément des alliances, il s’agit au moins de ne pas s’aliéner les populations ou les monastères.

La description de la scène d’hospitalité offerte au roi de passage dans le monastère est révélatrice du soin et du respect que les moines lui portent. Il s’agit de bien recevoir celui qui est le garant de leur survie. Introduit par les supérieurs en l’absence du catholicos, on lui fait visiter la cellule du catholicos absent, on lui permet de s’asseoir sur son trône et il tient un discours aux moines. Le lendemain, le catholicos se dit évidemment déçu de ne pas avoir pu voir le roi. Ce qui est attesté c’est que la simple visite au monastère a rempli le souverain de miséricorde. Il décide alors de convoquer le catholicos. Cette rencontre est l’occasion d’une cérémonie privée au cours de laquelle il lui signifie sa protection (le catholicos est autorisé à séjourner dans le monastère durant la période hivernale). C’est aussi l’occasion d’échanger à nouveau des cadeaux (des mules de selle et un vêtement précieux). Ces visites mutuelles du roi au catholicos et du catholicos au roi font partie d’une stratégie de bonne entente nécessaire au maintien de la paix confessionnelle. Elles dépendent beaucoup des relations personnelles entretenues entre les deux hommes37.

Il est intéressant de constater que l’auteur détaille presque autant les réceptions auprès du catholicos que celles auprès de l’Ilkhan. Surtout, il les détaille davantage que celles auprès des rois étrangers. Est- ce une manière implicite de mettre sur pied d’égalité - au moins en dignité - le catholicos et l’ilkhan, l’un représentant une autorité temporelle, l’autre une autorité spirituelle dans l’empire turcomongol ; alors que le pape est d’emblée placé, lui, sur un plan supérieur aux rois étrangers ? Ainsi, la visite à Rome conditionne les visites aux souverains (de France et d’Angleterre) pour lesquels Rabban Sauma est aussi porteur de lettres de la part du khan. N’oublions pas que l’auteur du récit est un nestorien qui cherche à valoriser le rôle des moines nestoriens et le poids de cette Église auprès des souverains mongols.

Un cas à part : l’hospitalité inversée

L’hospitalité est parfois inversée, c'est-à-dire qu’à l’occasion de leur passage, lors du pèlerinage vers Jérusalem qui constitue la première étape du récit, ce sont eux, Rabban Sauma et Rabban Marcos, qui dressent des tables pour les pauvres. Leur venue est donc l’occasion d’un grand banquet où les plus pauvres sont conviés. Il ne s’agit pas seulement pour eux d’être bien accueillis. Ils distribuent des aumônes. D’autre part, la coutume veut que pour entrer dans un monastère et y être logé pour une nuit il faut y acheter une cellule38. Selon l’usage, en effet39, les moines reçus devaient édifier eux-mêmes leur cellule. Une dérogation du droit canonique autorise certains à l’acheter. Dans un monastère ils sont reçus pendant deux ans. Ce qui pose pour nous la question de la délimitation temporelle de l’hospitalité. Tout séjour plus ou moins long, qui n’est pas un déplacement définitif, est-il du ressort de l’hospitalité ?

3. Visions croisées ?

On peut distinguer plusieurs niveaux de lecture. On ne connaît quasiment rien de l’auteur. A supposer que l’auteur se fonde essentiellement sur les carnets de voyage de Rabban Sauma40, la majorité du récit émanerait donc de deux moines turcs, nés en Chine, issus de l’Empire mongol, nestoriens, des hommes de culture, comme le souligne la notice biographique initiale réalisée par l’auteur ; des hommes qui ne sont plus de la première jeunesse lorsqu’il est envoyés en mission en Europe. Pour Rabban Sauma, ou lorsqu’il devient le chef de l’Église d’Orient pour Rabban Marcos, des hommes devenus proches des cercles de pouvoir en vertu de leurs fonctions41. Mention est faite également des différents compagnons de voyage locaux, qui les accompagnent : d’autres moines au cours de leur pèlerinage, un interprète et un guide francs lors de l’ambassade de Rabban Sauma pour le mettre au courant des mœurs42.

Mais quelle vision l’auteur donne-t-il réellement via leurs yeux ? Dans quelle mesure cette vision est- elle partiale, partielle, biaisée voire tronquée ?

Une vision partielle ou partiale, tronquée ou biaisée ?

Vision partiale du but exact de leur voyage : mission ou pèlerinage ?

La manière dont Rabban Sauma et Rabban Marcos sont reçus au début de leur périple oscille toujours entre le simple pèlerinage religieux et la mission politique. Ce qui nous amène à nous poser la question suivante : nos deux protagonistes sont-ils partis de leur plein gré en pèlerinage ou effectuaient-ils une mission pour le grand khan ? Une autre source montre en effet que ces moines sont porteurs de lettres leur facilitant le passage, ce qui tendrait à faire d’eux des fonctionnaires ou des messagers officiels. Si tel est le cas, une autre question se pose alors : cette mission est-elle religieuse ou comporte-t-elle d’emblée un arrière plan politique ? Une source mentionne que le souverain aurait confié aux deux moines une mission religieuse qui aurait consisté à immerger dans le Jourdain l’un des vêtements du khan et à le déposer sur le saint-Sépulcre, comme si c’était lui le pèlerin. Pourquoi, si cette mission est tout à fait honorable, notre source ne la mentionne-t-elle pas ? P.G. Borbone suggère qu’elle n’a sans doute pas été menée à bon terme, donc il valait mieux la passer sous silence. Il n’y voit en tous cas aucune mission politique au départ.

En revanche la mission confiée à Rabban Sauma est bel est bien une ambassade à caractère politique. À l’été de l’année 1287, le khan Arghun, chef des mongols, décide d’envoyer une ambassade depuis la Perse jusqu’à Rome. Il entend établir une alliance avec les autorités occidentales (le pape, les rois de France et d’Angleterre) afin d’endiguer les progrès des Mamelouks en Syrie et en Égypte. La conquête mongole pourrait alors embrasser un territoire s’étendant de la Chine à la mer Méditerranée. Pour mener à bien cette ambassade, l’Ilkhan43 choisit deux moines nestoriens44. Le voyage à Rome est présenté cependant dans une double perspective. Il est motivé, d’une part, par le désir religieux de présenter les hommages du représentant de l’Église nestorienne au souverain pontife, et d’autre part, il s’inscrit dans le cadre d’une mission politique de la part de l’émissaire de l’ilkhan mongol qui sait que pour être reçu par les rois des Francs et des Anglais, il faut d’abord trouver grâce auprès du pape.

Deuxième point de divergence : vision partiale de leur itinéraire

Le trajet effectué par les deux hommes dans le cadre de leur pèlerinage n’est pas l’exact miroir du parcours effectué par Marco Polo. Rabban Sauma et Rabban Marcos choisissent apparemment la route la plus empruntée par les voyageurs (ambassadeurs, pèlerins ou marchands) depuis la Chine vers l’Occident. Mais l’actualité politique et militaire (notamment la guerre qui oppose les Mongols aux Mamelouks d’Égypte et de Syrie) les contraint à faire un détour pour accéder à Jérusalem. L’auteur45 ne précise pas explicitement ce fait, laissant ainsi une marge d’interprétation au lecteur.

Ces silences au sujet des changements d’itinéraires s’expliquent aussi par la conception syriaque du pèlerinage. Ainsi, comme le rappelle le professeur Borbone, le pèlerinage est un fait intérieur. L’accès à la Jérusalem céleste s’effectue par la prière et l’introspection46. Il n’est donc pas nécessaire de retracer pas à pas toutes les étapes du parcours. Le récit de leur passage en Chine et en Mésopotamie s’en trouve réduit. Les excellentes capacités d’observation et d’analyse dont fait preuve l’auteur à d’autres moments du récit semblent indiquer qu’il est capable de produire un récit riche et détaillé s’il le juge utile. Se taire sur certains points est donc un acte délibéré47.

Mise en abyme ? Vision tronquée

D’une manière générale la vision de Rabban Sauma ou de Rabban Marcos s’inscrit toujours dans une visée religieuse. Les détails abondent sur les trésors saints, les églises, l’architecture religieuse, les reliques. On trouve peu d’informations sur les mœurs, l’économie ou l’histoire des personnalités rencontrées48.

De manière plus ponctuelle, on peut noter que le cérémonial de l’hospitalité reçue dans les cours étrangères n’est pas particulièrement détaillé alors que l’auteur s’attarde sur les réceptions données à la cour du roi mongol. Pourquoi l’auteur se livre-t-il à un descriptif précis de la réception dans le Camp Royal et non de la réception auprès du roi des Francs ou d’Angleterre ; ce qui aurait semblé logique si l’on s’en tient à la définition d’un récit de voyage qui tend à sortir le lecteur de son quotidien en décrivant des mœurs ou des rites exotiques ?

Une première raison serait que l’auteur connait davantage l’art du recevoir mongol, peut-être pour l’avoir expérimenté lui-même, ce qui lui permet de pallier les lacunes de ses sources et des notes de voyage de Rabban Sauma ? Mais une autre raison serait que cette réception est pour l’auteur/narrateur ( ?) tout autant exotique que celle auprès des souverains occidentaux, lui qui est d’origine turque et de religion chrétienne. Finalement, il semblerait aussi étranger à la cour mongole qu’il l’est à la cour en Occident ?

Le Camp Royal est la cour nomade des souverains mongols. C’est une cour mobile à l’imitation d’un camp militaire mais dans des proportions plus imposantes. Les réceptions qui s’y déroulent sont donc de grandes réceptions officielles et des manifestations de force et de prestige. Ces réceptions présentent un certain nombre de similitudes qui nous autorisent à les comparer étroitement.

Les places à table, l’attribution de sièges d’honneur49, le décor de fête, les parures et les vêtements royaux, le choix des mets et des boissons, les rites sont autant d’éléments détaillés par l’auteur. Ils font partie des traits communs à tout banquet. Ils appartiennent aux topoi de l’art du recevoir qui se fonde sur des ressorts anthropologiques puissants et constituent des rites de passage et d’intégration à un groupe. Les banquets sont des mises en scène de l’autorité et de la hiérarchie50, ce sont des « messages de statut »51.

Quelques rites spécifiques méritent cependant notre attention : la remise des yarlig et de la païza et le rite de la coupe.

La réception donnée par le khan à l’occasion du départ en pèlerinage de Rabban Sauma et de Rabban Marcos est l’occasion de remettre aux voyageurs les yarligs52 et le paiza53. Attribuées aux ambassadeurs, les yarligs sont des lettres patentes qui leur garantissaient l’appui des fonctionnaires d’état rencontrés au cours de la route attestant que le porteur était au service du khan. Le païza est l’insigne des rois mongols. Marco Polo en a livré une description détaillée. Ces plaques de commandement peuvent être d’argent ou d’or selon le degré de commandement de celui qui les porte.

P.G. Borbone rappelle dans son commentaire que ce sont des tablettes rectangulaires de taille variable qui comportent un trou pour pouvoir les porter autour du cou54. Elles peuvent comporter des inscriptions.

Quant au rite de la coupe, un exemple est donné lors du banquet donné par le roi mongol pour fêter le retour de Rome de Rabban Sauma. Ce dernier demande que le catholicos soit présent. Il s’agit donc d’une réception de grande taille où le roi Argun reçoit lui-même le catholicos55 (ce qui est très rare car l’étiquette de la cour imposait que les émirs présentent au roi les requêtes de ceux qui demandaient audience, le grand khan ne s’adresse jamais à un étranger même de haut rang sinon par l’intermédiaire d’un tiers56). Comme à Rome, l’invité doit s’agenouiller dans l’Église qui se trouve à l’entrée du camp, puis se rendre au grand banquet de trois jours57. Le roi sert lui-même les plats au catholicos. Surtout, il le fait boire à la même coupe que lui. Il s’agit d’un rite important. L’offre de la coupe est la preuve d’un grand respect de sa part. Ce geste est profondément ritualisé. Selon la description de Jean de Carpin, ces bénédictions de la coupe étaient chantées, et donc servaient de concert de musique58.

Une vision tronquée : Les non dits

Dans la conférence donnée à Pékin, le professeur Borbone souligne que les échanges d’hospitalité ne se valent pas selon le khan Arghun. Dans une lettre du khan envoyé au roi Philippe de France59, Arghun se plaint du comportement impoli des princes francs ! Cela signifie-t-il qu’il y a non respect des codes mongols ou simplement mauvaise interprétation d’Arghun ? En tous cas, Rabban Sauma, lui, ne note aucun faux pas ! Mais il n’insiste pas tant sur les réceptions que sur les opportunités de visites des lieux saints.

Il est surprenant de constater qu’on trouve peu de « clash culturels » pour reprendre les termes du professeur Borbone60. Nous constatons même l’inverse. L’étranger venant d’une terre lointaine est à l’aise en Europe. Il semble partager avec les européens leur foi, bien qu’étant un nestorien. L’accueil chaleureux qu’il reçoit est dû sans doute à sa bonne nature, à ses qualités personnelles et à ses capacités diplomatiques. En tant que diplomate, il n’est pas aveuglé par les réactions enthousiastes des rois européens. Il a compris les enjeux et l’intérêt montré par les rois quand il s’agit des croisades. L’appui mongol est d’autant plus important que la situation politique en Europe n’est guère favorable.

Conclusion

Intérêt du récit

Si l’ouvrage est resté en l’état et a suscité l’intérêt des chercheurs et des éditeurs c’est qu’il rapporte une époque importante, permet de comparer deux entités politiques (la cour mongole et la cour européenne61) et donne des indications sur quelques faits marquants de l’Occident du point de vue d’un oriental62. De surcroît, dans la langue classique des chrétiens d’Orient, il raconte la vie d’un patriarche emblématique tant par sa culture en général et théologique en particulier que par son origine, sans oublier sa capacité à diriger une Église menacée.

Ce récit adopte en tous cas une optique très différente des récits de voyages européens contemporains. Que les auteurs soient marchand, ambassadeur ou missionnaire, leurs récits avaient une visée plus spécifiquement pratique : celle de répondre à la curiosité du public en produisant des récits stupéfiants. Par conséquent, les descriptions à caractère pittoresque et exotique étaient hypertrophiées tandis que les détails pratiques abondaient (étapes du parcours, coutumes à connaître pour une meilleure assimilation, moyen de communiquer avec les autochtones : « L’utile et le nécessaire » pour reprendre les termes de P.G. Borbone). A contrario, l’auteur nestorien et les deux héros du récit n’ont pas la même manière de percevoir le monde qui les entoure, comme en témoigne leur conception du pèlerinage.

Intérêt de l’ouvrage

P.G. Borbone a su proposer une traduction de qualité et un commentaire linéaire fort précieux de par sa rigueur scientifique et son érudition. Les problèmes qu’il soulève en introduction et les pistes de recherche qu’il envisage à la fin de l’ouvrage ne demandent donc que des chercheurs pour les approfondir et proposer, à partir de cet ouvrage, des études plus précises du contexte mongol, de l’art du recevoir en Orient ou de l’organisation de l’Église d’Orient au XIIIe siècle, entre autres.

Notes

1 Les références de pagination données par la suite ne reprennent pas la mention complète de l’ouvrage.  Lorsqu’il s’agit de l’article de P.G. Borbone, fourni gracieusement par l’auteur, la mention « Conférence » apparaît.

2 Dans la Grèce antique, le récit de voyage de Pausanias ou le manuel d’Hippocrate sont des exemples de ces tentatives de décrire l’Autre et d’expliquer ses différences, tant par le climat, la géographie, que par l’histoire et la culture. Ils n’en demeurent pas moins imprégnés de la certitude de la supériorité de la civilisation grecque sur le monde obscure des barbares.

3 Arnold Van Gennep, a étudié les rites de passage dans une étude systématique des rites de la porte et du seuil, de l'hospitalité, de l'adoption, de la grossesse et de l'accouchement, de la naissance, de l'enfance, de la puberté,  de l'initiation, de l'ordination, du couronnement, des fiançailles et du mariage, des funérailles, des saisons,… Il est cité par Anne GOTMAN dans son introduction. GOTMAN (A.), Le sens de l’hospitalité, essai sur les fondements sociaux de l’accueil de l’autre, Paris, 2001

4 Mais on pourrait citer également Guillaume de Rubrouk, Jean du Plan Carpin ou encore Benjamin de Tudèle.

5 Ce qui fait plus spécifiquement l’objet de la rubrique du site de la Clé des langues sur l’hospitalité et les manières de table au Levant.

6 Nous remercions vivement le professeur Borbone qui nous a fourni à cette occasion une conférence qu’il a donnée à Pékin sur ce thème et qui éclaire et précise maints aspects.

7 « Les événements ont pour théâtre principal l’Iraq-Iran, occupé par les mongols, mais l’histoire débute en Chine, et l’ambassade de Rabban Sauma repousse les frontières géographiques jusqu’à l’Europe occidentale » p. 31.

8 Ce point a fait l’objet de multiples débats, le professeur Borbone retient cette solution.

9 Le khan leur aurait confié une autre mission nous y reviendrons.

10 en raison de la fermeture d’une autre route à cause d’une autre guerre qui oppose deux souverains mongols.

11 A la fin du voyage, il décline l’invitation de rester auprès du pape à Rome. Il met en avant sa mission pour l’Ilkhan. Il rentre en Iran pour faire son rapport et demander le droit de bâtir une église dans le Camp royal. Cependant, son état de fatigue et sa santé déclinante lui font quitter le camp nomade pour l’église sédentaire de la nouvelle ville de Maragha. Il meurt en 1294, âgé de 69 ans.

12 Il devient le chef et le guide du patriarcat de Séleucie-Ctésiphon.

13 p. 18.

14 Ces historiens mettent en exergue que la continuité géographique et administrative instaurée par la conquête mongole de l’extrême orient à l’Europe a favorisé la reprise des contacts culturels et commerciaux. En réalité, le tableau est plus nuancé, ce que note P.G. Borbone en distinguant deux périodes : 1260-1295, exploitation systématique du territoire, conquête militaire et imposition de taxes qui engendrent diminution de la population et déclin de la vie urbaine ; puis 1295-1304, collaboration culturelle des autorités avec la classe dirigeante urbaine ou rurale intégrée dans l’administration mongole.

15 Ici,il s’agit d’un texte de louange en l’honneur du patriarche. Il se trouve à la fin d’un évangéliaire.

16 Conférence p. 3.

17 Le débat porte sur la manière dont l’ouvrage a été rédigé. L’hypothèse retenue par le professeur Borbone est la suivante : l’histoire a été écrite au fur et à mesure que les événements se déroulaient puis remaniée de temps à autre. En tous cas il est difficile d’envisager des auteurs différents en raison de la cohérence de la composition, des thèmes et de la langue.

18 Si l’on admet qu’ils ne sont pas mongols mais bien turcs originaires de Chine.

19 p. 313.

20 p. 186.

21 A la fin de l’hiver ils reçoivent la visite d’un homme venu d’Allemagne. Il s’agit d’un homme de haut rang, visiteur du pape, en chemin vers Rome. C’est lui qui demande à rencontrer Rabban Sauma ce qui est un indice de sa notoriété. Rabban Sauma lui fait part de ses problèmes : il n’a pas pu rencontrer le pape car celui-ci n’était pas encore nommé ! Le visiteur lui répond donc qu’il faudra revenir une fois un pape élu, lui-même allant à Rome porter cette requête. L’auteur emploie la terminologie de visiteur (sa’ora en syriaque) : c'est-à-dire un évêque dont l’autorité n’est pas restreinte à un espace spécifique (une cité ou une région) mais qui visite les lieux en tant que superviseur. (Conférence p. 16).

22 Les réceptions royales ne sont pas sans rappeler certains précédents connus, telle la visite des moines mandés par Justinien et Théodora auprès du négus d’Éthiopie au VIe siècle par exemple.

23 L’exemplarité de la vie de ces deux moines et leur désir religieux empêchent dans une certaine mesure l’auteur d’insister sur les réceptions en elles-mêmes. Si étonnement il y a, il porte plutôt logiquement sur les trésors spirituels mis à leur disposition ou sur la stigmatisation de certains stéréotypes culturels.

24 L’hospitalité induit l’échange de cadeaux et la présentation de lettres. Ainsi p. 109, lorsque le pape renvoie Rabban Sauma dans son pays, il lui confie des lettres et des présents pour le roi Argun.

25 à moins que ce soit des représentants de l’autorité religieuse, ce n’est pas précisé.

26 Un proverbe norvégien affirme qu’« au bout de trois jours l’invité et le poisson puent ! »

27 Cette visite sert de prétexte pour décrire les reliques, l’architecture, la richesse des lieux saints. L’auteur souligne que Rabban Sauma est un homme de foi avant tout.

28 Deux raisons à cela : d’une part, il n’y a pas de roi officiel dans la ville ; recevoir un ambassadeur permet au représentant provisoire de l’autorité de légitimer sa place ; d’autre part, le guide de Rabban Sauma est originaire de la ville et entretient sans doute des relations personnelles avec l’un de ses plus hauts dignitaires, ce qui est toujours facteurs d’une bonne réception.

29 Le roi étant devenu le représentant de Dieu sur terre, c’est quasiment le Christ que l’on reçoit ! Dufraigne (P.), Adventus Augusti : recherche sur l'exploitation idéologique et littéraire d'un cérémonial dans l'Antiquité tardive, Paris, 1994.

30 Ils sont douze cardinaux réunis pour l’affaire.

31 Il semble suivre les conseils de Bar Hebraeus. Dans toute cité ou tout lieu visité il faut se présenter à l’église, découvrir quel est l’homme religieux le plus influent, puis rendre visite aux hommes « généreux et influents », écouter ce que chacun a à dire et transmettre. Le contact avec le restant de la population s’effectue seulement après.

32 Dans les autres cours européennes, l’émissaire de l’ilkhan est traité en égal, en représentant du pouvoir politique du pays d’où il vient. À Rome il est traité comme un inférieur, ou du moins un sujet soumis au représentant sur terre de la « vraie foi » c'est-à-dire le Pape, son supérieur hiérarchique. Est-ce une manière implicite de reconnaître la prééminence romaine sur l’ensemble des communautés chrétiennes ? N’oublions pas que ces rivalités de hiérarchie et de pouvoir entre les patriarcats ont joué un rôle non négligeable dans les querelles religieuses, qui résultent également de l’exacerbation de conflits de pouvoir et d’influence.

33 Ce point de vue est attesté aussi par des lettres vaticanes et par d’autres sources.

34 L’hospitalité forcée n’était pas un usage exclusivement oriental.

35 p. 291.

36 À ce sujet, P.G. Borbone conseille d’aller voir SPULER (B.), History of the Mongols, based on Eastern and Western Accounts of the Thirteenth and Fourtheenth Centuries, Berkeley-Los Angeles, 1972, p. 153-155.

37 ou des relations du catholicos avec des membres éminents de la famille royale. L’important est de graviter dans les hautes sphères du pouvoir et d’y exercer son influence.

38 p. 76.

39 p. 190.

40 Il s’agit de l’hypothèse admise et retenue par la majorité des spécialistes.

41 L’auteur insiste sur le lien fort qui les unit. Aucun des deux n’abandonnerait l’autre. L’engagement pris par les deux ongut a quelque chose en commun avec l’institution mongole de l’anda, « frère de nom, frère juré ». L’histoire secrète  des Mongols affirme  que  l’un est le sauveur  de l’autre,  comme le  note P.G. Borbone à la   p. 181.

42 Dans sa conférence, le professeur Borbone indique qu’il n’y a aucune raison de ne pas penser que ce guide est le même que dans l’ambassade précédente. Tommaso Anfossi est un marchand originaire de Gênes qui s’est installé en Iran et occupe un rang important à la cour Ilkhanid. Il a déjà visité Rome et a rencontré le pape. D’ailleurs, un indice supplémentaire est le fait que l’ambassade décide de faire une pause hivernale dans la ville d’origine du compagnon franc de Rabban Sauma.

43 Il s’agit du titre porté par le souverain mongol.

44 Le nestorianisme est une doctrine se réclamant du christianisme et affirmant que deux personnes, l'une divine, l'autre humaine, coexistaient en Jésus-Christ. Cette thèse a été à l'origine défendue par Nestorius (né vers 381 - mort en 451) et patriarche de Constantinople (428-431). Le nestorianisme devient une variante du christianisme après la condamnation de Nestorius.

45 Dans en certain sens, on peut considérer que l'auteur est Rabban Sauma en personne puisqu’il a écrit son récit du voyage en Europe, et qu’il a raconté son voyage de Chine en Mésopotamie. Il est l’auteur de « l’histoire » mais non son propre biographe. L’auteur de la biographie, lui, est inconnu, comme nous l’avons souligné en introduction.

46 Bar Hebraeus développe notamment sa conception du voyage et de l’hospitalité dans son Ethicon.

47 Ses qualités d’observateur se manifestent en milieu franc notamment.

48 À un détail près, en France Rabban Sauma montre un grand intérêt pour l’université de Paris. Les écoles nestoriennes étaient célèbres, peut-être que Rabban Sauma effectue un rapprochement implicite.

49 MALMBERG (S.), “Visualising Hierarchy at Imperial Banquets”, pp. 11-24 in MAYER Wendy, TRZCIONKA Silke (ed.), Feast, fast or famine, food and drink in Byzantium, Brisbane, 2005.

50 Le banquet devient alors une institution sociale caractérisée par ces rites et s’explique par la volonté de l’empereur de légitimer sa politique et d’établir des différences de rang et de faveurs.

51 L’expression apparaît chez DUNBABIN (K.), « Ut Graeco more biberetur : Greeks and Romans on the  Dining Couch », in Meals in a Social Context. Aspects of the Communal Meal in the Hellenistic and Roman World, I. NIELSEN (I.) et (H.S.), (éd.), Aarhus, 1998. Elle est citée par CABOURET (B.), « Rites d’hospitalité chez les élites de l’Antiquité tardive », in Cahiers de la Villa « Kérylos », n°19, Paris, 2008, pp. 187-222, p. 202.

52 Il s’agit du terme turc.

53 La remise de païza et de décrets est le procédé d’investiture pour un fonctionnaire d’état.

54  p. 201.

55  p. 110.

56  p. 199.

57 C’est la durée moyenne de l’hospitalité comme on l’a déjà souligné.

58 p. 249.

59 Cette source est conservée dans les archives nationales de France.

60 p. 17 (Conférence).

61 Ainsi, les tournées et les réceptions dans le Camp mettent en lumière la mobilité de celui-ci. Elle s’explique par la tradition de nomadisme des mongols. P.G. Borbone souligne que les cours occidentales se déplacent également. Mais si les monarques européens se déplacent pour maitriser davantage leur territoire, « L’examen des localités choisies pour les déplacements de la Cour ilkhanide fait plutôt penser à des déplacements saisonniers, à la recherche de bons pâturages ».

62 L’éruption de l’Etna, la bataille entre le roi d’Aragon de Sicile et le roi Charles II d’Anjou, plus connue sous le nom des Vêpres siciliennes, enfin la mort du pape et le conclave réuni pour choisir son successeur.

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Hospitalité et art du recevoir

 

Pour citer cette ressource :

Claire Fauchon, "Hospitalité et art du recevoir", La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), juin 2009. Consulté le 17/10/2018. URL: http://cle.ens-lyon.fr/arabe/civilisation/hospitalite-et-art-du-recevoir