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Fabián Casas - El salmón

Par Julia Azaretto : Étudiante-chercheuse
Publié par Christine Bini le 10/05/2010
((El salmón)) est un recueil à structure cyclique (à l'instar du voyage entrepris par le saumon, lors de la période de reproduction, vers la source où il est né) où l'écriture poétique telle que l'on peut l'entendre parfois décrite : « usage peu ou prou maniéré du langage », n'existe que comme l'ombre de ce qu'il faut anéantir. Dans un registre langagier simple, cet ouvrage revisite les thèmes universels de la poésie : la mort, l'amour, l'autre, la famille, l'amitié, toujours dans un style débraillé, qui revendique le parler populaire ou les tournures langagières de l'homme de la rue...

Fabián Casas, El salmón, Buenos Aires, Mansalva, 2007 (1e éd. Libros de tierra firme, 1996)

Journaliste, nouvelliste, essayiste et poète, Fabián Casas est né en 1965 à Buenos Aires, dans le quartier traditionnel de Boedo, dont il a fait une véritable philosophie, évoquée dans certains ouvrages : le boédisme zen. Après des études de philosophie à l'université de Buenos Aires, il a bénéficié d'une résidence d'écriture de six mois aux États-Unis, suite à l'obtention d'une bourse Fulbright. Sept livres de poésie ont été publiés jusqu'à présent : Tuca (Libros de tierra firme, 1990), El salmón (Libros de tierra firme, 1996), Pogo (Ediciones del Diego, 1998), Bueno, es todo (Ediciones del Diego, 1999), Oda (Libros de tierra firme, 2003), El spleen de Boedo (Vox, 2003), El hombre de overol azul y otros poemas (Vox, 2007) ; trois livres de nouvelles : Ocio (Libros de tierra firme, 2000), Veteranos del pánico (Eloisa cartonera, 2005), Los Lemmings y otros (Santiago Arcos editor, 2005) ; et un essai : Ensayos Bonsaï (Emecé, 2007). Cofondateur de la revue littéraire 18 Whiskies, il a participé avec les écrivains Washington Cucurto et Fernanda Laguna au renouveau de l'édition argentine contemporaine, grâce au projet socio-éditorial Eloisa Cartonera. En 2007, il a gagné en Allemagne le Prix Anna Seghers de littérature, pays dans le lequel il a été également traduit. Publié en France dès 1995 par la revue marseillaise Action poétique, il vient d'être réédité dans une anthologie de poésie argentine contemporaine, par la maison d'édition bretonne Apogée.


El salmón

est un recueil à structure cyclique (à l'instar du voyage entrepris par le saumon, lors de la période de reproduction, vers la source où il est né) où l'écriture poétique telle que l'on peut l'entendre parfois décrite : « usage peu ou prou maniéré du langage », n'existe que comme l'ombre de ce qu'il faut anéantir. Dans un registre langagier simple, cet ouvrage revisite les thèmes universels de la poésie : la mort, l'amour, l'autre, la famille, l'amitié, toujours dans un style débraillé, qui revendique le parler populaire ou les tournures langagières de l'homme de la rue. L'analogie biologique avec le saumon permet de mieux souligner l'enfantement du livre pendant le voyage que Casas réalisa en Amérique latine, avant de revenir dans la demeure parentale à Buenos Aires. En effet, Fabián Casas a écrit cet ouvrage pendant qu'il séjournait au Costa Rica chez Juan Desiderio, un autre grand poète argentin. Il évoque assidûment les rudes conditions d'écriture de l'ouvrage : malade et subissant des températures inclémentes sans chauffage, il s'installait dans la cour intérieure enveloppé d'une couverture pour écrire. Dans ces conditions, avant de sortir la main pour prendre sa plume, il y réfléchissait longuement. D'où sans doute la brièveté des poèmes, et peut-être aussi, l'aspect percutant de son expression.

Le périple existentiel brossé dans le recueil est l'occasion parfaite pour interroger des expériences vécues avant d'entreprendre le grand saut vers l'écriture. Tout se passe comme si le voyage qui est à l'origine du recueil, avait permis une indispensable pause dans sa vie. Un arrêt nécessaire pour tourner la page. Ce langage simple, issu d'un espagnol courant, familier, n'accorde que plus de force et férocité aux chutes poétiques. Ce sont des images crues, forgées à la manière des maximes, qui font frissonner le lecteur en même temps qui le laissent bouche bée. La maxime fait irruption dans les deux dernières lignes du poème, et cette structure des chutes est récurrente. Lorsqu'on connaît l'œuvre de Giannuzzi, on sent inexorablement l'influence de ce dernier dans certains vers.

Il faut donc souligner l'efficacité des chutes poétiques par leur force, par l'image brusque et surprenante qui se créé. D'autant plus déroutante qu'elle est énoncée « soit dit en passant ». Ces chutes ont souvent l'arôme de la sentence des moralistes du XVIIe, qui d'après le modèle en vogue de l'optique naissante, prétendent analyser scientifiquement les mœurs de leur époque avec les procédés et les outils de cette nouvelle discipline, afin de susciter un changement d'attitude chez leurs contemporains. Le poète argentin, au contraire, s'abstient admirablement de prononcer un quelconque jugement de valeur, en se limitant au constat. Ainsi parvient-il à faire un portrait désabusé des rapports affectifs que l'homme tisse le long d'une vie.

 

Pour citer cette ressource :

Julia Azaretto, "Fabián Casas - El salmón", La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), mai 2010. Consulté le 19/09/2018. URL: http://cle.ens-lyon.fr/espagnol/litterature/litterature-latino-americaine/poesie/fabian-casas-el-salmon