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Présentation des longs-métrages de Claudia Llosa

Publié par Christine Bini le 20/06/2009
Claudia Llosa a remporté en février 2009 l'Ours d'or du meilleur film du Festival de Berlin, pour son dernier long-métrage ((La teta asustada)). Il s'agit du deuxième film de la réalisatrice péruvienne, il est sorti dans les salles françaises le 17 juin 2009, sous le titre : ((Fausta)). Nous proposons une présentation de la jeune réalisatrice péruvienne, et une analyse des deux films qu'elle a réalisés.

La réalisatrice

Claudia Llosa est née à Lima en 1976. Elle a étudié le cinéma à l'Université de Lima. Après un master de Scénario de télévision et cinéma à Madrid, au sein de l'Escuela de Artes y Cine TAI, elle réalise des spots publicitaires. C'est alors qu'elle écrit le scénario de son premier long-métrage, Madeinusa, scénario qu'elle affinera lors du festival de Sundance aux Etats-Unis. Elle finit par diriger elle-même le film, qui est ensuite récompensé par de nombreux prix de festivals internationaux (Rotterdam, Málaga, Lima, Mar del Plata...). A partir de témoignages de femmes péruviennes violées pendant la guerre, de travaux scientifiques sur la peur, elle découvre la pathologie de la « teta asustada ». Ce sera le point de départ de son film éponyme.  

Filmographie de Claudia Llosa

  • Madeinusa (2006)
  • La teta asustada (2009)

Synopsis

Madeinusa

« Tiempo santo, tiempo santo », chantent les enfants de Manayaycuna, un petit village des Andes où vit la jeune Madeinusa avec son père (Don Cayo, le maire du village) et sa sœur Chale. Le vendredi saint à Manayaycuna, le Christ est mort, il ne ressuscitera que deux jours plus tard : le péché n'existe plus, car Dieu ne peut nous voir. Les villageois se livrent donc à une fête délirante où tous les péchés sont permis. Mais l'arrivée soudaine d'un étranger (Salvador, un géologue liménien) au village vient perturber les festivités et bouleverser la vie de Madeinusa.

La teta asustada

Fausta souffre de la maladie de « la teta asustada ». Sa mère, alors enceinte de Fausta, fut violée lors des affrontements politiques des années 80, et lui a transmis cette maladie bien connue dans le Pérou andin : elle lui a légué sa peur par le lait maternel. C'est cette peur qui paralyse Fausta, et qui l'a poussée à placer en secret une pomme de terre dans son vagin, comme bouclier protecteur. La mort subite de sa mère l'obligera à affronter ses peurs.

Présentation des films de Claudia Llosa

Une tension entre tradition et modernité habite les films de Claudia Llosa. Le point de départ de ses scénarii se trouve dans des traditions andines. Madeinusa se déroule dans un village des montagnes, Fausta vit à Lima, mais elle est originaire de la province d'Ayacucho. Dans les deux films est présente la typique opposition entre la culture andine, attachée à des traditions ancestrales, et le mode de vie très moderne des liméniens. Dans Madeinusa ce contraste est visible à travers la relation entre Salvador et les habitants du village ; Salvador ne comprend pas les rites religieux du village, et dès son arrivée, il est considéré comme un intrus et enfermé par Don Cayo. Les médecins de Lima ne connaissent pas la maladie de Fausta, spécifique des régions touchées par le terrorisme et la guerre.

Cependant, les films de Claudia Llosa se focalisent davantage sur la rencontre, l'échange culturel, que sur l'affrontement. Ils mettent en avant un certain syncrétisme culturel présent au Pérou. Madeinusa est l'incarnation parfaite de ce mélange culturel qui existe entre la culture andine des villages des montagnes péruviennes, et la culture globalisée occidentale : la jeune fille fait remarquer à Salvador qu'il porte son prénom « Made in usa» sur l'étiquette de son pull. Ce syncrétisme se trouve aussi dans les scènes de mariages de La teta asustada, où l'on danse les huaylas, danses traditionnelles des Andes, vêtus de costumes de gala. Cette célébration de la vie est filmée avec humour et donne lieu à des scènes très baroques, à l'instar des scènes de fête dans Madeinusa.

Les deux films ressemblent à des contes, par leur structure, leurs personnages, et aussi le jeu sur les symboles (qu'ils soient religieux, culturels, ou autres). Dans Madeinusa, la cinéaste explore la symbolique chrétienne de la semaine sainte. Elle part de l'histoire du Christ mort et ressuscité deux jours plus tard, et tisse ensuite sa propre histoire autour de cette idée. Pour les habitants du village qui célèbrent la mort de Jésus en s'adonnant au péché pendant deux jours, Salvador est comme un christ qui voit ce qu'il ne devrait pas voir, celui qui va les juger. Dans La teta asustada, la patate que Fausta a introduite dans son vagin comme protection est aussi un symbole fort : elle représente les racines, nos origines qui sont parfois un fardeau, mais qu'il faut accepter pour pouvoir s'en libérer.

La bande-son des films de Llosa est une création très originale, puisqu'elle vient en quelque sorte d'une fusion de la musique andine, les huaynos que chantent les protagonistes en quechua, repris au piano. Pour La teta asustada, plusieurs chansons sont inventées par la jeune actrice Magaly Solier. Elles sont un élément essentiel de la composition du personnage de Fausta, qui ne peut exprimer sa douleur et ses craintes par d'autre biais que le chant. Les chansons de Fausta, improvisées au gré de ses expériences et ses inspirations, sont à la fois une échappatoire et un mode de communication. Lorsque Fausta est engagée comme domestique dans la maison d'Aída (pianiste de renom), c'est par la musique que les deux femmes parviennent à communiquer et s'apprivoiser.  

La teta asustada est un film sur la peur, avec laquelle Fausta a vécu toute sa vie et qu'elle ne parvient à exprimer. Le film suit la progression de Fausta vers la liberté. Elle se confronte peu à peu au monde des vivants. D'après Claudia Llosa, ce processus de guérison que va vivre Fausta s'apparente à la situation du Pérou. Après de longues années de terreur et de violence, il faut accepter le mal comme faisant partie de soi pour pouvoir le dépasser. C'est un film sur la récupération de l'estime de soi, pour surmonter le traumatisme et célébrer la vie.

NB : J'ai élaboré cette présentation à partir d'articles et d'interviews de Claudia Llosa trouvés sur internet, notamment l'entretien qui se trouve à cette adresse, où la cinéaste parle longuement de son travail pour La teta asustada : http://www.tucamon.es/contenido/entrevista-a-claudia-llosa-la-directora-de-la-teta-asustada

Pour citer cette ressource :

"Présentation des longs-métrages de Claudia Llosa", La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), juin 2009. Consulté le 20/10/2018. URL: http://cle.ens-lyon.fr/espagnol/arts/cinema/presentation-des-longs-metrages-de-claudia-llosa