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Editions "Les Allusifs"

Par Clémence Oriol : Etudiant-chercheur
Publié par Christine Bini le 29/05/2009
Deux questions à Marie-Anne Lacoma, chargée des relations publiques en France pour les éditions « Les Allusifs » : les choix éditoriaux en ce qui concerne la littérature hispanophone, et les critères de choix des textes publiés.

Deux questions à Marie-Anne Lacoma, chargée des relations publiques en France pour les éditions « Les Allusifs »

  Clémence Oriol   Les Allusifs: une maison d'édition québécoise fondée à Montréal en 2001. Le catalogue est composé de près de 80 titres, de 53 auteurs de langue française ou étrangère (12 langues sont représentées). Les Allusifs ont publié Le naufragé du Zócalo de Fabrizio Mejía Madrid, mais aussi beaucoup d'autres auteurs latino-américains et notamment mexicains (Sergio Pitol, Daniel Sada, etc.). Marie-Anne Lacoma était il y a peu chargée des relations publiques en France, lors du Salon du Livre de Paris en mars 2009, elle a accepté de répondre à ces deux questions sur la ligne éditoriale des Allusifs, leurs choix en matière de littérature hispanophone.  

Pourriez-vous nous parler des choix éditoriaux des éditions Les Allusifs en ce qui concerne la littérature hispanophone?

  Aux Allusifs, on est ouvert à la littérature étrangère de manière générale. C'est vrai qu'on publie beaucoup d'auteurs latino-américains, parce que lorsqu'un éditeur commence à publier des auteurs d'une certaine partie du monde, il va être identifié comme éditeur intéressé à cette littérature, ou ces littératures dans le cas des littératures latino-américaines, et donc il va recevoir des propositions diverses et variées des différents acteurs professionnels du milieu du livre, et se retrouve dans une espèce d'engrenage. Dans le cas de la littérature latino-américaine ça s'est passé très vite aux Allusifs, puisque dans les cinq premiers livres qu'on a publiés il y avait de la littérature mexicaine, puis on a continué avec des auteurs chiliens, etc. On a reçu énormément de propositions, majoritairement de traducteurs, c'est comme ça qu'on fonctionne. On est évidemment ouvert aux propositions des éditeurs étrangers et des agents, dans les foires du livre. Mais en Amérique Latine, beaucoup de pays ont une tradition littéraire moins puissante et ne sont pas représentés dans les foires internationales; dans ce cas-là, ce sont les traducteurs, qui sont des lecteurs formidables, qui vont proposer un texte aux éditeurs dont ils pensent que la ligne éditoriale pourrait correspondre au livre en question. C'est comme ça qu'on a publié par exemple Horacio Castellanos Moya, Mario González Suárez, même pour Roberto Bolaño: à l'orgine c'est un traducteur qui nous a invité à découvrir son œuvre. Pour le cas du Naufragé du Zócalo de Fabrizio Mejía Madrid, c'est un traducteur avec lequel on travaillait de manière assez régulière, Gabriel Iaculli, qui nous a parlé de ce livre qui venait de remporter le prix Antonin Artaud. Ce prix, décerné au Mexique, offre aux gagnant une aide à la traduction, il sponsorise en quelque sorte la traduction du livre en langue française, pour favoriser une fois par an un livre et faire découvrir un auteur Mexicain. C'est comme ça qu'on a découvert le texte de Fabrizio Mejía Madrid. Evidemment, les traductions coûtent cher, bien que le CNL aide beaucoup, donc un livre qui est sponsorisé va avoir plus de chances de trouver un éditeur: en littérature étrangère (aux Allusifs en tout cas) il est difficile d'avoir des livres rentables, donc les subventions aident beaucoup.  

Comment choisissez-vous les textes que vous publiez, à partir de quels critères?

  La ligne éditoriale de la maison, je ne vous le cache pas, est vraiment liée aux goûts personnels de notre éditrice. On publie majoritairement des textes courts, comme vous pouvez le constater dans notre catalogue, et majoritairement des écrits à portée sociologique, politique, un regard sur le monde, qui n'est pas éloigné de l'univers du voyage mais qui va tout de même au-delà, des textes en partie engagés. Dans le cas de la littérature d'Amérique Latine c'est évident qu'un grand pourcentage de la production du livre est plus ou moins politique; la violence et la politique imprègnent tellement le quotidien qu'elles transparaissent dans tout ce qui est écrit. Que le texte soit proposé par un agent ou par un traducteur, on fonctionne de la même manière. On va demander un résumé extrêmement détaillé du livre, car aucun des membres du comité de sélection ne lit l'espagnol, et un essai de traduction correspondant approximativement à vingt pour cent des pages du livres, de façon à pouvoir sentir la langue, la mélodie du texte, c'est très important. Avec ces deux critères on va déjà pouvoir avoir une bonne idée de ce que donne le livre; ensuite on va le faire lire à une espèce de réseau amical de professionnels: des traducteurs, des bibliothécaires (dans le cas de la littérature nordique, par exemple), des collaborateurs divers et variés, d'autres auteurs de notre catalogue qui peuvent lire les langues étrangères, et on va demander à ces différentes personnes de nous donner leur avis sur le livre. En fonction de tous ces critères on finira par décider de le publier ou pas.

Pour citer cette ressource :

Clémence Oriol, "Editions "Les Allusifs"", La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), mai 2009. Consulté le 19/04/2018. URL: http://cle.ens-lyon.fr/espagnol/langue/traduction/editions-les-allusifs-