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Master class de Marisa Paredes

Par Marisa Paredes, Carlos Gomez
Publié par Elodie Pietriga le 18/01/2024
Dans le cadre du Festival Lumière, Marisa Paredes, actrice espagnole qui a reçu de nombreux prix prestigieux, a donné une master class au cinéma Pathé Bellecour à Lyon le 19 octobre 2023. La présentation, animée par le journaliste Carlos Gomez, s'est faite en français et en espagnol, l'actrice alternant les deux langues.

Marisa Paredes. Foto de Pablo Tupin-noriega in Wikimedia, licencia CC BY-SA 4.0.

Marisa Paredes. Foto de Pablo Tupin-Noriega in Wikimedia, licencia CC BY-SA 4.0.

Marisa Paredes est née à Madrid en 1946. C'est une actrice de théâtre (elle a commencé à l'âge de 16 ans) et de cinéma, souvent associée au cinéma de la sortie du franquisme et au cinéma de Pedro Almodóvar. Elle a reçu de nombreux prix prestigieux, dont le Prix National de Cinéma du Ministère espagnol de la Culture.

Ce texte est une retranscription en français de cette master class mais les éléments en espagnol (en italiques) ont été conservés; il a été, par endroits, modifié pour l'adapter au format écrit.

***

Marisa, quel est ton premier souvenir de cinéma?

Je me souviens surtout de Charlie Chaplin. J'aime tous ses films ainsi que ceux de Buster Keaton. Et puis, parmi les films qui racontent une histoire romantique, je citerais Lo que el viento se llevó, Autant en emporte le vent. Cette femme, avec cette force vitale, cet instinct de survie, cette femme combative, romantique, m'a beaucoup touchée. Le thème de la guerre m'a touchée aussi. C'est un film magnifique!

Tu as quelque chose de Scarlett O'Hara?

Oui, bien sûr! Beaucoup de choses! [Rires]

Ta vie ressemble un peu à un conte. On pourrait commencer par : « Il était une fois Marisa Paredes ». Je le dis parce que j'ai lu dans le quotidien du Festival, un article très intéressant qui parlait de toi en disant « La chica de la Plaza Santa Ana ». Il s'agit d'une place dans le centre de Madrid, du Madrid castizo, du Madrid de toujours, éternel. Tu habitais au numéro 13, ce qui semble t'avoir porté chance. Quand es-tu retournée pour la dernière fois Plaza Santa Ana?

Il y a une semaine! [Rires] J'ai acheté un petit appartement à ma fille Place de l'Ange, juste à côté de la place Santa Ana. Je vais voir ma fille et ma petite fille de deux ans et trois mois.

Quel genre de grand-mère es-tu?

C'est l'amour total. J'avais des amies, Carmen Maura, par exemple, qui me disaient tu verras quand tu seras grand-mère... C'est encore mieux! C'est vraiment très émouvant, c'est la vie devant toi. Tu vois grandir un enfant, l'innocence, que l'on perd ensuite...

Dans Talons aiguilles, il y a une scène dans un théâtre. Est-ce que c'est le théâtre où tu allais quand tu étais jeune et que Pedro Almodóvar a fait rouvrir pour le tournage du film?

Tacones lejanos de Pedro Almodóvar: cartel de la película.Almodóvar, c'est un homme très intelligent. Il adapte les rôles, naturellement, à l'actrice. C'est dans ce théâtre que je chante Piensa en mí. C'est un théâtre national où j'ai joué Beckett, Lorca peut-être, j'y ai joué beaucoup de pièces. Tenía mucho miedo. J'avais très peur avec la chanson car c'est difficile, je devais faire du play back.

Je vais vous raconter une anecdote. Dans le film, je porte une robe verte. C'était une idée de Pedro : on avait fait faire un prototipo et il a voulu faire faire un prototipo, un nuevo, avec un autre tissu. Et quand Pedro l'a vu il a dit : « Non, ça ne va pas, je n'aime pas ce tissu alors enlevez-le ¡y ponga de nuevo el prototipo! ». Et c'est ce que je porte dans la scène, le prototype! C'est comme ça avec Pedro! On improvise d'une manière très spéciale!

Quand il m'a dit qu'on irait au théâtre María Guerrero, du nom d'une grande actrice espagnole décédée, je me suis sentie tout de suite rassurée parce que c'était un escenario, un théâtre que je connaissais très bien. On a fait tous les plans avec le public et, une semaine après, on a fait le play back. Pedro savait très bien que cela me donnerait de la force et c'était vrai, je crois que je l'ai bien fait.

Tu n'as pas oublié les paroles de la chanson?

Non, pas du tout!

Tu pourrais la chanter?

[Rires] Ouh, la, la! Non, ce n'est pas possible! Mais quel escenario, le théâtre! On n'est pas au théâtre!

Ce quartier de la place Santa Ana, on l'appelle aussi el barrio de las Musas, le quartier des Muses. Au milieu il y a une statue de Pedro Calderón de la Barca, grand dramaturge classique, auteur, notamment, de La vie est un songe et de Lope de Vega, mais tu as dit que lorsque tu étais enfant, ta vie était un cauchemar. Peux-tu nous expliquer pourquoi?

Era un mal sueño. Parce que c'était la dictature, une dictature très féroce, le franquisme.

Pour mémoire, pour les plus jeunes, le franquisme, c'est 1939-1975, donc cela a duré.

¡Muy largo!

Je suis née en 1946, donc j'ai vécu très longtemps sous le franquisme. C'était très dur. Je me souviens de ma mère avec la cartilla, le ticket de rationnement, pour le pain. Me gustaría haber estudiado, mais ce n'était pas possible car nous n'avions pas d'argent pour payer le collège. Cela veut dire que j'ai quitté le système scolaire à 11 ans alors que j'adorais étudier. Era una pesadilla. C'était des années noires. Nous avions l'impression de que siempre había alguien siguiéndote. C'était aussi le silence. Personne ne voulait parler de la guerre civile, une guerre entre hermanos. Elle a duré longtemps! Trois ans! C'était un cauchemar mais finalement la démocratie est arrivée.

Mes parents avaient 15-20 ans à cette époque et ils adoraient aller au cinéma, mais ils m'ont raconté que des membres de la police de Franco passaient dans les salles avec des lampes de poches pour vérifier que personne ne s'embrassait dans la salle. Est-ce que tu as connu cela?

¡Sí, claro! Era un pecado. Nadie se besaba en una sala de cine, ni en la calle, ¡por supuesto! Todo estaba prohibido.

Mes parents me disaient aussi qu'ils sortaient juste avant la fin du film pour ne pas avoir à faire le salut franquiste, ce qui fait qu'ils ont raté beaucoup de fins de films!

¡Ya, ya, ya! Quelle horreur! Le théâtre c'était la liberté même pendant la dictature.

La mayoría de edad en aquella época era los 21 años. Yo tenía 16 años y me contrataron para un teatro, tenía que hacer una gira. Para viajar por el país hacía falta una autorización de mi padre y naturalmente fuimos a la policía, al comisario para que mi padre firmara la autorización. Et un jour à Bilbao, pendant la tournée, después de la segunda séance del teatro, di un paseo con un amigo por la plaza de Bilbao y llegó la Guardia Civil y nos dijo: « Que faites vous ici? Il est interdit d'être ici à cette heure-ci! ».

Il était peut-être minuit car au théâtre il y avait deux représentations. Donc nous sommes rentrés dans notre pension. Il n'était pas possible d'être simplement dehors à minuit, en Espagne, dans les années 64-65. C'était ça la vie sous la dictature.

Tu as souvent expliqué que le métier du théâtre jouissait d'une grande liberté même pendant la dictature. Le théâtre c'était une façon d'être libre pendant la dictature?

Sí, es la magia del teatro. Yo era muy pequeña, estaba en la plaza Santa Ana y veía los cómicos, los actores que iban al teatro. Y yo sabía que allí dentro, en el teatro, había otro mundo, otro tiempo,otro momento, otra vida.

Dans une très belle interview que tu as donnée à El País il y a quelques temps, tu disais que tu allais dans un café historique de Madrid, le café Gijón où se réunissaient beaucoup d'artistes, d'intellectuels, pour tendre l'oreille, pour les espionner et que peut-être tu as appris la politique en les écoutant.

La política está en todo. En la calle, en la vida. O sea, el sentimiento, la conciencia de clase, yo los tengo desde que tengo uso de razón por todo esto que yo vivía. Pero naturalmente ha estado en este tipo de cafés donde había tertulias, donde había intelectuales, donde se discutía de política, se discutía de arte, se discutía de cultura, donde yo estaba oliendo, escuchando, aprendiendo, entendiendo del discurso, de la narrativa y de la discusión de los intelectuales. Cosa que ahora ya no hay tanto.

Il y avait une telle liberté dans ce milieu artistique en Espagne, que, malgré la dictature, en 1971, les acteurs ont fait grève et tu étais parmi eux.

Sí. Naturellement, dans une dictature, cada pequeño movimiento o gran movimiento era un éxito enorme parce que c'était contre la dictature. Había un derecho en el fuero de los españoles que decía que todo trabajador tiene derecho a un día de descanso a la semana. En el teatro no se descansaba nunca. Entonces después de muchas asambleas, decidimos hacer la huelga y cerramos los teatros. El telón est tombé! Cela a duré une semaine avec beaucoup de problèmes, des visites de policiers, etc. Mais même les gens du folklore, comme Lola Flores, des danseurs de flamenco, des gens qui ne faisaient pas partie du théâtre se sont joints à la grève. Y finalmente hemos conseguido descansar un día a la semana.

Cette part révolutionnaire de toi, est-ce qu'elle prend forme à Paris en 1968? En mai 1968 tu es à Paris, tu vas même être à l'Odéon avec les acteurs, qui là aussi font grève. Est-ce que cela participe de ta formation de citoyenne, de citoyenne éclairée?

Oui, parce que pour nous, en Espagne, la France, c'était la liberté, c'était la culture aussi. En 1968, yo tenía un novio pintor que vivía en París y él me invitó a vivir ese momento glorioso del 68. C'était l'utopie! Pero sin utopía no se puede vivir. Y unos años después yo tuve la gran felicidad de llegar al Odéon para hacer Comedia sin título, una pieza de Lorca. Yo entré en este teatro del Odéon, con una emoción enorme pour jouer une pièce de Lorca, en plus, (c'est une pièce qu'il n'a pas pu finir porque lo han asesinado, fue interrumpido), avec un metteur en scène que j'adore, Chuis Pascual. C'est lui qui dans Tout sur ma mère, joue le metteur en scène. C'était très intelligent de la part de Pedro Almodóvar d'avoir fait appel à lui pour ce rôle. C'est pour cela que j'aime Almodóvar.

Tu dis de Pedro Almodóvar qu'il t'a ouvert toutes les portes.

Oui, c'était après Talons aiguilles. Ma vie professionnelle a pris un tournant international. J'ai pu faire des films en France, en Italie, au Mexique, partout.

Quand tu as 11 ans et que tu quittes l'école, ton papa n'a qu'une croyance très limitée dans tes talents de comédienne et il t'inscrit dans une école de dactylo. Mais est-ce que tu as pensé à le remercier car dans La fleur de mon secret, tu passes beaucoup de temps devant la machine à écrire.

C'est vrai!

Sí, sí. Pero mi padre tardó mucho tiempo en entender que yo hubiera dejado la máquina para irme al teatro. Él pensaba que era poco serio ir al teatro. ¿Para hacer qué?

Est-ce qu'après, il a eu l'occasion d'aller te voir sur scène et de t'applaudir?

Oui. En fait tout est bon pour ce métier : tout ce que tu sais, tout ce que tu connais. Je me souviens que d'un film que j'ai fait, une comédie espagnole. Yo no sabía nadar porque yo nací en Madrid y el mar está lejos. El director me preguntó si sabía nadar y yo le dije que sí. Finalement, j'ai travaillé et j'ai pu faire la scène. J'ai dit que j'étais un peu malade et s'est passé, on s'est débrouillé. Faire semblant! Marlon Brando dice «no es importante que tú sufras, lo importante es que ellos se lo crean.»

Ton premier emploi dans le métier, tu le dois à la recommandation d'un d'homme qui t'a dit d'aller voir Conchita Montes de sa part. Que s'est-il passé?

Conchita Montes, c'était une grande dame de la scène espagnole, très élégante, de telle manière que la bourgeoisie, o sea la gente que, normalmente, iba al teatro porque tenía dinero, iba a ver como se vestía. Son mari, c'était Edgar Neville, un grand réalisateur. Eran de la gente que fueron a Hollywood, en los años 40, porque en aquel momento se hacían dos versiones de la misma película, una en español y otra en inglés, e hicieron dos versiones de la misma película. Era un grupo de gente: López Rubio, el autor, Edgar Neville y Conchita Montes.

Le festival nous a permis de découvrir l'œuvre d'Ana Mariscal, qui avant d'être réalisatrice était une grande comédienne, très populaire. Est-ce que tu as croisé son chemin?

Sí, al principio de mi carrera tuve ocasión de conocerla. Era una mujer muy inteligente y una de las primerísimas mujeres que fueron realizadoras en nuestro país.

Il y avait déjà eu des réalisatrices espagnoles mais aucune réalisatrice espagnole n'avait pu construire une œuvre puisque son premier film date de 1952 et qu'elle a poursuivi jusqu'en 68.

No conozco tan bien la obra de Ana Mariscal.

Mais les films qui ont été projetés ici, par exemple El camino, tu les connaissais?

Non.

Ce sont des films qui ont été très peu vus. Un peu à la téle dans les années 1980 et après, mais au moment de leur sortie, ils étaient très confidentiels.

Yo creo que Ana Mariscal era una avanzada en el tiempo como todo lo que representaba o que concernía a la mujer, también en el cine, era algo totalmente extraño y no se le prestaba la suficiente atención. Quiero decir que ya era un milagro poder hacer películas y verlas un doble milagro. Es una cíctima del momento de la historia donde las mujeres simplemente no existíamos. No había derecho para las mujeres, tampoco para las creadoras.

On va parler d'une femme très importante. Tu évoquais tout à l'heure Pedro Almodóvar, l'homme qui t'a ouvert les portes, mais celle qui détenait la clé c'était ta maman, Petra, non?

Sí, Petra, Petruchka, piedra, Pedra, Pedro. C'est pareil! Petra es piedra. Pedro es piedra. Es el mismo nombre.

C'etait une femme très moderne?

Une femme extraordinaire! Je suis la dernière de quatre, de cuatro hijos: dos chicos y dos chicas. Y la más rebelde. Ella me llamaba rebelde, Marisita rebelde. Y de la misma manera que cuando mi padre no quería que yo me dedicara al teatro porque acababa muy tarde la obra, ella se ofreció y le dijo a mi padre: «Yo la acompañaré y cuando termine la obra a las doce de la noche, iré a buscarla para que venga directamente a casa, para que no le pase nada. No te preocupes.» Siempre me dijo: «Haz lo que quieras hacer, yo no pude.»

[Applaudissements]

Est-ce que ta maman était religieuse?

Non. Elle me disait : « Si Dieu existe, comment supporte-t-il cette misère, la guerre, la pobreza? ¿Por qué si Dios existe tolera esto? ¿Por qué la Iglesia atesora tanto dinero cuando hay tantos miles de personas que no tienen para comer?».

[Applaudissements]

Pour revenir à Almodóvar, le premier rôle qu'il te confie c'est celui d'une religieuse, sous acide, qui voit Dieu, quand elle épluche des oignons.

Sí, pero es una religiosa que se refugia en la comunidad religiosa para esconderse porque es una asesina. Elle a tué son mari.

Comment a été reçu le film à sa sortie en Espagne?

Pas mal, parce qu'à cette époque c'était la démocratie. Pedro era muy osado y la gente se sentía un poco escandalizada pero era el cine moderno. Había gente que lo tomaba con mucha precaución.

Et toi? C'est très loin de Lorca, de Shakespeare, non?

Sí. Pero era feliz naturalmente. Era la posibilidad de hacer algo totalmente distinto. Mi imaginación iba mucho más lejos. [Rires]

Tu avais rencontré Pedro quelques années plus tôt, grâce à Carmen Maura. Te souviens-tu de ton premier contact avec Pedro? Comment l'as tu trouvé?

No era de una manera formal. C'était l'époque de la movida. Tout le monde était là : il y avait des musiciens, des réalisateurs, des peintres, etc, et Pedro était là. Il y avait un club, un bar plutôt, le Santa Bárbara. C'était le lieu où on se retrouvait plus ou moins tous les jours et après chacun suivait son chemin. Yo ya era primera actriz en un teatro nacional y Pedro hacía super 8. Carmen Maura me dijo: «He conocido un tipo que tiene un talento extraordinario.». Él estaba pensando en hacer Pepi, Luci, Bom y otras chicas del montón. Pero Pedro iba al teatro lo que no hacían todos los directores de cine. Allí él miraba si había algo que le interesaba y lo seguía, lo perseguia. Fue a partir de una obra de teatro que hicimos Julieta Serrano, Carmen Maura, Mary Carrillo, una serie de actrices, que él dijo que este sería el reparto de Entre Tinieblas. Cela s'est fait d'une manière naturelle.

Quelle était l'ambiance? Il était dejà très méticuleux, très précis?

Sí, pero más loco todavía. Era un momento en que él cantaba, hacía duos y estaba en la companía Telefónica, pero era un hombre muy libre y era alguien imprescindible en ese momento.

On connaît l'importance qu'a eu Talons aiguilles. Tu as dit à propos de ce film qu'il y avait beaucoup d'audace, notamment avec les personnages de travestis et la notion de transgenre, rarement abordée au cinéma, à l'époque. Et vingt ans après lorsque tu reviens à Paris, tu assistes à un spectacle où quelqu'un déguisé en Becky del Páramo, ton personnage dans le film, vient vers toi. Est-ce que tu te dis alors que tu as fait ton travail, que cette notion est entrée dans les mœurs?

Sí, fue en un cabaret especializado de travestis, de transexuales. On m'a dit qu'il fallait que je vienne, que je vois car il y avait quelqu'un qui faisait Becky del Páramo avec la robe verte, les bijoux, etc. C'était formidable!

Et là, tu t'es dit : « Mon travail a servi a quelque chose, c'est entré dans les mœurs! »?

Sí. Yo creo que el trabajo siempre sirve para algo no solo en el ego de la gente sino en algo que te deja en ti profundamente, en tu alma.

Cependant tu as dit plusieurs fois que c'est dans La fleur de mon secret que tu as produit ta meilleure interprétation dans un film d'Almodóvar, car c'est un film encore plus intime.  Tu le confirmes encore aujourd'hui?La flor de mi secreto de Pedro Almodóvar: cartel de la película.

Sí. Yo creo que en todas las películas de Pedro hay mucho de su propia alma, de sus inquietudes y de sus ideas sobre la vida, sobre el amor, sobre la muerte, sobre las relaciones humanas. Pero La flor de mi secreto, es un guión que hizo, me confesó, casi de una sentada.  Él siempre tiene tres o cuatro historias para escribir y elige una y es la que hace. Pero La flor de mi secreto, la ha escrito seguido y con un impulso muy fuerte para sacar algo que él tenía dentro, que era el momento autoral que estaba viviendo. Había gente que decía: «¡No deje el humor!». Pero él estaba metido en el melodrama profundo. Él siempre tuvo humor en todo pero el melodrama en ese momento era algo que tenía que ver con que, igual que el personaje, quería hacer algo más negro. Y en el caso del personaje de Leo, en la película, la editorial había firmado un contrato y le dijo: «Tiene usted que seguir haciendo novelas rosas.»

On pourrait voir La fleur de mon secret comme la prémice de Dolor y gloria.

Yo creo que sí.

Il y a quelques années, il me semble que c'était à l'occasion de la présentation du film, tu as dit : « Leo, c'est Pedro! ».

Bueno, así lo sentía yo. A lo largo del rodaje y de los ensayos él iba haciendo fotos mías y cuando acabó el rodaje, me regaló un cuaderno de fotos, con esa fotos suyas, personales con leyendas llenas de amor: «A mi Leo». Y todavía más: tengo una escena, la escena de Leo casi destruida, en la que lleva un jersey blue. Ese jersey es de Pedro. Il m'a apporté ce pull le jour du tournage et il m'a dit : « Il faut que tu portes ce pull! ». Son pull!

¡La piel que habitabas, era de Pedro!

Le pull que j'habitais!!

Il dit de toi : « Tu es la quintessence de l'actrice parce que marcher comme tu le fais, sur une scène, ou dans la vie, cela ne s'apprend pas!»

Bueno, sí, no sé. Se aprende todo pero el arte se tiene dentro. no quiero decir que yo tenga arte dentro pero sí me siento artista.

Pour terminer avec La fleur de mon secret, le personnage de l'éditrice est intéressant. Il y a un moment où elle te dit :« Le monde meurt de trop de réalité, elle devrait être interdite, la réalité! ». Est-ce que la fiction n'est pas plus nécessaire que jamais quand on contemple ce qui se passe dans l'actualité?

Cette une question compliquée! C'est très sérieux, très grave, terrible ce qui se passe actuellement! Je crois que la réalité, también en otros momentos es una realidad terrible que no nos merecemos ni nosotros,  ni los que estan sufriendo de esta forma terrible.  Esta opresión que te impide vivir que no hay agua, que no hay pan, no hay medicinas, no hay para sobrevivir. Eso no tiene justificación ninguna. Ninguna. Podemos olvidarlo por momentos pero es muy grave.

Ta maman aurait encore l'occasion de mettre en doute l'existence de Dieu?

Claro, claro, claro. Hay que dudar! Yo también dudo.

Tombés du ciel de Philippe Lioret : affiche du filmTu as tourné avec d'autres cinéastes, par exemple, tu as joué dans Tombés du ciel de Philippe Lioret.

Avec Jean Rochefort!

En quelle langue parliez-vous? en français, en espagnol?

Après Talons aiguilles, je sentais que la France m'aimait, qu'elle m'adoptait. [Applaudissements] Philippe Lioret m'a proposé de faire ce film avec Jean Rochefort que j'adore et j'ai répondu que je ne parlais pas français. Il m'a dit alors de ne pas m'inquiéter, qu'il y aurait un traducteur, un coach et Jean m'a dit aussi de ne pas m'inquiéter, qu'il me comprenait très bien!

Après j'ai fait un autre film avec lui. Il m'a appelé à Madrid en me disant qu'il avait un nouveau projet de film qu'il fallait absolument que nous fassions ensemble! Et puis j'ai travaillé encore trois ou quatre fois à Paris.

[...]

Le miroir magique, film de Manoel de Oliveira, t'a permis de travailler sur le même plateau que Michel Piccoli. As-tu un souvenir particulier avec lui?

Como yo he tenido la suerte de trabajar con Michel Piccoli, con Marcelo Mastroiani, con Jean Rochefort, con Catherine Deneuve, con los grandes nombres, lo que siento es alegría de pensar que este oficio mío me ha permitido conocerles, estar cerca de ellos, sentir que mis sueños se cumplían y es lo mejor que me podía pasar.

Ariane Ascaride también. ¡Yo soy muy afortunada!

J'ai discuté avec Thierry Klifa qui t'a mis en scène avec Catherine Deneuve et Nicolas Duvauchelle, dans Les yeux de ma mère. Il a un souvenir très amusé du tournage. [...] Tu avais décidé de tourner en français. C'était une difficulté particulière ?

Seguramente porque yo soy así de osada también. Sí, es una manera de probarte a ti misma que puedes con todo aunque a veces puedes y otras veces no. Pero tú lo has intentado. Hay que intentarlo siempre todo.

Il ne faut jamais avoir de regrets sur rien. Tu n'en as pas?

Pero sí, claro! La que fui! J'essaie de faire, d'aller plus loin mais il y a des moments où je me demande ce que je fais, comme tout le monde!

Tu regrettes de ne pas être allée à l'école plus longtemps mais ton métier t'a permis de te former aussi. Une œuvre théâtrale a eu une importance particulière dans ta découverte du féminisme : Une maison de poupée d'Ibsen.

Bueno, claro. Mi trabajo me permite conocer autores e ideas, expresiones y culturas diferentes de un país y de otro. Si tú juegas Dostoievski, Chejov, Molière o Beckett, pues, todo eso te va haciendo. Yo digo siempre que esta profesión me ha hecho como profesional y también como persona, me ha formado, me ha conformado. [Applaudissements]

Questions du public

¿Me da la sensación de que Madrid está intimamente vinculada contigo? ¿Por qué? ¿Es una ciudad de cine particularmente?

Particulièrement dans le monde de Pedro Almodóvar. Je viens d'ailleurs d'apprendre que la communauté madrilène a essayé de créer un circuit autour des décors naturels que Pedro a utilisé dans ses films, autour des lieux où ses films ont été tournés, comme la place Santa Ana, le vieux Madrid, etc. La communauté de Madrid en profite! Et puis Madrid, c'est le centre de l'Espagne! Mais j'ai tourné aussi à Barcelone. Et puis,  je suis née dans le centre de Madrid.

No estoy muy segura de que Madrid sea una ciudad de cine. Lo limitaría a las películas de Almodóvar.

Mais c'est en train de devenir une ville de télévision puisque Netflix y a ouvert des studios.

Ah, oui! Quelle horreur! [Applaudissements]

Quelle horreur! Mais en même temps est-ce que Netflix ne permet pas de découvrir des acteurs et actrices espagnols que nous n'avons pas la chance de voir au cinéma ?

El cine hay que verlo en las salas de cine. [Applaudissements] Las películas se hacen para las salas grandes, las pantallas grandes, la lumière, les décors, les gestes... Todo eso lo tiene que ver el público en las salas de cine. Tienen que estar llenas de público sino no tiene sentido. Nosotros hacemos las peliculas para el público, para las salas de cine, para que se vean en las salas. [Applaudissements] Es verdad que esta generación tiene otro tipo de pantallas pero la différence...

Je suis complètement d'accord avec toi mais il ne faut pas être complètement injuste avec la télévision car c'est grâce à elle que l'on a découvert beaucoup de films classiques.

Oui, on découvre à la télé, mais on découvre davantage, un peu plus tard, si on voit le film dans une salle de cinéma. Je veux dire que les cinémathèques sont nécessaires, fondamentales. La télé c'est bien comme moyen de diffusion pour connaître l'histoire du cinéma, mais après, si on voit les mêmes films dans une salle de cinéma, on découvre un autre monde.

Une autre question du public

Avez-vous tourné ou auriez-vous aimé tourner avec Carlos Saura?

Oui, je le lui ai proposé. Muchas veces le he dicho: «¿Carlos, cuando trabajamos?». Pero en el tiempo que él hacía sus películas con Géraldine Chaplin, que era su mujer, no había otras actrices, solo ella. Y, después hacía otro tipo de películas, más musicales y había ya poco sitio para un mundo más cercano a mí.

[...]

Quel serait ton film préféré de Carlos Saura?

Los golfos. La première partie de sa carrière, La caza. Et après, Mamá cumple cien años, De prisa, de prisa. Carlos es un hombre muy importante en el cine español.

De quelle façon travaillez-vous vos rôles, comment les préparez-vous, comment les rêvez-vous?

Seguro que tú también, Irène [Jacob], tienes tu propia manera de preparar tus roles, cada una tiene su propia manera. Yo creo que este es el secreto: encontrar tu propia manera, tu personalidad. Yo tengo una idea general de lo que el director o el autor quiere contar en la obra, de lo que significa el personaje dentro de esta historia. Parto del todo para llegar a lo específico, que es el personaje, el personaje con relación a los otros.

Mi primera idea del trabajo tiene que ver con el método de trabajo de Stanislavski, y luego, muchas cosas diferentes como buscar las emociones del personaje, lo que dice y lo que no dice —dice esto pero en realidad está pensando otra cosa. La complejidad de los personajes es lo que me atrae más: no hacer una línea única sino encontrar todos los colores posibles. Pero depende siempre de lo que el director quiera: es el director de orquestra, él sabe lo que quiere del violín, del piano, después viene el montaje, la música. Todo esto, como actriz no lo tienes, no lo controlas, pero estás al servicio de todo esto. Hay directores que permiten más creatividad personal y otros que quieren algo muy concreto y que no te vayas fuera de eso. Yo he aprendido de todos, de lo que hay que hacer y de lo que no hay que hacer. Pero la responsabilidad es suya.  [Applaudissements]

N'avez-vous jamais eu envie, vous, de devenir directrice et de nous faire part de votre univers et de votre folie?

En el cine, no. Au théâtre, algunas veces. Pero me gusta estar dentro. Estar fuera me divierte, pero menos. Quizás no tenga la seguridad para dirigir la orquestra.

Merci beaucoup, Marisa, merci à tous.

 

Pour citer cette ressource :

Marisa Paredes, Carlos Gomez, "Master class de Marisa Paredes", La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), janvier 2024. Consulté le 02/03/2024. URL: https://cle.ens-lyon.fr/espagnol/arts/cinema/master-class-de-marisa-paredes