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De la crise de violence mafieuse à l’éveil des consciences : la construction médiatique d’une mémoire civile

Par Charlotte Moge : Agrégée d'italien, maîtresse de conférences - Triangle - Université Lyon 3
Publié par Alison Carton-Vincent le 16/12/2014
Entre la fin des années 1970 et le début des années 1980, alors qu’une guerre intestine fait rage pour redéfinir les équilibres internes (on compte près de 1000 victimes en 5 ans), Cosa Nostra déclare également la guerre à l’État en s’attaquant à des figures essentielles de l’antimafia : policiers, juges, hommes politiques... On parle alors d’« homicides excellents » pour qualifier les assassinats de personnalités importantes. En 1982, la crise de violence mafieuse atteint son paroxysme. Pio La Torre, dirigeant du PCI sicilien, député et ancien membre de la commission parlementaire d’enquête sur le phénomène mafieux, est assassiné à Palerme le 30 avril 1982 avec son chauffeur Rosario Di Salvo. Le 3 septembre, le général Carlo Alberto Dalla Chiesa, ancien chef de la lutte contre le terrorisme de 1974 à 1981, alors préfet de Palerme, est tué ainsi que sa jeune épouse Emanuela Setti Carraro et leur agent d'escorte Domenico Russo. Les quelques mois qui séparent ces deux homicides incarnent le pic de cette crise de violence mafieuse et entraînent, pour la première fois, une réaction significative de l’État italien. Charlotte Moge propose d'étudier dans cet article le rôle de la presse locale et nationale dans le traitement de ces événements, entre avril et septembre 1982.

Entre la fin des années 1970 et le début des années 1980, la mafia sicilienne s’enrichit considérablement grâce au trafic de drogue. S’estimant lésé dans le partage du marché des stupéfiants, le clan des Corléonais provoque la deuxième guerre de mafia, particulièrement meurtrière – on compte près de 1000 victimes en 5 ans – afin de prendre le pouvoir en décimant les familles palermitaines. En parallèle, pour affirmer sa puissance, cette cosca((La cosca est la famille mafieuse au sein de Cosa nostra, la mafia sicilienne.)) déclare également la guerre à l’État en s’attaquant à des figures essentielles de l’antimafia((On dénombre une quinzaine de victimes.)) : policiers, juges, hommes politiques… Ces assassinats sont appelés « omicidi eccellenti »((Que l’on traduira par « meurtres excellents ». Nous pouvons aussi utiliser le syntagme « cadavres exquis », en se référant plus spécifiquement aux victimes. Cette expression vient du film de Francesco Rosi Cadaveri eccellenti (inspiré du roman de Leonardo Sciascia Il contesto publié en 1971) sorti en 1976 a été traduit ainsi en français.)), meurtres excellents, parce qu'ils touchent des personnalités importantes. L’année 1982 constitue le pic de cette crise de violence mafieuse. Pio La Torre, dirigeant du PCI((Parti Communiste Italien.)) sicilien, député et ancien membre de la commission parlementaire d’enquête sur le phénomène mafieux, est assassiné à Palerme le 30 avril 1982 avec son chauffeur Rosario Di Salvo. Le 3 septembre, le général Carlo Alberto Dalla Chiesa, ancien chef de la lutte contre le terrorisme de 1974 à 1981, alors préfet de Palerme, est tué ainsi que sa jeune épouse Emanuela Setti Carraro et leur agent d'escorte Domenico Russo.

Pour mieux saisir la portée de ces assassinats, il est nécessaire de les replacer dans leur contexte politique. Au sortir de la décennie des « années de plomb », caractérisée par le déchaînement de la violence politique de tout bord, la classe politique entretient encore un rapport problématique à la violence, et plus spécifiquement à la violence mafieuse. La plupart des membres de la majorité démocrate-chrétienne, dont le maire de Palerme, nient encore farouchement l’existence de la mafia. La parole politique est donc en décalage avec la réalité vécue par les Palermitains. Excédée par l’inertie des gouvernants face au déchaînement de la violence mafieuse, une frange de la société palermitaine conteste fortement les représentants politiques lors des funérailles du préfet Dalla Chiesa. Dans un tel moment de tension, la presse nationale et locale font le choix de médiatiser largement la crise de violence mafieuse. Si certains quotidiens véhiculent la langue de bois du parti au pouvoir((De 1946 à 1992, la DC a fait partie des majorités parlementaires. Elle a dirigé presque tous les gouvernements, exception faite des années 1981 à 1987. En Sicile, la DC avait la main mise sur toutes les institutions ce qui lui a permis de consolider le rapport clientéliste qu’elle entretenait avec la mafia, qui lui apportait fidèlement des votes à chaque élection. En échange de cet appui électoral, la mafia devient participe à l’opération de spéculation immobilière appelée le « Sac immobilier de Palerme » (à la fin des années 1950) qui lui permet de blanchir l’argent gagné grâce au trafic de stupéfiants et d’infiltrer les structures du pouvoir local, renforçant considérablement son influence économique sur la région. Voir Matard-Bonucci Marie-Anne, Histoire de la mafia, Bruxelles, Complexe, 1994, p. 197-209.)) – largement compromis au niveau local avec la mafia –, d’autres décident d’exprimer l’exaspération d’une partie des Palermitains. Le clivage de plus en plus net entre les partisans du pouvoir en place et l’opposition permet à la presse de devenir un protagoniste du débat public. On peut supposer que cette médiatisation s’avère déterminante puisqu’à la fin de l’année 1982, on voit émerger les premières initiatives antimafia en Sicile et en Italie.

L'étude de cette phase cruciale de l'histoire sicilienne ne peut s'affranchir d'une analyse des enjeux de la médiatisation de cette crise de violence mafieuse d'une ampleur et d’une gravité jusqu'alors inconnues. Nous avons donc choisi de constituer un corpus regroupant onze quotidiens nationaux et locaux qui représentent toutes les tendances politiques((Le Corriere della Sera est un grand quotidien national de centre-droit de Milan et La Repubblica est un grand quotidien national de centre-gauche de Rome. Ces journaux à large diffusion nous permettent de mesurer la médiatisation de l’événement en Italie centrale et septentrionale. Nous avons aussi choisi des quotidiens communistes ou proches du PCI (Il Giorno, L’Unità, Paese Sera), le quotidien socialiste L’Avanti ! très ancré au nord, l’organe de la démocratie-chrétienne (Il Popolo)  ainsi que deux quotidiens d’extrême-droite de l’Italie centrale (Il Tempo) et septentrionale (Il Giornale d’Italia). Quant à la presse locale, nous avons dépouillé les deux principaux quotidiens de la Sicile occidentale : le Giornale di Sicilia (conservateur et proche de l’élite démocrate-chrétienne locale) et L’Ora (proche du PCI et caractérisé par un journalisme d’enquête).)) : nous obtenons ainsi un panel complet représentatif de « l’ensemble des nouvelles diffusées »((Chartier Lise, Mesurer l’insaisissable. Méthode d’analyse du discours de presse, Sainte-Foy, Presses universitaires de Québec, 2003, p. 23.)). Suivant la méthode établie par Lise Chartier concernant les phénomènes locaux, nous avons choisi de nous « limiter aux médias présents à l’intérieur du territoire concerné »((Voir Ibid., p. 24.)) pour mesurer l’influence de la médiatisation de la violence mafieuse dans la presse nationale disponible en Sicile. Notre étude porte sur les quatre mois qui séparent les assassinats de Pio La Torre et de Carlo Alberto Dalla Chiesa, soit d’avril à septembre 1982. Analyser la presse quotidienne permet d’observer, jour après jour, la construction d’un discours sur l’événement visant à satisfaire le besoin d’exhaustivité propre à ce médium et à tenir le lecteur en haleine. Nous avons choisi de concentrer notre analyse sur les éditoriaux – indiquant la position du journal –, les chroniques et les reportages – où l’on trouve un effort de narration majeur – mais aussi sur les titres et les photos qui accompagnent le reportage car leur fonction est d’attirer le regard du lecteur et d’exprimer la nouvelle de manière percutante. Nous avons questionné ces documents selon les deux axes classiques de l’étude de couverture médiatique (« Qu’est-ce qui est dit ? » et « Comment le dit-on ? »).

Notre hypothèse de départ était de comprendre quel rôle a joué la presse pendant cette crise de violence mafieuse, face à un pouvoir politique inexistant. Les recherches récentes de Sophie Moirand((Moirand Sophie, Les discours de la presse quotidienne. Observer, analyser, comprendre, Paris, PUF, 2007.)) sur la circulation des usages langagiers dans les médias soulignent combien la presse participe de la constitution des mémoires individuelles et collectives en ce sens que « le discours des médias [joue] un rôle dans la remontée en mémoire des savoirs antérieurs et dans la construction des savoirs partagés »(( Voir Ibid., p. 134.)). Il apparaissait dès lors indispensable d’enrichir notre réflexion en nous intéressant aux enjeux mémoriels du traitement médiatique de la violence mafieuse, avec pour objectif de s’interroger sur les conséquences de cette médiatisation. Nous exposerons ici les résultats de cette étude en trois temps. Après avoir fait une étude comparative de la couverture médiatique des crimes mafieux entre avril et septembre 1982, nous verrons par quels moyens la presse façonne un martyrologe des victimes de la lutte contre la mafia. Enfin, nous étudierons les procédés journalistiques mis en place pour matérialiser la violence et encourager une prise de conscience civile de la dangerosité de la mafia.

I) Etude comparative et spécificités de la couverture médiatique des cadavres exquis

Présentation des quotidiens locaux

En étudiant la crise de violence mafieuse des années 1980, nous constatons une différence de traitement médiatique que l'on pourrait qualifier de logique entre la presse nationale et régionale. La presse nationale traite l'information sur le moment et se limite aux faits saillants. Ainsi une grande place est accordée aux cadavres exquis mais l'attention médiatique retombe assez vite et les événements siciliens ne font plus la une. La presse régionale aussi se mobilise fortement pour les homicides visant des personnalités importantes, mais elle donne également un écho différent à la guerre des clans qui fait rage. Toutefois, les deux quotidiens locaux (L'Ora et le Giornale di Sicilia) ne couvrent pas les événements de la même manière.

Traditionnellement, le Giornale di Sicilia – quotidien proche de l’élite démocrate-chrétienne – traite la violence mafieuse comme Il Popolo – quotidien national de la DC – et la majorité des parlementaires centristes, en passant sous silence la nature du phénomène pour ne pas qualifier l’auteur et donc nier l’existence d’une organisation criminelle structurée. Ainsi, pour reprendre les mots du juge Falcone, « les meurtres mafieux étaient presque toujours désignés comme l’œuvre d’une ′cruelle main assassine′ »((Mascali Antonella (dir.), Les derniers mots de Falcone et Borsellino, Clamecy, La Contre Allée, 2013, p. 111.)). Les choses changent entre 1980 et 1982 car Fausto De Luca, fondateur de Repubblica, est nommé directeur du Giornale di Sicilia. L’arrivée de ce nouveau directeur marque un tournant dans la politique éditoriale. Selon Francesco La Licata((Journaliste à L’Ora à la fin des années 1970, puis au Giornale di Sicilia, il a ensuite travaillé à La Stampa jusqu’à l’année dernière. Nous l’avons interviewé en 2011 à Rome.)), « le journal était bien, c’était un journal, il donnait les nouvelles »((Entretien avec Francesco La Licata.)). Toutefois, ce tournant est de courte durée : en 1982, Dalla Chiesa meurt et là, on arrête de jouer : Cosa nostra prend aussi possession des journaux. […] La ligne politique change, le directeur change. Et le nouveau directeur, qui est toujours le même depuis 1983, c’est le patron. C’est l’éditeur qui devient directeur pour pouvoir mettre en place une ligne politique qui plaise à ses amis, disons Lima, Ciancimino… Voilà qui étaient ses amis((Ibidem. Salvo Lima a été maire démocrate-chrétien de Palerme à plusieurs reprises depuis la fin des années 1950, puis député national et député européen à sa mort (il est exécuté par la mafia en 1992). Vito Ciancimino, proche des Corléonais, était assesseur aux travaux publics. Ils étaient les correspondants de Cosa nostra au niveau local et national.)). Il devient ensuite beaucoup plus difficile pour un journaliste d’exercer correctement son métier au Giornale di Sicilia. Le contrôle de l’information devient total, surtout concernant les liens entre mafia et politique qui commencent à émerger dans les enquêtes de la magistrature. Ainsi, les numéros que nous avons analysés se situent avant ce changement de direction, ce qui explique les prises de position fortes que l’on ne retrouve plus dans ce quotidien à la fin de l’année 1982.

En revanche, L’Ora – journal palermitain très proche du PCI((Cependant, le directeur, Vittorio Nisticò, interdit fermement toute activité militante à ses chroniqueurs et cultive l’indépendance du journal face à la direction nationale du parti.)) – représente une expérience journalistique singulière qui se distingue nettement du reste de la presse sicilienne dominée par le duopole des Ciancio((Famille exerçant le monopole de l’information sur toute la Sicile centrale et orientale.)) et des Ardizzone((Famille propriétaire du Giornale di Sicilia.)). Ce journalisme d’investigation, initié sous la direction de Vittorio Nisticò dès 1954, caractérise la position et la production de L’Ora : le journal s’empare du sujet de la mafia et dénonce systématiquement les violences, les collusions et le système de pouvoir politico-mafieux. Lorsque la deuxième guerre de mafia éclate en 1981, le journal dénonce les homicides liés aux luttes de pouvoir internes à Cosa nostra, et consacre beaucoup de pages spéciales aux enquêtes sur les meurtres excellents, alors que les homicides des mafieux de second rang ne figurent même pas dans les nécrologies du Giornale di Sicilia.

La place des meurtres excellents dans la presse nationale et régionale

Dans un contexte de guerre froide, la violence mafieuse est un sujet qui polarise et clive encore davantage la presse de gauche et celle de droite ou de centre-droit. Les affinités politiques des journaux déterminent l'importance donnée, ne serait-ce que typographiquement, à l'événement. Ainsi, les unes du 1er mai 1982 accordent une place différente à l'assassinat de Pio La Torre (parlementaire communiste) et Rosario Di Salvo. Le Giornale d’Italia, connu pour ses sympathies d’extrême-droite, ne consacre que quelques lignes en une à l’assassinat de Pio La Torre, alors que dans Paese Sera – quotidien communiste – l’événement occupe les deux tiers de la une.

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Fig. 1 : Il Giornale d’Italia, 1er mai 1982, p. 1.
 
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Fig. 2 : Paese Sera, 1er mai 1982, p. 1.

De même, nous pouvons remarquer que le 4 septembre, le Popolo ne consacre qu'un tout petit encadré sur la droite à la mort de Dalla Chiesa alors que dans tous les autres quotidiens, la nouvelle fait les gros titres.

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Fig. 3 : Il Popolo, 4 septembre 1982, p. 1.

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Fig. 4 : Giornale di Sicilia, 4 septembre 1982, p. 1.

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Fig. 5 : L’Ora, 4 septembre 1982, p. 1.
 
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Fig. 6 : L’Unità, 4 septembre 1982, p. 1.

Le peu d’espace accordé en une à un événement si retentissant peut s’expliquer par le ressentiment d’une grande partie de la Démocratie Chrétienne à l’encontre du préfet Dalla Chiesa. Tandis qu’il était fortement soutenu par la majorité dans son combat contre le terrorisme d’extrême-gauche, sa vigueur et sa détermination ne sont pas vues d’un très bon œil en matière de lutte contre la mafia. Dès sa nomination au poste de préfet, il n’a jamais caché son intention de s’attaquer au système de pouvoir politico-mafieux local, dont le courant andreottien((Giulio Andreotti est une des figures de proue de la Démocratie Chrétienne. Sept fois président du Conseil, plus de trente fois secrétaire d’État, il a été mis en examen à la fin des années 1990 pour collusions avec la mafia. À peine condamné, les faits étaient sitôt prescrits puisque la magistrature a établi qu’ils étaient antérieurs à 1980. Andreotti est décédé en 2013. Salvo Lima, représentant de Cosa nostra au niveau national, était le chef du courant andreottien en Sicile.)) de la DC tirait une grande partie de son influence au niveau national. Ainsi, les polémiques avec de nombreux démocrates-chrétiens n’ont pas manqué, détériorant même les rapports du préfet avec le gouvernement. Le traitement médiatique de l’assassinat du général Dalla Chiesa par Il Popolo semble donc être conditionné par ces relations tendues. La composition de la une du 4 septembre en dit long sur la hiérarchie de l’information faite par le comité de rédaction : l’événement principal est le congrès de la DC, qui occupe près de la moitié de la page ; puis la répression d’une révolte en Pologne ; enfin, l’initiative américaine pour la paix au Proche Orient. L’assassinat du préfet est relégué dans un petit encadré sur la droite. Il Popolo ne met pas de photo, ni du préfet, ni de la scène de crime. Ce choix journalistique tranche avec L’Ora, qui titre « C’EST LA GUERRE » à l’encre rouge et publie une photo des corps criblés de balles qui occupe la moitié de la une. La couverture de la violence mafieuse médiatique diffère selon les affinités politiques des quotidiens.

Mafia ou terrorisme ? L’ambigüité sémantique

De plus, les unes nous permettent d'observer tout de suite une ambiguïté sémantique entre mafia et « terrorisme mafieux » qui est emblématique du traitement médiatique et politique des meurtres excellents. L'Unità((Organe du PCI.)) du 4 septembre n'hésite pas à titrer clairement « Dalla Chiesa assassiné par la mafia » alors que Paese sera du 1er mai titrait pour Pio La Torre « tué par le terrorisme mafieux », formule tirée du communiqué du PCI et que l’on retrouve dans les déclarations des parlementaires communistes. Comment expliquer cette confusion lexicologique entre mafia et terrorisme ? Provient-elle du passé récent de l’Italie ou d’une comparaison implicite entre Aldo Moro((Aldo Moro était président de la DC lorsqu’il est enlevé par les Brigades Rouges en mars 1978. Après 55 jours de détention, il est exécuté par les brigadistes. Il incarnait l’aile gauche du parti et oeuvrait pour un rapprochement durable avec le PCI.)) et Pio La Torre ? Les caractéristiques qui unissent ces deux figures sont nombreuses. En effet, La Torre est, après Moro, le second parlementaire tué pendant son mandat et on attribue bien souvent aux deux hommes la même ferveur politique. Même si le déclin irrémédiable du terrorisme est amorcé, en particulier grâce à Dalla Chiesa, le pays n’a pas encore surmonté le choc des « années de plomb » et la violence des guet-apens en pleine rue rappelle certainement les actions des groupes extra-parlementaires. On peut supposer aussi que l’utilisation du mot « terrorisme » implique une condamnation morale qui, à l’époque, n’était pas contenue dans le mot « mafia », à cause du faible espace médiatique dédié à ce phénomène criminel au cours de la décennie précédente. Pour Nando Dalla Chiesa((Fils du général Dalla Chiesa. Il est professeur de sociologie à l’université Bocconi de Milan.)), cette incapacité à nommer la mafia est très inquiétante car elle entretient le flou et revient à nier l’existence du phénomène et de ses rapports avec une frange du monde politique.

La prose du Popolo, quotidien de la DC, est emblématique de cette stratégie langagière. À la lecture du numéro du 1er mai 1982, nous sentons la grande recherche lexicale des journalistes qui parlent de « trames subversives de la violence politique et de la criminalité commune »((« Una lotta a difesa del sistema », in Il Popolo, 1 mai 1982, p. 1-2.)). Cette périphrase est révélatrice de l’embarras démocrate-chrétien à employer le terme idoine. Outre la confusion (savamment entretenue) entre la violence politique et la violence criminelle, le choix de l’adjectif « commune » réduit considérablement la portée du substantif « criminalité » qui, au lieu d’être défini, perd de sa spécificité. Le journaliste s’indigne devant autant de « barbarie »((Ibid.)) mais se garde bien d’en indiquer l’auteur, ce qui met le journal dans une position très inconfortable. Ainsi, pour écrire le mot « mafia », les journalistes recourent aux victimes de la lutte contre la mafia en instrumentalisant la figure de Piersanti Mattarella((« Lo hanno assassinato come Mattarella per aver combattuto la mafia », in Il Popolo, 1 mai 1982, p. 7. Piersanti Mattarella était le président DC de la région Sicile. Il voulait couper les liens entre une partie de la DC et la mafia au niveau local et a été assassiné par la mafia le 6 janvier 1980.)). La DC tente le grand écart car elle est d’une part au cœur du système de collusions politico-mafieuses et de l’autre elle se pose en victime. Cette contradiction insoluble est la cause principale des huées et des sifflets qu’a reçu le président de la DC sicilienne, Mario D’Acquisto, aux funérailles de La Torre.

Les tensions entre une frange de la société et la classe dirigeante

En cent jours, deux grandes personnalités qui incarnent le mieux la lutte contre la mafia dans l'esprit de la population sont violemment assassinées. La mort de Dalla Chiesa semble provoquer un « choc moral »((Voir Traïni Christophe, « Choc moral », in Fillieule Olivier, Mathieu Lilian & Péchu Cécile (dir.), Dictionnaire des mouvements sociaux, Paris, Presses de Sciences Po, 2009, p. 101-102.)) pour une partie des Palermitains qui réagissent de manière affective et expriment leur colère envers la classe dirigeante lors des funérailles du préfet.

« Sur la place, la foule avait cependant déjà bousculé les rangs des policiers au cri de « bouffons », « on n’en peut plus », « on veut la peine de mort » […]. La rage des gens, des jeunes pour la plupart, était dirigée surtout contre le ministre Rognoni et les autres ministres. […] Plusieurs ministres ont été isolés et couverts d’insultes. Pendant un quart d’heure, il y eut des bagarres avec le service d’ordre qui essayait de protéger les voitures officielles, prises à coups de pied et cibles des pièces de 50 et 100 lires. Rognoni a été effleuré par une bouteille vide qui s’est brisée à ses pieds. »((« Applausi a Pertini e al Cardinale. I ministri contrastati pure in chiesa », in Giornale di Sicilia, 5 settembre 1982, p. 2. Virginio Rognoni est alors ministre de l’Intérieur.))

À la lecture des différents quotidiens, on note que les réactions de la presse de droite comme de gauche semblent refléter celles d’une partie de la société civile, allant du désespoir à la haine. L’interview du 10 août que Dalla Chiesa avait accordée à Giorgio Bocca est amplement reprise((Au cours de l’été 1982, le préfet était de plus en plus isolé. Il a donc utilisé la presse pour dénoncer son isolement et l’inertie du gouvernement qui tardait à lui donner les pouvoirs de coordination qu’il réclamait. En plein mois d’août, la presse apparaît donc comme le seul interlocuteur du préfet. Nous reviendrons plus tard sur ce point.)). Après son assassinat, elle assume une dimension prophétique et personne ne comprend pourquoi les autorités n’ont pas répondu de manière positive aux requêtes de Dalla Chiesa. Les réactions sont donc violentes (allant jusqu’à la réhabilitation de la peine de mort), en particulier dans la presse de droite qui a toujours soutenu Dalla Chiesa. Ainsi, dans un éditorial au titre éloquent (« La coupe est pleine »), on voit émerger un rejet de la classe politique :

« Une énorme banderole devrait précéder le cortège funèbre. Et sur cette banderole, on écrirait ces mots : « Dalla Chiesa, tu seras vengé ! » Les hommes du gouvernement devraient s’engager à ne plus prononcer un mot sur ce sujet douloureux du terrorisme et de la criminalité organisée jusqu’au jour où les assassins de Carlo Alberto Dalla Chiesa et de sa femme seront identifiés et livrés à la justice. […] Le dégoût nous assaille en pensant aux habituelles proclamations sur l’État démocratique qui ne s’écroule pas, sur le défi de la criminalité qui trouvera une juste réponse […]. »((« La misura è colma » in Il Tempo, 4 septembre 1982, p. 1 et p. 18.))

La presse d’extrême-droite semble donc partager pleinement l’indignation d’une partie de la population et, pour reprendre la distinction opérée par Antonio Gramsci((Gramsci Antonio, Quaderni dal carcere, Turin, Einaudi, 1975, p. 763-764.)) entre les diverses composantes de l’État, la rupture entre société civile et la société politique est consommée. La classe politique, jugée responsable de la mort du préfet, est violemment rejetée. La parole politique est inaudible : les condamnations du crime et les hommages rendus à Dalla Chiesa sont interprétés comme une ultérieure démonstration de la langue de bois du pouvoir((Les parlementaires de l’opposition formulent le même reproche au président du Conseil, Giovanni Spadolini. Voir Séance au Sénat du 4 septembre 1982, intervention de Gianfranco Spadaccia (parti radical), p. 25528 : « Franchement, je dois vous dire que je suis déconcerté car je ne m’attendais pas, après un événement aussi grave, à des mots si conventionnels qui n’allaient pas au delà d’une nécrologie rituelle ».)). Le ton conventionnel des déclarations politiques est donc dépassé par la prose journalistique, plus émotive et plus véhémente, qui est en adéquation avec le mécontentement d’une partie de la population. De plus, la presse de gauche relaye les revendications du PCI – la nécessité d’adopter la proposition de loi de La Torre((En 1980, Pio La Torre avait déposé un projet de loi pour instituer le délit d’association mafieuse ainsi que la confiscation des biens de provenance illicite. Cette proposition reste lettre morte jusqu’à l’assassinat du préfet Dalla Chiesa. Elle est ensuite adoptée en dix jours. Il s’agit de la première loi significative pour lutter contre la mafia.)) ainsi que la mise en place d’une coordination entre les forces de police et la magistrature – devenant le porte-voix des idées défendues par les cadavres exquis. Ce processus d’appropriation de l’espace public par la parole médiatique, aux dépens de la parole politique, semble être le résultat d’un processus commencé quelques mois plus tôt, au moment de l’arrivée du préfet Dalla Chiesa à Palerme. L’absence d’une parole politique audible confère également une certaine légitimité mémorielle à la presse écrite, qui se pose en garante de la mémoire des représentants de l’État assassinés par la mafia.

II) La presse façonne le martyrologe des victimes de la mafia

La dénonciation de l’inertie des politiques et le soutien exprimé au préfet Dalla Chiesa

En mars 1982, Pio La Torre avait proposé Carlo Alberto Dalla Chiesa au poste de préfet de Palerme parce qu'il connaissait sa détermination((Les deux hommes se sont rencontrés en 1948 à Corleone, alors que Dalla Chiesa était le capitaine des carabiniers du village.)). Lorsque La Torre est assassiné, Dalla Chiesa est en pleine tractation avec le gouvernement pour obtenir des pouvoirs supplémentaires qui lui permettraient de coordonner la lutte contre la mafia à partir de Palerme. La nouvelle de la mort du député communiste accélère la nomination du préfet qui se retrouve en poste sans aucun pouvoir, situation qu'il voulait à tout prix éviter.

La presse régionale de gauche prend clairement fait et cause pour le préfet. L'Ora mène une campagne de presse pour dénoncer l'inaction et les vaines promesses du gouvernement. Pendant tout l'été, alors que la guerre des clans fait rage et que l'on retrouve un cadavre en moyenne tous les deux jours, l'attention médiatique se fixe sur l'action antimafia de Dalla Chiesa. Le préfet essaie de rebondir et se lance une grande offensive idéologique et culturelle dans les écoles et auprès de la population. Sa stratégie est de démystifier la mafia, de dénoncer l'organisation comme étant éminemment criminelle et d'en appeler au sursaut civil et démocratique du peuple sicilien. Alors que le préfet apparaît de plus en plus isolé, L’Ora prend position en dénonçant l’immobilisme des politiques et exprime son soutien à l’action démystificatrice du préfet. On peut penser que le soutien de L’Ora au nouveau préfet de Palerme et la médiatisation de son action antimafia ont eu un grand impact sur une partie des Palermitains, avec la conséquence de faire évoluer les mentalités et de faire reculer l’omerta. En effet, lors des funérailles du préfet, il semble qu'une partie de la société a repris à son compte l'argument principal de la presse communiste locale : le gouvernement a laissé Dalla Chiesa seul et démuni face au danger. Dès lors, l'inertie des politiques apparaît comme étant la cause principale de la mort du préfet, comme il l'avait lui-même expliqué dans sa dernière interview publiée le 10 août dans Repubblica :

« Je crois que j'ai compris la nouvelle règle du jeu : on tue un puissant quand se met en place cette combinaison fatale : il est devenu trop dangereux mais on peut le tuer parce qu'il est isolé. »((Dalla Chiesa Nando, In nome del popolo italiano, Milan, Rizzoli, 1997, p. 360.))

Au soir du 3 septembre, cette phrase sonne comme une prophétie tragique pour le pouvoir politique. Elle est reprise par tous les journaux nationaux et locaux ainsi que par une partie de la société : l'impression générale est que l'on a sacrifié le préfet qui, de fait, devient un martyr.

La mise en place d’une généalogie des victimes

Au lendemain de l'homicide de Pio La Torre, la presse de droite comme de gauche, locale et nationale, dénonce un dessein de lutte contre les institutions engagée par Cosa nostra à partir de 1979 avec les assassinats de plusieurs policiers((Parmi les nombreuses victimes, on peut citer Boris Giuliano, chef de la brigade mobile de Palerme, assassiné en juillet 1979.)) et magistrats((Le juge Cesare Terranova, ancien membre de la commission parlementaire antimafia, est abattu en septembre 1979. Le procureur Gaetano Costa est assassiné en août 1980.)) ainsi que d'hommes politiques de premier plan((Avant Pio La Torre, Michele Reina (secrétaire provincial de la DC) est abattu en mars 1979 et Piersanti Mattarella (président DC de la région Sicile) est exécuté en janvier 1980.)). Alors que les hommes politiques ne rappellent que Michele Reina et Piersanti Mattarella, les journaux soulignent le lien entre tous les meurtres excellents. Ainsi, le Giornale di Sicilia parle de « reprise de l’offensive contre l’État »((La Licata Francesco, « Ore 9 .20 in via Generale Turba. Tempesta di colpi sulla auto. La guardia del corpo spara prima di finire crivellata » in Giornale di Sicilia, 1er mai 1982, p. 1.)) tandis que L’Ora se lance dans la construction d’un véritable martyrologe, dans un article intitulé « Nos années de plomb »((Calabrò Antonio, « I nostri anni di piombo » in L’Ora, 1er mai 1982, p. 5.)). L’utilisation de ce syntagme n’est pas anodine. Elle a pour but de réactiver les mémoires individuelles des lecteurs pour leur faire prendre conscience du crescendo de la violence mafieuse : la mafia fait vivre à la Sicile ce que les groupes terroristes ont fait vivre à l’Italie pendant une décennie. De plus, dans son éditorial du 1er mai 1982, L'Ora tente de démontrer que l'assassinat de La Torre a en réalité un but politique, comme celui de Mattarella.((Cette thèse est également celle de la magistrature qui décide de traiter ensemble les « crimes politiques » et regroupe les instructions des homicides de Reina, Mattarella et La Torre.))

Dans presque tous les journaux, de droite comme de gauche, le lien est immédiatement fait entre ces deux personnalités qui avaient pour objectif d'assainir la politique régionale en luttant contre les infiltrations mafieuses. La presse locale et nationale met donc en lumière une généalogie des victimes : elle replace l’assassinat de La Torre dans le contexte de guerre qui, outre le fait d'assurer la pérennité du trafic de drogue et le blanchiment de l'argent sale, est aussi une ultérieure démonstration de force de la part des Corléonais envers leurs rivaux et envers les institutions. Ainsi, la presse met en avant la logique criminelle de cette offensive à laquelle le gouvernement ne semble pas prêter attention. Devant l'incapacité du gouvernement à comprendre la dangerosité de la situation pour ses représentants, la presse fait preuve de lucidité et véhicule une grille de lecture des événements. Cet effort d’historicisation a une dimension pédagogique : il renforce la crédibilité de la parole médiatique face à une parole politique délégitimée par l’immobilisme des gouvernants. Enfin, cette généalogie apparaît comme un véritable martyrologe dont le bien fondé est définitivement validé par la mort de Dalla Chiesa.

Un hommage pathétique à la limite de l'hagiographie

Afin de renforcer cette image de représentants de l'État sacrifiés à cause de l'incompétence de la classe dirigeante, les journaux multiplient les articles élogieux sur les victimes faisant une utilisation stratégique du pathos afin de susciter l'émotion du lecteur. Ne pouvant détailler le traitement médiatique des cinq victimes, nous nous intéresserons plus particulièrement à celui de la jeune épouse du général Dalla Chiesa, Emanuela Setti Carraro. L'hommage qui lui est rendu dans la presse est emblématique de ce processus de sanctification qui permet l'insertion de ces figures dans le martyrologe des victimes de la lutte contre la mafia. Elle est jeune, belle ; elle vient d'épouser Carlo Alberto Dalla Chiesa (10 juillet 1982) qui a trente ans de plus qu'elle et a fait le choix de venir habiter à Palerme (contre l'avis du général) pour ne pas laisser son mari seul face au danger. En outre, la position du corps du général sur les photos du double meurtre est interprétée comme une tentative désespérée du préfet de protéger sa jeune épouse((Cette interprétation est par ailleurs largement reprise par les hommes politiques de tout bord lors des séances à la Chambre et au Sénat qui ont lieu le 4 septembre 1982.)).

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Fig. 7 : « Son dernier geste, protéger sa femme », in L’Ora, 4 septembre 1982, p. 5.

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Fig. 8 : « Un amour tendre, passionné jusqu’à la mort », in L’Ora, 4 septembre 1982, p. 7.
 

Au lendemain de l'assassinat, les articles mettent en avant la douceur de la jeune-femme et la force de son engagement humanitaire. Emanuela Setti Carraro apparaît sur de nombreuses photos dans son uniforme d'infirmière de la Croix-Rouge (elle faisait beaucoup de volontariat social), ce qui renforce son image de victime innocente. Une sorte de dimension sacrificielle semble émerger de ces portraits psychologiques. De plus, sans tomber dans le cliché d’une mafia qui épargnerait les femmes et les enfants, Emanuela Setti Carraro représente à l’époque un unicum car elle est la première femme de représentant de l’État exécutée en même temps que son époux. Certains y voient le signe de la bestialité des assassins (accréditant ainsi la thèse d’une vieille et honorable mafia, détrônée par des parvenus sanguinaires) et d’autres ont une interprétation plus utilitariste de l’exécution de la jeune femme (la mafia l’aurait supprimée car elle était la confidente du préfet). Nous trouvons donc tous les ingrédients qui permettent aux journalistes de jouer sur l'horreur de la situation, sur le pathos et donc sur les émotions du lecteur. Dans ce cas précis, la médiatisation de la violence, menée à grand renfort de photos et de témoignages sur le dévouement et la personnalité exceptionnelle d'Emanuela Setti Carraro, provoque une identification entre la victime et le lecteur, ce qui démultiplie l'écho et l'horreur du crime perpétré.

Ainsi, l'analyse journalistique des raisons des homicides et les hommages pathétiques rendus aux victimes visant à exalter leurs grandes qualités humaines créent un terrain favorable sur lequel se construit le martyrologe de la lutte contre la mafia. En outre, l'établissement d'une généalogie des victimes est la première étape de la construction d’une mémoire collective, un devoir qui revient normalement aux autorités. Or, face à une aprole politique inaudible, la presse récupère cette légitimité grâce à la dénonciation féroce qu’elle fait de la violence mafieuse.

III) Les stratégies journalistiques mises en place pour matérialiser la violence et encourager une prise de conscience civile

Le récit : une dématérialisation de la violence ?

Nous avons souvent l'habitude de penser que la mise par écrit d'une scène violente en atténue l'impact. Par exemple, la lecture d'un thriller angoissant effraie moins que la vision du film, dans la mesure où le lecteur doit visualiser la scène écrite : il doit donc avoir recours à l'imagination, ce qui dématérialise la violence et en amoindrit l'impact émotif par rapport à une vision directe. Or, dans une optique de dénonciation écrite des crimes mafieux, quelles stratégies langagières utilisent donc les journalistes pour rendre la violence de l’exécution ?

Un extrait du Giornale d'Italia du 4 septembre 1982 est particulièrement emblématique de l’actualisation, cette tendance de la presse à reconstruire le déroulement des faits. Le but d’une telle narration est de ne rien perdre à l'écrit de la violence de la scène :

« Madame Emanuela Setti Carraro a tenté une manœuvre désespérée pour se soustraire au feu du commando : elle a accéléré, en se déplaçant sur la droite. Les assassins n'ont laissé aucune chance au préfet et à sa femme : c'est elle qui est tombée la première, le visage littéralement dévasté par les balles mortelles du fusil mitrailleur. Le préfet a été massacré. La police scientifique n'a pas réussi à déterminer avec exactitude combien de coups il a reçu. Carlo Alberto Dalla Chiesa est mort en tenant presque sa femme dans ses bras : peut-être est-ce là le geste désespéré d'un homme qui tente de protéger sa femme. »((Giornale d'Italia, 4 septembre 1982, p. 6.))

Nous pouvons noter la profusion d'adjectifs (« dévasté », « mortelles », « massacré », « désespéré »), parfois renforcés par des adverbes (« littéralement ») qui introduisent les détails morbides du récit (« le visage littéralement dévasté par les balles mortelles du fusil mitrailleur »). Ce sont ici les adjectifs qui donnent le ton du récit et renforcent l’horreur. Les adjectifs sont un des vecteurs de la subjectivité du locuteur, ce qui signifie qu'ils retranscrivent l'opinion de l'auteur et qu'ils démontrent son intention de matérialiser la violence de la scène. L'impact de cette description sur le lecteur est donc très fort : l'abondance des adjectifs rend l'horreur de l'assassinat, qui est elle-même largement renforcée par l'utilisation des photographies.

La puissance de l'image : la matérialisation de la violence

On constate que presque tous les quotidiens italiens ont placé à la une les photos des homicides excellents, sur lesquelles on voit clairement les cadavres des victimes. Ces photos immortalisent la violence des guet-apens mafieux : Pio La Torre a la tête sur la cuisse de Rosario Di Salvo et sa jambe droite pend à travers la fenêtre de la voiture, côté passager ; Carlo Alberto Dalla Chiesa est mitraillé (sans mauvais jeu de mots) sous tous les angles : nous avons d’une part un premier plan sur les cadavres((Les photographies s’accompagnent souvent de légendes dans lesquelles on retrouve les mêmes caractéristiques analysées précédemment. Celle-ci est particulièrement éloquente : « Une image à glacer le sang du préfet et de sa femme criblés de balles par les tueurs. Seuls quelques instants nous séparent du moment du crime. »)), puis une photo prise de derrière la voiture nous montre la main d'Emanuela Setti Carraro dans l'entrebâillement de la portière et enfin, une vue latérale d'ensemble de la voiture et des corps.

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Fig. 9 : Giornale di Sicilia, 1er mai 1982, p. 1.

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Fig. 10 : L’Ora, 4 septembre 1982, p. 1.

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Fig. 11 : L’Unità, 4 septembre 1982, p. 1.

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Fig. 12 : Giornale di Sicilia, 4 septembre 1982, p. 2.

Seul Il Popolo, organe de la DC, ne fait pas ce choix journalistique. Cela confirme l'impression qui émane des articles, à savoir que la rédaction tente de minimiser les faits criminels qui se passent en Sicile. Nous pouvons supposer que la publication des photographies en une vise à provoquer un électrochoc de la population. Les journalistes veulent contribuer à l'effondrement de toute légende anthropologique et culturelle selon laquelle la mafia serait une honorable société. Afin de contrer cette image culturelle qui a la peau dure, la presse – exception faite du quotidien démocrate-chrétien – fait le choix de la dénonciation sans détours de la nature criminelle de la mafia.

L'Ora va même plus loin puisque pendant tout l'été 1982, alors que la guerre des clans fait rage, le journal publie les photos des cadavres des mafieux assassinés. Cependant, comme pour éviter que le lecteur s'habitue à ces faits de sang, le journal entreprend également un décompte des victimes. Giuseppe Di Piazza, chroniqueur à L'Ora dans les années 1980, décrit ce choix de la rédaction :

« L'Ora commença à indiquer les homicides avec un numéro progressif : 91°, 92° et après le numéro on mettait des points de suspension. […] On mettait toujours des points de suspension après, comme pour quelque chose qui ne finit jamais. Quand on arriva à 100, le journal parut avec, en une, un numéro un et les deux zéros étaient représentés par les trous d'un fusil. »((Deaglio enrico, Il raccolto rosso 1982-2010. Cronaca di una guerra di mafia e delle sue tristissime conseguenze, Milan, Il Saggiatore, 2010, p. 45.))

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Fig. 13 : L’Ora, 17 août 1982, p. 1.

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Fig. 14 : L’Ora, 26 août 1982, p. 1.
 

Cette une a marqué les chroniqueurs du journal comme Attilio Bolzoni((Bolzoni Attilio, Uomini soli. Pio La Torre, Carlo Alberto Dalla Chiesa, Giovanni Falcone e Paolo Borsellino, Milan, Melampo, 2012. Ce documentaire accompagne le livre éponyme.)) qui, dans un récent documentaire consacré aux assassinats de La Torre, Dalla Chiesa, Falcone et Borsellino, rappelle que ce décompte était à la fois le signe d’un désarroi face à une violence quasi quotidienne, mais aussi le choix d’une prise de position forte pour interpeler le lecteur et dénoncer l’ampleur du massacre. Ainsi, L'Ora a pris le parti de médiatiser la violence de manière brutale et presque choquante, afin que la profusion d'images ne produise pas l'effet inverse de celui escompté. Le décompte vise donc à renforcer la matérialisation de la violence déjà obtenue par la publication des photographies de cadavres.

La violence d'une condamnation unanime

Par le choix d'une médiatisation crue et violente, la presse semble vouloir secouer l’opinion publique italienne afin que celle-ci prenne conscience que la mafia est un problème national. Non seulement elle véhicule l'horreur de la situation, mais elle donne également un écho très important à la condamnation sans appel de toute la classe politique émise par le Cardinal Pappalardo lors de l'enterrement de Dalla Chiesa.

« On peut appliquer une célèbre phrase de la littérature latine […] : ′Dum Romae consulitur… Saguntum expugnantur′ alors qu’à Rome, on discute de ce qu’il faut faire, l’ennemi s’empare de la ville de Sagunto ! Et cette fois il ne s’agit pas de Sagunto mais de Palerme. Pauvre Palerme ! »((Omelia dell’Emerito Monsignor Arcivescovo durante i funerali del prefetto Carlo Alberto Dalla Chiesa e della moglie Emanuela Setti Carraro, Chiesa San Domenico, 4 septembre 1982.))

Tandis que, dans la plupart des quotidiens locaux et nationaux, l’homélie du cardinal fait les gros titres (le Giornale di Sicilia reprend la citation en une((Ce sera une des dernières prises de positions publiques du journal puisqu’après, le directeur est limogé et l’éditeur prend la direction du journal. Comme nous l’a expliqué Francesco La Licata lors de notre entretien, une partie de l’élite démocrate-chrétienne locale liée à la mafia avait acquis des parts du journal.)) et L’Unità insiste sur la condamnation de la classe politique prononcée par Pappalardo et interprète l’assassinat du préfet comme une « menace directe à la République »), seul Il Popolo – pourtant d'habitude très enclin à rapporter les discours des autorités religieuses – fait abstraction du prêche de Pappalardo. En effet, au lendemain des funérailles, le quotidien démocrate-chrétien titre en une « L’Italie honore Dalla Chiesa. L’État relève le défi » et met l’accent (en page 3) sur « l’adieu émouvant au général », éludant complètement les heurts entre une partie de la société et le monde politique après la cérémonie.

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Fig. 15 : Giornale di Sicilia, 5 septembre 1982, p. 1
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Fig. 16 : L’Unità, 5 septembre 1982, p. 1.

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Fig. 17 : Il Popolo, 5 septembre 1982, p. 1.

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Fig. 18 : Il Popolo, 5 septembre 1982, p. 3.
 

Cela dénote une fois de plus la volonté du journal et de la DC de ne pas donner une importance majeure aux événements siciliens. Le sermon de Pappalardo avait été très applaudi parce qu'il dénonçait l’inertie de la classe politique. La presse fait de même, elle pointe les responsabilités du monde politique et insère les meurtres excellents dans une analyse générale du contexte criminel de l'époque. Par ses prises de positions, la presse semble donner voix aux « Palermitains honnêtes »((Le lendemain de l’assassinat du préfet Dalla Chiesa, un écriteau est retrouvé sur les lieux du crime : « Ici est mort l’espoir des Palermitains honnêtes ».)), soit à cette partie de l’opinion publique qui commence à s’opposer à la mafia. Face à l’immobilisme et à la langue de bois des gouvernants, la figure du cardinal Pappalardo est une autorité morale qui exprime le ressentiment d’une partie de la population et la presse – à l’exception du Popolo – va amplifier l’écho de sa dénonciation de la violence mafieuse et de l’inertie du pouvoir politique, devenant ainsi un acteur de premier plan qui favorise l’éveil des consciences.

Afin de comprendre comment la presse acquiert ce statut particulier, il nous faut revenir sur la dernière interview accordée par le général Dalla Chiesa. Lorsque celui-ci veut dénoncer la situation dans laquelle il se trouve, c'est à la presse qu'il fait appel et cette décision est hautement symbolique. Quand il dirigeait la lutte contre le terrorisme il était très avare de déclarations. À Palerme, les choses changent car, face à l’hostilité du pouvoir local, Dalla Chiesa a besoin de la presse pour mener à bien sa stratégie de démystification de la mafia et considère vraisemblablement qu'elle peut être le trait d'union entre l'opinion publique et l'antimafia institutionnelle. Ainsi légitimée par le fait d'avoir été l'interlocuteur privilégié du préfet((Le fils du général Dalla Chiesa va d’ailleurs choisir la presse pour dénoncer ceux qu’ils estiment être responsables de la mort de son père. Dans une interview publiée le 8 septembre 1982 dans Repubblica – le même journal qui a publié la dernière interview de son père – il met clairement en cause la DC sicilienne, ce qui déclenche une levée de boucliers sans précédent des centristes et de toute la presse proche de la DC (Il Popolo et Il Giornale di Sicilia).)), la presse a une aura particulière qui lui permet d’avoir un rôle actif dans la construction d’une conscience antimafia civile. À travers la médiatisation de la violence mafieuse et la forte prise de position contre le pouvoir politique suite aux meurtres excellents, la presse semble encourager et accompagner la mobilisation d’une partie de l’opinion contre la mafia.

Toutefois, il faut se garder de généralisations excessives. Bien que très mobilisés au moment des assassinats, dans les quotidiens nationaux, les crimes mafieux cèdent vite la place à d’autres sujets : c’est donc la presse régionale qui mène le combat militant. Tandis que la nouvelle ligne éditoriale au Giornale di Sicilia relègue la violence mafieuse au rang des faits divers, L’Ora médiatise les différentes initiatives antimafia qui émanent de la société et du monde associatif. Son engagement est tel que le journal redevient la cible de menaces, dénoncées en une le 17 octobre 1982 : « Alors que la grande manifestation des 100 mille se déroule à Palerme LA MAFIA NOUS MENACE DE MORT ».((« Mentre a Palermo si svolge la grande manifestazione dei 100 mila LA MAFIA CI MINACCIA DI MORTE » in L’Ora, 17 octobre 1982, p. 1.))

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Fig. 19 : L’Ora, 17 octobre 1982, p. 1.

Le gros titre occupe toute la une et est écrit à l’encre rouge, ce qui rappelle la une du 4 septembre 1982 qui annonçait l’assassinat du préfet dalla Chiesa « C’EST LA GUERRE »((« È LA GUERRA » in L’Ora, 4 septembre 1982, p. 1.)). Les journalistes de L’Ora réaffirment la tradition d’un journalisme d’investigation engagé en faisant référence à la une du 21 octobre 1958, après l’explosion d’une bombe dans les locaux du journal. Le lendemain, sur les photos de la première manifestation nationale contre la mafia, on aperçoit des jeunes militants, le poing levé, qui exhibent la une de L’Ora de la veille, ce qui est interprété comme un geste de solidarité envers le journal, faisant ainsi du quotidien un acteur à part entière du mouvement antimafia naissant.

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Fig. 20 : L’Ora, 18 octobre 1982, p. 12.

Ainsi, malgré les différences de traitement de l'information entre la presse régionale et nationale, tous les quotidiens (à l’exception du Popolo) ont fortement médiatisé les meurtres excellents et ont relayé la colère d'une partie de la population devant ce déchaînement de violence. Toutefois, cette médiatisation possède des caractéristiques qui lui sont propres et que nous ne retrouvons pas dans le traitement médiatique d'autres faits violents. D'une part, la presse italienne inscrit les homicides dans une logique criminelle qu'elle explicite, et d'autre part, elle insère les victimes de cette crise de violence mafieuse dans un martyrologe qui leur confère de fait un statut particulier et pose les bases d’une mémoire unitaire de la lutte contre la mafia. Par ce processus d’historicisation, la presse acquiert une légitimité pour se poser en garante d’une mémoire collective dont le politique fait abstraction alors même qu’il devrait l’incarner. Enfin, pour que la dénonciation de cette violence soit plus incisive, la presse fait une utilisation-choc de la photographie, alliée à une prose brutale visant à rendre la violence mafieuse, tout cela afin de pousser la société à prendre conscience de la dangerosité de la mafia. D’abord générateur de mémoire grâce à l’établissement d’un martyrologe, puis acteur de premier plan favorisant l’émergence d’une conscience antimafia civile, la presse apparaît comme le vecteur d’une mémoire civile qui se construit en dehors du politique.

La crise de violence mafieuse de 1982 est ainsi l’embryon des événements de 1992 où, suite aux attentats contre les juges Giovanni Falcone et Paolo Borsellino et au scandale de corruption généralisée de la classe politique révélé par l’opération Mains Propres, la perte crédibilité du pouvoir politique est telle qu’une grande partie de la société italienne se rebelle et, portée par la presse, elle récupère l’héritage moral des victimes de la mafia. Ainsi délégitimés, les représentants des institutions républicaines n’apparaissent plus aptes à assumer leur rôle de garants de la mémoire nationale, raison pour laquelle, selon Giovanni De Luna, on assisterait à une « privatisation de la mémoire »((De Luna Giovanni, La Repubblica del dolore. Le memorie di un’Italia divisa, Milan, Feltrinelli, 2011, p. 14.)).

Bibliographie succincte

Monographies

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Presse régionale dépouillée pour l’année 1982 (recherches effectuées à Palerme)

Il Giornale di Sicila

L’Ora

Presse nationale dépouillée pour l’année 1982 (recherches effectuées à Rome et Palerme)

Il Corriere della Sera

Il Giorno

Il Popolo

Il Tempo

Il Giornale d’Italia

L’Avanti!

L’Unità

La Repubblica

Paese sera

Sources orales

Entretien réalisé avec Francesco La Licata, journaliste à La Stampa et spécialiste de mafia, le 6 juillet 2011 à Rome.

Entretien réalisé avec Nando dalla Chiesa, fils de Carlo Alberto dalla Chiesa, le 4 septembre 2012 à Milan.

Entretien réalisé avec Franco La Torre, fils de Pio La Torre, le 5 septembre 2012 à Rome.

 

Pour citer cette ressource :

Charlotte Moge, "De la crise de violence mafieuse à l’éveil des consciences : la construction médiatique d’une mémoire civile", La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), décembre 2014. Consulté le 20/10/2019. URL: http://cle.ens-lyon.fr/italien/civilisation/xxe-xxie/la-mafia/de-la-crise-de-violence-mafieuse-a-l-eveil-des-consciences-la-construction-mediatique-d-une-memoire-civile