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Sin nombre, de Cary Fukunaga

Par Nelly Marc : Professeure d'espagnol
Publié par Elodie Pietriga le 22/10/2015
Au Honduras, la jeune Sayra retrouve son père après une longue séparation. Elle va enfin réaliser son rêve, émigrer aux États-Unis avec lui et son oncle. Au Mexique, Casper est membre de la « Mara », l’un des gangs les plus dangereux d’Amérique Centrale. Pour venger sa fiancée, il tue le chef de la bande et prend la fuite.

Le réalisateur

carry-fukunaga_1445498294878-jpgNé en Californie d’une mère suédoise et d’un père japonais, Cary Fukunaga vit quelques temps au Japon mais aussi en France où il étudie la politique à Grenoble, après avoir obtenu un diplôme d’histoire à l’Université de Californie. Finalement, il retourne dans son pays et intègre le programme d’art de l’Université de New York.

À partir de ce moment, le jeune homme ne va plus quitter le monde du cinéma.

 Tour à tour caméraman, chef électricien et directeur de la photographie sur quelques courts-métrages et documentaires, il réalise ses premiers courts dans le cadre de ses études new-yorkaises.

En 2005, Victoria para chino remporte un prix au Festival de Sundance. C’est aussi le cas de Sin Nombre, son premier long-métrage, qui en 2009 obtient le prix de la Meilleure réalisation dans ce même festival. Le film, remporte également le prix du jury du Festival de Deauville 2009. 



Pour son second long-métrage, Cary Fukunaga change diamétralement de registre en mettant en scène une énième version du classique de Charlotte Brontë : Jane Eyre. Il choisit Mia Wasikowska pour être son héroïne. Cette même année, Fukunaga se tourne vers la télévision où il réalise les 8 épisodes de True Detective, une série HBO mettant en scène Woody Harrelson et Matthew McConaughey dans la peau de deux enquêteurs lancés à la poursuite d’un tueur en série.

 

Le film Sin nombre

Synopsis

sans-titre_1445502823969-jpgAu Honduras, la jeune Sayra retrouve son père après une longue séparation. Elle va enfin réaliser son rêve, émigrer aux États-Unis avec lui et son oncle.

Au Mexique, Casper est membre de la « Mara », l’un des gangs les plus dangereux d’Amérique Centrale. Pour venger sa fiancée, il tue le chef de la bande et prend la fuite.

Sur le toit du train qui file vers le Nord, entourés de centaines de candidats à l’immigration, Sayra et Casper se rencontrent. Lui, fuit son passé criminel, elle, espère un avenir meilleur. Mais parviendront-ils à échapper ensemble à leur destin et à franchir la frontière ? Et la supposée promesse d’une vie meilleure vaut-elle la peine de prendre de tels risques ?

Avec les destins des deux personnages principaux qui s’entrecroisent, deux thématiques sont alors abordées dans ce film : les gangs (ici, la « Mara ») et l’immigration clandestine vers les États-Unis.

 

Analyse

La « Mara », une famille pour la vie ?

Cary Fukunaga nous permet d’entrer dans une "mara", terme qui vient de "marabunta", nom d'une espèce de fourmis rouges qui dévorent tout sur leur passage. Dans une scène en particulier au début du film, grâce au travelling avant de la caméra, nous pénétrons dans « l’antre » du gang. Casper se charge de la visite : à droite de jeunes hommes se font tatouer (signe d’appartenance au gang. Les « marero » sont reconnaissables par les tatouages qui parfois couvrent entièrement leur visage. On dit même que chaque larme tatouée correspond à un assassinat.), à gauche, d’autres boivent et/ou prennent de la drogue, dans la pièce suivante certains prennent leur repas et enfin la visite se termine dans la salle où se réunissent tous les membres ; salle contenant également toutes les armes dont dispose la « Mara ». Armes automatiques, ou artisanales, un véritable arsenal nous est présenté. Tous vivent ensemble, partagent leur repas, comme une « famille ».  Une « famille » dont on fait partie après avoir passé un rite d’intégration. À l’image du jeune Smiley, un enfant de 12 ans, ami de Casper et « marero » en devenir. Trois étapes indispensables pour intégrer le gang : Voler, résister aux coups portés par les membres du gang durant 13 longues secondes (la Mara Salvatrucha 13 / MS13) et enfin tuer. C’est au travers de ces trois étapes que nous verrons évoluer le personnage de Smiley dans le film. Passant de l’enfant, petit délinquant à grand criminel par la suite. Sin nombre, le titre du film évoque également la perte d’identité en intégrant le gang. La « mara » choisira pour le nouveau « marero » un nouveau prénom. « Smiley », « Casper », etc.…, des prénoms qui rappellent les États-Unis, lieux où sont nés ces terribles gangs. Une fois intégré, le « marero » ne pourra plus sortir de ces gangs organisés et ultra violents que sont « las Maras », si ce n’est au péril de sa vie. C’est ce que nous montrera le film à travers Casper, « marero » repenti qui tentera de prendre la fuite et de quitter le gang après avoir tué son chef pour venger la mort de sa fiancée.

L’immigration, la promesse d’une vie meilleure ?

Le film évoque également le destin de Sayra qui finira par croiser celui de Casper sur le toit d’un train de marchandises filant vers le Nord. À travers ce personnage, Sin Nombre aborde le thème de l’immigration clandestine vers les États-Unis, une problématique très présente en Amérique Centrale.

Sayra, ne voyant se profiler aucun avenir dans son pays, décide de prendre la route et d’immigrer clandestinement aux États-Unis. Cary Fukunaga nous propose un véritable périple semé d’embuches à travers Sayra, accompagnée de son père et de son oncle. Les trois personnages se lancent dans une marche sans fin pour atteindre la station de trains de marchandises où attendent, comme eux, durant des heures, des centaines de candidats à l’immigration. Leur but : monter clandestinement sur le toit d’un train en marche vers le Nord. Cary Fukunaga tourne d’ailleurs cette scène de nuit, accentuant l’effet de dangerosité que suppose monter sur un train en marche, et en insistant également sur le mouvement de panique qui se produit  lorsqu’arrive le train tant attendu.

Mais entre le racket des gangs qui profitent de la faiblesse des clandestins et la répression de la police aux frontières, Sayra, son père et son oncle atteindront-ils leur but ? Leur rencontre avec Casper, « marero » repenti en fuite, voyageant sur le toit du train avec eux, causera-t-elle leur perte, ou leur permettra-t-elle d’atteindre cette frontière tant convoitée ?

À travers ce film Cary Fukunaga pose la question du changement. Est-il possible de changer, d’améliorer sa vie ? Risquer sa vie pour l’éventuelle promesse d’une vie meilleure vaut-il la peine ? Un questionnement à travers deux destins :
Celui de Casper voulant fuir la « mara », un quotidien de violence, de meurtre, et celui de Sayra, jeune fille pleine d’espoir voulant tenter sa chance aux États-Unis, voulant vivre le « rêve américain ».

Pistes d'exploitation :
Ce film peut-être visionné en classe, en cycle terminal, et peut s’inscrire dans trois notions :

  • Lieux et formes de pouvoir (le monde brutal des gangs)
  • L’idée de progrès (tout quitter pour une vie meilleure)
  • Espaces et échanges (l’immigration clandestine vers les États-Unis)


Compléments :

Le court métrage de Cary Fukunaga : Victoria para chino (l’immigration)

Documentaires : La vida loca et Au coeur du gang Maras le plus dangereux du monde
 

Pour citer cette ressource :

Nelly Marc, "Sin nombre, de Cary Fukunaga", La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), octobre 2015. Consulté le 23/09/2018. URL: http://cle.ens-lyon.fr/espagnol/arts/cinema/sin-nombre-de-cary-fukunaga