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La «Déclaration d’indépendance de l'Etat de Palestine» de Mahmoud Darwich et sa traduction par Elias Sanbar. Du souffle poétique à la raison diplomatique

Par Sylvie Chraïbi : enseignante- Chercheuse - ENC Paris. Lab.CLESTHIA. Sorbonne Nouvelle
Publié par Fatiha Jelloul le 23/03/2022
La Déclaration d’indépendance de l'Etat de Palestine a été rédigée en langue arabe le 15 novembre 1988 à Alger par le grand poète palestinien Mahmoud Darwich, à la demande de Yasser Arafat qui était alors chef de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) (Avnery 2008 : 162). Dans la foulée de la proclamation de la Déclaration, le texte fut traduit en français par Elias Sanbar, écrivain franco-palestinien et diplomate, traducteur de nombreux recueils de Mahmoud Darwich, et en anglais par Edward Saïd, professeur de littérature comparée palestino-américain à l’université Columbia (États-Unis). Dans une perspective d’analyse de discours, mise au service d’une étude traductologique comparative arabe-français, cet article tente de mettre en lumière les différentes stratégies linguistiques et littéraires adoptées par chacun des deux auteurs-traducteurs pour marquer la portée idéologique du texte. À un niveau proprement traductologique, nous avons voulu montrer en quoi les textes produits, empreints des « visions du monde » personnelles des deux intellectuels engagés, laissent toutefois entendre une « polyphonie harmonique », résultant d’une conviction globale partagée.

Introduction

La Déclaration d’indépendance de l'Etat de Palestine (désormais Déclaration) a été rédigée en langue arabe le 15 novembre 1988 à Alger par le grand poète palestinien Mahmoud Darwich, à la demande de Yasser Arafat qui était alors chef de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) [Avnery 2008 : 162]. Découlant notamment de la première Intifada – ou « révolution des pierres » – menée par les Palestiniens des territoires occupés qui réclamaient leur indépendance, le texte a été adopté par le Conseil National Palestinien (CNP) à l’issue de sa 19e session (12-15 novembre, cf. Saleh 2014 : 295) dans un contexte de conflit.

Le 9 décembre 1987 en effet, un camion israélien écrase deux voitures transportant des ouvriers palestiniens. Quatre d’entre eux meurent et sept seront gravement blessés. Cet événement marque le début du soulèvement. Des Commandements nationaux unifiés du soulèvement se succèdent, systématiquement démantelés par l’État d’Israël mais immédiatement remplacés. Le 11 mars 1988, l’OLP lance un appel dans lequel elle affirme sa résolution de créer un État palestinien : « Nous faisons le serment que la révolution populaire et armée se poursuivra jusqu’à l’État palestinien indépendant ! À nos frères arabes, nous disons que nous en avons assez des discours et des applaudissements. Voici venu le temps des pierres… ». (Laurens 1998 : 1076-1077. Trad. de l’appel par Jean-François Legrain en collaboration avec Pierre Chénard, in Les Voix du soulèvement palestinien, Le Caire, CEDEJ, 1991 : 50-53).

Dans la foulée de la proclamation de la Déclaration, le texte a été traduit en français par Elias Sanbar, écrivain franco-palestinien et diplomate, traducteur de nombreux recueils de Mahmoud Darwich ((Elias Sanbar est notamment l’auteur des traductions de recueils de Mahmoud Darwich : Au dernier soir sur cette terre, Actes Sud, 1994 ; Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude , Actes Sud, 1996 ; La terre nous est étroite et autres poèmes, Gallimard, 2000 ; Le lit de l’étrangère, Actes sud 2000 ; Murale , Actes sud 2003 ; Ne t’excuse pas , Actes Sud, 2006 ; Comme des fleurs d’amandier ou plus loin, Actes Sud, 2007 ; La trace du papillon, pages d’un journal : été 2006-été 2007, Actes Sud, 2009 ; Anthologie poétique 1992-2005, Actes Sud, 2009 ; Le lanceur de dés et autres poèmes, Actes Sud, 2010 ; Nous choisirons Sophocle et autres poèmes, Actes Sud, 2011 ; Présente absence, Sindbad, 2016.)), et en anglais par Edward Saïd, professeur de littérature comparée palestino-américain à Columbia University (États-Unis).

Il s’agissait de légitimer la mise en place d’un État palestinien, de montrer les liens historiques, spirituels et physiques entre un peuple et un lieu. Il fallait aussi offrir aux destinataires palestiniens un système de valeurs à partager, une sorte de miroir moral réfléchissant une image idéale, à laquelle chaque citoyen pourrait s’identifier. Le texte est étiologique, comme le sont, selon Emmanuel de Jonge, les grandes Déclarations, qu’il définit comme étant

[…] l’expression linguistique des fondements éthiques, politiques et philosophiques d’une société particulière à une époque donnée. Ces fondements, que l’on pourra décrire en termes de représentations collectives et de croyances partagées, constituent le monde commun d’une société, c’est-à-dire ce qui fait l’identité collective de ses membres. Nous pourrons appeler l’ensemble de ces représentations la « vision du monde » de la communauté (De Jonge 2010 : 1).

Notre approche s’inscrira dans une perspective d’analyse de discours, mise au service d’une étude traductologique comparative arabe-français. Nous essaierons de mettre en lumière les différentes stratégies linguistiques et littéraires adoptées par chacun des deux auteurs pour marquer la portée idéologique du texte.

On devine aisément en effet, au vu de leurs statuts et fonctions, mais aussi de leur envergure (deux intellectuels palestiniens engagés de renommée, membres du CNP, qui ont participé aux réunions de préparation à la rédaction de la Déclaration), que les textes produits seront empreints de leurs « visions du monde » personnelles.

À un niveau proprement traductologique, on s’attachera notamment à montrer en quoi la version française révèle des opérations de transfert de référents, de manière à faciliter la réception par la communauté destinataire, issue d’une « sphère de compréhension différente » (Basalamah 2005 : 54).

Mais nous verrons également que si ces aménagements témoignent d’un certain positionnement ((On entend ici par « positionnement » le fait que le locuteur laisse percevoir les valeurs qu’il défend, volontairement ou non, « à travers l’emploi de tel mot, de tel vocabulaire, de tel registre de langue, de telles tournures ». Cf. Patrick Charaudeau et Dominique Maingueneau (dir.), Dictionnaire d’analyse du discours, Paris, Seuil, 2002, p. 453-454.)) du traducteur, ils ne sauraient effacer la « polyphonie harmonique » des deux textes que crée une conviction globale partagée.

1. Argumentation unifiée entre les deux versions

1.1 Légitimation « supra-juridique »

Il nous semble utile, pour mesurer les enjeux énonciatifs du texte, de commencer par revenir sur quelques éléments historiques. Trois facteurs ont permis à Yasser Arafat de travailler à la mise en place d’un État indépendant : la rupture des liens administratifs et juridiques entre la Jordanie et la Cisjordanie, l’acceptation par l’OLP de la reconnaissance d’Israël, et le mouvement de l’Intifada, déclenché en décembre 1987 (Paris 2009 : 155 et Salmon 1988 : 37).

À un niveau juridique, le texte de la Déclaration devait montrer aux États du monde que toutes les conditions étaient rassemblées pour faire exister la Palestine : une population, un territoire et un pouvoir politique organisé et souverain (Salmon 1988 : 37 et Al-Smadi 2012 : 194). Or, du fait de l’occupation israélienne depuis 1967, la question de la souveraineté pouvait être mise en doute, ce qui fragilisait l’argumentation (Salmon 1988 : 37-38).

Dans ce contexte, on relèvera le recours quasi-exclusif au mot « أرض » (arḍ ; terre) pour désigner le territoire palestinien, le plus souvent au singulier et, à deux reprises, au pluriel (al-arāḍī). On notera aussi une occurrence de « تراب » (turāb ; sol, terre, comme surface ou comme substance), employé dans le texte comme synonyme de « arḍ ».

L’emploi très majoritaire du singulier « arḍ » mérite notre attention : il désigne ici le sol, le terrain que l’on possède ou que l’on cultive ((On citera, pour illustrer la référence à la terre cultivable, le roman de l’écrivain égyptien Abd al-Raḥmān al- Šarqāwī (1920-1987), « al- arḍ », adapté au cinéma par le réalisateur égyptien Youssef Chahine (1926-2008), et qui traite de l’exploitation et de l’oppression des paysans.)). Quant à la forme plurielle, elle renvoie généralement au contexte politique et administratif (« al-arāḍī al-muḥtalla » ; les territoires occupés).

La version française évoque de son côté la « terre » de Palestine, emploi très majoritaire qui met en avant, comme pour le mot « arḍ », l’idée d’un lien intrinsèque et inextricable entre le peuple et son pays, un attachement physique à la terre en tant que lieu et matière, mais aussi intime et identitaire, renvoyant à la « terre des ancêtres », à l’origine familiale, ethnique, historique.

Ce positionnement est exprimé très clairement dès les premières lignes de la Déclaration, comme pour « évacuer » les doutes sur la question de la souveraineté « effective » :

على أرض الرسالات السماوية إلى البشر، على أرض فلسطين ولد الشعب العربي الفلسطيني، نما وتطور، وأبدع وجوده الإنساني والوطني عبر علاقة عضوية لا انفصام فيها ولا انقطاع بين الشعب والأرض والتاريخ.

‘alā ar  al-risālāt al-samāwiyya ilā al-bašar, ‘alā ar  filasṭīn wulida al-ša‘b al-‘arabī al-filasṭīnī, namā wa-taṭawwara, wa-abda‘a wujūda-hu al-insānī wa-l-waṭanī ‘abra ‘alāqa ‘uḍwiyya lā infiṣāma fīhā wa lā inqiṭā‘a bayna al- ša‘b wa-al-ar wa-al-tārīḫ.

Terre des messages divins révélés à l'humanité, la Palestine est le pays natal du peuple arabe palestinien. C'est là qu'il a grandi, qu'il s'est développé et qu'il s'est épanoui. Son existence nationale et humaine s'y est affirmée, dans une relation organique ininterrompue et inaltérée, entre le peuple, sa terre et son histoire.

Toutefois, Elias Sanbar utilise à cinq reprises le terme « territoire(s) » (quatre fois au pluriel et une fois au singulier), dont deux emplois en place de « arāḍī », dans les énoncés relatifs à des enjeux éminemment politiques, qui sont l’occupation israélienne et le droit à l’indépendance :

على الرغم مما أثاره سحر هذه الأرض القديمة

‘alā al-raġmi mimmā aṯārahu siḥru hāḏihi al-ar al-qadīma
en dépit de la fascination suscitée par cette terre ancienne

ديمومة التصاق الشعب بـالأرض

daymūma iltiṣāq al- ša‘b bi-l- arḍ
l'attachement permanent de ce peuple à sa terre

على خطى الأنبياء المتواصلة على هذه الأرض المباركة

‘alā ḫutā al-anbiyā’ al-mutawāṣila ‘alā hāḏihi al-arḍ al-mubāraka
sur les pas des prophètes qui se sont succédé sur cette terre bénie

تعميم الأكذوبة القائلة "إن فلسطين هي أرض بلا شعب"

ta‘mīm al-ukḏūba al-qā’ila « inna filasṭīn hiya arḍ bi-lā ša‘b
la fiction selon laquelle la Palestine était une « terre sans peuple »

قيام دولة فلسطين فوق أرضـنا الفلسطينية

qiyām dawlat filasṭīn fawqa arḍi-nā al- filasṭīniyya
l'établissement de l'État de Palestine sur notre terre palestinienne

وفي سياق نضالها من أجل إحلال السلام على أرض المحبة والسلام

wa-fī siyāq niḍāli-hā min ajli iḥlāl al-salām ‘alā arḍ al-maḥabba wa-al-salām
dans la poursuite de sa lutte pour l'avènement de la paix sur la terre d'Amour et de Paix

أطفالنا وشيوخنا وشبابنا، أسرنا ومعتقلينا وجرحانا المرابطين على الـتراب المقدس

aṭfālu-nā wa- šuyūḫu-nā wa-šabābu-nā, asru-nā wa-mu‘taqalī-nā wa-jarḥā-nā al-murābiṭīna ‘alā al-turāb al-muqaddas
nos enfants, nos vieillards, notre jeunesse, nos prisonniers, nos blessés, tous accrochés à notre terre sacrée

إن احتلال القوات الإسرائيلية الأرض الفلسطينية وأجزاء من الأرض العربية

inna iḥtilāl al-quwwāt al-isrā’īliyya al- arḍ al- filasṭīniyya wa-ajzā’ min al- arḍ al-‘arabiyya
l'occupation par étapes des territoires palestiniens et d'autres portions de territoires arabes

إن الانتفاضة الشعبية الكبرى، المتصاعدة في الأرض المحتلة

inna al-intifāḍa al-ša‘biyya al-kubrā, al-mutaṣā‘ida fī al- arḍ al-muḥtalla
le grand soulèvement populaire, l'Intifada, en plein essor dans les territoires palestiniens occupés

إنهاء الاحتلال الإسرائيلي للأراضي الفلسطينية

inhā’ al-iḥtilāl al-isrā’īlī li-l-arāḍī al- filasṭīniyya

mettre fin à l'occupation israélienne des territoires palestiniens

دون المساس بحقها الطبيعي في الدفاع عن أراضيـها واستقلالها

dūna al-misās bi-ḥaqqi-hā al-ṭabī‘ī fī al-difā‘ ‘an arāḍī-hā wa-stiqlāli-hā
sans contester son droit naturel à défendre son territoire et son indépendance

Ainsi, la fragilité de l’argument juridique issue de l’absence de souveraineté est comme lexicalement comblée dans le texte arabe par l’utilisation du mot « arḍ », lequel, au-delà d’un espace délimité, réfère à un lieu de rattachement « organique » de par les liens historiques et culturels qu’il entretient avec la population.

Le texte français procède différemment : l’emploi de « terre » est réservé aux syntagmes comprenant des adjectifs ou locutions adjectivales issus du champ sémantique religieux et/ou mythique (terre « des messages divins », « ancienne », « bénie », « sacrée », « d’Amour et de Paix ») et/ou un adjectif possessif (« notre », « sa »). Ce choix a pour effet de souligner la valeur symbolique de la « terre » de Palestine et vient soutenir les revendications d’appartenance des Palestiniens. En parallèle, le co-texte du mot « territoire(s)» est dédié au thème du combat pour l’indépendance et contre l’occupation. Il y a donc, dans la version française, un renforcement de la dichotomie « terre d’appartenance », peu discutable car vérifiable par les faits historiques, et « terre de conflit », qui appelle un règlement diplomatique et juridique. Mais finalement, cette dualité lexicale sert à couvrir toute l’étendue sémantique du concept de « arḍ » qui, comme on l’a vu, désigne à la fois le sol d’origine et l’espace délimité administrativement.

1.2 Légitimation éthique

Le texte s’attache, sur un plan éthique cette fois, à mettre en avant les intentions pacifiques de l’OLP. Edward Saïd (1994 : 150) y voyait l’expression d’une volonté commune des membres du CNP :

The point is not that the Council [of the PNC in Algiers] documents [declaration of statehood, and political resolutions] are perfect and complete, but that they must be interpreted as everyone there intended – as a beginning that signals a distinct break with the past, as a willingness to make sacrifices in the interests of peace, as a definitive statement of the Palestinian acceptance of the international consensus.

(La question n’est pas que les documents [Déclaration d’indépendance et résolutions politiques] du Conseil [du CNP à Alger] soient parfaits et complets, mais qu’ils doivent être interprétés comme tous ses auteurs et signataires l’ont voulu, c’est-à-dire comme un début, qui marque une nette rupture avec le passé, comme une volonté de faire des sacrifices dans l’intérêt de la paix, comme une affirmation définitive de l’acceptation du consensus international.) [Notre traduction]

Une série de locutions prennent en charge cette dimension éthique, qui sont autant d’arguments susceptibles de convaincre de la légitimité de l’État de Palestine.

À ce niveau, la traduction française suit de près le texte arabe. Le champ sémantique de l’engagement moral de l’État de Palestine est décliné dans les deux langues selon deux catégories sémantiques de verbes : 1) l’engagement intime, par conviction («محبّة » / « épris», « ملتزمة » / « attaché » ; « تؤمن »/ « croit »;  2) l’engagement pratique, politique ( « تعمل مع » / « coopérera », « نضال » / « lutte », « ترفض التهديد » / « condamne la menace ».  Ce choix lexical, tant en arabe qu’en français, a pour effet de laisser transparaître l’idée que le projet d’instauration d’un État de Palestine est mu par une bonne volonté, tant de la part du peuple, des hommes et des femmes engagés avec leur âme et leur cœur, que de la part de leurs représentants, chargés de la gouvernance et impliqués à un niveau administratif et diplomatique.

L'État de Palestine est un État épris de paix

دولة فلسطين [...] دولة مُحِبّة للسلام

dawlat filasṭīn (…) dawla muḥibba li-l-salām
[L’État de Palestine est un État] attaché aux principes de coexistence pacifique

[دولة فلسطين [...] دولة] ملتزمة بمبادئ التعايش السلمي

[dawlat filasṭīn (…) dawla] multazima bi-mabādi’ al-ta‘āyuš al-silmī
[C’est un État] qui coopérera avec tous les États et les peuples du monde pour instaurer une paix durable fondée sur la justice et le respect des droits

إنها [دولة] ستعمل مع جميع الدول والشعوب من أجل تحقيق سلام دائم قائم على العدل واحترام الحقوق

Inna-hā [dawla] sa-ta‘mal ma‘a jamī‘ al-duwal wa-al-šu‘ūb min ajli taḥqīq salām dā’im qā’im ‘alā al- ‘adl wa-iḥtirām al-ḥuqūq

Dans la poursuite de la lutte [de l’État de Palestine] pour l'avènement de la paix sur la terre d'Amour et de Paix

في سياق نضال[ دولة فلسطين] من أجل إحلال السلام على أرض المحبة والسلام

fī siyāq niḍāl [dawlat filasṭīn] min ajli iḥlāl al-salām ‘alā arḍ al-maḥabba wa-al-salām
[L'État de Palestine] affirme qu'il croit au règlement des conflits régionaux et internationaux par des moyens pacifiques, conformément à la Charte et aux résolutions des Nations unies

تُعلم [ دولة فلسطين] أنها تؤمن بتسوية المشاكل الدولية والإقليمية بالطرق السلمية وفقاً لميثاق الأمم  المتحدة وقراراتها 

 tu‘limu [dawlat filasṭīn] anna-hā tu’minu bi-taswiyat al-mašākil al-duwaliyya wa-l-iqlīmiyya bi-al-ṭuruq al-silmiyya wafqan li-mīṯāq al-umam al-muttaḥida wa-qarārāti-hā
[L’État de Palestine] condamne la menace de l'usage de la force, de la violence et du terrorisme

ترفض[ دولة فلسطين] التهديد بالقوة أو العنف أو الإرهاب

tarfuḍu [dawlat filasṭīn] al-tahdīd bi-al-quwwa aw al-‘unf aw al-irhāb

2.Construction d’un mythe ou d’une « identité en devenir » ?

Les deux textes visent le même objectif de légitimation mais s’adressent à des publics différents, pour lesquels la création d’un État palestinien ne représente pas le même enjeu.

Le texte arabe a été écrit pour les Palestiniens, ceux de « l’intérieur » comme ceux de la diaspora, car l’OLP avait besoin de rassembler un peuple, une « population », concept qui, en droit international, est l’une des trois conditions d’existence d’un État, les deux autres étant de disposer d’un territoire et d’exercer la souveraineté dans ses frontières (Salmon 1988 : 39). Cette nécessité peut expliquer le ton particulièrement glorificateur, propre à galvaniser les énergies et les enthousiasmes.

Dans la version française, Sanbar cherche davantage à toucher par la réalité d’un peuple qui se bat pour faire valoir son droit d’exister. En sa qualité de diplomate, il choisit des mots susceptibles de faire partager cette vision aux lecteurs francophones en général, mais aussi, dans ce contexte particulier, aux gouvernants français, en tenant compte des écarts référentiels liés à des environnements socio-culturels et politiques différents.

Nous analyserons dans un premier temps les modes de représentation, dans le texte original, des acteurs de l’indépendance de la Palestine, puis, dans un deuxième temps, nous verrons comment le traducteur, en introduisant quelques « aménagements » à cette vision de l’histoire, donne à voir une démarche plus pragmatique et moins axée sur la notion de mythe fondateur, chère à Darwich (Darwich 1997 : 132-139 ; trad. Sanbar).

2.1 L’approche mythographique de Darwich

Une première version, rédigée par le président du Comité juridique du CNP, avait été considérée comme insuffisante, comme le rapporte Mamdouh Nawfal (2001 : 161) :

» وهناك من قال بصوت خافت إن صيغة اللجنة القانونية طويلة معككة وأقرب إلى المرافعة القانونية الفاشلة حول تاريخ فلسطين والفلسطينيين، خالية من حيوية الانتفاضة والمنتفضين ولا علاقة لها بأحاسيس الناس ومشاعرهم الوطنية. «

wa-hunāka man qāla bi-ṣawt ḫāfit inna ṣīġat al-lajna al-qānūniyya ṭawīla mu‘akkaka wa-aqrab ilā al-murāfa‘a al- qānūniyya al-fāšila ḥawla tārīḫ filasṭīn wa-l- filasṭīniyyīn, ḫāliya min ḥayawiyyat al-intifāḍa wa-l-muntafiḍīn wa-lā ‘alāqata la-hā bi-aḥāsīs al-nās wa-mašā‘iri-him al-waṭaniyya

(Certains ont dit tout bas que la version du Comité juridique était trop longue, plus proche d’un mauvais plaidoyer sur l’histoire de la Palestine et des Palestiniens, exempte de l’énergie de l’intifada et de ses acteurs et sans aucun lien avec ce que ressentaient les gens et avec leurs sentiments nationaux.) (notre traduction).

Aussi a-t-elle été réécrite par Darwich, qui en a fait une œuvre poétique et lyrique, recourant à des procédés d’écriture qui font écho à sa production poétique en général. Il joue ici le rôle de chantre, porte-parole des Palestiniens, rôle qu’il a par ailleurs assumé tout au long de son parcours : « […] si l’on veut dire qu’un poète national est celui qui exprime l’esprit du peuple, je l’accepte, c’est beau. » (Darwich 1997 : 132, trad. Sanbar).

En ce sens, la version arabe de la Déclaration d’indépendance de l'Etat de la Palestine s’inscrit dans la lignée d’un projet littéraire et intellectuel, porté par l’auteur lui-même :

J’aspire à créer un parallèle moderne à la mythologie, malgré la perception différente du temps et malgré le sentiment que le monde est aujourd’hui étranger à la notion de héros. Comment ? en reconstruisant le monde. Chaque poème porte le projet de construire une nouvelle genèse, un nouveau commencement : « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre et la terre était tohu et bohu ». (Darwich 1997 : 139 ; trad. Sanbar).

Le ton dominant est épique. Les hauts faits et les qualités morales du peuple sont glorifiés, à la manière des grandes épopées ou mythes fondateurs.

La récurrence notamment du terme ملحمة (malḥama ; épopée, légende ; quatre occurrences) ((Le compte rendu de cette 19e session du CNP – laquelle a débouché sur la rédaction de la Déclaration ‑ contient également l’expression صمود ملحمي (ṣumūd malḥamī, « résistance légendaire » :» كما تميزت الدورة بتخصيصها للانتفاضة الوطنية الفلسطينية الكبرى باعتبارها من أبرز الأحداث الكفاحية في تاريخ ثورة الشعب الفلسطيني المعاصرة بجانب الصمود الملحمي لأهلنا في مخيماتهم داخل وخارج أرضنا المحتلة." kamā tamayyazat al-dawra bi-taḫṣīṣi-hā li-l-intifāḍa al-waṭaniyya al-filasṭīniyya al-kubrā bi-i‘tibāri-hā min abraz al-aḥdāṯ al-kifāḥiyya fī tārīḫ ṯawra al-ša‘b al-filasṭīnī al-mu‘āṣira bi-ǧānib al-ṣumūḍ al-malḥamī li-ahli-nā fī muḫayyamāti-him dāḫil wa-ḫāriǧ arḍi-nā al-muḥtalla. De même, cette session a tout particulièrement été dédiée à la grande Intifada nationale palestinienne, qui compte parmi les mouvements de lutte les plus importants de l’histoire de la révolution actuelle du peuple palestinien, avec la résistance légendaire des nôtres dans leurs camps, à l’intérieur et hors de notre terre occupée. Cette interdiscursivité sur le thème de l’héroïsme du peuple palestinien montre la tendance à un positionnement commun au sein du CNP, et non pas propre au seul Darwich. La référence à l’épique fait néanmoins écho, comme on l’a souligné, aux objectifs littéraires du poète.)) et l’emploi de معجزة (mu‘ğiza ; miracle) participent de l’écriture de la « légende » du peuple palestinien et de la Palestine. Nous citerons ici ces emplois, que nous traduirons volontairement de manière assez littérale. Nous ne nous appuierons pas sur la traduction de Sanbar qui, étant différemment connotée, ne permet pas de faire le lien avec le thème de l’épopée. Cette traduction sera étudiée dans la seconde sous-partie.

بالثبات الملحمي في المكان والزمان، صاغ شعب فلسطين هويته الوطنية وارتقى بصموده في الدفاع عنها إلى مستوى المعجزة.

bi-al- ṯabāt al-malḥamī fī-l-makān wa-l-zamān, ṣāġa ša‘b filasṭīn huwiyyata-hu al-waṭaniyya wa-irtaqā bi-ṣumūdi-hi fī-l-difā‘ ‘an-hā ilā mustawā al-mu‘ğiza.

Par son enracinement légendaire dans l’espace et dans le temps, le peuple palestinien a forgé son identité nationale et a élevé sa force de résistance pour la défendre au niveau du miracle.

واصل [الشعب الفلسطيني]نضاله الملحمي.

wāṣala [al- ša‘b al-filasṭīnī] niḍāla-hu al- malḥamī.

[le peuple palestinien] a poursuivi sa lutte légendaire.

تجلت ملحمة المقاومة الفلسطينية [...] بصفتها واحدة من أبرز حركات التحرر الوطني في هذا العصر.

tajallat malḥamat al-muqāwama al- filasṭīniyya (…) bi-ṣifati-hā wāḥida min abraz ḥarakāt al-taḥarrur al-waṭanī fī hāḏā al-‘aṣr.

Le combat palestinien légendaire est apparu (…) comme l’un des plus remarquables mouvements de libération nationale de notre époque.

النور القادم [...] من ملحمة الصامدين في المخيمات وفي الشتات وفي المهاجر.

al-nūr al-qādim (…) min malḥamat al-ṣāmidīn fī-l-muḫayyamāt wa-fī-l-šatāt wa-fī-l-mahāğir.

La lumière provenant de la résistance légendaire [des Palestiniens] dans les camps, la diaspora et l’exil.

Parallèlement à cette rhétorique de la célébration, le texte repose sur une logique d’inclusion : toutes les catégories d’âge et de sexe sont représentées, ce qui renforce l’image d’une nation unifiée dont l’OLP avait besoin pour convaincre ((On peut lire dans la Déclaration : [...] قادت منظمة التحرير الفلسطينية معارك شعبها العظيم، المنصهر في وحدته الوطنية المثلى […] qādat munaẓẓamat al-taḥrīr al-filasṭīniyya ma‘ârik ša‘bi-hā al-‘aẓīm, al-munṣahir fī waḥdati-hi al-waṭaniyya al-muṯlā. […] l'OLP a conduit les combats de son peuple, galvanisé par une unité nationale exemplaire. (trad. Sanbar))). C’est la légende de tout un peuple qui est narrée, celle des femmes palestiniennes (المرأة الفلسطينية / al-mar’a al-filasṭīniyya), des personnes âgés (شيوخنا/šuyūḫu-nā ; « nos vieillards »), des jeunes (شبابنا / šabābu-nā ; « notre jeunesse ») et des enfants (أطفالنا/aṭfālu-nā ; « nos enfants »).

Les qualités morales qui leur sont attribuées sont le courage et la persévérance, (باسل / bāsil : vaillant ; صمود / ṣumūd : acharnement ; واصل [الشعب الفلسطيني] نضاله / wāṣala [al-ša‘b al- filasṭīnī] niḍāla-hu : [le peuple palestinien] a poursuivi sa lutte ; المرأة الشجاعة / al-mar’a al-šuǧā‘a : la femme courageuse). Ils sont aussi dépeints comme des êtres intègres, aspirant à devenir libres (حملة لواء الحرية / ḥamala liwā’ al-ḥurriyya : porteurs de l’étendard de la liberté), et mus par une foi profonde en la justice ( إيمان [الشعب الفلسطيني] الراسخ بحقه في... /īmān [al-ša‘b al- filasṭīnī] al-rāsiḫ bi-ḥaqqi-hi fī… : la foi profonde [du peuple palestinien] en son droit à … ; شهداؤنا الأبرار /šuhadā’u-nā al-abrār : nos martyrs, êtres justes). La « grandeur » de ce peuple est également louée (شعب عظيم /ša‘b ‘aẓīm : grand peuple), qualificatif qui semble venir résumer l’ensemble des autres attributs.

Ce choix lexical permet la mise en place d’un code de valeurs exemplaires, sorte de socle moral d’un discours collectif qui a vocation à être partagé par tous les citoyens palestiniens.

Nous allons illustrer plus en détail les différents modes de mise en discours de ce vocabulaire apologétique.

L’« acharnement » du peuple palestinien est mis en relief, avec trois occurrences du mot صمود (ṣumūd) et une occurrence de sa forme dérivée adjectivale صامد (ṣāmid), dont deux occurrences sont suivies de l’adjectif أسطوري (usṭūrī ; légendaire, mythique). Cette résistance est exaltée dans la Déclaration. Elle est qualifiée d’« extraordinaire » :ارتقى بصموده [...] إلى مستوى المعجزة  (irtaqā bi-ṣumūdi-hi (…) ilā mustawā al-mu‘jiza ; litt. : il a élevé sa résistance [...] jusqu’au niveau du miracle »). Le lexème ṣumūd devient, dans ce contexte discursif, un concept. Au-delà d’une posture, il désigne une prise de position politique. Cette particularisation lexicale est expliquée par Sanbar lui-même dans son ouvrage «Figures du Palestinien ; Identité des origines, identité de devenir» :

«al-Sumûd», c’est-à-dire tenir bon, s’entêter à ne pas bouger, s’arc-bouter au sol, faire corps avec les lieux et disputer pas à pas le terrain à la colonisation rampante. Les Palestiniens des Territoires occupés saisissent tôt l’essence de l’épreuve de force avec l’occupant. Conscients qu’il vaut mieux tout subir chez soi plutôt que de partir en exil, ils érigent leur fixité en rempart contre une nouvelle Nakba [la catastrophe, 1948]. Une direction en naît et, articulée au mouvement des réfugiés de l’extérieur, développe au plus haut point une stratégie qui consiste à tenir bon, sur place, en Palestine, en attendant ceux qui, de l’autre côté des frontières, sont engagés dans le combat pour le retour. (Sanbar 2004 : 244).

Quant au courage et à la grandeur, ils sont soulignés dans cinq énoncés. Pour les mêmes raisons que précédemment, on en donnera une traduction la plus neutre possible :

لم يتوقف الشعب العربي الفلسطيني عن الدفاع الباسل عن وطنه.

lam yatawaqqaf al-ša‘b al-‘arabī al-filasṭīnī ‘an al-difā‘ al-bāsil ‘an waṭani-hi.

Le peuple arabe palestinien n’a pas cessé de défendre valeureusement ((باسل (bāsil) utilisé comme adjectif décrit le courage au combat. Employé comme substantif, il désigne le lion. (cf. dictionnaire al-munğid fī al-luġa wa-l-a‘lām, 1994))) sa patrie.

[...] المرأة الفلسطينية الشجاعة حارسة بقائنا وحياتنا، وحارسة نارنا الدائمة.

[...] al-mar’a al-filasṭīniyya al-šuğā‘a ḥārisa baqā’i-nā wa-ḥayātinā wa- ḥārisa nāri-nā al-dā’ima.

[...] la femme palestinienne, courageuse, gardienne de notre survie, de notre vie, et gardienne de la permanence de notre feu.

قادت منظمة التحرير الفلسطينية معارك شعبها العظيم.

qādat munaẓẓamat al-taḥrīr al- filasṭīniyya ma‘ārik ša‘bi-hā al-‘aẓīm.

L’Organisation de Libération de la Palestine a conduit les combats de notre grand peuple.

إننا ندعو شعبنا العظيم إلى الالتفاف حول علمه الفلسطيني.

inna-nā nad‘ū ša‘ba-nā al-‘aẓīm ilā al-iltifāf ḥawla ‘alami-hi al-filasṭīnī.

Nous enjoignons notre grand peuple palestinien à se rassembler autour de son drapeau palestinien.

Enfin, le texte insiste sur l’intégrité morale des Palestiniens. Ils sont caractérisés par leur attachement à des principes reconnus comme légitimes par la communauté internationale (le droit au retour et à l’indépendance), ce qui tend à créer une empathie :

لم يفقد الشعب العربي الفلسطيني إيمانه الراسخ بحقه في العودة، ولا إيمانه الصلب بحقه في الاستقلال.

lam yafqid al-ša‘b al-‘arabī al-filasṭīnī īmāna-hu al-rāsiḫ bi-ḥaqqi-hi fī-l-‘awda, wa-lā īmāna-hu al-ṣulb bi-ḥaqqi-hi fī-l-istiqlāl.

Le peuple arabe palestinien n’a pas perdu sa foi profonde en son droit au retour, ni sa foi inébranlable en son droit à l’indépendance.

نعاهد أرواح شهدائنا الأبرار[...] على مواصلة النضال من أجل جلاء الاحتلال [...].

nu‘āhidu arwāḥ šuhadā’i-nā al-abrār (…) ‘alā muwāṣalat al-niḍāl min aǧli ǧalā’ al-iḥtilāl (…).

Nous nous engageons auprès de nos martyrs, êtres intègres, à poursuivre la lutte pour mettre fin à l’occupation (…).

Ces portraits élogieux visent sans doute en premier lieu à susciter l’émotion des protagonistes eux-mêmes, qui sont aussi les récepteurs, se trouvant ainsi des deux côtés du miroir. Mais au-delà de cette interaction « interne », il semble que ce discours s’intègre en réalité à une construction plus complexe. Il entretient en effet des relations interdiscursives (Charaudeau & Maingueneau, 2002 : 176-177) avec des textes légèrement antérieurs. À titre d’exemple, on citera les dénominations du peuple palestinien telles qu’elles apparaissent dans la traduction française de la proclamation de l’OLP du 11 mars 1988 appelant au soulèvement (in Laurens 1998 : 1077-1078).  

  • « masses de notre peuple orgueilleux en lutte »
  • « colosses du vingtième siècle et artisans de la gloire, de la fierté et de la dignité»
  • « l’embrasement du soulèvement radieux et de sa flamme permanente »
  •  « notre peuple héroïque »
  •  « par la force et le combat opiniâtre et permanent nos masses héroïques »
  • « cette image sacrée de solidarité, d’entraide et de combat unifié »
  •  « masses colossales et combattantes de notre peuple »
  •  « soulèvement total et impétueux »
  • « notre peuple héroïque »
  •  « groupes de choc »
  • « nos masses héroïques »
  • « nos commerçants courageux et nos masses orgueilleuses »
  •  « nous sommes fiers des exploits de notre peuple »
  • « les jours du soulèvement sont autant d’étapes d’épopée et d’héroïsme de notre peuple contre l’occupation, ses colons et ses suppôts »
  • « masses héroïques de l’OLP »
  • « hommage à la femme qui donne généreusement à son peuple, à la mère, au père, aux hommes, aux jeunes filles, aux fleurs et aux lionceaux ! »

De plus, Arafat, comme le rappelle Saïd, avait abondamment annoté le texte de Darwich, parfois contre son gré :

He [Arafat] handed me the Arabic draft of the declaration of statehood and asked me to render it into English. It had been drafted by committee, then rewritten by Mahmoud Darwish, then, alas, covered with often ludicrously clumsy insertions, and inexplicable deletions. Later Darwish told me that the phrase « collective memory » had been struck by the Old Man because, we both opined, he took it for a poetic phrase. « Tell him it has a serious and even scientific meaning, » Darwish implored me; « maybe he’ll listen to you». He didn’t, and I didn’t listen to Arafat when he wanted other phrases inserted, often lifted out of inappropriate contexts. (Saïd, 1994 : 146-147)

(Il [Arafat] me tendit le brouillon de la version arabe de la Déclaration d’indépendance et me demanda de la traduire en anglais. Elle avait été rédigée par le Comité, puis réécrite par Mahmoud Darwich, puis, hélas, couverte de nombreux ajouts ridicules et maladroits, ou bien avait été l’objet de suppressions inexplicables. Plus tard, Darwich me rapporta que l’expression « mémoire collective » avait été rayée par le vieil homme car, et nous étions tous deux d’accord, il avait trouvé l’expression trop poétique. « Dis-lui qu’elle a un sens très sérieux, et même scientifique », m’implorait Darwich, « peut-être qu’il t’écoutera. » Il ne m’écouta pas, et je n’écoutai pas Arafat lorsqu’il voulut insérer d’autres expressions, souvent issues d’autres contextes, inappropriés. » (notre traduction).

Ainsi, la version arabe de la Déclaration se distingue par son triple statut, entre œuvre littéraire et poétique, discours politique et texte juridique fondateur. Au carrefour entre le positionnement idéologique et philosophique, le « poète national » explique, tout en émouvant, l’acharnement d’un peuple à lutter pour exister et fonder son État.

2.2 L’approche dynamique de Sanbar

Dans la version française de la Déclaration, Sanbar emploie un style et parfois un lexique différents du texte original.

En ce qui concerne les dénominations du peuple palestinien, les éléments apologétiques tendent à être atténués, voire effacés, comme pour démythifier le combat, et l’inscrire plutôt dans une perspective historique et temporelle, propre à narrer la réalité d’un peuple qui se bat pour faire valoir, conformément aux textes juridiques internationaux, son droit « inaliénable à la pleine liberté, à l'exercice de [sa] souveraineté et à l'intégrité de [son] territoire national » («Déclaration sur l'octroi de l'indépendance aux pays et aux peuples coloniaux», Résolution 1514 (XV) de l'Assemblée générale de l’Onu en date du 14 décembre 1960) ((Texte disponible au lien suivant : http://www.un.org/fr/decolonization/declaration.shtml . Page consultée le 2 septembre 2017)).

Ainsi, le syntagme الشعب العظيم (al-ša‘b al-‘aẓīm) est traduit par « le grand peuple ». Or, « ‘aẓīm » renferme une valeur superlative et suggère, au-delà de la grandeur, la magnificence. L’adjectif « ‘aẓīm » est un des attributs de Dieu et signifie, selon la définition du dictionnaire «lisān al-‘arab»: « celui dont le rang est supérieur et qui dépasse ce que les esprits peuvent percevoir, au point qu’on ne peut imaginer pouvoir porter atteinte à son essence et à sa réalité » (notre traduction) :

الذي جاوَزَ قدْرُهُ وجلَّ عن حدودِ العُقول حتى لا تُتَصَوَّر الإحاطةُ بِكُنْهِه وحَقِيقتهِ. ((Cf. sur le site al-warrāq : http://www.alwaraq.net/Core/AlwaraqSrv/LisanSrchOneUtf8 . Page consultée le 2 septembre 2017)).

al-laḏī ǧāwaza qadru-hu wa-ǧalla ‘an ḥudūd al-‘uqūl ḥattā lā tutaṣawwar al-iḥāṭa bi-kunhi-hi wa-ḥaqīqati-hi

On notera d’autre part que sur les deux occurrences de ce syntagme dans la version arabe, le traducteur n’a mentionné l’adjectif « grand » qu’une seule fois :

قادت منظمة التحرير الفلسطينية معارك شعبها العظيم [...].

qādat munaẓẓamat al-taḥrīr al-filasṭīniyya ma‘ārik ša‘bi-hā al-‘aẓīm […]
l'OLP a conduit les combats de son peuple […].

إننا ندعو شعبنا العظيم إلى الالتفاف حول علمه الفلسطيني.

Inna-nā nad‘ū ša‘ba-nā al-‘aẓīm ilā al-iltifāf ḥawla ‘alami-hi al-filasṭīnī.
Nous appelons notre grand peuple à se rallier autour de son drapeau palestinien.

Dans cette même logique, l’adjectif باسل (bāsil; « qui fait preuve de courage au combat », valeureux), en collocation avec الدفاع (al-difā‘ ; la défense) est retiré de la traduction :

 

لم يتوقف الشعب العربي الفلسطيني عن الدفاع الباسل عن وطنه.

lam yatawaqqaf al-ša‘b al-‘arabī al-filasṭīnī ‘an al-difā‘ al-bāsil ‘an waṭani-hi.

Le peuple arabe palestinien n'a jamais cessé de défendre sa patrie.

D’autre part, à la fin de la version arabe de la Déclaration, un hommage est rendu aux martyrs, dans lequel l’OLP s’engage solennellement à poursuivre la lutte pour l’indépendance. Ce passage est fortement dramatisé par une succession de mots référant au sacré, à l’intemporalité mythique ou encore à l’héroïsme. Dans la version française, ce vocabulaire est supprimé ou remplacé par un lexique plus descriptif, plus ancré dans l’instant présent et la réalité historique :

وفي هذا اليوم الخالد، في الخامس عشر من نوفمبر 1988 [...].

wa- fī hāḏā al-yawm al-ḫālid, fī al-ḫāmisa ‘ašara min nūfamber 1988 […].

En ce jour gravé à jamais dans nos mémoires du 15 novembre 1988[…]. (ḫālid : éternel)

En ce 15 novembre 1988, jour à nul autre pareil […].

ننحني إجلالا وخشوعاً أمام أرواح شهدائنا وشهداء الأمة العربية الذين أضاءوا بدمائهم الطاهرة شعلة هذا الفجر العنيد.

nanḥanī iǧlālan wa-ḫušū‘an   amāma arwāḥ šuhadā’i-nā wa-šuhadā’ al-umma al-‘arabiyya al-laḏīna aḍā’ū bi-dimā’i-him al-ṭāhira šu‘la hāḏā al-faǧr al-‘anīd

Nous nous inclinons pour exalter et par humilité devant les âmes de nos martyrs et les martyrs de la nation arabe qui, par leur sang pur, ont allumé la flamme de cette aurore opiniâtre. (‘anīd : qui persiste, s’entête, qui à enfreindre les règles)

Nous nous inclinons humblement et respectueusement devant nos martyrs et ceux de la nation arabe qui, par la pureté de leur sacrifice, ont allumé la flamme de cette aurore résolue.

ونرفع قلوبنا على أيدينا لنملأها بالنور القادم من وهج الانتفاضة المباركة، ومن ملحمة الصامدين في المخيمات وفي الشتات وفي المهاجر.

wa-narfa‘u qulūba-nā ‘alā aydīnā li-namla’a-hā bi-al-nūr al-qādim min wahj al-intifāḍa al-mubāraka, wa-min malḥamat al-ṣāmidīn fī-l-muḫayyamāt wa-fī-l-šatāt wa-fī-l-mahāǧir.

Nous levons nos cœurs dans nos mains pour les remplir de la lumière provenant de la flamme de l’Intifada bénie, et de la légende des résistants dans les camps, de la diaspora et de l’exil.

Nos cœurs sont illuminés par la flamme de l'Intifada, par la grandeur de ceux qui ont mené la résistance dans les camps, qui ont supporté la dispersion et l'exil

[...] والمرأة الفلسطينية الشجاعة [...] حارسة نارنا الدائمة.

[…] wa-l-mar’a al-filasṭīniyya al-šuǧā‘a […]  ḥārisa nāri- nā al-dā’ima.

[…] La femme palestinienne courageuse […]  gardienne de notre feu permanent.
[…] la femme palestinienne, héroïque gardienne […] du feu qui nous anime.

ونعاهد أرواح شهدائنا الأبرار، وجماهير شعبنا العربي الفلسطيني (..)

wa-nu‘āhidu arwāḥ šuhadā’i-nā al-abrār, wa-ǧamāhīr ša‘bi-nā al-‘arabī al-filasṭīnī […]

Nous faisons le serment aux âmes de nos martyrs, êtres justes, et aux masses de notre peuple arabe palestinien.
Devant nos martyrs, devant notre peuple palestinien dans sa totalité, nous faisons le serment […]

Ces choix traductifs tendent à révéler le pragmatisme de l’auteur, investi d’une mission d’ambassadeur auprès d’un public de culture francophone, et en particulier des personnalités politiques françaises parties prenantes lors des négociations sur « la question de la Palestine» (( L’expression « question de la Palestine » est le titre des résolutions 43/175-177 de l’Onu faisant suite à la promulgation de la Déclaration. Cf. bibliothèque en ligne du site de l’Onu : http://research.un.org/fr/docs/ga/quick/regular/43 . Page consulté le 3 septembre 2017.)). Il lui faut « ménager les avenues d’un dialogue constructif », ce qui implique des « agencements diplomatiques » (Basalamah 2005 : 51-52). Or, le style lyrique et épique de Darwich fait écho à un imaginaire collectif que partagent les Palestiniens et, de manière générale, les sociétés arabes, dans lesquelles les légendes à la gloire de héros de l’histoire (le genre sīra) aussi bien que les panégyriques (le genre madīḥ) connaissent une diffusion et une appropriation assez larges. Mais le contexte socio-culturel français est sans doute moins réceptif à ces cadres narratifs.

D’autre part, c’est essentiellement et historiquement à l’Onu que les négociations en faveur d’une résolution du conflit israélo-palestinien ont lieu, où les deux langues de travail sont l’anglais et le français ((Cf. Marie-Josée de Saint Robert « L'utilisation du français dans les négociations et les organisations internationales », Géoéconomie 4, n° 55, 2010, p.114. On notera que les premières résolutions des Assemblées Générales de l’ONU étaient rédigées simultanément en anglais et en français, les deux versions apparaissant sur le même document (colonne de gauche en anglais et colonne de droite en français). Cf. la bibliothèque en ligne du site de l’Onu : http://research.un.org/fr/docs/ga/quick/regular/2 . Page consultée le 7 septembre 2017.)). C’est pourquoi les deux traductions de la Déclaration représentaient un enjeu diplomatique de taille. On soulignera d’ailleurs qu’un mois exactement après sa proclamation, le 15 décembre 1988, les États membres de l’Onu en ont pris acte par la résolution 43/177, et ont reconnu la souveraineté du peuple palestinien sur son territoire occupé depuis 1967 :

L’Assemblée Générale […]  1. Prend acte de la proclamation de l’État palestinien par le Conseil national palestinien le 15 novembre 1988 ; 2. Affirme qu’il est nécessaire de permettre au peuple palestinien d’exercer sa souveraineté sur son territoire occupé depuis 1967 ; 3. Décide qu’à compter du 15 décembre 1988 la désignation de « Palestine » devrait être employée au sein du système des Nations Unies au lieu de la désignation « Organisation de libération de la Palestine » ((Cf. bibliothèque du site de l’Onu : http://www.un.org/fr/documents/view_doc.asp?symbol=A/RES/43/176 . Page consultée le 7 septembre 2017.)) […].

Il fallait convaincre la communauté internationale, qui aura accès au contenu de la Déclaration à travers les versions anglaise et française. Le défi fut relevé car, ainsi que le rappelle Al-Smadi, « au cours des trois mois suivant la Proclamation, 90 États ont reconnu l’État palestinien. » (2012 : 211). Certes, 36 abstentions et 2 voix contre (Israël et États-Unis) n’ont pas permis la reconnaissance internationale de l’État palestinien (Salmon 1988 : 38). De nombreux pays, dont la France, ont refusé de considérer la Palestine comme un État, « à défaut d’effectivité » (( François Mitterrand, huit jours après la promulgation de la Déclaration, dans un entretien accordé au journal Libération, s’est exprimé en ces termes : « La reconnaissance d'un État palestinien ne pose à la France aucun problème de principe. La France a pris acte de la proclamation d'Alger et reconnaît le droit des Palestiniens à vivre sur un territoire constitué en État indépendant. » Toutefois, le Président français ajoutait : « Je ne peux pas me lancer ici dans une analyse juridique. Mais vous savez que notre pays s'est toujours fondé dans ses décisions de reconnaissance d'un État sur le principe de réflectivité, qui implique l'existence d'un pouvoir responsable et indépendant s'exerçant sur un territoire et une population. » Cf. Jean Salmon, « La proclamation de l'État palestinien. » in: Annuaire français de droit international, 1988, p. 37 et Morsee Al Smadi, Le droit international à l'épreuve de la question palestinienne : quel État palestinien ?, thèse de doctorat, 2012, p. 212.)) . Il n’en reste pas moins que le choix des mots a pu exercer une influence sur la réception et l’adhésion aux principes énoncés.

Ainsi, dans la version française, le thème de la terre (arḍ) est traité avec une attention particulière. C’est le mot « territoire » qui est employé pour dénoncer l’occupation israélienne, réprouvée par la Communauté internationale ((Cf. la résolution 43/176 du 15 décembre 1988 : « L’Assemblée Générale (…) affirme ci-après les principes qui doivent présider à l’établissement d’une paix globale : a) le retrait d’Israël du territoire palestinien occupé depuis 1967 (…) d) le démantèlement des colonies de peuplement israéliennes dans les territoires occupés depuis 1967 »), disponible sur le site de la bibliothèque en ligne du site de l’ONU : http://www.un.org/fr/documents/view_doc.asp?symbol=A/RES/43/176 . Page consultée le 3 septembre 2017.)), tandis que « terre » fait référence à l’histoire, aux origines, à la notion d’appartenance. Cette distinction permet au traducteur de souligner le caractère multidimensionnel du conflit, politique d’une part, puisqu’il s’agit de partager un territoire, mais aussi moral, car il remet en question l’identité d’un peuple attaché à une terre, mémoire de son histoire et de sa culture. Ce point de vue, Sanbar l’a exprimé en d’autres termes dans un entretien publié sur le site « La documentation française » ((Cf. entretien avec Elie Barnavi et Elias Sanbar sur le site « La documentation française »:  « Questions à Elie Barnavi et Elias Sanbar », http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/d000055-israel-soixante-ans-apres-entre-normalite-et-singularite/questions-a-elie-barnavi-et-elias-sanbar, mis à jour le 13 août 2008, consulté en septembre 2017.)) :

Or, pour obtenir la paix, chaque belligérant doit en quelque sorte s’imposer une violence intime à lui-même. Et le monde oublie trop souvent le renoncement auquel les Palestiniens ont déjà consenti en acceptant de partager leur terre. C’est désormais à Israël de s’imposer cette violence qui consistera à oser aller de l’avant, au-delà des arrangements diplomatiques, de sécurité et de tous les accords « techniques ».

Finalement, on remarque qu’à travers les modulations opérées pour les besoins de la traduction, tant diplomatiques que linguistiques, on décèle la vision dynamique de l’histoire de l’écrivain, qui se détache par certains aspects de la perspective mythograhique de Darwich. Il explicite lui-même sa prise de position dans son essai Figures du «Palestinien ; Identité des origines, identité de devenir» :

Me dégager du mythe de l’instant zéro des identités, me libérer de l’idée qu’elles posséderaient des dates de naissance à partir desquelles débuterait leur continuité, refuser le concept de genèse en tant qu’instant succédant au chaos, étaient et demeurent les constantes de ma démarche […] Ainsi l’identité palestinienne, comme l’identité juive ou toute autre, peut-elle être permanente et non immuable, réelle et non dépendante de la présence ou de l’absence d’un État, même si l’émergence de ce dernier constitue, à une étape donnée, une figure dans la chaîne. » (Sanbar 2004 : 13)

Conclusion

La rédaction puis la traduction vers le français et l’anglais de cette grande Déclaration, fondatrice d’un État, ont été motivées par un objectif commun de légitimation et, au-delà, d’affirmation du droit d’un peuple d’exister et d’avoir sa propre histoire.

Darwich, le poète national, représentant de la Palestine de l’intérieur, ancre son discours dans un univers poétique, atemporel. Ainsi, la terre ancienne revendiquée y est qualifiée de « magique » (على الرغم مما أثاره سحر هذه الأرض القديمة / ‘alā al-raġmi mimmā aṯāra-hu siḥr hāḏihi al-arḍ al-qadīma : malgré la magie que suscite cette terre ancienne) et le combat engagé jugé « miraculeux » (إلى مستوى المعجزة/ ilā mustawā al-mu‘ǧiza).

Pour Sanbar, intellectuel et diplomate, représentant de la Palestine à l’extérieur, l’identité palestinienne se construit de manière dynamique ; elle évolue en fonction des événements et selon les énergies et aspirations des femmes et des hommes qui les suscitent. La magie se fait alors « fascination » et le miracle accompli devient, dans son texte, un acharnement intense, « jusqu’au niveau de l’impossible ».

Nous n’avons pas étudié le troisième chant, écrit en anglais. Cela reste à faire. Quoiqu’il en soit, nous soulignerons l’importance historique de ce texte polyphonique : rappelons qu’en réponse à la Déclaration, la majorité des 159 États membres de l’Onu d’alors ((Cf. site de l’ONU : « Progression du nombre des États membres de 1945 à nos jours, http://www.un.org/fr/sections/member-states/growth-united-nations-membership-1945-present/index.html. Page consultée le 3 septembre 2017.)) ont reconnu et décidé par une résolution, le 15 décembre 1988, que désormais, la désignation « Palestine » devra être employée par la communauté internationale.

S’il est vrai que les intérêts politiques l’ont emporté sur les intérêts humains, ce triptyque n’en reste pas moins un acte fort de résistance à l’oubli et s’inscrit dans une logique de communication et d’échange. Les trois auteurs ont écrit, grâce à leur talent, une œuvre littéraire fondatrice, miroir d’un moment de l’histoire de la Palestine, et mémoire du combat de son peuple pour exister.

Bibliographie

Sources primaires

«Déclaration d’indépendance de l’État de Palestine» (Alger, 15 novembre 1988), in Revue d’études palestiniennes, n°30, Hiver 1989, p. 3-7 : version française, traduction Elias Sanbar, publications de l’Institut des études palestiniennes, Washington, USA, imprimé en France.

«Palestinian Declaration of Independence» (November 15th ,1988), version anglaise, traduction Edward Saïd, texte disponible sur le site de l’Onu: https://unispal.un.org/DPA/DPR/unispal.nsf/0/6EB54A389E2DA6C6852560DE0070E392 . Page consultée le 1er août 2017

Rapport en arabe de la 19ème session du CNP, 12-15 décembre 1988, Alger, comprenant le texte en arabe de la «Déclaration d’indépendance de la Palestine» :

«إعلان الاستقلال» (المجلس الوطني الفلسطيني، الدورة ١٩ - الجزائر ١٥ نوفمبر١٩٨٨ )

i‘lān al-istiqlāl (al-maǧlis al-waṭanī al-filasṭīnī, al-dawra 19 - al-ǧazā’ir 15 nūfamber 1988)

«Déclaration d’indépendance» (Conseil National Palestinien, 19ème session- Alger 15 novembre 1988)

in : Saleh, Mohsen Mohammad (dir.), «munaẓẓama al-taḥrīr al-filasṭīniyya wa-al-maǧlis al-waṭanī al- filasṭīnī ; ta‘rīf, waṯā’iq, qarārāt», documents compilés par qism al-aršīv wa-l-ma‘lūmāt, Beyrouth, éd. markaz al-zaytūna li-l-dirāsāt wa-l-istišārāt, 2004, p. 295-308.

Sources secondaires

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Agrifoglio, Marjorie, « Au-delà de la médiation linguistique : le rôle de l’interprète dans les négociations des traités conclus avec les Autochtones du Canada (1850-1923). » TTR 172, 2004, p. 143–159. DOI : 10.7202/013276ar.

Al-Khawaja, Maisa, « الأسطوري ومساءلة الوجود في « جدارية » محمود درويش / Mythical Elements and Existential Questioning in Darwish's "Jidariyya" »,« Alif: Journal of Comparative Poetics», 34, 2014, p. 163-194. http://www.jstor.org.ezproxy.univ-paris3.fr/stable/24392148.

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Notes

Pour citer cette ressource :

Sylvie Chraïbi, "La «Déclaration d’indépendance de l'Etat de Palestine» de Mahmoud Darwich et sa traduction par Elias Sanbar. Du souffle poétique à la raison diplomatique", La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), mars 2022. Consulté le 07/07/2022. URL: https://cle.ens-lyon.fr/arabe/langue/traduction/la-declaration-dindependance-de-letat-de-palestine-de-mahmoud-darwich-et-sa-traduction-par-elias-sanbar

Mots-Clés
  • Palestine
  • Identité
  • Mahmoud Darwich
  • Edouard Saïd
  • filasṭīne فلسطين
  • huwiyya هوية
  • محمود درويش
  • إدوارد سعيد