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Vittore Carpaccio, "Ritratto di cavaliere"

Par Sarah Vandamme : Professeure agrégée d'italien
Publié par Alison Carton-Vincent le 23/01/2015
Il s’agit du portrait en pied d’un très jeune chevalier en armure, inscrit dans un décor foisonnant de détails : un château presque en ruine, et un cavalier à cheval portant une lance à gauche, deux arbres, une colline et un plan d’eau à droite, ainsi qu’une faune et une flore très importantes. Malgré cette richesse des détails, la composition est suffisamment simple pour permettre aux élèves de s’entraîner à la description d’image.


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Par Sarah Vandamme, professeure agrégée d'italien

 

Vittore CARPACCIO, Ritratto di cavaliere, 218x152 cm, 1510, Musée Thyssen-Bornemisza, Madrid

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Vittore Carpaccio est né à Venise vers 1460, et mort à Capodistria en 1525. Il appartient à une génération intermédiaire entre celle d’Andrea Mantegna et des frères Bellini – desquels il semble s’être beaucoup inspiré – et celle de Tiziano. La peinture vénitienne de la Renaissance se caractérise d’abord, dans le sillon de Mantegna, par un goût très marqué pour l’imagerie antiquisante, puis, à la suite de Giovanni Bellini et de ses somptueux retables, par une certaine douceur de la manière et une attention très forte portée à la couleur et à la lumière. C’est plutôt cette deuxième tendance, dite « tonale », qui sera confirmée au cours du Cinquecento, avec Tiziano, Tintoretto et, encore plus tard, Tiepolo. Il faut également tenir compte de la très forte influence des peintres flamands et allemands, comme Jérôme Bosch, Hans Memling et Albrecht Dürer, dont on sait qu’ils ont séjourné à Venise.

Les premières œuvres connues et datées de Vittore Carpaccio, les toiles représentant la vie de Sainte Ursule pour la Scuola di S. Orsola de Venise, exécutées entre 1494 et 1495, manifestent déjà une maîtrise parfaite de la perspective linéaire, aussi bien dans les scènes d’intérieur (Le Songe de Sainte Ursule) que dans les spectaculaires scènes d’extérieur (L’arrivée des ambassadeurs de Bretagne, Le Miracle de la relique de la Croix).

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Vittore Carpaccio, Il sogno di Sant’Orsola, 1495, Gallerie dell’Accademia, Venezia

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Vittore Carpaccio, Il Miracolo della Vera Croce, 1496, Gallerie dell’Accademia


Le tableau qui nous intéresse est postérieur d’une quinzaine d’année. Il s’agit du portrait en pied d’un très jeune chevalier en armure, inscrit dans un décor foisonnant de détails : un château presque en ruine, et un cavalier à cheval portant une lance à gauche, deux arbres, une colline et un plan d’eau à droite, ainsi qu’une faune et une flore très importantes. Malgré cette richesse des détails, la composition est suffisamment simple pour permettre aux élèves de s’entraîner à la description d’image : on veillera ainsi à ce qu’ils la définisse (ritratto in figura intera), et qu’ils la décrivent de façon hiérarchisée et structurée (primo piano, secondo piano, nel cielo, a destra del cavaliere, a sinistra del cavaliere).

C’est précisément ce grand nombre de détails dans une composition simple qui en font un support intéressant pour des collégiens. Même si l’élève n’apprécie pas le tableau, on pourra toujours capter son attention en lui demandant de lister et de nommer ces nombreux éléments du décor. Le contraste entre l’expression songeuse du jeune homme et le clinquant de son armure, les couleurs automnales, le mauvais état du château : ce tableau a un côté très intriguant, auquel les élèves sont souvent sensibles.

L’identification du jeune homme n’est d’ailleurs pas certaine. Certains y voient le portrait réel d’un jeune noble vénitien – tous ne s’accordent pas pour dire lequel – et d’autres n’y voient qu’une représentation symbolique. Dans tous les cas, la notion de symbole est importante. En effet, dans une logique encore médiévale, le paysage n’a jamais pour seul but d’agrémenter la représentation, et chaque élément correspond à une signification religieuse ou familiale. Ici, la plupart des symboles évoquent le courage, la pureté, la mort et l’immortalité. Le personnage incarne ainsi l’archétype du guerrier chrétien héroïque, qui peut certes mourir au combat, mais parvient ainsi à la vie éternelle.

Cette portée symbolique peut être exploitée en classe. On peut en effet demander aux élèves de lister les animaux, et de les associer à leur symbole. Le chien (il y en a deux dans le tableau), est le plus facile à déchiffrer : il symbolise bien sûr la fidélité. L’hermine, en bas à gauche du tableau, signifie la pureté par sa blancheur. Le paon symbolise couramment l’orgueil, mais au Moyen Âge, et c’est le cas ici, il signifie également l’immortalité promise à celui qui surmonte son orgueil. Le cerf est quant à lui un animal christique, et connote le triomphe sur les démons. Enfin, dans le ciel, une lutte entre un héron blanc et un faucon noir représente la lutte entre le Bien et le Mal, tout comme le lys qui croît au milieu des ronces. On pourra d’ailleurs indiquer aux élèves que la flore du tableau joue le même rôle symbolique, sans nécessairement approfondir – les plantes sont plus difficilement identifiables que les animaux pour les élèves d’aujourd’hui. Le glossaire ainsi obtenu peut être utilisé dans une séquence sur le portrait moral : on peut imaginer un travail autour d’un personnage imaginaire, dont on imaginera le caractère, qu’on associera à des animaux.

Le personnage en lui-même peut bien sûr donner lieu à de petites recherches linguistiques : on pourra demander aux élèves d’imaginer l’âge du personnage, de décrire sa coiffure (ils découvriront à cette occasion que virilité et cheveux longs ne sont pas aussi incompatibles qu’ils le croient !),  de qualifier l’expression de son visage – à la fois mélancolique et fière, conformément à l’archétype du guerrier chrétien. Dans une séquence consacrée au récit et à la fable, on pourra se demander si le chevalier vient de combattre ou va combattre, en analysant par exemple l’état de son armure et l’absence de blessures. Le château en ruine au second plan peut lui aussi stimuler l’imagination des élèves, qui devront par exemple produire un récit au passé narrant les aventures du chevalier. D’autres œuvres de la Renaissance, appartenant à un filon parfois qualifié de fiabesco, peuvent ainsi être associées au chevalier de Carpaccio pour constituer un corpus d’œuvres servant de point de départ à un récit fabuleux : un portrait comme celui dit de la principessina d’Este de Pisanello, ou encore le San Giorgio e il Drago de Paolo Uccello.

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Pisanello, Ritratto di una principessina d’Este, 1426-38, Musée du Louvre

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Paolo Uccello, San Giorgio e il Drago, 1456, National Gallery, London.

 

Pour citer cette ressource :

Sarah Vandamme, "Vittore Carpaccio, "Ritratto di cavaliere"", La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), janvier 2015. Consulté le 21/08/2018. URL: http://cle.ens-lyon.fr/italien/arts/arts-visuels/vittore-carpaccio-ritratto-di-cavaliere-