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Londres 2012 : 100 mètres ou course de fond ?

Publié par Clifford Armion le 04/01/2008

Texte rédigé par Camille Hochedez à partir d'une conférence de Manuel Appert, Maître de conférence à l'Université Lumière Lyon 2, dans le cadre d'un café géo le 18 avril 2007.

London Aerial View Close Up (CC BY-NC-SA 2.0. Source : Flickr 

Le 6 juillet 2005, le verdict tombe : Londres sera la ville organisatrice des Jeux Olympiques (JO) d'été de 2012. Le projet London 2012 l'emporte. De toutes les villes candidates, parmi lesquelles Paris, Moscou, New York, Madrid, le projet londonien était le plus coûteux. Manuel Appert rappelle que ce n'est pas une première pour Londres ; la ville a déjà organisé les JO de 1908 (Shepherd's Bush) et de 1948 (Richmond). Mais leur organisation et leur déroulement ne sont pas comparables à ceux qui se profilent pour 2012. En effet, ces deux éditions s'étaient déroulées dans l'ouest de la capitale britannique, et n'avaient suscité que des infrastructures de taille modeste, qui reflétaient la moindre ampleur de l'événement. Pour les JO de 2012, le contexte est différent : des infrastructures plus importantes ont déjà été ou seront construites, et ont été intégrées à une approche plus large du développement urbain. Preuve en est le budget colossal alloué au projet olympique : un coût de 18 milliards de dollars pour seulement 15 jours de compétition ! Mais si ce coût est très élevé, c'est parce qu'il inclue aussi beaucoup d'investissements qui ne sont pas directement liés à l'organisation des JO. Ainsi, le budget opérationnel lié proprement à l'organisation des JO (sécurité, infrastructures, installations, maintenance) n'est-il « que » de 6 milliards de dollars (contre 4 milliards initialement prévus, mais le gouvernement avait entre autre oublié de compter la TVA !).

Manuel Appert commence par faire le point sur l'organisation spatiale de l'agglomération londonienne, pour comprendre les enjeux du développement du site olympique à Stratford, dans la banlieue Est de Londres. La capitale anglaise s'étend, selon les définitions, soit sur 1 600 km², soit sur 13 000 km², et compte, selon les définitions, soit 7,5 millions d'habitants (Grand Londres), soit 14 millions (FUR GEMACA). Cette différence de définition est liée au fait que l'agglomération de Londres a été encerclé par une ceinture verte. Or depuis 1947, l'urbanisation s'est développée bien au -delà de cette ceinture verte, pour gagner les confins du Sud-Est du Royaume -Uni. La particularité de Londres par rapport à une ville comme Paris, est que son urbanisation est discontinue, diluée et peu dense. Cette urbanisation s'organise selon une multitude de centres secondaires, dont quelques uns à l'intérieur la ceinture verte. L'urbanisation londonienne a été également influencée par ses fonctions liées au statut de « ville globale » (Saskia Sassen) que la capitale a acquis au fil du temps, et qui ont pris beaucoup d'ampleur avec la mondialisation et les innovations technologiques et particulièrement depuis les années 1980. Se sont alors concentrées les fonctions d'encadrement de l'économie mondialisée. Ces nouvelles fonctions ont induit des transformations importantes du tissu spatial londonien. Par exemple, le centre-ville est redevenu attractif, et connaît la croissance la plus rapide en terme d'emplois. Entre le centre et la ceinture verte, des quartiers résidentiels se sont développés. Les espaces situés au-delà de la ceinture verte ont connu une croissance rapide, par exemple à l'ouest de l'aéroport d'Heathrow et autour des villes universitaires (Nord) qui ont canalisé la déconcentration industrielle, puis technologique et maintenant financière.

L'implantation du site olympique a été décidée à Stratford. A 10 km du centre, bordée au sud par le nouveau centre économique des Docklands, cette banlieue orientale de l'arrondissement (Borough) de Newham, à dominante industrielle, a subi le déclin de ses activités économiques ; c'est une zone qui a perdu beaucoup d'emplois. L'histoire industrielle de Stratford débute à la fin du 19ème siècle, quand les sociétés de chemins fer londoniennes décident d'y implanter leur centre de maintenance (Temple Mills). Ainsi, des cités ouvrières se développent, et un vrai centre urbain s'y constitue. Stratford développe à ce moment là des fonctions administratives et commerciales. Ainsi, cette commune devient-elle un véritable pôle structurant une partie de la banlieue orientale. Mais avec la désindustrialisation depuis les années 1960 et 1970, cette banlieue est devenue un dortoir de Londres ; quelques bureaux se sont toutefois construits dans les années 1970 avec la déconcentration londonienne. Mais malgré sa très grande accessibilité, Stratford reste éloignée physiquement, socialement et économiquement de la City. Stratford est en effet desservie par 3 compagnies ferroviaires, 2 lignes de métro et une ligne de métro aérien en direction du centre de la capitale. Ce quartier est également tout proche du nouveau centre d'affaires de Canary Wharf, qui concentre 90 000 emplois. Mais pour le moment, Stratford ne profite pas pleinement de sa bonne accessibilité ou de sa proximité avec ce nouveau centre d'affaires. Les conditions économiques et sociales y sont relativement médiocres, et l'on passe aux zones d'habitat populaire sans réelle transition avec la City.

Les cafés géo

Le site cafe-geo.net propose une sélection impressionnante de comptes rendus de "cafés géographiques", en France et à l'étranger (Québec et Bruxelles). Quelques titres pour nos internautes :
- New Orleans, thank you Katrina?
- Jules Verne et l'Amérique
- Quoi de neuf à Londres ?
- Les villes après l'apartheid en Afrique du Sud
- L' Amérique au ras du ranch
- Les Etats-Unis, une puissance en question
- Star Wars, mythe ou réalité de la ville globale ?
- Quand les quartiers s'enflamment... Regards géopolitiques sur la France et le Royaume-Uni

Pour citer cette ressource :

"Londres 2012 : 100 mètres ou course de fond ?", La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), janvier 2008. Consulté le 26/10/2020. URL: http://cle.ens-lyon.fr/anglais/se-former/programmes-denseignement/londres-2012-100-metres-ou-course-de-fond-