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J’ai besoin de faire utiliser des mots lexicaux ou énoncés négatifs

Publié par Marion Coste le 18/01/2021

1. Quel besoin pour le contexte de production immédiat à ce moment de ma séquence ?

La réflexion grammaticale en classe répondant toujours à un besoin langagier qui naît d’un contexte de production, la question première est celle de la sélection de l’objectif grammatical spécifique à ce contexte : quel est le point que je cherche à faire observer, parce que mes élèves en ont besoin ensuite en tâche de production ? 

Par exemple :

- j’ai remarqué que mes élèves ne savaient pas vraiment construire des énoncés négatifs (ex. *he not come, *he no come), or ils vont en avoir besoin pour la tâche de production qui va suivre ;

- mes élèves de lycée ont un bon niveau d’anglais, et je voudrais introduire Not only…, but also…, qu’ils pourront utiliser dans la tâche de production argumentative qui va suivre ;

- mes élèves de lycée ont un bon niveau d’anglais, et je voudrais les sensibiliser aux effets des interro-négatives pour chercher à convaincre l’adversaire ; ils vont pouvoir les utiliser juste après, dans le débat que nous allons mettre en place ;

- je voudrais profiter d’un document riche en préfixes et suffixes négatifs (un-, -less en particulier) pour sensibiliser mes élèves à ces éléments de formation des mots ; ils vont pouvoir les réemployer utilement dans la tâche de production qui va suivre.

2. Point sur des fondamentaux théoriques

La présentation donnée ici ne vise pas l’exhaustivité ; on se reportera pour cela à une grammaire. L’objectif est de dresser un panorama des principaux éléments fondamentaux en quelques idées clefs, pour permettre à l’enseignant de situer le besoin identifié, et ainsi mieux cerner ce qu’il importe de relever et, surtout, d’écarter.

2.1. La construction des énoncés négatifs avec NOT

La polarité négative se forme, au plus simple, en ajoutant l’adverbe de négation NOT à l’auxiliaire ; s’il n’y a pas déjà d’auxiliaire, il faut DO : I don’t blame them.

On note en passant les formes needn’t et daren’t, pour lesquelles les deux verbes fonctionnent syntaxiquement comme auxiliaires. Needn’t n’est pas synonyme de didn’t need : needn’t est au présent. Ainsi, William needn’t have bothered nous dit que William s’est donné du mal, et que je pense à présent que ce n’était pas la peine ; en revanche, William didn’t need to bother, qui place l’ensemble dans le passé, nous dit que William n’a pas eu besoin de se donner du mal, en fin de compte ; une autre solution a émergé entre-temps.

Enfin, NOT étant un adverbe, il peut porter sur un élément autre que le verbe (sauf un nom), si c’est autre chose que l’existence de l’événement qui est nié. Ainsi, dans not everybody likes hamburgers and fries, il y a des gens qui aiment le burger/frites ; simplement, ce n’est pas tout le monde. L’anglais est ici plus logique que le français (Tout le monde n’aime pas…), en plaçant not devant ce sur quoi il porte vraiment. Not porte dans l’exemple suivant sur un groupe adverbial : They trusted us – but not too much.

Comme le rappellent ces exemples, une seule négation dans la phrase suffit à rendre l’ensemble négatif : Not everybody likes… (*Not everybody doesn’t like…).

2.2. NOT et NO

La différence entre NOT et NO est une différence de nature. NOT est adverbe, donc porte sur tout élément autre qu’un nom ; NO est déterminant, et porte donc uniquement sur un nom (accompagné de ses adjectifs/compléments éventuels). Ainsi No daughter of mine is going to make a spectacle of herself.

Une alternative en NOT n’est pas toujours possible ; ainsi ici (*A daughter of mine is not going to make a spectacle of herself), car ce qui est nié, c’est l’existence même d’une fille de l’énonciateur qui se donnerait en spectacle. Lorsqu’une alternative en NOT est possible, la négation avec NO est jugée « plus forte », plus absolue, là encore parce que l’existence même de l’élément est niée dès le nom prononcé. Ainsi I have no intention of spending the rest of my life behind bars, où le français pourrait proposer je n’ai aucunement l’intention…, par rapport à I don’t intend to spend…, qui dirait seulement que I intend… est nié, que je n’ai pas cette intention. De même, It’s no bother (« ce n’est pas du tout un problème ») met plus à l’aise l’interlocuteur que It’s not a bother.

On notera enfin quelques usages de NO comme adverbe ; il s’agit d’héritages figés d’un état de langue plus ancien : no longer, no sooner, no more, no better, etc.

2.3. Les adverbes et quantifieurs à sens négatif ou restrictif

Quelques adverbes et quantifieurs qui débutent par un n- de négation ont eux aussi un sens négatif, et suffisent à rendre la polarité de la phrase entière négative ; ainsi never, neither, none. Pour les deux premiers, la négation peut être désolidarisée de ever et either : Don’t ever do this !, I don’t like it, either.

Par ailleurs, quelques adverbes dénotent une négation « relative », c’est-à-dire qu’ils sont seulement restrictifs : hardly (cf. « à peine »), scarcely, barely, only.

Lorsqu’un adverbe (ou groupe adverbial) négatif ou restrictif est placé en tête de phrase pour être mis en valeur, il déclenche obligatoirement une inversion auxiliaire-sujet. Ainsi :

Only later did he realize his mistake. (*Only later he realized his mistake)

Hardly had she closed the door when she realized she had locked herself out.

Never again will I see my country.

No sooner had I closed the door than the light went out.

Comparer, parce que l’adverbe n’a pas de sens négatif ou restrictif (ni intensifieur) : Perhaps they would like it (*Perhaps would they like it).

Si l’adverbe n’est pas mis en valeur par cette place en tête de phrase, alors il n’y a pas non plus d’inversion : He realized his mistake only later ; She had hardly closed the door when she realized… ; etc.

2.4. Les interro-négatives

Lorsque dans une question, qui devrait laisser le choix totalement ouvert, un énonciateur propose une négation, il oriente cette question vers une réponse affirmative. Ainsi, Don’t you think this painting looks nice? fait attendre yes ou équivalent. Ce type de question participe donc d’une stratégie argumentative, ou du moins d’affirmation de soi, de la part de l’énonciateur : répondre « non », pour le co-énonciateur, nécessiterait d’oser affirmer son avis contre celui qui pose la question.

On voit bien la différence, dès lors, par rapport à une question « neutre » : Do you think this painting looks nice ? permet plus librement une réponse en yes ou no.

2.5. Préfixes et suffixes négatifs

Il s’agit du suffixe -less (ex. tactless = without tact, with NO tact), et des préfixes in- et un- (ex. unbelievable = which is NOT believable).

A la différence des mots vus précédemment, les préfixes et suffixes agissent uniquement à l’intérieur d’un mot donné ; ils ne rendent donc pas la phrase entière négative. Par exemple, he was tactless peut être nié : he wasn’t tactless. Quelle différence alors avec he was tactful ? Il s’agit d’une différence de construction de la pensée. He was tactful est immédiatement positif. En revanche, he wasn’t tactless suppose que quelqu’un d’autre (ou parfois l’énonciateur lui-même, pesant les choses dans son esprit) ait proposé, ou impliqué, que le personnage ait pu manquer de tact (tactless) ; la phrase vient alors refuser cela (wasn’t). Dans certains dialogues mettant en jeu des rapports de force entre personnages, de tels effets peuvent être mobilisés dans la quête de domination de l’autre.

Au sein des préfixes, il n’y a pas de différence de sens entre in- et un- ; c’est l’origine du mot qui gère généralement la répartition. Notamment, le français a laissé plutôt des in-. Si la base commence par un m- ou p-, in- est réalisé en im-, reflétant des ajustements de prononciation : ainsi immobile, impossible.

Quant à la différence entre préfixes et suffixe, c’est le mot qu’ils servent à dériver qui importe. Un préfixe ne change pas la nature du mot qu’il dérive ; ainsi un- ou in- ajouté à un adjectif produit un adjectif (ex. un/believable). En revanche, un suffixe change généralement la nature du mot qu’il dérive ; -less sert à former des adjectifs à partir de noms (ex. tact est un nom, tactless un adjectif).

3. Conseils de mise en œuvre

3.1. A quel niveau d’enseignement introduire tel point ?

Pour rendre pertinent le choix du niveau d’enseignement dans une démarche communicative, il est important de prendre en compte la complexité de tel emploi, mais aussi sa fréquence d’utilisation (est-ce un élément clef à maîtriser tôt dans son parcours d’apprenant ?) et son importance pour se faire comprendre.
  • Il est important, dès la 6e, de faire acquérir la formation des énoncés négatifs avec NOT, et donc la notion d’auxiliaire. Il peut y avoir une phase de simple reconnaissance, dans des « blocs » appris tels quels, ainsi I don’t like… Mais la négation est tellement présente dans le discours que le besoin d’appropriation apparaît rapidement.
  • Au contraire, des structures à inversion telles que Hardly… when… ou No sooner… than… sont rares à l’échelle des usages. Elles seront donc réservées plutôt à des 1ère ou terminales de bon niveau, et la sensibilisation au registre de langue (formel) sera importante.
  • De même, les interro-négatives, par exemple, sont rares, à l’exception peut-être de Don’t you think… ? Leur étude se fera plutôt une fois les négations et interrogatives bien acquises, et dans un contexte de production qui en fait naître le besoin.
  • Pour les préfixes et suffixes, l’acquisition vient peu à peu, au gré des termes rencontrés. Il peut être intéressant, une fois un petit nombre de termes rencontré, de prendre le temps d’un moment de réflexion sur les récurrences, afin de permettre l’enrichissement lexical. La différence entre préfixes (dérivent un mot de même nature que la base) et suffixes (forment souvent un mot de nature différente de celle de la base), en revanche, arrivera probablement bien plus tard.

3.2. Exemples de sélection par rapport au besoin de production

- Si l’objectif est d’introduire ou de remédier à la construction des énoncés négatifs (ex. *he not come, *he no come), il peut être judicieux de commencer par quelques phrases d’observation avec DO et NOT. Notons que même dans le cas d’une introduction, ces négations auront été en réalité déjà manipulées par les élèves, de nombreuses fois, sous forme de « blocs » (reconnaissance) à l’oral et à l’écrit, en classe et lors du travail personnel.

Pour le choix des phrases d’observation, le temps de DO sera fonction des besoins (don’t ? didn’t ?). Si l’on travaille sur le présent, une première observation peut faire apparaître uniquement des don’t, avec déduction de la règle ; puis une phrase en doesn’t, pour un rappel de 3e personne du singulier, permet de faire apparaître visuellement le -s. Une fois cette étape avec DO bien déduite, on pourra selon les besoins immédiats proposer un rappel de quelques verbes au fonctionnement d’auxiliaire (ex. isn’t), cas fréquents en discours dans lesquels il n’a pas besoin de DO. Un petit exercice de pratique permettra alors de commencer avec des phrases en DO, sources principales d’erreurs, puis d’avoir un ou deux cas avec les auxiliaires vus précédemment.

En 6e, il peut être judicieux de ne pas proposer, lors d’un premier travail d’appropriation des énoncés négatifs, des verbes au sémantisme péjoratif : ainsi I like / I don’t like / I hate. Si un tel verbe a pu facilement être utilisé lors d’une séance précédente comme « bloc » possible pour introduire l’expression de goûts, au moment de s’approprier spécifiquement la négation, il peut être difficile pour un élève d’envisager que I don’t like propose un jugement moins négatif, sémantiquement, que I hate qui n’a pas de négation – et a fortiori, que I don’t hate est une évaluation moins négative que I hate. Ceci pourra venir plus tard ; il n’y a probablement pas de besoin immédiat de production en ce sens.

- Pour de bons élèves de lycée auprès desquels on voudrait introduire Not only… but also…, qu’ils vont pouvoir réinvestir en production juste après, deux éléments peuvent être mis utilement en avant : 1) la construction (dont l’inversion obligatoire auxiliaire-sujet), et 2) l’effet rhétorique véhiculé par la mise en valeur de la négation. Pour cela, il pourra être intéressant d’observer une telle phrase dans son contexte : le texte en amont a souvent déjà évoqué, au moins implicitement, ce qui figure dans la première moitié de la phrase (Not only…). La seconde partie, en revanche, est probablement nouvelle.

De là, on pourra voir quel est l’intérêt de redire le contenu de la première partie de la phrase : expliciter quelque chose qui n’était qu’implicite avant ? reprendre un argument qu’on a soi-même avancé plus tôt, mais qui a été un peu écarté entre-deux ? une manière de marquer son accord avec son interlocuteur avant de renchérir par le second élément ? autre ? Une étude de ces raisons d’être de la structure en contexte facilitera sa mobilisation lors de la tâche de production.

- La démarche est similaire pour une étude, par exemple, des interro-négatives. Une fois vue leur construction, avec DO et autre(s) auxiliaire(s), il sera judicieux d’observer leur raison d’être en contexte. Faire prendre conscience par ailleurs, hors de ce temps de réflexion grammaticale, d’autres manières d’imposer son point de vue en discours dans le document à l’étude permettra ensuite en production une convergence des moyens utilisés, l’interro-négative ne pouvant être utilisée qu’avec parcimonie.

- Enfin, pour un travail sur les affixes, il est probablement judicieux de s’interroger sur l’objectif exact de ce moment de réflexion sur la morphologie négative. S’il s’agit de faire prendre conscience de récurrences, par exemple en collège, alors il peut être pertinent de ne traiter que des préfixes, ou que de -less. Leur existence dans quelques mots peut ainsi être rappelée, puis un exercice permettre d’enrichir son lexique. Il sera important de souligner que tous les mots ne permettent pas une telle dérivation, afin de ne pas mettre les élèves en échec par la suite en production (ex. *peaceless).

S’il s’agit plutôt de sensibiliser de bons élèves de lycée à la différence entre préfixes et suffixes, alors l’observation d’exemples en in-/un- et -less permettra d’identifier la nature de la base, et la nature du mot obtenu au final. Une fois la règle déduite, une pratique permettra de consolider l’acquisition. Là encore, il sera judicieux de rappeler que toutes les combinaisons n’existent pas. Si besoin, on peut montrer par un exemple qu’il en va de même en français – les créations se font au gré des besoins.

Avec des élèves de niveau avancé, il peut être intéressant d’observer pour finir un ou deux termes négatifs créés en contexte, ou du moins pas lexicalisés, ainsi It’s so un-cool ! Les effets, le registre, le type de locuteur, peuvent être une source intéressante pour affiner la compréhension de la langue.

3.3. Comment ne pas simplifier à l’excès ?

Dans la démarche de sélection, il est important de ne pas être faux dans ses explications en simplifiant à l’excès, mais de laisser la porte ouverte à des compléments. 

Voici quelques exemples pour les mots lexicaux ou énoncés négatifs :

  • une fois formulée une règle lors de sa préparation de cours, il est important de faire un instant abstraction du contexte de travail pour se demander si la formulation n’appelle pas facilement à des contre-exemples. Par exemple, « En anglais, pour former un contraire négatif, j’utilise un- ou in- » écarterait -less, entre autres. On pourra préférer la phrase renversée : « En anglais, un- et in- ont un sens négatif », ce qui implique bien qu'ils ne sont pas nécessairement les seuls.
  • de même, même si la règle de formation des énoncés négatifs avec auxiliaire + NOT n’est étudiée qu’au présent durant le moment de réflexion grammaticale, une règle telle que « En anglais, pour former un énoncé négatif, j’utilise don’t + verbe » (puis qui préciserait qu’on a doesn’t à la 3e personne du singulier, puis qu’un auxiliaire, lui, n’a pas besoin de do) donnerait l’impression que don’t est toujours le bloc à ajouter. Il est donc judicieux d’ajouter « pour former un énoncé négatif avec un verbe au présent simple ».

 

 

 

© Clé des Langues – Laure Gardelle, groupe expert IA-IPR, IGEN

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Pour citer cette ressource :

"J’ai besoin de faire utiliser des mots lexicaux ou énoncés négatifs", La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), janvier 2021. Consulté le 25/02/2021. URL: http://cle.ens-lyon.fr/anglais/se-former/porte-cles-grammatical/j-ai-besoin-de-faire-utiliser-des-mots-lexicaux-ou-enonces-negatifs