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J'ai besoin de faire poser des questions

Publié par Marion Coste le 04/12/2018

1. Quel besoin pour le contexte de production immédiat à ce moment de ma séquence ?

La réflexion grammaticale en classe répondant toujours à un besoin langagier qui naît d’un contexte de production, la question première est celle de la sélection de l’objectif grammatical spécifique à ce contexte : quel est le point que je cherche à faire observer, parce que mes élèves en ont besoin ensuite en tâche de production ?

 Par exemple :

- à quoi serviront les questions : demande d’informations, création de liant (cf. question tags), demande de confirmation (cf. interro-négatives), suggestion (cf. Shall I…? / Will you…?), autre ?

- est-ce une première introduction ? Ou si c’est une remédiation, quel est le point principal auquel je veux remédier (ordre des mots, choix du mot en wh-, par exemple) ?

- est-ce que je veux des interrogatives directes, ou bien est-ce le discours rapporté qui sera pertinent ?

- est-ce exclusivement une structure interrogative que je recherche ? En pragmatique, il y a « question » dès qu’il y a recherche de « réponse » ; donc on peut penser aussi à des actes de langage indirects, ainsi I’d never seen you around here, manière moins intrusive de demander pourquoi l’interlocuteur se trouve là. Faire prendre conscience, à un niveau plus avancé, des effets produits par le type de phrase utilisé peut constituer un objectif grammatical / pragmatique très intéressant.

Enfin, la dimension phonologique des questions est capitale, même si elle dépasse le cadre de cette fiche.

2. Point sur des fondamentaux théoriques

La présentation donnée ici ne vise pas l’exhaustivité  ; on se reportera pour cela à une grammaire. L’objectif est de dresser un panorama des principaux éléments fondamentaux en quelques idées clefs, pour permettre à l’enseignant de situer le besoin identifié, et ainsi mieux cerner ce qu’il importe de relever et, surtout, d’écarter.

2.1. Les types de questions

- Les deux types principaux sont les suivants, selon leur structure :

  • sans mot interrogatif : ex. Are you sure? On les appelle souvent « yes/no questions » ou questions « fermées » (parce que l’ensemble des réponses possible est limité surtout à yes et no, donc forme un ensemble supposé « fermé », même si l’on peut répondre autrement). La plupart sont aussi des questions « totales » (parce que le déficit d’information concerne la validité de toute la proposition), même si ce n’est pas le cas de questions alternatives par exemple, telles que Will you be spending your holiday in Ireland or Scotland?, où l’on sait que l’interlocuteur passera ses vacances quelque part, mais où le déficit d’information porte seulement sur l’identification du lieu précis.
  • avec un mot interrogatif : ex. Where are you going? Il s’agit de questions « ouvertes » (parce que le nombre de réponses possible est totalement ouvert) et « partielles » (parce que le déficit d’information porte seulement sur le mot en wh- : on sait que l’interlocuteur va quelque part ; la question porte seulement sur l’identification du lieu précis).

- On distingue encore notamment, en fonction de leur structure ou de leur fonction pragmatique, les sous-types suivants :

  • question tags : ex. [The painting is beautiful,] isn’t it? Les tags sont la partie interrogative qui vient après une première partie déclarative, pour proposer la possibilité inverse et demander à l’interlocuteur de trancher. C’est la raison pour laquelle la  polarité est typiquement inversée ; ici, la première partie est affirmative (c’est-à-dire ne contient pas de négation ou sens négatif), donc la deuxième est négative.

► cette démarche d’aller vers l’interlocuteur va rarement jusqu’à l’attente d’une réponse ; il s’agit plus souvent de créer du liant, en faisant mentalement adhérer (mentalement acquiescer, dans l’exemple ci-dessus) 

► pour créer un effet d’incrédulité ironique, une première partie affirmative peut occasionnellement être suivie d’un tag lui-même affirmatif, ex. [I forgot to get some, Mrs Winters.] - You forgot, did you? En ne proposant pas la possibilité inverse, l’énonciateur se fait circulaire, montrant ainsi qu’il ne croit pas son interlocuteur (cf. en français, Vraiment ? Ben voyons).

► on pense aux cas spécifiques de la suggestion et de l’impératif : Let’s…, shall we?, [impératif de 2e personne], will you?

  • questions rhétoriques : ex. How could the problem be overcome? [Let’s see first…]. Techniquement, ce sont des interrogatives, mais pas des « questions », parce qu’il n’y a pas de recherche de « réponse ».  Ces interrogatives peuvent être utiles dans des productions à visée argumentative.
  • questions orientées (vs. neutres) : ce sont les interro-négatives. Ainsi, Don’t you think this painting is absolutely stunning? oriente vers une réponse à l’affirmative. Ce type de question participe donc d’une stratégie argumentative, ou du moins d’affirmation de soi, de la part du locuteur.
  • questions écho : ex. [He’s a liar.] – He’s a what? Il s’agit de demander une clarification de ce qui vient d’être dit (mot non compris, ou idée non comprise). Ces questions ne sont pas nécessairement importantes dans l’apprentissage.
  • questions incomplètes : ex. Another cup of tea? Dans ce contexte informel, il est inutile d’expliciter Would you like. Là encore, il ne s’agit pas de questions centrales pour l’apprentissage.

2.2. L’ordre des mots

- L’ordre principal, comme on sait, est le suivant :

(mot interrogatif +) auxiliaire + sujet + reste de la phrase
        What             would        you     do if you were me?

SAUF si le mot interrogatif est sujet : devant être placé en premier puisqu’il est la raison d’être de la question, il ne peut être inversé avec l’auxiliaire. Dans ce cas, il est important de faire noter qu’il n’y a par conséquent pas d’auxiliaire do comme pour les autres questions : Who came? et non Who did come? (où do serait utilisé pour porter une emphase, pas l’interrogation).

  • utiliser « reste de la phrase » (ou « reste de la proposition ») peut être plus utile que « verbe », car lorsque le verbe est auxiliaire, il ne figure plus de verbe après le sujet (cf. Are you sure?). Pour des élèves qui ont du mal à maîtriser les étiquettes grammaticales, cela en supprime également une.
  • pour les élèves très concrets, pour qui « mot interrogatif » ou « auxiliaire » est complexe, il peut être intéressant de mettre sous chaque étiquette les éléments d’une phrase d’exemple, voire de remplacer « mot interrogatif » par « WH- word ».

- Certaines questions ne font pas l’objet d’inversions (ex. So you went to see a doctor?), parce qu’elles relèvent à moitié de l’affirmation incertaine. Elles sont très minoritaires, cependant, car limitées à cet effet de sens..

- Dans les interrogatives indirectes, il n’y a pas d’inversion, puisqu’il n’y a plus question directe (hormis en anglais d’Irlande). Ex. We will see to what extent the US Dream is still valid today.

2.3. Remarques fines sur les mots interrogatifs

- Les mots interrogatifs sont : who, what, which, where, when, why, how, whose (le seul à ne pouvoir être que déterminant) et whether (interrogatives indirectes seulement). Une fois acquis, il est intéressant d’utiliser une gamme large de groupes comportant ces interrogatifs ; ainsi to what extent…? / What/… else…? / What other kind of person could we think of? /  What… for? / What would you say is wrong? / What do you suppose will happen? / How + adjectif/adverbe : how much/many, how tall, how deep, how morose, how well, how long ago, etc.

- Lorsque le mot interrogatif fait partie d’un groupe plus grand, c’est l’ensemble de ce groupe qui est déplacé en tête de phrase :

  • le cas le plus évident est whose, qui pose souvent, de ce point de vue, une difficulté d’acquisition : étant déterminant, il ne peut être placé seul à l’initiale. Il doit être suivi immédiatement du nom sur lequel il porte : [Whose dog] is this? (et non *Whose is this dog?).
  • de même pour what déterminant, selon le même principe, ou encore pour how modifieur : [Under what conditions] will an individual choose an aggressive path? / [In what way] do the activities encourage learner initiative? / [[How big] a hole] did it make?
  • comment savoir si la préposition doit être déplacée avec le groupe (cf. under what conditions) ou échouée à la fin (What are you talking about?) ? Les grandes tendances sont les suivantes :

► si le groupe prépositionnel est un simple complément circonstanciel qui ne fait pas partie de la construction obligatoire du verbe, l’ensemble est généralement placé à l’initiale (cf. under what conditions)

► si le groupe prépositionnel fait au contraire partie de la construction du verbe, la préposition tend à être échouée à la fin, pour rester à côté du verbe (Which book did you refer to? What is John waiting for?), même si dans une langue très formelle, il y a parfois plus tendance à déplacer l’ensemble.

3. Conseils de mise en œuvre

3.1. A quel niveau d’enseignement introduire tel point ?

Pour s’assurer de la pertinence des choix par rapport au niveau d’enseignement, il est important de prendre en compte le niveau du CECRL visé ; mais il peut être justifié également de traiter un point, même complexe, en raison de sa fréquence d’utilisation et de son importance pour se faire comprendre. Il convient alors de distinguer reconnaissance (par blocs lexicalisés) et appropriation (analyse formelle).

Par exemple :

  • l’important pour commencer est l’acquisition de la structure générale des interrogatives ((mot interrogatif +) auxiliaire + sujet + reste de la phrase, et cas du mot interrogatif sujet) ; celle-ci nécessite de pouvoir reconnaître un auxiliaire. A cette occasion, il peut être intéressant que les cours de français et de langues adoptent une même terminologie, afin que les étiquettes fassent sens autant que possible pour les élèves.
  • il peut être utile de proposer des comparaisons avec les formes diverses de questions du français (Quand vient-il ? Quand est-ce qu’il vient ? Il vient quand ?), pour permettre notamment une consolidation de la L1 servant de tremplin à l’acquisition de la L2.
  • Autre suggestion : à un niveau précoce de l’apprentissage au collège, on pourra remplacer les questions mobilisant des mots interrogatifs en début de phrase par des segments de type I’d like to know when… plutôt que When do you…, ce qui, en plus de faire produire en interaction, et via des formes fréquentes, permet de contourner la complexité syntaxique qui peut faire obstacle au sens (*When you go?).
  • en revanche, c’est à un niveau avancé que la dimension pragmatique (rhétorique, argumentation, indignation, politesse, etc.) va être plus importante à faire approprier. Ceci n’exclut pas de faire reconnaître certains rôles pragmatiques de questions en contexte, plus tôt dans le cursus d’apprentissage, lors de l’étude de documents dans lesquels ces rôles sont saillants.
  • de même, les tags à polarité non inversée (ainsi You forgot, did you?), par exemple, sont très rares dans l’usage ; leur acquisition relève donc d’une étape ultérieure à l’acquisition des tags classiques, et ils gagneront à être étudiés dans un contexte où l’incrédulité ironique sera très évidente à percevoir.
  • enfin, si l’on veut se concentrer sur les interrogatives indirectes, il est important que le cadre de production soit pertinent : il s’agit probablement de discours rapporté, ce qui suppose une bonne maîtrise également de la concordance des temps, au moins dans la configuration recherchée.

3.2. Exemples de sélection par rapport au besoin de production

- pour une première étape d’acquisition de la structure interrogative : il est important de cibler les besoins immédiats de production, pour ne pas faire un « long cours » sur les interrogatives, mais permettre une acquisition directement utile. Un rebrassage ultérieur des interrogatives permettra de consolider ces acquis, puis de les augmenter. Notamment :

  • les élèves auront-ils besoin de questions avec ET sans mot interrogatif ?
  • quels mots interrogatifs seront nécessaires à la production ?
  • auront-ils besoin de mots interrogatifs en fonction sujet ?
  • de quel(s) temps auront-ils besoin ?
  • de quelle(s) personne(s) auront-ils besoin ? Par exemple, est-ce seulement you, ce qui permet d’introduire do, ou faut-il aussi de la troisième personne du singulier, ce qui nécessite d’évoquer ce cas spécifique (forme does) ? S’il n’y a que de la troisième personne, faut-il seulement du singulier, ou la troisième personne du pluriel est-elle aussi nécessaire ? Pour une première étape d’acquisition, on veillera à ne pas compliquer l’apprentissage pour les élèves : on introduira d’abord une activité qui leur permette de s’approprier une structure interrogative avant d’en proposer éventuellement d’autres (selon les besoins) qui nécessitent aussi un changement de temps ou de personne.

Ajuster le scénario de la tâche de production, tout en s’assurant qu’elle reste totalement pertinente par rapport aux besoins de communication liés à la séquence, peut permettre de restreindre certaines des variables si besoin. Il faut en revanche éviter absolument que des élèves se retrouvent à créer des erreurs en appliquant les règles déduites.

- pour une remédiation sur la structure interrogative : si le point principal à consolider est l’ordre des mots, il est important de comprendre pourquoi il est source d’erreur :

  • est-ce la notion d’auxiliaire qui est incomprise ? Cette identification permet de partir, pour la phase d’observation, d’énoncés qui contiennent les ingrédients nécessaires. Si la notion d’auxiliaire pose problème, alors il faut éviter un « long cours » théorique sur les auxiliaires ; montrer très concrètement, par exemple, quels types de mots s’y trouvent (tous les be, tous les modaux, certains have ; sinon, il faut do), voire réduire à certains de ces termes particulièrement utiles pour la production, selon la difficulté de conceptualisation que représente la notion d’auxiliaire.
  • est-ce plutôt lorsque la phrase se complexifie que la structure pose problème (sujet long, groupe interrogatif plus complexe, aspect ou modal qui crée un groupe verbal en plusieurs mots, etc.) ? Dans ce cas, inclure des phrases simples, puis faire voir que l’étoffement des groupes ne change pas la règle, peut être efficace. Par exemple, de What conditions would you accept?, on peut faire voir que les places sont conservées lorsqu’on complexifie, ainsi dans « Under what working conditions would you accept to sign? ».

- pour des étapes plus avancées de l’acquisition de ces grands types d’interrogatives, les questions de pragmatique seront nécessairement plus importantes ; on peut penser par exemple à :

  • certaines amorces récurrentes dans les questions rhétoriques, par exemple pour exprimer une indignation, Do you have any idea / the slightest idea…?  / Do you realize…? / How could you…? De même, certaines amorces utiles pour une suggestion (Shall I/we…?, à différencier éventuellement dans ses effets de Let’s… selon l’objectif grammatical visé).
  • des modulations de questions : Did they perhaps regard it as necessary?
  • la différence entre formes interrogatives et autres structures (actes de langage indirect), en particulier pour les effets de respect et politesse ; ainsi Will/Could you (please)…? plutôt qu’un impératif pour une injonction. Pour cela, un document dans lequel ce type de mode est exploité, tout en étant pertinent pour la séquence, peut être utilement intégré à la séquence et mener à une production intermédiaire riche ; ainsi un entretien médecin/patient ou toute conversation délicate (réels ou mis en scène dans la littérature), des conseils de professionnels pour la gestion d’équipes, etc.
  • enfin, le centrage sur les interrogatives conduit naturellement à s’intéresser à la forme des réponses, qui seront tout aussi nécessaires à la production : il est important de faire prendre conscience d’une variété naturelle, par exemple (ainsi pour le « oui », des formes telles que That’s right. Exactly. Absolutely. They did.), ou encore encourager l’étoffement (pas juste « Yes », mais enchaîner : justifier la réponse, donner plus de détails, faire progresser l’échange en allant rechercher les conséquences ou les enjeux du fait évoqué, etc.).

3.3. Comment ne pas simplifier à l’excès ?

Dans la démarche de sélection, il est important de ne pas être faux dans ses explications en simplifiant à l’excès, mais de laisser la porte ouverte à des compléments.

Voici quelques exemples pour les questions :

  • dans la présentation de la structure des interrogatives, il est essentiel de ne pas réduire le discours à « mot interrogatif + auxiliaire + sujet + reste de la phrase ». Le mot interrogatif est optionnel, il faut laisser la porte ouverte aux cas où le mot interrogatif serait sujet, et un élève pourrait apporter un contre-exemple avec une question sans inversion. Il n’est pas question bien sûr de perdre de vue la hiérarchisation entre ces différents faits, mais une formulation heureuse pourrait consister en l’ajout de parenthèses pour « mot interrogatif » (ou l’ajout de « (s’il y en a un) »), et une nuance telle que « dans la très grande majorité des cas », ou « la règle principale ».
  • de même, pour les tags, pour l’idée de polarité inversée par rapport à la partie déclarative de la phrase : c’est la configuration principale, et non pas exclusive.

 

 

 

© Clé des Langues – Laure Gardelle, groupe expert IA-IPR, IGEN

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Pour citer cette ressource :

"J'ai besoin de faire poser des questions", La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), décembre 2018. Consulté le 14/12/2018. URL: http://cle.ens-lyon.fr/anglais/se-former/porte-cles-grammatical/j-ai-besoin-de-faire-poser-des-questions