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La Grammaire anglaise en mouvement - Extraits

Publié par Clifford Armion le 14/11/2007

Nous reproduisons ci-après des extraits de La Grammaire anglaise en mouvement (Lapaire 2006), enrichis de photos (captures d'écran du DVD Grammar in Motion, Lapaire & Masse 2006, inclus dans l'ouvrage).

Corps, imaginaire, grammaire (introduction générale)

Est-il possible d'enseigner la grammaire, dans le respect des directives ministérielles, en utilisant métaphores, histoires et gestes ? Est-il envisageable de solliciter notre corps et notre imaginaire pour comprendre et s'approprier les formes de la grammaire ?

La langue elle-même semble nous y inviter. Il y a de la fermeté dans nos affirmations et du serrage dans nos assertions. Des mains qui posent des faits, rejettent des idées, construisent des hypothèses, des yeux qui revoient le passé et prévoient l'avenir, des jambes et des pieds pour nous faire passer à l'action. Ces mains, ces jambes, ces yeux imaginaires font partie de la grammaire. Ce sont eux qui façonnent nos constructions, animent nos particules, éclairent nos auxiliaires. (page 3)

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« Se retourner sur son passé, revoir »

 

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« Se pencher sur l'avenir, prévoir »

Quelle place pour la motricité dans l'apprentissage des langues ?

Il n'y a pas de prise de parole sans placements et sans mouvements articulatoires. Qu'il s'agisse de sons ou de gestes à produire, le langage anime le corps. Quelle importance accordons-nous à l'énergie et à la motricité dans notre enseignement ? Très peu, assurément. Car l'univers de la classe n'aime pas ce qui bouge. Des élèves « agités » sont priés de se tenir tranquilles. Pour se mettre en position d'apprendre, pour éviter que le cours ne « parte dans tous les sens » il leur est demandé de cesser de se dissiper, de faire taire leurs voix, de contenir leurs mouvements. Peut-on d'ailleurs faire autrement quand on doit étudier collectivement, coincé entre tables, chaises et bancs ? (95)

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« Qui a fait ça ? Pourquoi ? »
Gestualité co-verbale spontanée de Deborah
 

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« Si tu as l'info, donne-la moi ! »
Gestualité co-verbale spontanée de Simon

Réhabiliter le mouvement

Le mouvement a droit de cité dans l'enseignement des langues, qu'il s'agisse de faire observer les attitudes et les gestes qui accompagnent spontanément les fonctions communicatives ordinaires (comme saluer, ordonner, informer, raconter, exposer, expliquer) ou qu'il s'agisse de créer une métalangue gestuelle pour mieux communiquer en cours de grammaire. Même si le procédé peut surprendre, il n'est en aucune façon incongru, puisqu'il ne fait qu'exploiter à sa manière les ressorts de la communication langagière ordinaire, en joignant le geste à la parole. Car le non-sens c'est justement de brider les sens. Ce qui est contre nature, ce n'est pas de bouger pour communiquer mais bien de marginaliser le mouvement parce qu'on traite d'un sujet abstrait ou technique. Comme s'il n'existait pas de gestualité coverbale spontanée associée à l'abstraction, au raisonnement, à la narration (ce que David McNeill appelle gestures of the abstract). Comme s'il n'y avait pas de mains en creux pour tenir d'immatérielles notions (the cups of meaning), pour saisir des idées, confronter des points de vue, soupeser des hypothèses. Comme s'il n'existait pas de doigts traçant les axes ou les spirales de la réflexion ; de bras balayant l'expérience pour couvrir, couper ou englober ; de gestes qui cadrent pour limiter et qui se figent pour conclure, de poings qui se ferment ou s'enfoncent pour affirmer !

(...) Car c'est bien en libérant nos mouvements, et plus particulièrement nos mains, que nous pouvons prendre l'explication à bras le corps, c'est en débridant nos sens que nous pouvons faire sens, c'est en exploitant les ressources conceptuelles extraordinaires de la gestualité ordinaire et en enrichissant cette dernière de mouvements adaptés à l'enseignement de la grammaire que nous nous donnerons les moyens de capter visuellement l'attention et d'être suivis intellectuellement. (97-98)

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Faire obstacle à l'autre avec can't

Principe de conception des KineGrams

Grammar in Motion traduit le travail cognitif et énonciatif du locuteur par des gestes iconiques et métaphoriques. Un système d'analogie posturale, kinésique et énergétique est établi entre des notions ou des processus grammaticaux et des mouvements lents ou rapides repérés dans l'espace et, le cas échéant, dans le temps. Fermes ou légers ; rigides ou flexibles ; compressés ou dilatés ; forçant ou résistant ; enfonçant ou arrachant, traçant droit ou ondulant ; saisissant ou relâchant ; glissant, cadrant, coupant, ondulant les KineGrams proposent des équivalences gestuelles des phénomènes grammaticaux fondamentaux de détermination, de repérage, de modalisation, de quantification, d'intensification, etc. en incorporant, là où cela nous a semblé pertinent, une dimension pragmatique.

Ainsi, pour coder gestuellement que le -st du superlatif « permet d'aller jusqu'au bout », de « pousser à l'extrême », « d'étirer au maximum » (the highest, the most beautiful) est-il nécessaire :

  • d'opérer un étirement maximal des bras, des mains, du buste, du cou pour rendre le phénomène sémantique d'intensification maximale de l'adjectif : the best « le meilleur » ; the biggest « le plus gros » ; the most expensive « le plus cher ».
  • d'exécuter les gestes avec rapidité et fermeté, pour rendre la vivacité et l'autorité du jugement, que toute forme superlative impose comme un verdict non négociable. Quiconque dit She's the best ou « C'est la meilleure ! » impose son évaluation, sans laisser aucune place au doute ou à la négociation.

Les correspondances plastiques et énergétiques opérées par les KineGrams ne « font sens » que par référence aux LogoGrams, comme « aller jusqu'au bout » ou « étirer au maximum » dans le cas du superlatif évoqué ci-dessus. Ces gloses, entourées de guillemets simples, sont incluses dans le commentaire oral de Simon et Deborah.

Les KineGrams peuvent être isolés ou articulés. Pour encourager leur reproduction par le professeur ou par l'élève, sans inhibition corporelle ni embarras social, la majorité d'entre eux s'exécutent sobrement avec les mains, dans la zone optimale de communication visuo-manuelle utilisée en langue des signes (signing space), à savoir l'espace située juste devant le locuteur-signeur, au niveau du tronc. (162-63)

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« Le superlatif étire au maximum »
Version élaborée, engageant tout le corps du danseur
 

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« Le -st du superlatif »
Etirement instantané des doigts et avant-bras devant soi
Version de base, plus sobre, adaptable / simplifiable

Danse ou mouvement ?

Les KineGrams et les phrases gestuelles sont exécutés dans un style contemporain, qui doit beaucoup aux réflexions de Rudolf Laban (1879-1958) sur « la transformation du mouvement utilitaire en mouvement poétique » qu'opère toute « danse » ainsi que sur « la puissance stimulante que le mouvement exerce sur les activités de l'esprit. »

Bien que « les éléments d'effort » (fort, léger, soutenu, rapide, direct, flexible) et « les facteurs du mouvement » (poids, espace, temps et flux) formalisés par Laban dans sa célèbre « notation » (Tanzschrift) aient joué un rôle important dans l'élaboration des KineGrams ; bien que les « variations » insérées en fin de séquence évoquent des « phrases de danse » ; bien que nous proposions des développements kinegrammatiques sur le temps, l'équilibre, la réalité en bonus, le chorégraphe et le linguiste récusent avec une égale vigueur l'appellation « danses grammaticales » pour caractériser leur travail.

Réfutation de fond, d'abord, puisque les KineGrams sont des gestes explicatifs simples et modulaires, fondamentalement liés à des commentaires (LogoGrams), non des « danses » stricto sensu. Réfutation stratégique, ensuite, puisque la « danse » est un art inégalement connu, apprécié et connoté pour le public scolaire ordinaire, notamment masculin.

Il semble donc plus juste et plus prudent de parler de séquences de mouvements ou de phrases gestuelles mises au service d'une meilleure compréhension de la grammaire. (164)

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Variation chorégraphiée sur some et any
Allusion à « Il y en a : on le pense ou ça se voit ! »
 

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Variation chorégraphiée sur le superlatif
Allusion à la notion d'étirement, vers le haut ou le bas

Les sens au service du sens

Pour « sensibiliser » les élèves au fonctionnement de la langue, il faut rattacher la grammaire à l'expérience sensible. Pour les faire réagir, il faut agir. Les KineGrams sollicitent donc la sensation et le mouvement pour capter l'attention et lancer le raisonnement. La valeur d'un outil, la signification d'un concept sont mis en lumière, par une mise en espace et une mise en gestes. (103)

Les gestes et la parole ; les gestes de la parole

Les KineGrams ne sont pas des gestes naturels qui accompagnent une parole spontanée, mais des gestes inventés qui « donnent corps » à une parole explicative minutieusement calculée. Par exemple, des mains qui enveloppent un objet invisible font référence à « une chose qui existe » (some) ; deux avant-bras qui s'abaissent simultanément font écho à « poser les faits dans la réalité » (présent simple). Cela a deux conséquences importantes :

  1. les KineGrams constituent une étape décisive mais éphémère dans l'acquisition raisonnée des formes. Même s'il sont « parlants » et « marquants », les gestes de conceptualisation grammaticale ne sont qu'un moment de l'explication. Leur exécution n'a d'autre finalité que de « faire voir » des significations et de « faire saisir » des fonctionnements afin de faciliter l'intégration de structures. En aucune façon les KineGrams ne sont destinés à être reproduits pour communiquer normalement en anglais.
  2. les KineGrams sont des gloses gestuelles qui dépendent étroitement de gloses verbales appelées LogoGrams, dont le vocabulaire est volontairement « imagé » et « physique. » C'est parce que as... as... est associé à un état « d'équilibre parfait » (LogoGram) que les mains viennent se positionner latéralement au même niveau, tels deux plateaux de balance (KineGram). C'est parce que have to est glosé par « être tenu d'agir » (LogoGram) qu'une main saisit le poignet opposé et se referme sur lui, telle une menotte. (103-04)

 

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Some « Il y en a, on le sait, on le croit ! »

 

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Have to « Tenus d'agir ! »
« Prisonniers de l'action ! »
Pour citer cette ressource :

"La Grammaire anglaise en mouvement - Extraits", La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), novembre 2007. Consulté le 14/11/2019. URL: http://cle.ens-lyon.fr/anglais/langue/linguistique/la-grammaire-anglaise-en-mouvement-extraits