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Le rock en RDA. Le groupe Pankow : entre culture officielle et contre-culture

Par Leila Weber - Paris IV La Sorbonne
Publié par MDURAN02 le 01/06/2009
En RDA, le rock, musique capitaliste, était banni. Face à l’influence grandissante du rock, le régime décida de l’instrumentaliser à des fins de propagande. Une scène officielle vit le jour, qui fut influencée par le punk et la new wave. Le groupe Pankow fit partie de cette nouvelle scène officielle. Son originalité réside dans le fait que les membres du groupe ont été tiraillés entre adaptation aux exigences du régime et subversion tout au long de leur carrière. L'objectif était de ne pas basculer dans la scène « underground » tout en conservant une attitude provocatrice. In der DDR wurde die Rockmusik lange verpönt, bis das Regime ihren Einfluss auf die Jugend erkennen sollte. Von da an wurde die Rockmusik im Dienste des Regimes instrumentalisiert und entstand eine offizielle Szene, zu der auch die Band Pankow gehörte. Pankow zögerte zwischen Anpassung und Kritik, behielt aber stets eine provokative Haltung.

Introduction

Le rock en RDA

Dans l'ancienne République Démocratique Allemande, la scène rock a développé sa propre identité. Après avoir considéré le rock comme l'incarnation de la décadence capitaliste en diabolisant des figures emblématiques telles que Elvis Presley ou les Rolling Stones, les hauts dignitaires du régime de RDA ne parviennent pas à maîtriser l'engouement de la jeunesse pour cette musique et se voient contraints, à partir de la fin des années 60, de s'approprier ce phénomène dans le souci de contrôler la jeunesse. En 1971, l'éviction de Walter Ulbricht et l'arrivée de Erich Honecker à la tête du parti dirigeant, le SED (Sozialistische Einheitspartei Deutschlands), jouent un rôle fondamental dans la politique d'ouverture culturelle qui reste cependant timide. L'institutionnalisation du rock se met en place sous l'œil attentif de l'administration culturelle. Dans un contexte de guerre froide réactivée par la politique belliqueuse du président américain Ronald Reagan, le festival « Rock pour la Paix », organisé par l'organisation de masse pour la jeunesse « Freie Deutsche Jugend » (FDJ) à partir de 1982, est l'exemple même de l'institutionnalisation du rock par les autorités. La scène rock en RDA se divise ainsi entre les groupes officiellement habilités à jouer et qui sont intégrés dans le système, et ceux qui en sont rejetés et appartiennent de ce fait à la scène « underground ». Pankow fait partie de la nouvelle génération des groupes de rock officiels comme Silly, Keks ou Mona Lise, qui font leur apparition à la fin des années 70 et au début des années 80. La fondation du groupe est marquée par les changements radicaux que subit la scène rock internationale, mais également ouest-allemande avec l'émergence de nouveaux courants musicaux tels que le punk[1] ou la new wave[2]. La musique de Pankow s'apparente plus à la new wave et subit l'influence de la « Neue Deutsche Welle » à ses débuts.

La « Neue Deutsche Welle »

Les prémices de la « Neue Deutsche Welle » apparaissent en 1979 en République Fédérale d'Allemagne (RFA). Dans le paysage musical ouest-allemand, seuls Udo Lindenberg, qui forme son propre groupe en 1969 et sort son premier album en langue allemande Daumen im Wind en 1972, et Nina Hagen, originaire de Berlin-Est, qui sort son premier album en RFA Nina Hagen Band en 1978, après un séjour à Londres où elle a fréquenté la scène punk, prennent le risque de chanter en allemand et constituent ainsi les précurseurs de ce mouvement qui gagne l'ensemble de la RFA. La plupart des groupes que les jeunes écoutent viennent du Royaume-Uni ou des Etats-Unis. Sous l'impulsion de la pensée de la scène punk, qui explose au même moment et promeut sa méthode du « Do It Yourself ! » (DIY), des groupes allemands se créent d'abord sur la scène « underground » en appliquant cette méthode. Le « DIY » incite les musiciens amateurs à fonder leur propre groupe. Pour la première fois, ces nouveaux groupes cessent de tenter de copier les modèles américains ou anglais et osent chanter en allemand de façon décomplexée. Le choix de la langue allemande dans l'écriture des paroles constitue la principale caractéristique de la « Neue Deutsche Welle » et marque ainsi une rupture dans l'histoire de la musique populaire allemande de l'après-guerre. Alors que dans la nouvelle vague musicale ouest-allemande, la nouveauté réside dans la réappropriation par les groupes de la langue allemande jusque-là méprisée, la nouveauté dans la scène rock est-allemande, depuis longtemps habituée à écrire ses textes en allemand, se trouve dans la volonté de redonner de la fraîcheur à une scène dominée par le rock lyrique avec des groupes devenus incontournables tels que les Puhdys ou Karat et avant tout dans la volonté d'être en rupture avec eux. Parmi ces nouveaux groupes, Pankow est sans aucun doute celui qui s'exprime de la façon la plus directe et la plus insolente. Cette attitude nouvelle secoue la scène rock officielle de RDA. Elle n'est cependant pas comparable à l'attitude des punks de RDA. Parallèlement à l'émergence d'une nouvelle vague de groupes établis, la scène « underground » punk déferle en effet sur la RDA, notamment à Berlin, et ne cache pas sa non-adhésion au régime et à l'idéologie en place, que ce soit par son attitude ou par les paroles de ses chansons.

Pankow : entre subversion et adaptation

Pankow est un des groupes les plus intéressants de cette période, dans la mesure où Pankow possède un statut officiel et est donc toléré par le régime tout en adoptant une attitude provocatrice. Les membres de Pankow ont dû se plier aux règles établies par un système administratif lourd et répressif, car il s'agissait de la seule possibilité en RDA de faire carrière en tant que musicien. Ils ont été victimes de la censure à plusieurs reprises en cherchant à provoquer le système lui-même de l'intérieur. Ils ont manifesté la volonté de déstabiliser leur milieu et de le défier, en gardant cependant à l'esprit qu'ils ne souhaitaient pas mettre en péril l'existence du groupe, ce qui pourtant arriva. Il s'agit d'un article biographique prenant en compte les rapports du groupe Pankow avec le régime de RDA ainsi que l'histoire interne du groupe sur l'ensemble de leur carrière en RDA (1981-1990). Nous avons divisé leur parcours en trois périodes. Nous présentons dans une première partie la fondation et les débuts difficiles du groupe marqués par la censure (1981-1985). Puis, dans une deuxième partie, il sera question du tournant que connaît la carrière du groupe lorsqu'ils obtiennent l'autorisation de faire des tournées à l'Ouest, mais également des dissensions internes au groupe qui amènent à l'intégration de nouveaux membres. Enfin, dans la troisième partie, nous verrons quel rôle Pankow a joué dans les mouvements qui ont participé à la Chute du Mur et comment le groupe s'est séparé peu de temps après cet événement.

I. 1981-1985 : des débuts difficiles

1) La fondation du groupe

Lorsque la chanteuse Veronika Fischer décide de s'enfuir à l'Ouest pour retrouver son mari, elle laisse derrière elle le groupe qui l'accompagnait jusqu'ici, les 4 PS. Ce groupe est alors composé de Jürgen Ehle (guitare), Jäcki Reznicek (basse) et Frank Hille (batterie) qui font partie des meilleurs musiciens de RDA. Afin de remplacer le claviériste Franz Bartzsch également parti à l'Ouest, les membres restants décident d'intégrer Rainer Kirchmann, ancien claviériste du groupe de hard-rock Prinzip. Ces évènements permettent aux 4 PS de changer d'orientation musicale. Ils commencent à reprendre des chansons de The Clash ou Police en répétition. Seul un chanteur manque à la formation. Jäcki Reznicek et Jürgen Ehle partent à la rencontre de André Herzberg, chanteur d'un jeune groupe new wave Gauckler-Rock-Band qui accepte aussitôt de jouer avec eux. Le label Amiga, unique label rock de RDA, demande aux membres de la nouvelle formation de se donner un nouveau nom. Après de longues discussions pour choisir le nom du groupe, Jürgen Ehle, André Herzberg, Frank Hille, Rainer Kirchmann ainsi que Jäcki Reznicek se mettent d'accord sur le nom Pankow, proposé par leur parolier Frauke Klauke (nom d'artiste de Wolfgang Herzberg, frère du chanteur). Le goût pour la provocation s'exprime dans le choix même du nom du groupe, acte fondateur. En effet, le nom du groupe contient la sonorité du mot « punk », ce qui est à la fois ironique et provocateur. De plus, en choisissant ce nom, le groupe lie son identité à la ville de Berlin. Enfin, ce qui est sans doute le plus important, le mot « Pankow » était utilisé dans les années 50 pour désigner le régime de RDA. Le premier gouvernement siégeait effectivement dans le quartier berlinois de Pankow. Dans la mesure où Pankow réunit des musiciens de studio - à l'exception d'André Herzberg - qui font partie des meilleurs musiciens de RDA et qui sont tous issus de groupes professionnels et donc officiels, Pankow reçoit rapidement le statut de groupe professionnel ainsi que l'autorisation officielle de jouer. Le point de départ de l'évolution personnelle de chaque membre du groupe est une éducation militante, un « endoctrinement » qui évolue au fil des années vers une prise de conscience et une prise de distance critique vis-à-vis du régime, plus précisément vis-à-vis de ceux qu'ils appellent « les permanents du parti ». Cependant, il ne s'agit pas d'être des « contre-révolutionnaires » et de rejeter le système en bloc, mais de compter sur la mise en place de réformes de la RDA en vue d'une démocratisation. Ils s'inscrivent dans la tradition communiste, mais n'adhèrent pas à la politique mise en place par les représentants du SED. Cependant, pour l'ensemble des membres fondateurs de Pankow, une nouvelle énergie se développe avec la fondation du groupe et dès le début, se dégage une volonté de provoquer, comme le montre le risque qu'ils prennent en se lançant dans l'aventure de Paule Panke. Toutefois, il n'est pas question pour eux de basculer dans la scène « underground ».

2) Paule Panke : premier opéra rock censuré

Censure

Le concept de l'opéra rock est déjà bien connu à l'Ouest. On citera par exemple l'opéra-rock Tommy du groupe The Who (1969) qui popularisa ce concept, ou encore le succès mondial de The Wall (1979) des Pink Floyd. Cependant, personne en RDA n'a eu jusqu'à présent l'audace de se lancer dans un projet mêlant rock et théâtre. L'opéra rock Paule Panke, ein Tag aus dem Leben eines Lehrlings raconte une journée dans le quotidien du jeune apprenti Paule Panke qui vit au nord-est de Berlin. La jeunesse doit se retrouver dans les réflexions de Paule Panke. Les paroles des chansons de l'opéra rock offrent un miroir de l'état d'esprit de la jeunesse de cette époque : réveil difficile, ennui lors de l'apprentissage, tracas du quotidien, soirées en discothèque. Les chansons composées pour ce spectacle devaient constituer le contenu du premier album de Pankow. Or, le directeur artistique de VEB Deutsche Schallplatten est d'avis que l'opéra rock Paule Panke ne reflète pas la vie des jeunes en RDA avec réalisme. A cela s'ajoute que les membres du groupe sont interdits d'apparition télévisuelle. Dès ses premiers pas, Pankow est donc victime de la censure. Cependant, les membres du groupe sont autorisés à jouer les morceaux de l'opéra rock en concert. Après Paule Panke et tout au long de sa carrière, le groupe Pankow conserve ce souci de réalisme, cette nécessité de s'exprimer de façon directe et de ne pas passer par un langage métaphorique.

L'affaire "Inge Pawelsczik"

Une des chansons de l'opéra rock intitulée Inge Pawelczik est interdite à la radio et de télévision. Les paroles de cette chanson racontent l'histoire d'un soir entre Paule Panke et Inge Pawelczik. Dans un premier temps, les membres du groupe ne sont pas informés des raisons de la censure de cette chanson. Ils apprennent finalement que la directrice d'une école à Berlin se nommant également Inge Pawelczik, qui n'a aucun lien personnel avec les membres du groupe ni avec l'auteur des paroles Frauke Flauke (Wolfgang Herzberg), se serait sentie blessée par les paroles de cette chanson et aurait fait des démarches afin qu'elle ne puisse plus être diffusée. Toutefois, il est intéressant de signaler qu'aujourd'hui encore, Jäcki Reznicek ne croit pas à cette version officielle.

Premier album : Kille Kille (1983)

En 1983, soit deux ans après la formation du groupe, le premier album du groupe, Kille Kille, sort enfin et devient un énorme succès. Pourtant, Pankow a à nouveau rencontré des difficultés avec le label Amiga qui refuse la pochette d'album réalisée par Bernd Scheubert. Cette dernière est cependant utilisée pour les cartes sur lesquelles ils signent les autographes ainsi que pour les affiches annonçant les concerts. L'illustration représente les cinq membres du groupe portant des vestes en cuir. A travers cette image apparaissent des ongles de femme. Cette pochette est censurée au profit d'une pochette noire plus sobre où le titre de l'album est écrit en bleu.

II.1985-1988 : l'appel de l'Ouest

1) Première tournée à l'Ouest et évolution de la formation

Autorisation de tourner à l'Ouest

Dans un courrier daté du 12 avril 1984, Kurt Hager, personnage majeur en matière de politique culturelle, négocie avec le chef du Ministère de la sécurité d'Etat (Stasi), Erich Mielke, en lui demandant d'autoriser certains des nouveaux groupes, parmi lesquels se trouve Pankow, à se produire en dehors de RDA sur la scène internationale. Il s'agit à ses yeux d'une mesure cohérente et nécessaire vis-à-vis des groupes et de la demande extérieure. L'autorisation de pouvoir tourner à l'Ouest fait accéder Pankow à un statut très privilégié. Les membres du groupe appartiennent désormais au cercle très restreint des groupes autorisés à aller à l'Ouest.

Le départ de Frank Hille, puis de Jäcki Reznicek

Cependant, bien que les membres de Pankow se soient promis de revenir ensemble en RDA et qu'en aucun cas, l'un d'entre eux ne resterait en RFA afin de ne pas menacer l'existence du groupe, le batteur Frank Hille déroge à la règle en 1985 et décide lors du dernier concert de leur tournée en Allemagne de l'Ouest de ne pas rentrer à Berlin-Est. Le groupe vient à peine d'obtenir une autorisation exceptionnelle de tourner en dehors de la RDA. Les conséquences de ce départ sont lourdes. Pankow perd son autorisation de tourner à l'Ouest pour une durée de trois ans et la regagne à force de négociations en 1987. En attendant, Franck Hille est remplacé par Stefan Dohanetz, jeune batteur rencontré par Jäcki Reznicek lors de sa collaboration avec la chanteuse Barbara Thalheim. Par hasard, Jäcki Reznicek participe à l'enregistrement de la célèbre chanson Bataillon d'Amour du groupe Silly, un autre groupe de rock officiel à succès. Puis il fait partie du groupe éphémère Gitarreros qui réunit les meilleurs musiciens de RDA le temps d'une tournée. A cette occasion, Jäcki Reznicek se décide à abandonner Pankow et à rejoindre Silly. Ce départ est motivé par la possibilité de jouer de la basse fretless, le besoin de nouveauté et enfin la mauvaise ambiance qui règne dans le groupe Pankow en raison de la mésentente entre Jürgen Ehle et André Herzberg.

2) Les dernières provocations et leur portée

Censure de la chanson Langweile

Le quatrième album de Pankow, Aufruhr in den Augen, paraît en 1988 et remporte un énorme succès. Pourtant, le groupe rencontre à nouveau des difficultés avec les représentants du régime à cause des paroles suivantes extraites de la chanson Langweile : Das selbe Land zu lang gesehen, dieselbe Sprache zu oft gehört, zu lange gewartet, zu lange gehofft, zu lange die alten Männer verehrt... (J'ai vu trop longtemps le même pays, j'ai parlé trop souvent la même langue, j'ai trop longtemps attendu, j'ai trop longtemps espéré, j'ai vénéré trop longtemps les vieux hommes) La chanson est interdite à la radio et de télévision, tandis qu'elle rencontre le succès à l'Ouest. Cette interdiction n'est levée qu'en 1989. Mais c'est l'intervention télévisée de Pankow à l'Ouest, sur une chaîne régionale de RFA, le 18 novembre 1988, qui a lancé la polémique.

La tournée avec le Big Band de l'Armée Soviétique

Miné par les mésententes personnelles qui règnent au sein du groupe, Pankow est au bord de la rupture. C'est à ce moment que le manager du groupe Wolfgang Schubert organise une tournée pour l'été 1989 (juin et juillet) avec le Big Band de l'Armée Soviétique. Le projet est audacieux dans la mesure où il est provocateur, mais ne peut être censuré. En effet, la politique d'ouverture et de libéralisation progressive de Mikhaïl Gorbatchev, au pouvoir en URSS depuis 1985, reçoit peu d'écho parmi les dirigeants de RDA qui se sentent déstabilisés et menacés. Jouer avec un Big Band de l'armée soviétique a ainsi une forte portée symbolique. De cette façon, Pankow montre indirectement son désaccord avec la position distante du régime du SED vis-à-vis de la nouvelle politique menée en URSS.

III. Chute du mur et séparation du groupe

Le groupe Pankow participe à la contestation contre le régime lors de l'automne 1989 en signant la « Résolution » rédigée principalement par des musiciens. Puis, la fin de Pankow coïncide presque avec la Chute du Mur.

1) La « Résolution »

En septembre 1989, les premiers pas de la « Révolution pacifique » commencent avec le début des manifestations à Leipzig, qui voit le nombre de participants augmenter de semaine en semaine. Les 11 et 18 septembre, les forces de l'ordre interviennent de façon violente. Huit jours après la création du « Nouveau Forum » et quatre jours après la rédaction de la « Résolution de l'Association des écrivains » du 14 septembre, différents artistes et musiciens, dont les membres de Pankow, rédigent ensemble une « Résolution » manifestant leurs inquiétudes concernant le sort de la RDA et la nécessité de la réformer. Les premiers signataires de la « Résolution », conscients du risque de censure qui pèse sur le texte, ont prévu, en cas d'interdiction de publication de cette dernière, de lire la « Résolution » au début de chacun de leurs concerts et à chaque manifestation publique. Les artistes participent ainsi aux prémices de la « Révolution pacifique ». Pourtant, contrairement à la majorité de la population, les signataires de la « Résolution » des musiciens souhaitent une réforme de la RDA, mais ne sont pas partisans d'une réunification des deux Allemagnes. Leur volonté de conserver un modèle socialiste les distingue du « Nouveau Forum ». C'est précisément pour cette raison que la « Résolution » des musiciens a vu le jour et que ses signataires n'ont pas signé l'appel du « Nouveau Forum ».

2) Séparation du groupe et révélation

Séparation du groupe

Peu de temps après la Chute du Mur, le chanteur André Herzberg se rend pour trois semaines aux Etats-Unis. En 1990, il décide de quitter le groupe. Même si le contexte historique exceptionnel fait partie des motifs du départ de André Herzberg, la concurrence interne qui agite le groupe depuis des années demeure la principale raison de son départ. D'autre part, le bassiste Ingo Griese quitte également le navire et émigre aux Etats-Unis à la recherche d'anonymat. Les autres membres du groupe continuent à jouer ensemble au cours des années 90 de manière plus ou moins régulière, mais l'impact n'est plus le même qu'au cours des années 80.

Révélation

Le contact que Jürgen Ehle a entretenu avec la Stasi est rendu public en 1996 à la demande de André Herzberg, qui le découvre peu de temps après avoir décidé de réintégrer le groupe. Jürgen Ehle explique avoir entretenu ce contact pour protéger le groupe en cas de difficultés comme ce fut le cas au moment où Pankow rentra de la première tournée à l'Ouest et où Frank Hille décida de rester à l'Ouest en 1985. Le risque d'une interdiction de tournée en dehors de la RDA, et en particulier à l'Ouest, pèse alors plus que jamais sur le groupe. Jürgen Ehle téléphone à ses contacts de la Stasi. Afin que Pankow puisse obtenir l'autorisation de continuer à tourner à l'Ouest, Jürgen Ehle doit pour la première fois être enregistré sur les magnétophones de la Stasi et faire le portrait de chaque membre du groupe, prouvant ainsi à la Stasi qu'aucun autre membre du groupe ne profitera du privilège de tourner à l'Ouest pour fuir la RDA. Jürgen Ehle ne fut pas le seul à être en contact avec le Ministère de la Sécurité d'Etat, la Stasi. Ce fut également le cas du manager de Pankow, Wolfgang Schubert. Ce dernier ne s'est jamais exprimé à ce sujet, que ce soit avec les membres du groupe Pankow ou avec les médias.

Conclusion

Pankow dans les années 90 et 2000

La première partie de l'existence du groupe Pankow, de 1981 à la chute du Mur est la plus riche en matière d'événements et de travail en commun. A partir de 1990, le travail en commun du groupe est beaucoup moins intense et est marqué par les allées et venues des membres fondateurs (Rainer Kirchmann, André Herzberg, Jäcki Reznicek). En 1991, les membres de Pankow jouent exceptionnellement ensemble à Berlin pour fêter les dix ans d'existence du groupe lors d'un concert qui affiche complet et qui paraît ensuite en vidéo. Après le départ d'André Herzberg et d'Ingo Griese, Pankow continue sa carrière en publiant en 1993 l'album Vierer Pack et en accueillant Jen Jensen à la basse. Ils participent la même année au projet théâtral Clockwork Orange. En mai 1996, la dernière production de la nouvelle formation, Paparazzia, est publiée. En 1996, les membres de Pankow, André Herzberg, Jürgen Ehle, Jäcki Reznicek, Stefan Dohanetz et Kulle Dziuk au clavier, se réunissent, et ils publient en 1997 chez Grauzone leur premier album ensemble depuis 1988 Am Rande der Wahnsinn. En 1998, en hommage à Brecht, ils font une tournée baptisée Kille Kille, Bertolt. Malgré leur succès, ils annoncent officiellement leur séparation cette même année. Pourtant, ils continuent à tourner, notamment en 2004, alors que paraît également un DVD Die wundersame Geschichte von Pankow (BMG) comprenant d'anciens clips et un des concerts de la tournée. En mai 2006, un deuxième album studio Nur aus Spass paraît chez Buschfunk, suivi d'une tournée d'août à octobre fêtant leurs 25 ans d'existence. Le 11 juillet 2007, ils participent au East-Rock Symphony à Berlin. En 2009, Pankow repart en tournée en Allemagne tandis que leur spectacle Hans im Glück est à nouveau produit sur scène.

Projets parallèles et parcours individuels

Après avoir quitté Pankow au début des années 90, André Herzberg commence une courte carrière solo. En 1991, il est le premier artiste de l'ancienne RDA à publier un album, simplement intitulé André Herzberg. En 1994, il réalise son deuxième et dernier album solo à ce jour, Tohuwabohu. En 2000, il publie un recueil de nouvelles, Geschichten aus dem Bett, puis en 2004 Mosaik. Il participe également au spectacle de marionnettes Das kalte Herz monté en 2000 et à nouveau programmé en 2009. Rainer Kirchmann et Stefan Dohanetz ont travaillé avec le résistant et musicien grec Mikis Theodorakis. Rainer Kirchmann participe à la tournée de l'ensemble de Mikis Theodorakis en 1990. De décembre 1996 à septembre 2002, juste après avoir quitté Pankow, Rainer Kirchmann travaille avec la chanteuse Annette Berr. Parallèlement, il compose pour le cinéma, notamment pour la bande originale du film d'Olaf Kaiser Drei Stern Rot. Jürgen Ehle travaille à nouveau avec Barbara Thalheim à partir de 1994. Depuis 2000, il joue avec sa femme la chanteuse Scarlett O' dans divers projets, Round The Bend ou encore Euphonia, et crée son propre label Electrocadero. Jäcki Reznicek enseigne à l'Ecole Supérieure de Musique de Dresde, participe à de nombreux projets musicaux, joue notamment dans le East Blues Experience jusqu'en 2002 (membre de ce groupe pendant huit ans), puis travaille avec Barbara Thalheim, Mike Kilian (ex-chanteur de Rockhaus) ou Joachim Witt.

Notes

[1] Qu’est-ce-que le mouvement punk ? "De l'anglais punk, personne facilement dupe ou incohérente, ou objet sans valeur, ce terme a commencé à être employé dans les années 1965-1967 pour désigner les groupes de rock garage amateurs et approximatifs venus des petites villes américaines. Il a été remis en vogue en 1972 pour qualifier un rock délibérément sauvage et animal, comme celui des Stooges ou des New York Dolls, mais cet usage est resté peu répandu. Le sens du mot s'est élargi en 1976, quand Legs McNeil (auteur du remarquable Please Kill Me paru chez Grove Press à New York) a créé le magazine Punk, axé sur tout un courant de groupes revendiquant une simplicité primaire, comme les Ramones ou Blondie, ou un nihilisme provocateur comme Richard Hell au sein de Television ou les Dead Boys de Stiv Bators. L'Anglais Malcom McClaren s'inspira de ce mouvement pour lancer les Sex Pistols, dont l'impact révolutionnaire fut sans précédent dans le rock à travers le monde, suscitant le début d'une nouvelle ère qu'on appela new wave. Le mouvement culmina en 1977, mais, après l'impact, il se prolongea en genre musical à base d'accords de guitare rapides et saccadés, de chant hurlé ou aboyé, accompagné d'une panoplie vestimentaire adéquate, le tout devenant vite aussi codé que le rockabilly ou le hard rock. Mais, de manière plus vaste, il apparaît aujourd'hui, à travers ses prolongements dans l'avant-garde artistique, comme un mouvement dont les racines plongent dans le pop art américain, lui-même dérivé du dadaïsme européen et de Marcel Duchamps en particulier." ASSAYAS, Michka (dir.) : Dictionnaire du rock, Editions Robert Laffont, Paris, 2000.

[2] Qu’est-ce-que la new wave ? "La new wave est apparue en même temps que le punk-rock en Angleterre à partir des années 1976-1977. La presse musicale londonienne désigne par cette étiquette tout ce qui s'inscrit en rupture avec le heavy metal, le rock progressif et le rock FM. Les groupes punk comme les Ramones, les Clash ou les Sex Pistols sont dans un premier temps assimilés à la new wave, mais cette étiquette désigne rapidement les groupes qui ne peuvent justement pas être assimilés à la scène punk. Ce mouvement se distingue par sa diversité musicale, mais les groupes qui lui sont associés ont en commun de réagir aux divers courants dominants post-hippies et affichent un état d'esprit ironique." ASSAYAS, Michka (dir.) : Dictionnaire du rock, Editions Robert Laffont, Paris, 2000.

Références bibliographiques

GALENZA, Ronald/HAVEMEISTER, Heinz (éd.) : Wir wollen immer artig sein ... Punk, New Wave, Hip Hop und Independent-Szene in der DDR von 1980 bis 1990, Schwarzkopf und Schwarzkopf, Berlin, 2005.

HENTSCHEL, Christian : Du hast den Farbfilm vergessen und andere Ostrockgeschichten, Schwarzkopf und Schwarzkopf, Berlin, 2000.

HINTZE, Götz : Rocklexikon der DDR, das Lexikon der Bands, Interpreten, Sänger, Texter und Begriffe der DDR-Rock-Geschichte, Schwarzkopf und Schwarzkopf, Berlin, 1999.

RAUHUT, Michael : Rock in der DDR : 1964 bis 1989, Bundeszentrale für politische Bildung, Bonn, 2002.

 

Pour citer cette ressource :

Leila Weber, "Le rock en RDA. Le groupe Pankow : entre culture officielle et contre-culture", La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), juin 2009. Consulté le 24/10/2018. URL: http://cle.ens-lyon.fr/allemand/civilisation/histoire/les-deux-allemagne-1949-1990/le-rock-en-rda-le-groupe-pankow-entre-culture-officielle-et-contre-culture