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Diglossie et interlecte : créoles et français aujourd'hui dans les quatre départements français d'outre-mer

Par Lambert-Félix Prudent : Professeur en sciences du langage - Université de la Réunion
Publié par Clifford Armion le 01/02/2011
Malgré de longs débats en cours sur le sujet, les créoles ne constituent pas à proprement parler un type linguistique spécifique. Ces langues sont dites créoles pour deux séries de raisons, l'une historique et l'autre sociolinguistique.

Conférence du mardi 8 février 2011

http://video.ens-lyon.fr/eduscol-cdl/2011/2011-02-08_PLU_Prudent.mp4

Résumé

Malgré de longs débats en cours sur le sujet, les créoles ne constituent pas à proprement parler un type linguistique spécifique. Ces langues sont dites créoles pour deux séries de raisons, l'une historique et l'autre sociolinguistique. D'une part, elles sont nées d'une histoire coloniale qui voit les Européens au XVIIème siècle fonder avec leurs esclaves venus d'Afrique ou de l'Océan indien une nouvelle unité sociale et anthropologique, l'habitation ; d'autre part, leur niche écologique les inscrit dans un système duel, où placées sous tutelle de la langue coloniale, elles sont affectées d'un coefficient de minoration symbolique que l'on a arbitrairement appelé après 1959, la diglossie. Depuis cette date  pourtant, cessant d'être juste des basilectes ou variétés populaires inférieures des Guadeloupéens, des Guyanais, des Martiniquais et des Réunionnais, les créoles prennent peu à peu le statut de langues régionales de ces étranges départements d'Outremer. Deux phénomènes méritent alors attention : sur le plan linguistique, l'évolution interne des systèmes qui, permettant l'intrusion croissante de formes acrolectales, prend parfois le nom de décréolisation et s'étudie sous le modèle du continuum; sur le plan sociolinguistique, l'affaissement des règles d'étiquette qui étaient censées répartir les énonciations sociales selon la stricte ligne de partage qu'évoquait naguère Ferguson. Nous sommes dès lors en train de constater une nette évolution du statut et du format des langues créoles, qui intègre une foule de mouvements de valorisation, d'équipement, de standardisation.

Trente ans après la publication dans Langages d'un article qui critiquait un concept à la mode et qui suggérait au moins une nouvelle piste, je reviens dans cet exposé sur les limites d'une analyse sociolinguistique des DOM en terme de diglossie et les conséquences que ne manquent pas alors d'en tirer les différents acteurs de la vie publique, sur l'alternative d'une présentation des lectes en continuum et les effets théoriques et politiques de ce choix et enfin sur la validité du concept d'interlecte et les implications encore distinctes de ce dernier choix. Mon propos s'appuiera sur l'examen des quatre Départements français d'Outremer et mes exemples porteront essentiellement sur la situation scolaire, les productions textuelles relevant de la publicité et de la littérature.

 

Pour citer cette ressource :

Lambert-Félix Prudent, "Diglossie et interlecte : créoles et français aujourd'hui dans les quatre départements français d'outre-mer", La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), février 2011. Consulté le 21/06/2018. URL: http://cle.ens-lyon.fr/plurilangues/langue/miscellanees/diglossie-et-interlecte-creoles-et-francais-aujourd-hui-dans-les-quatre-departements-francais-d-outre-mer