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Comprendre les résulats des élections de février 2013

Par Damien Prévost : Professeur agrégé d'italien
Publié par Damien Prévost le 03/12/2013
Les élections italiennes ont souvent une issue imprévisible : le scrutin de février 2013 est à la hauteur du défi ! L'Italie est politiquement dans l'impasse : le centre-gauche, le centre-droit sont au coude à coude en termes d'électeurs et le parti de Beppe Grillo finit par obtenir une minorité de blocage à la chambre.

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Damien Prévost
, professeur agrégé

Les élections italiennes ont souvent une issue imprévisible : ce dernier scrutin est à la hauteur du défi ! L'Italie est politiquement dans l'impasse : le centre-gauche, le centre-droit sont au coude à coude en termes d'électeurs et le parti de Beppe Grillo finit par obtenir une minorité de blocage à la chambre.

Pour faciliter la compréhension, de brèves notices sur les différents partis ont été créées. Il suffit de cliquer sur les liens insérés dans le texte pour y avoir accès

Une situation de blocage

Les urnes ont parlé les 24 et 25 février 2013. La décision des électeurs est ambiguë et laisse place à un pays ingouvernable. Pour mémoire, l'Italie devait s’attendre à un duel centre-gauche / centre-droit plus ou moins gagné d’avance par le centre-gauche conduit par Pier Luigi Bersani. La coalition de Mario Monti devait être l’arbitre de cette élection et semblait se ranger du côté de la coalition de centre-gauche. Le trublion Beppe Grillo apparaissait distancé dans les sondages. Il n’en fut rien.

Certes, la coalition de centre-gauche a obtenu la majorité relative à la chambre devant le centre-droit. Une très courte majorité de 0,33 %[1] des voix mais, une majorité tout de même qui lui assure 55% des sièges à la Chambre des députés[2]. La deuxième surprise – au-delà de cette courte majorité dans les urnes – s’avère être le score du Mouvement 5 Étoiles de Beppe Grillo qui enregistre 25,55% des voix ce qui en fait la première entité politique du pays[3] !

Au Sénat, tout est différent : le bonus de majorité est régional. Le PDL obtient la majorité relative en Lombardie, Vénétie, Campanie, Calabre, Sicile ainsi que dans les Abruzzes et les Pouilles. Pour le Sénat, au niveau national, la coalition de centre-gauche obtient la majorité relative mais n’obtient même pas la majorité relative en termes de sièges car il a perdu trop de régions importantes comme la Sicile, la Calabre et la Lombardie. Rappelons qu’en Italie, le vote à gauche a une réalité géographique : en Émilie Romagne le centre-gauche fait 42 % des voix, en Toscane 43 % alors qu’en Sicile il ne fait que 27 %. Ce vote « discontinu » explique la perte de certaines régions malgré un bon score national. Le Sénat se retrouve donc avec une gauche et une droite au coude à coude en terme de sièges (116 pour le centre-droit ; 113 pour le centre-gauche). Même avec l’aide de Monti (18 sièges), le centre-gauche n’a pas la majorité absolue (151 sièges). Le même cas de figure se présente à droite. Le M5S avec ses 54 sièges est l’arbitre… qui ne veut soutenir personne…

Le blocage institutionnel vient du fait que Sénat et Chambre ont les même pouvoirs : un gouvernement ne peut gouverner avec la seule majorité à la Chambre.


Le rejet de la politique traditionnelle

Le taux de participation avoisine les 75 % à cette élection contre 80 % en 2008. À cela s’ajoute qu’en nombre de voix, le PDL enregistre une baisse de 47%, le PD de 30% et LN de 54%. Au final, on arrive à un total de 11 300 000 électeurs qui ont décidé de ne plus voter pour ces partis « traditionnels » entre 2008 et 2013. À la différence des élections de 1994 où les électeurs ne pouvaient plus voter – à quelques exceptions près – pour les « anciens partis », cette fois-ci, les électeurs ont réellement fait le choix de ne pas voter pour eux[4]. On assiste à des transferts de voix considérables vers l’abstention ou le vote pour des figures « alternatives » comme Beppe Grillo.


Le phénomène Grillo

Une analyse fine du phénomène Grillo serait encore prématurée : beaucoup d’électeurs n’imaginaient pas que le M5S pouvait atteindre ce score et créer la situation de blocage dans laquelle le pays se trouve. En cas de nouvelles élections, rien n’indique réellement que le M5S puisse faire le même score comme rien n’indique qu’il ne puisse pas le maintenir. Le vote « d’adhésion » au M5S semble encore minoritaire et paraît plus relever de la contestation même si un récent sondage Demopolis[5] montre que Beppe Grillo passe pour être la personnalité politique ayant le plus convaincu dans cette campagne électorale.

Le temps des remises en question?

La politique italienne a été victime de deux ennemis : la crise et la politique de rigueur du gouvernement Monti qui ont entamé le moral des Italiens et qui ont préféré se tourner vers d’autres horizons. Mais, ces résultats sont aussi et surtout le reflet de la crise de confiance entre l'Italie et sa  classe politique. 20 ans après l’opération mains propres, des scandales ont à nouveau éclaté récemment : les mises en cause des exécutifs des régions du Latium et de Lombardie, les affaires de détournement d’argent au sein de la Ligue du Nord, les problèmes – à nouveau ! – de financement des partis politiques, l’incurie d’une grande partie des personnalités politiques sans compter les frasques et la grossièreté de Silvio Berlusconi ont sûrement brisé le lien fragile qui unissait les hommes et femmes politiques à leurs électeurs. La classe politique italienne paie le prix d’une inefficacité et d’un manque de sérieux et de crédibilité - désormais légendaires - d’une partie d’entre eux qui a rejailli sur les autres.

Pour paraphraser la une du quotidien The economist du 2 mars dernier, quitte à voter pour des clowns, autant voter pour l’original !

Notes


[1] Italia Bene Comune fait 29,55% des voix ; le centre-droit fait 29,18%. (source : Ministère de l'intérieur italien : le vote à la Chambre)

[3] Pour l'élection des députés, le PD seul fait 25,42%, le PDL, 21,56%. (source : Ministère de l'intérieur italien : le vote à la Chambre)

[4] 42% des électeurs ont indiqué avoir voté pour « un changement radical et un renouvellement de la classe politique » (source : analyse Demopolis)

[5] (source : analyse Demopolis)

Contribution


Damien Prévost

Pour citer cette ressource :

Damien Prévost, "Comprendre les résulats des élections de février 2013", La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), décembre 2013. Consulté le 18/07/2018. URL: http://cle.ens-lyon.fr/italien/civilisation/xxe-xxie/politique-italienne/comprendre-les-resulats-des-elections-de-fevrier-2013