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L'art de rue à l'heure du "printemps arabe" : les graffiti, ou l'inattendu de l'expression d'une citoyenneté en Tunisie et en Egypte

Par Sarra Grira : Journaliste, doctorante - Université Paris-3
Publié par Narimane Abd Alrahman le 03/11/2014
En Tunisie, du temps de Ben Ali, la rue était le terrain de jeu favori des policiers. En uniforme ou en civil, ils observaient, écoutaient, contrôlaient et rapportaient. Chaque jeune assis sur un banc public était une cible potentielle. Mais la grande manifestation du 14 janvier a marqué un point de non-retour à partir duquel les normes ont été inversées...

La rue est devenue un terrain de manifestations civiques ou culturelles (ex : opération citoyenne de nettoyage de l’avenue Bourguiba quelques jours après le départ de Ben Ali ; la manifestation « l’avenue lit » invitant à faire de l’artère principale du centre-ville, pour quelques heures, une bibliothèque à ciel ouvert). Les Tunisiens étaient invités à sortir de l’espace individuel, intime, pour partager l’espace commun, public. Alors l’art aussi est sorti hors des murs, des galeries et des espaces d’exposition, quoiqu’il ne soit pas encore tout à fait affranchi de la censure. Il s’est exhibé dans la rue où il a connu une exposition dont l’ensemble le plus édifiant est celui des graffiti. A travers l’observation de cet exercice innovateur, dans la mesure où il ne correspond pas à une tradition artistique ancrée dans la culture du pays, je tenterai d’explorer l’inattendu da la création en Tunisie et en Egypte à travers leurs trois dimensions :

  •  l’inattendu social de la réappropriation de l’espace public comme expression d’une citoyenneté,
  • l’inattendu historique dans la mesure où ces artistes ont conscience qu’ils écrivent l’histoire en immortalisant leur vécu autant qu’ils sont gardiens de l’histoire dont ils ont hérité.

Ces deux dimensions marquent une rupture considérable avec le passé, l’espace public et l’histoire étant les deux éléments qui ont été confisqués/formatés par un discours officiel par le passé.

  • La troisième dimension vise quant à elle une démarcation du présent : l’inattendu politique et idéologique. Les graffiti sont porteurs de messages qui condamnent autant l’ancien régime que les gouvernements qui lui sont postérieurs, qu’ils soient de transition ou sortis des urnes. Leur entreprise subversive remet donc en question la légitimité même de certains mécanismes démocratiques tels que les élections. Ils questionnent par là la justesse de pratiques établies et présentées comme seule et unique alternative, la seule solution politique valable.

http://video.ens-lyon.fr/eduscol-cdl/2014/ARA_2014_sgrira.mp4

 

Pour citer cette ressource :

Sarra Grira, "L'art de rue à l'heure du "printemps arabe" : les graffiti, ou l'inattendu de l'expression d'une citoyenneté en Tunisie et en Egypte", La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), novembre 2014. Consulté le 18/10/2018. URL: http://cle.ens-lyon.fr/arabe/arts/arts-plastiques/arts-plastiques/l-art-de-rue-a-l-heure-du-printemps-arabe-les-graffiti-ou-l-inattendu-de-l-expression-d-une-citoyennete-en-tunisie-et-en-egypte