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Lettre n°9 - mars 2009

Publié par Clifford Armion le 04/01/2009

Chers Cléonautes,

E pluribus unum

Dans l'article tiré de sa conférence du 17 janvier dernier à Expolangues ("Plurilinguisme et traduction à l'heure de la mondialisation"), Michaël Oustinoff traite du rôle central que la traduction est appelée à jouer dans l'apprentissage des langues et le développement d'une compétence plurilingue, telle qu'elle est prônée par le Conseil de l'Europe. Nous avons une illustration de ce dialogue entre les cultures dans l'article de Pierre Musitelli ("Relations et collaborations franco-italiennes dans l'Europe des Lumières"), qui s'appuie sur les exemples de Filippo Venuti et Cesaria Beccaria, deux intellectuels italiens du XVIIIe siècle, pour mettre à mal l'idée courante d'une simple influence des Lumières françaises sur le monde des lettres en Italie et insister sur le cosmopolitisme qui régnait déjà dans les milieux culturels de l'époque. Le dialogue interculturel est une expérience plus récente au Guatemala, comme le montre l'article d'Emilie Mendonça ("Le Guatemala, pays hispanophone ?"). Après des siècles de domination de l'espagnol, au détriment des 24 autres langues parlées par les 4 peuples qui constituent la nation guatémaltèque, le pays a finalement entendu les revendications de ses minorités indigènes et se définit désormais officiellement comme une nation multiethnique, multilingue et pluriculturelle. D'Amérique centrale nous faisons un saut en Amérique du sud pour aller à la découverte de Augusto Roa Bastos, dont l'écriture est une parfaite illustration du mélange des cultures au Paraguay : son espagnol se colore de guarani pour mieux traduire les mythes et symboles indigènes. Dans ce dossier sur Augusto Roa Bastos, l'article de Fernando Moreno ("Yo el supremo, una poética de la seducción") analyse la poétique de la séduction dans Moi le suprême (1974), un roman inspiré de la vie du dictateur José Gaspar Rodriguez de Francia. En équilibre sur le fil ténu qui nous ramène en Europe, nous continuons à jongler entre satire et histoire avec Der Untertan (Le Sujet) de Heinrich Mann (1918), représentation critique de la bourgeoisie à l'époque wilhelminienne, dont Alain Muzelle ("Der Untertan, tableau critique de son temps") explore les ressorts. Pour boucler notre voyage, établissons un parallèle entre les réactions indignées provoquées par la publication de l'ouvrage de Heinrich Mann et celles qui accueillirent la publication de L'Origine des espèces en 1859. Camille Debras ("L'Origine des espèces : contexte et enjeux d'écriture") inaugure notre dossier sur Charles Darwin avec un article mettant en perspective le bouleversement radical introduit par ce qui allait être connu sous le nom de théorie de l'évolution. Après ce périple, nous avons un petit aparté avec Dacia Maraini, écrivaine, auteure de théâtre et poétesse italienne, qui nous parle de la littérature au féminin. Bonne lecture L'équipe éditoriale

Passé & Présent

  Le Guatemala, pays hispanophone ? (Emilie Mendonça) Après avoir présenté la situation linguistique du Guatemala actuel, cet article aborde l'évolution historique qui a abouti à l'établissement de l'espagnol, langue du conquérant, comme langue officielle, avant de voir finalement comment on assiste aujourd'hui à une remise en question de l'identité nationale et par là-même à l'évolution des statuts des différentes langues en présence. L'Origine des Espèces : contexte et enjeux d'écriture (Camille Debras) La publication de L'Origine des Espèces par Darwin en 1859 officialise l'émergence d'un nouveau cadre théorique en sciences naturelles. Dieu n'est plus l'origine de l'adéquation parfaite des espèces à leur milieu : c'est l'évolution par la sélection naturelle au fil du temps qui explique l'adaptation à l'environnement. Darwin n'est pas le premier à faire l'hypothèse de l'évolution : Lamarck et Chambers sont ses principaux précurseurs. Il s'inspire aussi des travaux de Lyell et Malthus, et la concurrence avec le naturaliste Wallace précipite la publication de L'Origine. Les enjeux de l'œuvre sont théoriques, mais aussi éthiques et religieux : remettre en question la fixité de l'ordre naturel met aussi à mal l'ordre social qui en est le reflet ! La structure du texte de L'Origine démontre la force persuasive d'un système scientifique déjà bien complet. Malgré les controverses qu'il suscite ou grâce à elles, le livre connaît un grand succès dès sa publication. Relations et collaborations franco-italiennes dans l'Europe des Lumières (Pierre Musitelli) Contrairement à l'idée courante qui veut qu'au Siècle des lumières la France et l'Italie soient unies par un rapport de centre-périphérie, une relation dans laquelle, en raison du retard du développement de la société italienne, la France apparaît comme le moteur du développement des idées, la «périphérie» italienne,  loin d'absorber sans discernement un savoir venu de l'étranger, se comporte en sujet actif et intellectuellement indépendant.

Art & Littérature

  Dossier Augusto Roa Bastos Le paraguayen Augusto Roa Bastos (1917 - 2005) est l'auteur du magistral Yo el supremo, roman mettant en scène une figure de dictateur, comme El recurso del método d'Alejo Carpentier ou bien encore El otoño del patriarca de Gabriel García Márquez. Nous proposons l'article Yo el supremo, una poética de la seducción, par Fernando Moreno, ainsi qu'un carnet de liens renvoyant à des textes, entretiens et vidéos. "Der Untertan", tableau critique de son temps (Alain Muzelle) "Der Untertan" est considéré comme un "zeitkritischer Roman". Quelle est la réalité dont le roman, sous-titré "Geschichte der öffentlichen Seele unter Wilhelm II.", entend rendre compte ? Quelle est la cible de la critique et quels sont les moyens littéraires mis en œuvre pour donner forme à cette entreprise de représentation de la réalité à l'époque wilhelminienne ? L'article d'Alain Muzelle complète le dossier "Heinrich Mann". Entretien avec Dacia Maraini Le 11 mars 2008 Dacia Maraini, l'un des auteurs italiens les plus traduits, a tenu une conférence à L'institut Culturel Italien de Lyon. Nous l'avons rencontrée pour parler avec elle de littérature au féminin. [entretien filmé, en italien]

Langue & Langues

Plurilinguisme et traduction à l'heure de la mondialisation (Michaël Oustinoff)

"La langue de l'Europe, c'est la traduction," selon la formule d'Umberto Eco. A l'heure de la mondialisation, le plurilinguisme s'impose comme une nécessité vitale, tant et si bien que les politiques linguistiques de l'Union européenne ont aujourd'hui pour objectif l'apprentissage par tous d'au moins deux langues étrangères. Ce plurilinguisme est possible, nous dit Michaël Oustinoff, et la traduction en est la clé. "La langue de l'Europe, c'est la traduction," selon la formule d'Umberto Eco. A l'heure de la mondialisation, le plurilinguisme s'impose comme une nécessité vitale, tant et si bien que les politiques linguistiques de l'Union européenne ont aujourd'hui pour objectif l'apprentissage par tous d'au moins deux langues étrangères. Ce plurilinguisme est possible, nous dit Michaël Oustinoff, et la traduction en est la clé. Les langues ne sont pas interchangeables, et la traduction, qui oblige à la confrontation, en est le parfait révélateur. C'est en apprenant les langues par le biais de la traduction que l'on prend véritablement conscience des différentes visions du monde qu'elles recèlent, et révèlent. Si l'on accepte ce paradigme, on comprend alors que le rôle des enseignants est appelé à changer.
Pour citer cette ressource :

"Lettre n°9 - mars 2009", La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), janvier 2009. Consulté le 01/03/2021. URL: http://cle.ens-lyon.fr/a-propos/lettre-information/lettre-dinformation-archives-2009/lettre-n-9-mars-2009