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Programme Langues, littératures et cultures étrangères (classe de terminale, enseignement de spécialité, voie générale)

Publié par Elodie Pietriga le 14/06/2019
Programme LLCE

Le programme d'enseignement de spécialité Langues, Littératures et cultures étrangères pour la classe de terminale a été publié le 25 juillet 2019. Ce programme concerne la rentrée 2020, et est disponible dans son intégralité sur education.gouv. Ce programme reprend le projet publié en juin avec une modification au sujet des 3 oeuvres obligatoires à étudier : l'étude d'une oeuvre filmique est désormais obligatoire.

Dans la classe terminale de la voie générale, les séries (L, S et ES) ont disparu au profit d’enseignements communs, de deux enseignements de spécialité (chacun de 6 heures) choisis par les élèves, ainsi que de deux enseignements optionnels de 3 heures si l’élève le souhaite.

Le programme culturel de la classe terminale s’organise autour de trois thématiques (« Représentations culturelles : entre imaginaires et réalités » ; « Dominations et insoumissions » ; « L’Espagne et l'Amérique latine dans le monde : enjeux, perspectives et création »), déclinées en axes d’étude. Les thématiques retenues permettent aux élèves d’explorer la diversité des littératures et des cultures du monde hispanophone en croisant les regards et les œuvres. Il appartient aux professeurs de choisir un itinéraire cohérent et structurant en relation étroite avec l’enseignement commun de langue vivante étrangère. L’étude des trois thématiques est obligatoire. Les axes d’étude sont proposés pour guider l’étude des thématiques. Les œuvres et supports ne sont mentionnés dans les descriptifs des thématiques ci-dessous ou dans les références en annexe qu’à titre d’exemples. Bien d’autres documents peuvent être utilisés en classe. En revanche, trois œuvres intégrales (dont deux œuvres littéraires et impérativement une œuvre filmique), à raison d’une œuvre par thématique, doivent être étudiées pendant l’année et obligatoirement choisies par les professeurs dans un programme limitatif, défini par note de service, renouvelé intégralement ou partiellement tous les deux ans.  Pour les autres œuvres abordées en classe, il appartient aux professeurs de sélectionner, notamment dans les références en annexe, les extraits les plus appropriés pour leur approche.

 

Thématique : Représentations culturelles : entre imaginaires et réalités

Axe d’étude 1 : Nature et mythologies

 

Les cultures précolombiennes regorgent de mythes et de légendes qui, en tant qu’expressions collectives des peuples, permettent d’appréhender la façon dont ces communautés expliquent la création de l’univers et son fonctionnement. Le Popol Vuh maya et ses hommes de maïs, le dieu aztèque Quetzalcóatl et la fondation de Tenochtitlán, Inti, le dieu inca du soleil, et la création du lac Titicaca ont ainsi inspiré des artistes tels que Carlos Fuentes (La región más transparente ; Todos los gatos son pardos) ou Diego Rivera.

Au XVIe siècle, l’arrivée des conquistadors espagnols, catholiques et pétris de mythologies européennes, va profondément bouleverser ces récits. Face à l’immensité du continent américain et à sa géographie spectaculaire, les conquistadors projettent sur cette nature des caractéristiques fabuleuses qui donnent lieu à leur tour à d’autres récits mythiques (El Dorado notamment, que l’on retrouve chez les cinéastes Werner Herzog et Carlos Saura ou chez l’écrivain Arturo Pérez Reverte dans son roman El oro del rey).

La rencontre avec les peuples autochtones nourrit un nouvel imaginaire d’où émergent de nouvelles figures qui deviendront, comme la Malinche par exemple, également archétypales et mythiques.

La péninsule ibérique possède elle aussi une mythologie faite de monstres et de sorcières, hérités des traditions celtes et basques, à la forte aura mystique et surnaturelle : les sorginas et meigas se mêlent à des figures monstrueuses comme le Basajaun, tissant un réseau de légendes toujours très vivace dans le nord-ouest espagnol, comme le montre le succès public et critique de Obabakoak de Bernardo Atxaga.

Enfin, Campos de Castilla d’Antonio Machado ou le Canto general de Pablo Neruda font de la Nature, comme dans d’innombrables œuvres picturales ou poétiques, un protagoniste à part entière qui reflète les émotions et l’identité des artistes.

 

Axe d’étude 2 : Les représentations du réel

Les œuvres, qu’elles soient textuelles ou iconographiques, peuvent refléter une volonté de recréer le réel d’une façon fidèle ou au contraire, le désir de s’en éloigner pour explorer les territoires de la distorsion et de l’imaginaire. Au XIXe siècle, les romanciers espagnols s’emploient à donner l’illusion de réel dans des œuvres témoignant des dysfonctionnements et des mutations de la société : ainsi Benito Pérez Galdós, Leopoldo Alas « Clarín », Emilia Pardo Bazán ou encore Pío Baroja parviennent-ils dans leurs romans réalistes à faire évoluer toute une galerie de personnages dans un espace décrit avec force détails. Le réalisme traverse les époques et d’autres artistes cultivent cette tradition féconde au XXe siècle : des auteurs comme Miguel Delibes, Camilo José Cela ou Ignacio Aldecoa ne renoncent ni à l’envie de proposer des cadres proches de la réalité, ni à l’exploration des aspirations et des frustrations de la société espagnole.

L’artiste peut aussi choisir l’écart et dépasser le cadre le plus mimétique, pour jouer avec les illusions, les folies et les chimères qui s’emparent du personnage. L’expression de cet envers du réel, de cette dualité des possibles est particulièrement manifeste dans des œuvres incontournables telles que El ingenioso hidalgo don Quijote de la Mancha, La vida es sueño ou dans les Caprichos et Disparates d’un Goya tourmenté. L’assujettissement au réel n’est en aucune façon obligatoire et l’artiste peut encore aller plus loin dans son affranchissement, dans sa volonté de créer un autre univers. Le recours au grotesque, avec l’esperpento d’un Valle Inclán par exemple, ne constitue qu’un pas pouvant le conduire à imaginer des espaces régis par de nouvelles lois. Si le fantastique transmue, au sein de la fiction, l’irréel et l’exprime comme un choc, les auteurs du boom latino-américain s’attachent à distendre le réel : les récits courts de Silvina Ocampo, de Julio Cortázar et les œuvres de Gabriel García Márquez, à l’origine du réalisme magique, témoignent de cette volonté de bouleverser l’ordre connu.

L’image fixe ou en mouvement, le travail pictural peuvent également illustrer ces dialectiques de fidélité et d’affranchissement : les représentations de Macondo d’Hernando Nossa, les peintures inquiétantes de Remedios Varó, empreintes d’onirisme et de fantastique, ou encore les réalisations d’Alejandro Amenábar ou de Guillermo del Toro nous invitent à travailler sur les écarts entre le réel et ses représentations, sur l’exploration non plus du réel mais des réels.

 

Axe d’étude 3 : Du type au stéréotype : construction et dépassement

Comme Faust en Allemagne, l’Espagne a donné naissance à l’un des plus grands mythes de la littérature occidentale, celui de Don Juan qui, comme la Célestine, a été réinterprété au gré des mouvements littéraires et est entré dans le langage universel comme substantif. Le Siècle d’Or avec la Comedia de Lope de Vega ou avec le Lazarillo de Tormes a également créé nombre de personnages archétypaux qui sont devenus des figures de l’honneur ou de la tromperie (le roi, le galán, la dama, le gracioso ou le pícaro) ; la peinture de cour de Velázquez ou de Goya, les scènes de genre baroques de Murillo les ont immortalisées sur la toile. Aujourd’hui encore, tous ces personnages sont au cœur de la création artistique qui dépasse le type originel en le démythifiant pour enrichir la tradition, comme l’a fait Gonzalo Torrente Ballester avec son Don Juan.

Tant en Espagne qu’en Amérique latine sont également nées des figures populaires qui sont devenues les ambassadrices de la culture hispanique dans le monde, non sans véhiculer une série de stéréotypes dont le cinéma s’est emparé dès les années cinquante : la gitane, le torero, le bandolero, le gaucho ou encore el indio qui fascine par sa relation à la Terre ou sa résistance face au monde capitaliste. Ces figures stéréotypées possèdent des caractéristiques propres et sont souvent associées à des postures ou à des paysages qui les déterminent et les font connaître par-delà les frontières. 

 

Thématique : Dominations et insoumissions

Axe d’étude 1 : Oppression, résistances et révoltes

Les lettres espagnoles et hispano-américaines offrent de nombreuses situations littéraires où sont représentées l’oppression, les résistances et les révoltes individuelles et collectives. Parce qu’elle incarne une forme de toute-puissance, la figure du dictateur a souvent inspiré les artistes : des portraits officiels de Franco aux peintures de Fernando Botero, en passant par la cruauté d’un Augusto Roa Bastos, le traitement réservé à l’homme de pouvoir est révélateur du désir de l’artiste de défendre un régime, ou au contraire, d’en signaler les failles et les abus. En réaction aux oppressions, l’art militant s’affirme et s’exprime sous des formes multiples, de la poésie d’un Gabriel Celaya à la chanson engagée d’un Joan Manuel Serrat, en passant par la bande dessinée de Carlos Giménez et le cinéma populaire.

Le besoin de posséder et d’exploiter la terre engendre des relations de domination et d’oppression. Avec Alejo Carpentier, Rosario Castellanos, ou Miguel Delibes, la thématique de la sujétion se nourrit des avatars du maître et de l’esclave. Il s’agit du contremaître, du cacique, de l’indien, de l’ouvrier agricole, ou du fuyard, le nègre marron ...

Face à la pesanteur sociale, des résistances et des révoltes individuelles ou collectives sont possibles : le poids des conventions, la surdétermination des rôles des hommes et des femmes, les violences entre les genres sont une autre manifestation de l’oppression. Les témoignages artistiques avec le théâtre de Leandro Fernández de Moratín, les peintures de Goya, les photographies de Martín Chambi ou de Juan Manuel Castro Prieto, mais aussi l’actualité, avec les marches silencieuses visant à mettre un terme aux « feminicidios » par exemple, peuvent compléter l’étude des tensions entre l’oppression, les résistances et les révoltes dans le monde hispanophone.

 

Axe d’étude 2 : Révolutions et ruptures

Tout à la fois conflit armé et lutte idéologique, la révolution engage de profondes transformations dans les modèles économiques, sociaux, politiques, idéologiques et culturels. L’appel du général Madero en novembre 1910 marque le début d’une nouvelle ère pour le Mexique : si la lutte contre la spoliation de la terre par les grands propriétaires terriens suscite l’adhésion du plus grand nombre, bientôt, des dissensions et des factions apparaissent. La complexité de la période est perceptible dans la création artistique. Ainsi, face au travail des muralistes qui œuvrent pour l’exaltation du mouvement révolutionnaire et aux nombreux corridos engageant à poursuivre la lutte, d’autres créations postérieures, à l’instar des récits de Juan Rulfo, de Carlos Fuentes ou de Paco Ignacio Taibo II, révèlent les frustrations de tous ceux qui attendaient davantage du mouvement révolutionnaire.

Parce qu’elle est emblématique d’un désir de rompre avec une forme de domination et qu’elle a eu un profond retentissement politique dans tout le continent latino-américain, la révolution cubaine peut également être étudiée à travers les discours et la fiction. Les notions de résistance et de répression, de justice sociale et de privation sont explorées grâce à des œuvres littéraires, à l’image des compositions de Nicolás Guillén, illustrant les idéaux de la révolution cubaine ou encore à des œuvres artistiques visant à prendre une distance, voire à critiquer les aspects les plus radicaux sur lesquels le régime castriste a fondé son pouvoir.

Évoquer les ruptures dans le monde hispanophone permet aussi d’étudier l’accession à l’indépendance des différents peuples et pays assujettis à la couronne espagnole. Qu’il s’agisse de la campagne libératrice de la Nouvelle-Grenade menée par Bolívar ou de la guerre d’indépendance de Cuba, de nombreux témoignages historiques et artistiques, tels que le Diario de Campaña de José Martí ou Las lanzas coloradas d’Arturo Uslar Pietri, permettent de nourrir une réflexion autour de l’affranchissement de la tutelle espagnole et de l’exaltation des figures des libertadores.

Il est également question de révolutions et de ruptures dans le Chili d’Allende. Les grandes ambitions que ce dernier nourrissait pour son pays et la rupture tragique du coup d’État de 1973 ont été une source d’inspiration pour les artistes : une fois encore, ceux-ci se sont illustrés aussi bien dans la littérature que dans la musique avec les compositions de Víctor Jara et de Quilapayún ou qu’au cinéma avec les documentaires de Patricio Guzmán notamment.

 

Axe d’étude 3 : Culture officielle et émancipations culturelles

Dans le contexte d’une dictature, le mot « officiel » revêt un caractère particulier, l’objectif étant de soumettre toutes les expressions de la vie collective à l’État et à son contrôle. La culture et l’éducation sont parmi les premières cibles de cette volonté d’uniformisation. Ainsi, la série des Mari Pepa, les Cuentos del tío Fernando, la revue Flechas y Pelayos et l’émission Onda Mágica ont servi à propager l’idéologie franquiste dès le berceau. La « culture officielle » s’infiltrait dans toutes les sphères de la société à travers les journaux, le Nodo, les manuels scolaires ou de savoir-vivre (comme la célèbre Guía de la buena esposa) et la censure se débarrassait de tout ce qui, de près ou de loin, sortait du cadre établi.

Le leader emblématique, clef de voûte du système autoritaire, trouve à Cuba et au Venezuela une expression radicale, incarnée par un Fidel Castro et un Hugo Chávez omniprésents. Fresques et affiches sur les murs, discours-fleuves et émissions de télévision institutionnalisées sont quelques-unes des expressions d’un culte de la personnalité pourtant officiellement désavoué par les principaux intéressés.

L’objectif affiché des contre-cultures est de s’émanciper des valeurs de la culture dominante établie dans une société. Avec la mort de Franco en 1975 s’ouvre en Espagne un espace de liberté qui permet l’émergence de créations d’un nouveau genre, iconoclaste, festif et provocateur. Ainsi, avant d’être adoubé par la culture institutionnelle, le mouvement underground barcelonais et madrilène des années 70-80 a provoqué un séisme social et culturel porté par des revues comme El Víbora, par des cinéastes comme Pedro Almodóvar ou Iván Zulueta, par des musiciens comme Kaka de Luxe ou Pau Riba et par d’autres artistes touche-à-tout comme Ocaña ou Nazario, créateur du célèbre Anarcoma. Au Mexique, la lucha libre, devenue un véritable phénomène populaire, incarne cette émancipation des canons culturels classiques. 

 

Thématique : L’Espagne et l'Amérique latine dans le monde : enjeux, perspectives et création 

Axe d’étude 1 : Monde globalisé : contacts et influences

L’Espagne et l’Amérique latine sont parties prenantes de la mondialisation des échanges. Au XXIe siècle, elles font face à des enjeux majeurs : trouver leur place dans la compétition mondiale sans renoncer à certaines valeurs, sans détruire l’environnement et sans nuire à leurs populations. C’est dans cette double perspective, à la fois positive (développement économique, facilité des échanges commerciaux et humains) et négative (les effets pervers de l’activité humaine) que différentes pistes de réflexion peuvent être envisagées. En effet, après avoir été considéré comme le moteur d’un développement économique, gage de réduction des inégalités sociales, le modèle du libre-échange (ALENA/AEUMC, MERCOSUR ...) est questionné par les politiques, les citoyens et les artistes.

On peut étudier les effets d’une exploitation non maîtrisée des ressources naturelles qui chasse les populations autochtones. En réponse à cette violence exercée contre les peuples, mais aussi contre les milieux naturels, des initiatives se structurent pour proposer une alternative à cette économie mondialisée et développer un « commerce juste ». Des auteurs comme Julio Llamazares ou Luis Sepúlveda remettent en cause les effets destructeurs de la globalisation à différentes échelles. Grâce aux nouvelles technologies de l’information, ces critiques prennent une ampleur inédite. Le blog de Yoani Sánchez en est un exemple.

Enfin, on peut évoquer la mondialisation de la culture, déjà à l’œuvre à travers des telenovelas des années 1990 (notamment Yo soy Betty, la fea), mais que la naissance des plateformes de téléchargement, qui génèrent des contenus susceptibles de plaire à un public international, vient intensifier, comme l’illustre le succès de La casa de papel. Le mythique don Quichotte ne constituerait-il pas l’un des premiers jalons de cette histoire d’influences poursuivie par Picasso, Pedro Almodóvar ou le film d’animation Coco ?

 

Axe d’étude 2 : Crises et violences

En décembre 2001, la mise en place par le gouvernement argentin du « Corralito », censé freiner la récession économique qui touchait le pays depuis des années, déclenche au contraire une immense crise sociale et politique. Un mouvement spontané de violent rejet des politiques traditionnelles inefficaces et des institutions voit le jour. Cette déréliction de la société argentine que Lucrecia Martel avait anticipée dans son film La Ciénaga se réalise.

En Colombie, c’est le conflit armé et la question des FARC qui ont divisé le pays pendant des décennies jusqu’aux accords de paix signés en 2016. Un conflit violent, largement médiatisé lors de l’enlèvement de la franco-colombienne Ingrid Betancourt, candidate aux élections présidentielles de 2002, et raconté dans de nombreux documentaires, reportages et témoignages, dont le sien, No hay silencio que no termine.

L’étude des circonstances de la crise de 2008 en Espagne et son impact économique et humain, comme l’illustrent les romans de Rafael Chirbes, Crematorio et En la orilla, ou, de manière humoristique, la BD Españistán d’Aleix Saló, permet de se pencher d’une part sur la naissance d’initiatives citoyennes (les Indignés et Podemos) qui se structurent pour proposer une alternative à des systèmes politiques dépassés et des gouvernants corrompus, d’autre part d’examiner le renforcement des revendications indépendantistes et nationalistes ainsi que la remise en question de la monarchie.

 

Axe d’étude 3 : La frontière en question

La frontière a toujours été source d’enjeux politiques et sociaux dont la littérature et les arts se sont fait l’écho. De façon encore plus marquée aujourd’hui que par le passé, la zone du Détroit de Gibraltar et celle de la frontière entre le Mexique et les États-Unis sont la source de drames et de confrontations aiguës. Les lettres et les arts, toujours très féconds autour de ce thème, ont donné lieu ces dernières années à des romans comme 2666, de Roberto Bolaño, El ejército iluminado de David Toscana ou la Biblia Vaquera de Carlos Velázquez, lesquels s’attachent davantage que par le passé à rompre avec une certaine mythologie de la frontière, en favorisant le croisement des regards sur un espace protéiforme dans lequel se meuvent des personnages souvent très ambigus voire « esperpénticos ». À côté de ces œuvres individuelles, la frontière donne lieu à des créations musicales et picturales collaboratives comme le récent « proyecto de la hermandad » qui, en intégrant des artistes et des centaines d’anonymes dans la création d’une fresque murale géante, a vocation à écrire l’histoire de chacun et l’Histoire. C’est aussi ce geste créatif à la fois de témoin et d’acteur de sa propre vie que donne à voir le documentaire Saltadores, en confiant la caméra à un jeune migrant malien qui filme son quotidien fait de frustration et d’espoir lorsqu’il souhaite franchir la fameuse barrière qui sépare le Maroc de Melilla.

La frontière en question est aussi celle de la division d’un même territoire en espaces cloisonnés selon que l’on appartient à une classe aisée ou à celle des plus pauvres. Ces frontières géographiques, comme autant de barrières sociales particulièrement présentes dans le tissu urbanistique latino-américain, constituent de véritables personnages dans un roman comme Las viudas de los jueves de l’écrivaine argentine Claudia Piñeiro ou le film La zona du réalisateur mexicain Rodrigo Plá.

Si la frontière est au cœur de la réflexion littéraire et artistique, les nouvelles modalités d’échanges induites par les nouvelles technologies changent également le rapport que l’auteur entretient avec le lecteur comme l’analyse finement l’étude publiée par El Anuario AC/E de cultura digital autour du lecteur du XXIe siècle, qualifié de « hombre orquesta ». La communication devient plus directe, comme le montre l’initiative de Wmagazine lors de la Feria de Madrid ; la proximité s’installe, certains écrivains allant jusqu’à inviter leurs lecteurs à proposer plusieurs fins possibles à leur propre roman. Parallèlement à la démarche créative, individuelle s’il en est, que constitue l’écriture d’un livre, émergent progressivement des créations collaboratives comme c’est le cas de Voces para un blues negro, premier roman en ligne datant de 2011 et fruit du travail conjoint de plusieurs romanciers et dessinateurs. Par ailleurs, l’importance que prennent les réseaux sociaux amène à réinterroger la notion d’espace privé et d’espace public. La fascination et les interrogations autour d’une frontière qui s’estompe sont aussi au cœur de plusieurs romans comme La vida era eso de Carmen Moraga, Premio Nadal 2014. 

Pour citer cette ressource :

"Programme Langues, littératures et cultures étrangères (classe de terminale, enseignement de spécialité, voie générale)", La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), juin 2019. Consulté le 21/08/2019. URL: http://cle.ens-lyon.fr/espagnol/se-former/programmes-denseignement/programme-langues-litteratures-et-cultures-etrangeres-classe-de-terminale-enseignement-de-specialite-voie-generale