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No, de Pablo Larraín

Par Elodie Pietriga
Publié par Elodie Pietriga le 18/09/2015
Présentation du film ((No)) de Pablo Larraín.

Le réalisateur

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Pablo Larraín est né au Chili en 1976. Fils du sénateur de centre droit Hernán Larraín et de Magdalena Matte, ministre du gouvernement de droite de Sébastián Piñera, il affiche très vite des opinions politiques opposées à celles de sa famille.

En 2008, il réalise Tony Manero, puis en 2010, Santiago 73, post-mortem, deux films qui évoquent le coup d'état et la dictature de Pinochet de façon très critique. No, est son troisième film sur cette époque.

Pablo Larraín travaille aussi pour le théâtre. En 2015 il a mis en scène la pièce Acceso.

Le film "No"

no-film-concours-i-love-cinema-potzina_1442561607277-jpgSantiago du Chili, 1988. Le Général Augusto Pinochet, qui dirige le pays d'une main de fer depuis le coup d'état de 1973, décide d'organiser un référundum : oui, il reste, non, il se retire.

C'est de ce référendum que parle le film de Pablo Larraín. Plus précisément de la campagne publicitaire organisée à cette occasion, campagne qui se transforme peu à peu en véritable guerre médiatique à coups de slogans et de spots publicitaires. Tous les arguments sont bons pour inciter les chiliens à voter.

Dictature ou démocratie? Le titre du film est clair : No, Non, au Général, c'est-à-dire, non à la dictature. L'affiche est éloquente aussi : un ciel qui s'éclaircit et un arc-en-ciel qui annonce un nouveau régime et des jours meilleurs. En fait, les couleurs ne sont pas naturelles, ce n'est qu'une publicité. D'ailleurs, Gaël García Bernal, qui incarne le personnage principal, regarde derrière lui, l'air inquiet. La dictature va-t-elle vraiment s'arrêter? La démocratie est-elle vraiment synonyme de bonheur?

Santiago 2012. Le film sort au Chili. Les salles sont loin d'être comble, mais au moins le film est diffusé. La censure n'existe plus et les Chiliens commencent à accepter de regarder leur histoire et de s'interroger.

Le film commence centré sur le personnage principal, René Saavedra, un jeune publicitaire. L'image est déroutante. Et puis, peu à peu, on comprend. Le réalisateur s'est inspiré des formats des années 1980 pour pouvoir insérer plus facilement des images d'archive, entre autres, les publicités de l'époque.

René semble perdu aussi. Il faut dire qu'il s'est séparé de sa femme, qu'il ne voit pas beaucoup leur fils. Et puis, surtout, il va participer à la campagne publicitaire en faveur du “NON”, alors qu' il a l'habitude de promouvoir des biens de consommation pour gagner de l'argent, pas de lutter pour un idéal.

Les spots publicitaires s'enchaînent, les doutes et les coups aussi. D'après les enquêtes d'opinion, le non semblerait l'emporter. Les publicitaires qui travaillent pour le non sont espionnés et même agressés par les hommes de main du camp adverse. Mais cette agression les persuade de continuer : la peur doit cesser, les Chiliens doivent pouvoir s'exprimer librement ; la dictature a assez duré.

René propose alors des spots colorés au jingle rassurant et plein de promesse (“Le bonheur arrive”) qui donnent envie de vivre et de croire en des jours meilleurs.

Le dernier spot diffusé en faveur du “oui” est une véritable démonstration de force. Un char, filmé en contre-plongée et en gros plan, roule dans les rues de Santiago. Il est énorme, gigantesque.

Une petite fille a fait tomber son doudou en traversant la rue. Elle retourne sur ses pas pour le ramasser. Le char avance toujours, il occupe tout l'écran. Le téléspectateur retient son souffle. Le char s'arrête juste à temps, la petite ramasse sa peluche. Le téléspectateur respire mais les souvenirs des années les plus noires de la dictature ont resurgi.

L'effet produit n'est pas celui escompté. La force n'est pas rassurante, mais inquiétante. La junte a perdu. Le bonheur va arriver. Enfin, peut-être.

La victoire du “non” est avant-tout celle d'une agence publicitaire, pas celle d'un parti politique, encore moins celle d'une idéologie. Le film interroge sur le pouvoir de la publicité et sa capacité à influencer (à manipuler?) l'opinion. Il met aussi en abyme le travail du réalisateur. Réaliser un spot publicitaire, c'est réaliser un court-métrage. Est-ce que les films nous “vendent” aussi des concepts? Des idéologies? Quel regard critique avons-nous sur ce que nous regardons?

Pablo Larraín ne donne pas de réponse, n'émet pas de jugement. Il pose des questions. À chacun de trouver les réponses.

Pistes d'exploitation

Ce film peut être visionné en cycle terminal, et peut s’inscrire dans deux notions :

  • Lieux et formes de pouvoir (la dictature chilienne, les médias comme forme de pouvoir)
  • L'idée de progrès (de la dictature à la démocratie)

Compléments

Lire l'interview de Pablo Larraín pour le journal Slate
Voir l'interview de Pablo Larraín et de Gael García Bernal sur Allocine.fr

Dossier pédagogique

voir le site zéro de conduite

 

Pour citer cette ressource :

Elodie Pietriga, "No, de Pablo Larraín", La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), septembre 2015. Consulté le 23/09/2018. URL: http://cle.ens-lyon.fr/espagnol/arts/cinema/no-de-pablo-larrain

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