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«Le Bourreau» (1963) de Luis García Berlanga présenté par Laurent Delmas

Publié par Elodie Pietriga le 02/11/2022
Présentation du chef-d'œuvre du réalisateur espagnol Luis García Berlanga lors du Festival Lumière 2022.

Laurent Delmas, journaliste et chroniqueur de cinéma sur France Inter, anime notamment l'émission Delmas fait son cinéma. Passionné de cinéma, il a co-dirigé, entre autres, l'ouvrage Cinéma, la grande histoire du 7ème art, publié aux Éditions Larousse. Le 17 octobre 2022, il est venu présenter au cinéma UGC Ciné Cité Confluences à Lyon Le Bourreau de Luis García Berlanga dans le cadre du Festival Lumière.

Ce texte est une retranscription de sa présentation qui a été, par endroits, modifiée pour l'adapter au format écrit.

 

Bande-annonce du film de Luis García Berlanga, Le Bourreau (1963).
Source : Youtube.

 

Le cinéma espagnol nous est assez étranger, à quelques films de Buñuel près. Mais nous allons voir ce soir Le Bourreau de Luis García Berlanga, un grand classique en noir et blanc, en version restaurée 2K. Il a reçu le prix de la critique à la Mostra de Venise en 1963 et après sa sortie en France, deux ans plus tard, celui de l'Académie Française de l'Humour Noir en 1965.

Il s'agit d'un très grand film parce qu’il est l’expression même d’une magnifique réflexion sur l’humanité, sur la peine de mort, mais aussi sur la notion de choix. On a le choix de faire ou de ne pas faire quelque chose. C'est ce qui arrive au personnage central, fossoyeur qui va devenir bourreau malgré lui. Il est joué par Nino Manfredi, immense acteur italien, car ce film est une coproduction hispano-italienne.

Le film parle donc de la peine de mort. Il n’y a pas de bonne peine de mort mais vous allez voir qu’en Espagne, à cette époque, la méthode utilisée est celle du garrot, une façon de faire médiévale d’une pure barbarie. Il faut rappeler que le film a été tourné à l’époque de la dictature franquiste. Or c'est Franco qui a rétabli la peine de mort dans le code criminel [sous la IIe République, elle n'était utilisée que pour les crimes de terrorisme et de banditisme] et le garrot a été utilisé majoritairement pendant sa dictature.

Mais le film va au-delà du combat abolitionniste contre la peine de mort qui était encore en usage à l'époque en France aussi. [Elle a été abolie en Espagne en temps de paix avec la Constitution de 1978, puis définitivement en 1995, et en France avec la loi Badinter de 1981.] Ce qui fait sa grande valeur c'est sa construction et le soin porté aux images et aux plans. Le cinéaste y est très attentif. Il fait également très attention au choix des lieux. Les doutes et les hésitations permanents du personnage principal sont concrétisés dans le film par le fait qu’il ne cesse de croiser des portes. À chaque fois, il se demande s'il doit entrer ou pas dans la pièce et sa décision va l'engager bien plus qu'un simple passage d'une pièce à une autre.

Il y aurait aussi beaucoup de choses à dire sur les films réalisés sous les dictatures. Souvenez-vous par exemple de Carlos Saura en Espagne ou d'Angelopoulos en Grèce. La création artistique sous la contrainte a une forme très particulère. Il ne s’agit pas, bien sûr, de faire l’éloge de la dictature mais un exemple très récent vient de nous prouver, malheureusement, que les choses perdurent dans la vraie vie comme au cinéma. Le film de Mohammad Rasoulof, Le diable n’existe pas, Ours d’or à Berlin en 2020 évoque aussi un bourreau. Il est étonnant de voir comment, au-delà du temps qui passe (1963-2022) les choses persistent : l'Espagne franquiste, l'Iran des Mollahs, la peine de mort, les gens qui doutent, qui doivent faire quelque chose qui heurte profondément leur humanité. Rasoulof est actuellement en prison : il paye sa liberté d’expression, comme beaucoup de cinéastes en ce moment à travers le monde. Je tenais à faire ce pont entre hier et aujourd'hui, entre ces deux films, celui de Berlanga tourné dans l’Espagne franquiste des années 1960 et celui de Rasoulof tourné en 2020 en Iran. Car c’est ainsi que les grands classiques en noir et blanc sont d’abord de grands films.

 

Pour citer cette ressource :

"«Le Bourreau» (1963) de Luis García Berlanga présenté par Laurent Delmas", La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), novembre 2022. Consulté le 02/12/2022. URL: http://cle.ens-lyon.fr/espagnol/arts/cinema/le-bourreau-1963-de-luis-garcia-berlanga-presente-par-laurent-delmas

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