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Il n'y a pas que des cèdres au Liban

Par Jean-Luc A. Fournier
Publié par Salam Diab Duranton le 24/01/2008
Photographier la personne avec son arbre, ou à son emplacement s'il a disparu, recueillir l'histoire qui la lie à cet arbre, donc passeur d'histoire, histoire d'enfance, d'amour, de vie et de mort, de tradition et de mythologie, de politique et de symbole...

Ma première rencontre avec le Liban eut lieu en janvier 2000. Professeur à l'Ecole Nationale Supérieure de la Photographie, c'est un échange pédagogique qui me permit cette rencontre avec un pays dont la complexité m'apparut évidente. D'autres échanges suivirent et chaque séjour me persuadait un peu plus de l'intérêt que j'y portais. À chaque retour en France, je m'obligeais à défendre une image du Liban si éloignée de celle d'Épinal : "La Suisse du Moyen-Orient, la guerre, les cèdres, le pays du cèdre, l'emblème du pays : le cèdre ..." et je répondais invariablement à mes amis :

Non ! Non ! Il n'y a pas que des cèdres au Liban.

L'idée du titre et du travail était née.

Je pris donc comme prétexte, pour mieux connaître le pays et pour mieux le raconter à ma manière, les arbres, ou plutôt l'arbre que les gens voudraient bien me présenter.

J'avais précédemment mené chez moi, dans mon jardin, un travail qui consistait à faire venir au pied d'un eucalyptus, que j'avais planté vingt ans plus tôt, des gens d'un jour ou de toujours et de les photographier tous dans le même cadre mais avec des propositions pour chaque personne différentes. Ce travail avait duré quatre ans.

L'inversion de cette démarche me parut évidente.

Photographier la personne avec son arbre, ou à son emplacement s'il a disparu, recueillir l'histoire qui la lie à cet arbre, donc passeur d'histoire, histoire d'enfance, d'amour, de vie et de mort, de tradition et de mythologie, de politique et de symbole...

De 2001 à 2003, j'ai donc rencontré, par petites annonces, connaissances diverses, bouche à oreille, 38 personnes qui ont bien voulu me raconter leur histoire et m'amener au pied de leur arbre ou de ce qu'il en restait. Ces personnes, de la petite enfance à un âge très avancé, du plus pauvre au plus aisé, de toute communauté sociale ou religieuse, du plus au nord au plus au sud du pays, ont partagé avec moi une partie de leur vie, de leur passé, de leur espoir.

38 images ont correspondu à une complétude de mon projet de départ. Je n'ai donc pas prolongé cette mise en œuvre même si beaucoup de demandes ont continué d'affluer vers moi.

Le travail a été réuni dans une exposition à Beyrouth, au Centre Culturel Français en février 2004. Cette exposition a, par la suite, fait le tour du Liban. Elle a été accompagnée d'une publication aux éditions Tamyras de Beyrouth.

En 2004 et 2005, je suis retourné plusieurs fois au Liban. Mon histoire et sa conclusion me laissaient un goût amer, un sentiment d'inachevé.
Début 2006, je conçus l'idée de retrouver les 38 personnes et de recueillir auprès d'eux les changements visuels et mentaux autour de ces fameux arbres.

Hélas, la guerre monstrueuse de l'été 2006 retarda dramatiquement ce projet. Cette guerre, ayant balayé tout le pays, ne fit que renforcer mon projet de retrouver toutes ces personnes. Le poids humain, mais aussi social et politique ne pouvait que transparaître dans cette approche si particulière que j'avais mise en œuvre dans ce rapport entre l'homme et la nature.

Et c'est ce qui se passa.

Jean-Luc A. Fournier, janvier 2008

jlafournier@hotmail.com

 
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Pour citer cette ressource :

Jean-Luc A. Fournier, "Il n'y a pas que des cèdres au Liban", La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), janvier 2008. Consulté le 23/10/2018. URL: http://cle.ens-lyon.fr/arabe/arts/arts-plastiques/photographie/il-n-y-a-pas-que-des-cedres-au-liban