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Propositions pour une meilleure maîtrise des langues vivantes étrangères: oser dire le nouveau monde

Publié par Cécilia Fernandez le 26/10/2018
Ce rapport remis le 12 septembre 2018 au Ministère de l’Éducation nationale a été rédigé par Chantal Manes-Bonnisseau, inspectrice générale d'anglais, et Alex Taylor, journaliste. Il établit un bilan du plan de rénovation des langues avant de faire des recommandations pour une politique des langues plus efficace et un réaménagement des enseignements.

Ce rapport, remis le 12 septembre 2018 au Ministère de l’Éducation nationale, a été rédigé par Chantal Manes-Bonnisseau, enseignante pendant 15 ans puis inspectrice générale d'anglais, et Alex Taylor, journaliste. Il se décline en trois parties: les auteurs commencent par établir un bilan du plan de rénovation des langues vivantes (p. 6) puis livrent leurs réflexions pour une politique des langues plus efficace (p. 22) avant de faire des propositions pour un réaménagement et une dynamisation des enseignements, tout en soulignant l'importance de redonner confiance aux élèves (p. 49). Vous trouverez ci-dessous des extraits des recommandations faites dans le rapport, qui est consultable dans son intégralité sur le site du Ministère sous le lien suivant: http://cache.media.education.gouv.fr/file/Racine/33/4/propositions_meilleure_maitrise_langues_vivantes_998334.pdf.

Bilan du plan de rénovation des langues vivantes

Le plan de rénovation de l'enseignement des langues vivantes a été mis en place en 2006 (p.6).

Cette réforme a eu de nombreux effets fondateurs, dont

  • l'affirmation de la volonté de mener une politique favorable au plurilinguisme avec l'apprentissage de deux LV
  • l'affranchissement du modèle idéal et inaccessible d'un locuteur natif au profit de la capacité à communiquer de manière efficace

Depuis 2016, l'apprentissage d'une première LV débute en CP, celui d'une deuxième LV en 5eme.

Depuis cette réforme, on assiste à une démarche dite interlangue: harmonisation des pratiques d'enseignement entre toutes les langues (programmes communs, thématiques larges). La langue est considérée comme un moyen de servir une cause plus vaste, celle de la formation de futurs citoyens plurilingues (d'où l'adossement au CECRL), propres à porter les valeurs d'une Europe unie et démocratique. Il ne faut pas pour autant que cette démarche d'harmonisation prenne le pas sur l'enseignement des spécificités linguistiques et culturelles de chaque langue: les deux perspectives doivent s'équilibrer.

Les constats et les recommandations de l'inspection (p. 18):

  • l’approche pédagogique dite actionnelle a eu deux effets jugés bénéfiques, d’une part en instituant un apprentissage par la pratique de la langue, d’autre part, en augmentant la motivation des élèves qui perçoivent mieux les objectifs des cours, rendus plus explicites par la déclinaison en plusieurs activités langagières ;
  • la mise en activités des élèves a pu conduire à quelques dérives en devenant l’unique enjeu du cours de langue, une fin en soi, au détriment de la finalité première d’apprentissage de la langue, d’un travail ambitieux de fond sur les documents abordés, et de l’acquisition d’une connaissance plus ou moins approfondie de la culture de l’aire linguistique étudiée ;
  • la finalité opérationnelle du cours de langue a pu donner lieu à une interprétation trop limitative qui a parfois conduit à se contenter de productions d’élèves simplifiées, souvent répétitives, peu exigeantes et peu ambitieuses ;
  • la construction d’une solide compétence de communication passe nécessairement par l’acquisition de contenus et d’outils linguistiques et culturels.

Pour une politique plus efficace des langues

Scientifiques et responsables européens s'accordent sur l'importance du multilinguisme, les langues n'entrant pas en concurrence les unes avec les autres mais s'enrichissant mutuellement (p. 22-23).

Mais l'on constate la très forte domination de l'anglais à un niveau européen de l'enseignement des langues (p. 25). L'anglais est obligatoire dans environ la moitié des pays européens et l'étude de deux langues étrangères est une possibilité mais pas une obligation dans de nombreux pays (Espagne, grande partie de l'Allemagne, Slovénie, Suède, Norvège...).

En France, la question de la place de l'anglais dans le système éducatif reste délicate (p. 25-27). Néanmoins, étant donné son statut de langue d'échanges internationaux, les auteurs préconisent de l'inscrire comme langue obligatoire dans le parcours de tous les élèves, en LV1 ou LV2. (Dans la pratique, la quasi-totalité des élèves français étudient l'anglais au cours de leur scolarité). En revanche, il serait inutile, voire contre-productif de l'imposer en LV1 ou unique.

Autre recommendation: augmenter le niveau attendu des élèves en anglais oral à la fin des cycles 3 et 4: donner la priorité aux activités orales en anglais et fixer des niveaux attendus plus élevés (p. 29).

La France compte 56 892 enseignants de langues vivantes étrangères en 2016, dont 81 % sont des femmes et dont l’âge moyen est de 43 ans. Ce sont des enseignants passionnés par leur matière et qui tirent beaucoup de satisfaction du contact avec les élèves. Mais ils sont aussi davantage concernés par le malaise enseignant que leurs collègues. (p. 30) D'où les recommandations suivantes:

  • Premier et second degré: Intégrer dans le parcours de formation des enseignants du premier degré et de disciplines dites non linguistiques une période de mobilité dans le pays de la langue étudiée. Pour les spécialistes de langues étrangères, encourager et faciliter un temps d’immersion dans le pays de la langue étudiée d’au moins un semestre, idéalement d’une année (p. 31).
  • Premier degré: Évaluer les compétences des professeurs des écoles en langue au concours de recrutement, en anglais, allemand et espagnol et italien. Le concours actuel ne comporte pas d'épreuve de langue vivante. Nécessité d'un renforcement de la formation initiale en amont (p. 32).
  • Premier degré: Mettre en place un plan de montée en charge des compétences des professeurs des écoles sur cinq années, en développant notamment le recours aux locuteurs natifs formés à la pédagogie (p. 34).
  • Second degré: Valoriser les compétences en langue au concours du second degré dans les disciplines dites non linguistiques par une épreuve optionnelle au Capes (p. 36).
  • Premier degré: Mieux guider les enseignants du premier degré en leur indiquant ce qui est attendu des élèves, avec des repères de progression annuels. Construire la continuité école-collège dans le cadre de l’école du socle, faire travailler ensemble les enseignants du premier degré et du collège (p. 37).
  • Second degré: Prendre en considération la demande des enseignants de plafonner les effectifs à 20 élèves en terminale (p. 38).
  • Second degré: Mettre à profit les nouveaux programmes de lycée pour préciser les objectifs et les contenus des enseignements. Adapter les contenus linguistiques et culturels aux trois parcours différenciés en langues : les enseignements communs, les enseignements de spécialité et les parcours internationaux (p. 40). Des recommandations sont données en détail pour les trois parcours.
  • Second degré: Réhabiliter l'enseignement de la langue: ne plus avoir peur de la grammaire (p. 44) ! Certes, pratiquer l'expression orale dans les cours mais consolider à la fin de chaque cours les éléments appris par écrit et de manière structurée.
  • Premier et second degrés: Rompre la solitude du professeur dans la classe : encourager le travail en réseaux ; lever les obstacles aux échanges européens entre enseignants (p. 45).
  • Premier et second degrés: Créer un coordonnateur des langues dans les établissements et rapprocher la formation continue des besoins des enseignants (p. 46).
  • Premier et second degrés: Impulser les innovations et valoriser les expérimentations qui fonctionnent : écrire des livres et des poèmes, créer des clubs de théâtre, préparer des débats, organiser des concours de chants ou d’improvisation, faire venir dans l’école des spécialistes de sujets scientifiques, techniques, ainsi que des auteurs, à l’instar des nombreuses initiatives existantes qui méritent d’être mieux connues et partagées (p. 46). Exemples concrets d'initiatives (applications comme Tandem, par exemple).

Réaménager et dynamiser les enseignements, donner confiance aux élèves

Autres recommandations:

  • Commencer l'apprentissage au primaire le plus tôt possible. C'est entre 10 et 12 ans que l'enfant perd la capacité d'apprendre une langue de façon maternelle (p. 49). De nouvelles recherches font part de découvertes intéressantes et inattendues. En Sarre, on a établi qu’il y a un ordre plus performant dans l’apprentissage des langues vivantes. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il est plus efficace d’apprendre d’abord une langue très contrastée avec sa propre langue maternelle, avant d’entamer une troisième langue. Il vaut mieux que les jeunes allemands suivent l’ordre : allemand-français-anglais plutôt que allemand-anglais-français.
  • Dès le primaire, et particulièrement en anglais, travailler la musicalité, la phonologie et l’accentuation de la langue (p. 50).
  • En primaire et au collège, réaménager les horaires pour des séances moins denses mais plus fréquentes : 15 à 20 minutes par jour dans le premier degré, cinq séances de 45 minutes en sixième ; à partir de la cinquième, quatre séances hebdomadaires de 45 minutes en langue vivante 1. Aligner autant que possible les horaires de langue vivante 2 sur ce schéma. Cela favoriserait la démarche "spiralaire" d'apprentissage (p. 51-52).
  • Au lycée, prolonger les heures de cours par des activités d’exposition à la langue : théâtre, échanges linguistiques, chorale et stages intensifs (p. 53).
  • Développer l'enseignement de disciplines non linguistiques en langue étrangère à tous les niveaux (p. 53 à 55). Exemples d'expériences réussies en Savoie, à Madrid, en Sarre.
  • Délivrer une attestation de niveau au baccalauréat. Développer les certifications. Exploiter les résultats des évaluations pour mieux piloter la discipline (p. 56). La France est le seul pays où les élèves n'osent pas parler de peur de faire des fautes. C'est dû au système de notation sur 20, peut-être adapté pour les autres disciplines mais pas pour les langues, qui sanctionne et punit. N'encourage pas la prise de risque et entraîne le découragement des élèves.
  • Délivrer une attestation de langues au baccalauréat : la première mesure utile serait de mettre à profit la réforme du baccalauréat pour introduire une modification du format des épreuves et de leur mode d’évaluation afin de donner à chaque élève, en plus de la note indispensable au calcul de sa moyenne au baccalauréat, une indication sur son niveau de langue sur l’échelle du CECRL à la sortie de sa scolarité. Idéalement, une attestation de niveau de langue pourrait lui être délivrée avec le baccalauréat (p. 58). Ce type de positionnement serait aussi utile à la fin des cycles 3 et 4 ou au début des cycles suivants.
  • Développer les certifications en langues étrangères à reconnaissance internationale pour valoriser certains parcours (p. 58)
  • Développer les échanges avec les locuteurs natifs : réels et virtuels Erasmus+/e-Twinning. Créer un trimestre d’études en Europe dans un établissement partenaire pour les élèves du secondaire (p. 59).
  • Labelliser les établissements particulièrement ouverts sur l’Europe et les langues (p. 60).
  • Encourager les partenariats avec les médias et l’usage des outils numériques (p. 61). Exemple d'Educ'Arte.
Pour citer cette ressource :

"Propositions pour une meilleure maîtrise des langues vivantes étrangères: oser dire le nouveau monde", La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), octobre 2018. Consulté le 21/11/2018. URL: http://cle.ens-lyon.fr/allemand/se-former/programmes-denseignement/propositions-pour-une-meilleure-maitrise-des-langues-vivantes-etrangeres-oser-dire-le-nouveau-monde