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Publié par Alison Carton-Kozak le 21/05/2014

« Italie – Femmes : littérature et société »

 

 

Le dossier présenté sur le site est une réélaboration du contenu de la formation « La femme dans la société et la littérature » dispensée dans le cadre le PAF (Plan Académique de Formation) le 1er avril 2016 à Lyon par Alison Carton-Vincent

 

Introduction

            Il convient de partir des différents éléments de l’intitulé choisi pour ce dossier. Le choix de la forme « femmes » au pluriel place d’emblée notre analyse dans le refus d’un discours totalisant, abstrait sur le féminin, sur ce que serait « la femme » et par extension son écriture. Nous choisissons de parler « des femmes », comme dans l’expression « histoire des femmes » par exemple. On entrevoit ainsi l’un des premiers écueils à éviter lorsqu’on aborde la question féminine, celui d’une définition naturalisante, souvent caricaturale.

            La deuxième partie du titre, « société et littérature », est également à interroger. Si le dossier propose effectivement un panorama historique de la place des femmes dans la société italienne de la fin du XIXe siècle à nos jours et différents cas de création littéraire au féminin, il faut garder à l’esprit que les productions artistiques ne sont jamais abstraites de leur contexte d’écriture, qu’elles naissent dans un cadre socio-historique particulier qui les influence, que ce soit parce qu’elles en reflètent une image fidèle ou parce qu’au contraire elles le critiquent. Mieux, les œuvres littéraires peuvent avoir un impact sur le contexte, en suggérant de nouvelles pistes dans les débats politiques, en fournissant par exemple des modèles, même fictifs, de femmes émancipées, contribuant ainsi à l’évolution des représentations et des mentalités. Texte et contexte, en particulier sur la question de la littérature féminine, entretiennent un rapport d’interdépendance, d’influence réciproque.

            Consacré au domaine italien, le dossier est composé de deux parties, correspondant à deux des périodes centrales de l’histoire contemporaine des femmes.

            Le tournant du XIXe et du XXe d’abord, correspond à un premier moment d’émancipation féminine, marqué par ce qu’il est convenu d’appeler le « féminisme historique » (femminismo storico). Nous nous traiterons pour cette période d’un roman de Sibilla Aleramo, Una donna, publié en 1906, considéré comme le premier grand roman féministe italien.

            La période allant des années 60 à nos jours, marquée quant à elle une période de luttes de ce qu’on a appelé le « néoféminisme » ou « féminisme de seconde vague » (femminismo di seconda ondata) et le postféminisme (considéré par certaines historiennes italiennes comme un femminismo diffuso). Nous nous centrerons pour l’aspect littéraire de cette période sur le roman Donna in guerra de Dacia Maraini publié en 1975, véritable roman à thèse féministe, dans lequel convergent de nombreux thèmes féministes contemporains.

Première partie : le tournant des XIXe et XXe siècles

  1. Cadre historique et culturel
  2. Etude de cas : Una donna, Sibilla Aleramo (1906)

Deuxième partie : des années 60 à nos jours

            2.1. Cadre historique et culturel

            2.2. Etude de cas : Donna in guerra, Dacia Maraini (1975)

 

PREMIERE PARTIE : le tournant des XIXe XXe siècles

A) Cadre historique et culturel

1. Etre une femme en Italie au début du XXe siècle

            Il s’agit moment de transition entre deux périodes historiographiques, le XIXe et le XXe siècle. En effet, les historien/ne/s considèrent souvent que le XIXe siècle s’ouvre avec la Révolution Française de 1789 et s’achève seulement en 1914 avec le début de la Première Guerre Mondiale. L’Italie n’est donc pas encore tout à fait entrée dans le XXe siècle mais elle est néanmoins marquée par de grands changements politiques, économiques et culturels.

            Du point de vue de l’Histoire des femmes, l’Italie vit également un moment de transition : les femmes italiennes ont gagné certaines libertés, ainsi qu’une conscience politique ; mais leurs droits politiques, civiques et privés ne sont pas encore acquis. Les mouvements émancipationnistes sont très actifs mais les avancées restent rares.

            L’année de publication de Una donna, 1906, l’œuvre majeure de ce premier féminisme, est une année fondamentale pour l’Histoire des femmes italiennes avant la Grande Guerre.

> Tout d’abord, la question du travail des femmes évolue avec la création d’une organisation syndicale, la Confederazione Generale del Lavoro, le 29 septembre à Milan.

> D’autre part, la question du droit de vote des femmes connaît plusieurs avancées :

- avec la tenue du Ier Congrès Socialiste Féminin à Rome, le 9 septembre, sous la direction d’Angelica Balabanoff (directrice de la revue pro-suffrage féminin Su, compagne)

- avec la diffusion de la question du vote dans les milieux plus populaires, qui aboutit à la création de comités en faveur du suffrage des femmes

- avec l’appel de Maria Montessori placardé dans les rues romaines qui enjoint les femmes à s’engager dans la vie politique en s’inscrivant sur les listes électorales

- avec la présentation par Anna Maria Mozzoni au Parlement d’une nouvelle pétition pour le droit des femmes (après celle déjà proposée en 1877).

>> La question du suffrage féminin date en effet de la fin de l’Ottocento, lorsque les suffragettes italiennes entament la lutte pour l’obtention du droit de vote. En 1900, lors du VIe Congrès Socialiste, Anna Kuliscioff demande le suffrage universel. Mais le combat pour le vote ne concerne alors qu’une minorité de femmes, « una élite di donne colte e per lo più di classe borghese ».

Quelques années plus tard, le thème commence donc à être plus populaire auprès des femmes. Mais « l’ensemble des pays latins, de tradition catholique, se montr[e] particulièrement opposé à la reconnaissance de droits politiques aux femmes ». Le refus d’accorder ces droits politiques se voit alors justifié par un discours aristotélicien selon lequel les femmes seraient par nature incapables de maîtriser leur droit de vote, étant psychologiquement et physiologiquement immatures.

            Outre la question du suffrage, l’éducation des filles est au cœur des préoccupations de ce début de siècle : tandis que leurs mères entrent massivement sur le marché du travail avec l’industrialisation massive du pays, les filles des familles les plus pauvres s’occupent à la maison de l’éducation des plus jeunes ou se voient placées par leurs parents au service domestique de familles aisées. En 1904, l’âge légal d’obligation de scolarité est porté à douze ans pour tous. Mais l’application de la loi ne semble pas immédiatement effective.

            Parallèlement à l’augmentation (théorique) de l’âge de scolarisation, le monde de l’école est bouleversé par l’arrivée massive de femmes dans le corps enseignant où elles deviennent rapidement majoritaires. Les institutrices représentent alors une base importante pour les mouvements émancipationnistes italiens, avec pour figure de proue Emilia Mariani. Institutrice socialiste, elle participe à la rédaction de La donna, l’une des premières revues féministes, avant de fonder en 1899 à Milan la revue L’Italia femminile (dont la direction sera reprise par Sibilla Aleramo).

            Enfin, il faut revenir sur la question des droits familiaux. L’Italie, au début du XXe siècle, est régie par le Code Civil de 1865. Le juriste Luigi Brigida caractérise ainsi ce texte :

ETende ad affermare i contenuti di una società borghese, industriale, laica e libertaria; società dove lo Stato è caratterizzato dall’autoritarismo e dove, anche nella famiglia, si tende ad imporre una sorta di autoritarismo, esercitato dal marito e padre ; il tutto all’insegna di una famiglia forte in uno Stato forte.

La loi confère donc aux hommes la possibilité « autoritaire » de régir la vie de leurs épouses et de leurs enfants, tout comme l’Etat tend à régir la leur. Les femmes ont un statut de mineures dont les actes sont subordonnés au bon vouloir du « chef de famille ». Les restrictions des droits des femmes sont nombreuses : dans l’article « Storia dell’emancipazione femminile in Italia », l’historienne Valentina Piattelli résume en quelques lignes les principales entraves à la liberté des femmes contenues dans le Code Civil :

Nel Codice di Famiglia del 1865 le donne non avevano il diritto di esercitare la tutela sui figli legittimi, né tanto meno quello ad essere ammesse ai pubblici uffici. Le donne, se sposate, non potevano gestire i soldi guadagnati con il proprio lavoro, perché ciò spettava al marito. Alle donne veniva ancora chiesta l’ « autorizzazione maritale » per donare, alienare beni immobili, sottoporli a ipoteca, contrarre mutui, cedere o riscuotere capitali, né potevano transigere o stare in giudizio relativamente a tali atti. Tale autorizzazione era necessaria anche per ottenere la separazione legale. L’articolo 486 del Codice Penale prevedeva una pena detentiva da tre mesi a due anni per la donna adultera, mentre puniva il marito solo in caso di concubinato.

Le texte de loi restreint donc les droits des femmes au niveau du couple et de la famille (droits sur les enfants, droit de séparation ...), mais aussi au niveau des biens (successions, emprunts, gestion de ses propres revenus) et de l’activité professionnelle.

            L’Italie connaît donc à cette période un climat d’effervescence et de lutte pour l’émancipation marqué par une véritable «crisi femminile ». Comme le rappelle l’historienne Annarita Buttafuoco, il faut comprendre cette expression dans un sens plus psychologique que socio-politique : la « crisi femminile » serait avant tout l’expression d’un «disagio psicologico» pour les femmes de l’époque. En effet, les changements nés de la modernité remettent en question la figure féminine et son rôle dans la société : qui est donc la « donna nuova » (selon l’expression consacrée de l’époque) ? La réponse n’est pas univoque puisque cette figure de « donna nuova » est relative, selon la personne qui la définit – et selon ses valeurs, plutôt féministes ou plutôt conservatrices.

            Etre une femme en Italie à l’aube du XXe siècle correspond donc selon le statut social, mais aussi selon les zones géographiques, à des réalités très différentes. Néanmoins, le point commun de toutes les femmes de l’époque reste leur « minorité » juridique, qui en fait des individus soumis à la volonté masculine. Pour autant, la question de l’identité féminine n’est pas figée puisque le thème du statut des femmes reste l’objet de vifs débats politiques et culturels, dans lesquels se mêlent conceptions traditionnelles et conceptions modernes des genres sexués.

 

2. Etre une femme-auteure

            Le tournant entre XIXe et XXe siècle est caractérisé sur le plan culturel par la publication massive d’œuvres écrites par des femmes. Dès cette période, la conscience de l’importance de cette production féminine est vive, comme le souligne Antonia Arslan dans son article sur les intellectuelles italiennes de l’entre-deux siècles :

E’ un’« infinita schiera di novellatrici » e di intellettuali, di giornaliste, di appendiciste e di poetesse, di educatrici, di favoliste e di scrittrici per l’infanzia, che costituiscono quella galassia sommersa, dai contorni è vero incerti e un po’ ambigui ma dall’indubbio spessore quantitativo e anche qualitativo, che era percepita dai contemporanei come uno dei fenomeni più importanti dell’Italia umbertina.

            La production féminine prend des formes multiples, notamment celle de l’écriture journalistique. Elle trouve son lieu d’expression dans les nombreuses revues et gazettes féminines de l’époque, dont les sièges rédactionnels sont répartis en deux centres culturels principaux : Milan et Rome.

> Ainsi, à Milan, « capitale culturale della nazione » avec ses nombreuses revues et ses initiatives culturelles et éditoriales dont les femmes sont partie prenante selon Marina Zancan, l’exemple le plus édifiant est l’Italia femminile. Corriere delle donne italiane (que nous avons déjà mentionné). Fondée en janvier 1899 par Emilia Mariani, cette revue a «l’ambizione di rappresentare l’opinione pubblica femminile progressista ».

> Rome représente le second pôle intellectuel de la péninsule. Bien que les femmes y soient moins bien intégrées dans la vie culturelle qu’à Milan, l’activité journalistique constitue là encore un moyen d’expression privilégié et accueille les plumes de Matilde Serao, Neera, Ada Negri, Grazia Deledda, Marchesa Colombi et Contessa Lara.

           

            D’un point de vue social, être une femme-auteure au début du XXe siècle signifie désormais avoir un véritable statut, reconnu et légitime :

La letteratura femminile era infatti seguita con attenzione proprio perché giocava un suo ruolo, [...] come legittimo intervento di analisi e di denuncia sociale, operato da donne per cui la scrittura era diventata uno status professionale, e sulle quali l’interesse dei contemporanei si appuntava, anche considerandole in sé come personaggi pubblici, su cui riflettere e di cui discutere: esse in sostanza costituivano una « categoria sociale » a sé, con ben definite peculiarità e caratteristiche[1]

La professionnalisation de la pratique d’écriture confère désormais aux femmes-auteures une place particulière dans la société. Elles deviennent des figures célèbres, symbolisant autant de figures de « donne nuove ».

            Les rapports entre ces femmes-auteures ne se limitent pas à des relations d’adhésion intellectuelle à des idées communes. Au contraire, la polémique prend une place importante dans ces réseaux intellectuels féminins, par le biais d’articles de presse notamment. La confrontation la plus célèbre est sans doute celle qui a opposé Sibilla Aleramo à la romancière Neera. En avril 1899, Neera publie dans le Corriere della sera un article dans lequel elle fait part de sa position anti-féministe que l’on peut résumer ainsi, en suivant Rita Guerricchio :

Si può dire che la sua opinione sembrava rifarsi a quella di George Sand, che credeva in una missione educatrice della donna, cioè nei suoi doveri sociali, ma da svolgersi solo all’interno del nucleo familiare, delle relazioni personali.

Quelques jours plus tard, par article interposé, Sibilla Aleramo reprend point par point les arguments de Neera, défendant ainsi les positions féministes dont elle se veut la représentante. La polémique ne s’arrête pas là, puisque deux ans plus tard, Sibilla s’en prend de nouveau aux écrits de Neera dans l’article «Il problema sentimentale-sociale in due recenti libri di donna » : Sibilla reproche à Neera – ainsi qu’à Gemma Ferruggia – de mettre constamment en avant dans ses récits l’idée d’un sentimentalisme propre aux femmes, et de donner une image caricaturale des femmes. Elle y exprime aussi une idée qui reviendra régulièrement tout au long de ses écrits, celle du rôle d’édification que doit jouer selon elle la littérature. Si la littérature a un impact sur le lectorat, on ne peut donc pas véhiculer n’importe quelle image des femmes, sous peine que celles-ci se mettent à l’imiter même inconsciemment. A travers cette polémique, c’est le conditionnement culturel de la position d’infériorité des femmes que dénonce la future auteure de Una donna.

            Le panorama littéraire féminin italien n’est donc pas uniforme. Etre une femme- auteure prend un sens différent selon que celle qui écrit rejette ou adhère au mouvement d’émancipation des femmes et selon l’image que l’auteure veut donner de la « donna nuova ».

            Pour une femme, écrire au début du XXe siècle représente donc une véritable activité professionnelle. Les écrits féminins sont multiples et reflètent les débats sur la condition féminine nés des mouvements d’émancipation. Pourtant, au sein des réseaux d’intellectuelles, écriture féminine ne rime pas forcément avec écriture féministe: parmi les auteures les plus célèbres, nombreuses sont celles qui déclarent ouvertement leur opposition aux luttes féministes. La figure de la «donna nuova» s’affranchissant des carcans sociaux pour atteindre le bonheur que Una donna met en scène ne correspond pas aux héroïnes traditionnelles des récits féminins. En ce sens, il faut reconnaître au premier ouvrage de Sibilla Aleramo dont nous parlerons maintenant un caractère original dans le panorama littéraire féminin de l’époque.

 

 

 

B) Etude de cas : Una donna, Sibilla Aleramo (1906)

1. Présentation de l’auteure et du texte

            Una donna : le titre est un peu mystérieux. Qui est donc cette « femme » ? C’est ce que l’auteure, Sibilla Aleramo, se propose de raconter dans cet ouvrage publié pour la première fois en 1906. En réalité, il ne s’agit pas seulement de raconter l’histoire d’une femme mais plutôt pour une femme de raconter son histoire.

            En effet, c’est sa vie que Rina Faccio, plus connue sous le pseudonyme de Sibilla Aleramo, retrace dans ce « roman ». Née en 1876 à Alexandrie, dans le Piémont, la jeune Rina passe son enfance à Milan. Elle y reçoit une éducation originale, athée et positiviste, sous la tutelle de son père Ambrogio. La famille s’installe ensuite dans les Marches, à Portocivitanova, où Ambrogio devient directeur d’une verrerie. Rina a alors quatorze ans et devient la comptable de son père. C’est dans l’entreprise familiale que la jeune fille vit en 1892 une expérience traumatisante qui réapparaîtra à plusieurs reprises dans son œuvre : elle est violée par un employé, avec lequel elle se marie l’année suivante. Elle devient mère à dix-neuf ans et noue avec son fils un lien fusionnel qui sera au centre du récit dans Una donna. Le mariage est un échec et Rina décide en février 1902 de quitter le domicile conjugal, mais également son fils dont elle ne parvient pas à obtenir la garde.

            Hébergée par sa sœur à Rome, Rina commence presque aussitôt la rédaction du livre, dont la version définitive ne paraîtra que quatre ans plus tard. Déjà connue pour ses travaux de journaliste (entre autres pour ses articles dans la revue L’Italia femminile, qu’elle dirige à partir de 1899), l’auteure signe pour la première fois sous le nom de Sibilla Aleramo. Dès sa parution, l’ouvrage connaît un grand succès, en Italie comme à l’étranger, et suscite l’admiration des plus grands intellectuel/le/s de l’époque (Gorki, Anatole France ou encore Ada Negri ont fait l’éloge de Una donna) mais aussi le rejet d’une partie de la critique (y compris de la part de certaines féministes, à commencer par son amie Ersilia Majno).

2. Extrait p. 145

            Distribution d’un extrait. Contexte : on vient d’apprendre que le projet d’abandon du foyer est renforcé par la découverte par la jeune femme d’une lettre rédigée par sa mère, mais que cette dernière n’avait jamais envoyé. La protagoniste y apprend qu’alors qu’elle était enfant, sa mère avait envisagé de quitter la maison, mais qu’elle était finalement restée par crainte que ses enfants lui reprochent son départ. Le récit de cette découverte est suivi dans le texte d’un moment réflexif sur la maternité.

> proposer une lecture seul puis un travail d’analyse en binome pour mettre au jour les principaux éléments du texte au regard de ce que nous venons de voir. En quoi est-il typique de la période ?

Elements d’analyse : voir 2 pages de notes

DEUXIEME PARTIE : des années 60 à nos jours

A) Cadre historique et culturel

1. Histoire des femmes et féminisme

a) Quelques rappels historiques

            Tout au long de cette période, la situation des femmes italiennes a connu de nombreuses évolutions juridiques et sociales, avec pour moment charnière les luttes d’émancipation des années 1970[2].

Au début des années 1960, les femmes italiennes ont certes obtenu le droit de vote après presque un siècle de bataille (loi du 1er février 1945) mais elles n’en restent pas moins des citoyennes aux droits effectifs limités. Au sortir de la période fasciste, une volonté de renouveau profite aux femmes. Le contenu de la Constitution Républicaine (22 décembre 1947) est une avancée majeure puisque celle-ci prévoit une égalité juridique sans distinction de sexe (article 3). Le droit de la famille est également revu et les époux sont désormais égaux devant la loi (article 29[3]), mettant ainsi fin à une discrimination historique issue du droit romain.

Mais cette égalité ne se réalise pas dans les faits puisque le Code Civil, datant de 1942, sanctionnant le principe de suprématie du chef de famille (le mari), seul à posséder l’autorité parentale, n’est pas encore réformé. D’autre part, si la Constitution établit l’égalité entre hommes et femmes dans le domaine du travail, celle-ci n’est pas effective en réalité et reste programmatique : certains métiers sont interdits aux femmes (magistrature, carrière militaire...) et l’égalité salariale n’est pas atteinte. Il faudra ainsi attendre 1963 pour que les femmes obtiennent l’accès à toutes les professions publiques, magistrature incluse.

Les droits familiaux et conjugaux évoluent de façon notable. Après des années de débat, le divorce est introduit par la loi du 1er décembre 1970. Catholiques et laïcs s’opposent sur la possibilité de mettre fin aux liens du mariage, les uns y voyant le début d’une crise de la famille, les autres la conséquence de celle-ci. Les pro-divorce obtiennent l’approbation de la loi, cinq ans après la proposition initiale de Loris Fortuna, député socialiste. Le 12 mai 1974 est organisé un référendum sur le divorce, afin de décider de l’abrogation ou non de la loi de 1970. Avec un taux de participation de 88,1 % des inscrit-e-s, 59,1 % des électeurs et électrices refusent l’abrogation (tandis que 40,9 % la souhaitent[4]) et le droit au divorce est maintenu en Italie.

Mais c’est surtout avec la réforme de 1975 que le droit familial est modernisé. Il s’agit notamment de faire concorder les principes d’égalité entre hommes et femmes inscrits dans la nouvelle constitution républicaine et le Code Civil. Plusieurs années de débats parlementaires aboutissent à la loi de réforme du droit de la famille du 19 mai 1975, qui prévoit entre autres changements la suppression du statut de « chef de famille » pour le mari, la possibilité pour l’épouse d’accoler son nom à celui de son mari, le partage de l’autorité parentale entre les deux parents, l’égalité entre les enfants naturels et les enfants légitimes.

Au-delà des droits juridiques, c’est du point de vue des droits privés que les femmes obtiennent les plus grandes victoires, en se réappropriant certains droits sur leur corps. La procréation et sa maîtrise sont bien évidemment l’enjeu majeur.

Il faut attendre février 1966 pour que la pilule contraceptive soit vendue en Italie – mais avec une restriction notable puisqu’elle n’est prescrite que pour « motifs thérapeutiques ». Ce n’est finalement qu’en 1972 que la pilule devient totalement légale en Italie (abrogation de l’article 553 du Code Pénal).

Pendant de nombreuses années, la légalisation de l’avortement reste au centre des débats publics, rythmés par des récits de faits divers de femmes mortes après un avortement clandestin, des manifestations pro et anti-avortement et de vifs discours dans toute la classe politique. La loi n° 194 sur l’interruption volontaire de grossesse est finalement approuvée en 1978, huit ans après la première tentative de proposition de projet de loi d’initiative populaire établie par le Movimento per la liberazione della donna à l’occasion de son premier congrès[5]. La question n’est toutefois pas encore réglée définitivement puisqu’en 1981, la société civile est appelée à se prononcer sur la question par le biais d’un référendum abrogatif, dont les résultats permettent néanmoins le maintien de la loi. Le débat est par ailleurs relancé en Italie depuis 2007-2008 et la loi 194 de nouveau remise en question.

Si pour des raisons de clarté et de synthèse j’ai fait le choix de les présenter jusqu’ici successivement, évolutions politiques et actions des mouvements d’émancipation sont intrinsèquement liées.

En effet, on assiste à cette période à la naissance du néo-féminisme, si l’on considère que le « Manifesto Pragmatico » de 1966 du DEMAU (Demistificazione autoritarismo) en constitue le premier manifeste[6].

La question des droits des femmes devient une question de société majeure dès les années 1960 : ainsi en 1967, l’hebdomadaire Noi donne propose par exemple à ses lectrices un référendum sur les lois les plus urgentes et obtient plus de 70 000 réponses faisant apparaître le droit au divorce et au contrôle des naissances comme la préoccupation majeure des femmes italiennes.

Issus de la contestation étudiante, les premiers groupes de femmes s’organisent et, en particulier grâce à la diffusion de la pratique d’auto-conscience qui permet aux participantes de partager leur expérience par petits groupes de discussion, posent les bases théoriques et stratégiques du féminisme, au premier rang desquelles la prise de conscience du caractère commun des problèmes individuels et la réflexion sur le conditionnement social des femmes.          Le féminisme italien connaît son apogée en 1974 avec les campagnes et les manifestations menées autour du référendum sur l’avortement et sur la réforme du droit de la famille. La décennie 1970 est également l’occasion d’importantes créations culturelles avec la naissance de nombreuses revues et l’émergence de lieux dédiés aux femmes (Librerie delle donne, Case delle Donne...).

            La fin des années 1970 représente une évolution importante du mouvement féministe italien qui passe des actions militantes et collectives, très visibles, à une diffusion plus intellectuelle, dans des associations, des groupes de recherche, des asociations de femmes contre la violence, des bibliothèques... Parmi les multiples causes de ce changement, le contexte économique et politique italien post Années de Plomb joue un rôle important, tout comme les avancées légales récemment obtenues qui, en estompant quelque peu les disparités entre hommes et femmes, font perdre au Mouvement son élan contestataire. L’Italie passe alors du féminisme historique politique à un féminisme qualifié de « diffus » :

Ci sembra questa una definizione efficace a rendere l’idea di come, essendo venuti a cadere i presupposti che definivano il Movimento femminista degli anni passati (capacità di mobilitazione collettiva, rete di collegamento tra i vari gruppi...), rimanga però un punto di riferimento ideologico a cui si richiamano molte donne[7].

Que l’on y voie le signe de son déclin ou au contraire celui de sa diffusion maximale, le féminisme italien prend alors une apparence plurielle et protéiforme, toujours visible aujourd’hui.

b. Historiographie de l’histoire des femmes et du genre

            Si les femmes sont, au même titre que les hommes, sujets et objets de l’histoire, l’histoire des femmes n’est une discipline historique autonome que depuis quelques dizaines d’années. En effet, son histoire s’écrit en parallèle de celle du féminisme et du développement

d’autres disciplines telles que l’histoire des mentalités, l’anthropologie culturelle ou la sociologie[8].

            C’est aux États-Unis que naissent les premières recherches universitaires de Women’s studies au début des années 1970. Elles arrivent rapidement en Europe[9] et donnent lieu en Italie à la création d’espaces dédiés à celles-ci, avec des revues comme DWF. Donna Woman Femme (1975), Memoria[10] (1981), et plus tard Genesis[11] (2002).

           

            L’historiographie de la discipline présente deux phases successives dans la péninsule[12].

> À ses débuts, l’histoire des femmes s’axe autour de recherches sur le corps féminin (sexualité, prostitution...), sur le travail des femmes (salarié et domestique) ou sur les lieux de sociabilité. Ces prémices ont constitué pour commencer une histoire « à côté » de l’histoire traditionnelle, une excroissance acceptée mais toujours « en dehors », dont le risque majeur est une certaine naturalisation de l’être-femme, un retour à une définition essentialiste de la féminité.  

> Dans une seconde phase, les recherches n’ont plus pour objet les femmes en tant que telles mais plutôt les interactions entre féminin et masculin, leurs lieux de rencontre ou de confrontation. C’est toute la discipline historique qui est alors transformée puisque le regard de l’historien-ne doit désormais prendre en compte les rapports sexués. Avec l’article fondateur de Joan Scott, « Genre : une catégorie utile d'analyse historique » (« Gender: a useful category of historical analysis[13] »), traduit en Italie en 1987, le genre (« gender ») devient alors un nouveau concept avec lequel penser l’histoire. Il s’agit désormais de penser l’historicité de l’identité féminine, mais aussi de l’identité masculine, d’analyser les systèmes de pensée qui définissent ces identités.

            La révolution épistémologique introduite par l’histoire des femmes tient d’autre part en grande partie dans la remise en question de l’apparente neutralité de la position de l’historien-ne, au profit d’une prise en compte de son identité sexuée. Elle revient également à reconsidérer de façon critique les connaissances historiques admises, en proposant notamment de nouvelles périodisations basées sur les rapports hommes-femmes. « Sans doute stimulée par sa faible légitimité, l’histoire des femmes s’est, à chaque étape de son développement, interrogée sur ses méthodes[14] » rappelle Françoise Thébaud, auteure d’un livre de référence sur l’historiographie de la discipline. Cela est particulièrement vrai en Italie où la réflexion sur le rapport entre sujet et objet, entre historien-ne et objet d’étude est centrale[15].

2) Histoires de femmes : femmes et littérature

a. La production féminine de l’après-guerre

            Histoire et littérature entretiennent des liens serrés puisque « sul piano della storia, al dominio sul corpo femminile, è corrisposto, oltre al controllo sociale esercitato sulle donne, il dominio sulle forme di rappresentazione dell’io: tra esse la letteratura[16] ». Il semble donc logique que la littérature dite « féminine » évolue également dans la seconde partie du XXe siècle, marquée par la chute du fascisme et de son contrôle particulier des femmes[17].

           

            Après la Seconde Guerre Mondiale et la Résistance, les auteures de la nouvelle génération qui avaient fourbi leurs premières armes dans l’entre-deux-guerres deviennent des figures centrales de la littérature italienne, parmi lesquelles Alba de Céspedes, Elsa Morante, Anna Maria Ortese, Natalia Ginzburg ou bien encore Lalla Romano. Le renouveau littéraire féminin se déploie sur plusieurs plans, que synthétise ainsi la critique Marina Zancan : « la definizione di un proprio punto di vista; la ridefinizione delle tematiche; la sperimentazione di nuove strutture narrative; la ricerca linguistica; la riflessione sulla scrittura come percorso di identità[18] ».

a) L’« écriture féminine » en question

            Avec l’intensification de la production littéraire féminine des années 1960 et la montée en puissance des mouvements des femmes, en Italie comme ailleurs en Europe, la question de « l’écriture féminine » – déjà posée dans le passé par Sibilla Aleramo, Virginia Woolf ou Simone de Beauvoir – prend de l’ampleur et suscite un grand intérêt, notamment en France.          L’expression, en général placée entre guillemets, vise à distinguer entre la littérature au féminin (produit par un individu-femme) et une certaine forme de littérature féminine qui laisserait apparaître sa nature « autre » (par rapport à une production générale de nature « phallogocentrique » pour reprendre l’expression de Jacques Derrida. Penser cette littérature féminine marquée par l’altérité sexuelle revient donc à postuler l’existence d’une différence entre hommes et femmes, qu’elle soit de nature physique ou culturelle.

            Les théoriciennes françaises et italiennes dites « de la différence » proposent des outils d’analyse basés sur l’affirmation d’une spécificité de la pratique d’écriture au féminin dont l’origine serait physiologique.

            Dans un article consacré aux théoriciennes françaises de l’écriture féminine, et en particulier aux « différentialistes » Hélène Cixous, Julia Kristeva et Luce Irigaray, Merete Stistrup Jensen propose un passage en revue chronologique des positions de chacune sur le sujet, autour de la notion de nature. Elle conclut son analyse en soulignant que, dans ces théories de l’écriture féminine fondées sur l’affirmation d’un impact de la différence matérielle du corps féminin et de sa temporalité propre sur l’écriture, « il se dégage une vision a-historique des femmes » et que « la notion de féminité est problématique dans son assimilation presque totale avec le maternel ».

            La pensée de la différence s’exporte de l’autre côté des Alpes, avec deux foyers principaux de réflexion : la communauté philosophique Diotima à Vérone et la Libreria delle Donne de Milan. Créés respectivement en 1975 et en 1983, ces deux lieux de sociabilité féminine affirment encore aujourd’hui leur lien profond avec la tradition féministe française différentialiste. Toujours en activité, les deux structures italiennes mettent en avant leur généalogie idéologique sur leur site internet public. La Libreria milanaise présente ainsi sa genèse :

Negli anni in cui la libreria è nata c'era bisogno di avere un luogo che desse risalto al pensiero e alla scrittura delle donne. Così ha avuto origine un'impresa femminista che non rivendica la parità, ma, al contrario, dice che la differenza delle donne c'è e noi la teniamo in gran conto, la coltiviamo con la pratica di relazione e con l'attenzione alla poesia, alla letteratura, alla filosofia.

Le refus d’un féminisme universaliste est clair («non rivendica la parità») tandis que l’affirmation d’une spécificité féminine (« la differenza delle donne ») est soulignée et mise au centre du débat. De la même façon, Diotima revient sur son histoire en assumant l’influence des théories irigarayennes (en particulier avec l’idée du féminin comme maternel, que l’on pense par exemple au texte L’ordine simbolico della madre de Luisa Muraro, l’une des fondatrices de Diotima, par ailleurs traductrice italienne de Luce Irigaray) :

La comunità filosofica femminile Diotima nasce presso l'Università di Verona nel 1983, per iniziativa di donne interne ed esterne all'università, con l'intento di "essere donne e pensare filosoficamente". Riferimenti fondamentali per il lavoro di Diotima erano la riflessione filosofica di Luce Irigaray e il dibattito teorico e politico del movimento delle donne, in particolare il femminismo della differenza, in un rapporto particolarmente stretto con quanto elaborato dalla Libreria delle donne di Milano.

            Prenant leurs distances avec ces théories naturalisantes, d’autres intellectuelles proposent un discours différent sur l’écriture féminine, en soulignant le rôle de l’acquis social et historique. C’est le cas de Béatrice Didier qui, en 1981, écrit dans le préambule de son Écriture-femme quelques lignes très éclairantes à ce sujet :

Étant donnée l’importance du facteur social dans la création artistique, comment traiter de la même façon des femmes qui appartiennent à des sociétés aussi différentes que celles où vécut Sapho, Murasaki-Shikibu, George Sand ou Virginia Woolf ? Viendrait-il jamais à l’idée de quelqu’un d’écrire un livre sur l’écriture masculine en traitant indifféremment de Sophocle, de Saint Jean de la Croix, de Stendhal, de Claudel ?

La notion même d’« écriture féminine » est remise en question, comme doit l’être celle d’une écriture masculine dont les caractéristiques seraient immuables quel que soit le contexte. S’éloignant de l’idée d’une écriture commune sur la base du biologique et mettant l’accent sur

le facteur social comme élément de différenciation fondamentale entre les auteures, Béatrice Didier ne peut néanmoins nier que

s’il était peut-être difficile, sinon impossible, de traiter de façon théorique de l’écriture féminine, il est bien vrai que, dans la pratique, les écrits de femmes ont une parenté qu’on ne trouverait pas dans les écrits d’hommes.

Certes, l’absurdité suggérée par le rapprochement entre Sophocle et Stendhal sur la base de leur appartenance au genre masculin laisse à penser que les «parentés» de l’écriture masculine n’ont sans doute pas été trouvées simplement parce qu’il n’est venu à l’idée de personne de les chercher, tant l’écriture des hommes a longtemps été considérée comme la littérature.

            Il n’en reste pas moins que les textes écrits par des individus de sexe féminin présentent fréquemment des similitudes qui se jouent des différences d’époque, de lieu et de culture. Comment alors l’expliquer, sans recourir à l’argument du déterminisme naturel ?

            La réponse proposée par Béatrice Didier – et par Dacia Maraini – tient dans la reconnaissance d’un point commun (non-biologique) des femmes entre elles, qu’elle appelle de façon euphémique « une certaine situation [...] dans la société », à savoir un statut subalterne qui fait de leur pratique d’écriture « le lieu d’un conflit entre un désir d’écrire [...] et une société qui manifeste à l’égard de ce désir, soit une hostilité systématique, soit cette forme atténuée [...] qu’est l’ironie ou la dépréciation ».

            C’est cette identité de situation qui engendrerait des points communs aux textes des femmes, au niveau formel (en particulier l’usage dominant des écritures à la première personne dans la littérature féminine) et thématique (avec des motifs récurrents tels que l’expression de l’identité, l’enfance, le rapport à la mère, l’homosexualité, le corps comme unité...).

c. L’écriture féministe

            Ce qui distingue l’écriture féministe tient en fait dans la visée de l’écriture et dans le positionnement de celle qui écrit : il ne s’agit pas seulement de textes littéraires esthétiques mais bien de textes politiques, dont le but est de dire l’expérience des femmes dans une visée testimoniale mais aussi mémorielle, de faire prendre conscience d’une communauté de conditions, de diffuser par un autre biais des leitmotiv féministes (dont évidemment la lutte pour l’avortement, la dénonciation des abus physiques dont peuvent être victimes les femmes...). Les propos de Laura Di Nola au sujet de la poésie féministe peuvent parfaitement être appliqués au roman féministe, lorsqu’elle affirme qu’il s’agit d’une production

nella quale la donna si identifica come prodotto storico, passando a una fase di ribellione e di rivolta, dove rigetta se stessa come risultato di un’alterazione culturale, prende coscienza della tragedia dell’Io sottratto, oltre che attraverso l’uso d’una parola non sua, attraverso la negazione – ora non più accettata – del corpo al femminile[19].

Historiciser la subjectivité féminine revient à en souligner le déterminisme historique (« prodotto storico ») et à effectuer un processus de récupération de soi (« Io sottratto ») à travers la réappropriation du discours sur les femmes qui prend en compte la dimension physique et sociale de l’existence et non plus une représentation anhistorique et idéale de l’être-femme.

            La littérature féministe tient donc dans cet équilibre entre « coscienza » et « parola », entre politique et écriture. En ce sens, elle dépasse le classement des textes féminins proposé par Michèle Causse et Maryvonne Lapouge dans la préface à Écrits, voix d’Italie[20], entre les femmes « écrivains », pour qui l’écriture serait une fin et qui auraient pour métier ou pour vocation d’écrire, et les femmes « écrivantes », pour qui l’écriture serait un moyen et qui se serviraient de l’écriture pour exprimer « leurs champs d’intérêt et d’investigation » (comme » la politique », « le féminisme » ou « le dessin[21] »).

            Le mouvement politique d’émancipation des femmes s’accompagne d’une véritable culture féministe, faite de création littéraire, théâtrale, poétique et cinématographique, mais aussi d’une redécouverte du patrimoine féministe antérieur[22]. Si Dacia Maraini est l’une des figures les plus représentatives de ce féminisme culturel, sa production s’inscrit dans une vague contemporaine de narrations féministes[23], comme Un quarto di donna[24] (1973) de Giuliana Ferri ; Un matrimonio perfetto[25] (1975) de Carla Cerati ou Lunga giovinezza[26] (1976) de Gabriella Magrini.

B) ETUDE DE CAS : Dacia Maraini

Incipit de Donna in Guerra

1. Présentation de l’auteure 

            Née à Florence en 1936, Dacia Maraini est l’infatigable écrivaine qui depuis 1962 retrace peu à peu l’histoire ancienne et contemporaine des femmes italiennes. Maniant habilement tous les genres littéraires, sa plume dessine les contours de la mémoire féminine, faite d’oppressions et de luttes, d’aliénation et de libération des corps et des esprits. La production marainienne compte un nombre toujours grandissant de romans, de nouvelles, de recueils poétiques, de pièces de théâtre, d’essais, d’articles de journaux et même de documents filmiques.

            On peut distinguer plusieurs périodes dans sa production. La première correspondrait aux textes de jeunesses, autour du thème de l’aliénation féminine, marquée par des protagonistes jeunes et sans identité.

            A la fin des années 60 s’ouvre un second cycle avec une veine plus militante « du côté des femmes » comme elle aime à le dire, où la littérature se mêle intimement à la politique, sous l’influence des mouvements néoféministes que Maraini fréquente. Emblématique de cette période, le texte Donna in guerra publié en 75 est un véritable roman à thèse féministe, j’y reviendrai.

            Avec le déclin des mouvements des femmes dans les années 1980, la production marainienne évolue également, pour entrer dans une troisième phase plus attachée à l’imaginaire, aux affects, à la mémoire.

            Enfin, à partir de 1990, Maraini s’oriente vers deux voies en parallèle, celle de l’autobiographisme, et celle de l’écriture de dénonciation, en particulier des violences (violence mafieuse, violences faites aux femmes, aux enfants...).

2. Présentation de l’œuvre : Donna in guerra (1975), journal intime d’une femme à la conquête de soi

            Alors que le féminisme italien bat son plein, Einaudi publie en 1975 le cinquième roman de Dacia Maraini. Il relate sous forme de journal intime quatre mois et demi dans la vie d’une femme en 1970, le temps d’un été et d’une rentrée scolaire. La protagoniste- narratrice est une maîtresse d’école, Giovanna, qu’on appelle Vannina. Elle est mariée à Giacinto, un mécanicien romain. Tous deux passent leurs vacances à Addis, une île des environs de Naples. Alors que son mari passe ses journées à pêcher, Vannina alterne tâches domestiques répétitives et moments passés avec deux commères de l’île (Giottina et Tota) qui la bercent de récits fantasmagoriques sur les mœurs des touristes d’Addis. La rencontre de Vannina avec une jeune et belle femme handicapée, Suna, vient bouleverser la routine de l’institutrice qui découvre une autre façon possible d’être femme: figure libertaire et féministe, Suna refuse de se soumettre aux normes et vit une sexualité libérée, elle tient tête aux propos sexistes des compagnons socialistes du mouvement local et pousse Vannina à en faire autant. Peu à peu, Vannina prend conscience qu’elle ne vit qu’à travers les choix de son mari et se métamorphose totalement à la fin du récit : elle refuse de faire l’amour sans envie avec Giacinto, puis fait un cours d’éducation sexuelle à ses élèves. Son autonomie semble totalement acquise au début de l’hiver lorsqu’elle décide d’interrompre la grossesse non- désirée qui a suivi un viol nocturne de son mari désireux d’être père et de voir sa femme redevenir douce et soumise par la maternité.

            Dès la couverture, l’exemplarité du récit est suggérée dans le titre par le choix du terme générique « donna » : grâce à sa valeur singulative, le parcours individuel se dirige d’emblée vers une possible généralisation et place le récit dans une perspective universelle.

            Quant à la «guerra», elle fait référence au combat mené par la protagoniste contre l’hétérosexisme et, ce faisant, contre elle-même puisqu’elle en est également le fruit. En ce sens, c’est sans doute le plus « féministe » des romans marainiens, de l’aveu de l’auteure même :

Questo è il mio romanzo più coscientemente femminista. Ho sempre parlato di donne nei miei romanzi. Ma i problemi di queste donne li vedevo come fatti individuali, esistenziali. La coscienza femminista consiste nel riconoscere ciò che vi è di comune nei mali che affliggono le donne, consiste nel capire la natura politica dei rapporti fra donna e uomo, fra donna e istituzioni, fra donna e cultura.

En mettant en scène la position infantilisée et/ou soumise de Vannina dans différents espaces sociaux – la maison, la blanchisserie de Giottina, l’école où elle enseigne, le mouvement socialiste qu’elle fréquente, l’hôpital où elle rend visite au jeune Orio (le petit frère âgé de quatorze ans de Santino, ami du mari Giacinto) – le récit dénonce le caractère systémique de l’inégalité entre sexes et la nécessité de la combattre sur tous les fronts.

            L’autre motif essentiel du roman tient dans l’introduction d’un personnage féminin adjuvant avec Suna. La solidarité féminine apparaît comme le pilier de la prise de conscience de soi, idée qui sera reprise régulièrement dans la production ultérieure et qui est au fondement des féminismes contemporains.

            Grande réussite littéraire, Donna in guerra est un roman remarquable par le choix maîtrisé d’une forme diaristique devenue polyphonie par l’inclusion de nombreux dialogues. Entre réalisme cru et profondeur poétique, le journal de Vannina n’en reste pas moins un véritable manifeste politique féministe, dans lequel Suna se fait la porte-parole des acquis des mouvements des femmes. À l’instar du roman fondateur Una donna de Sibilla Aleramo (1906), Donna in guerra – dont on ne manquera pas de noter la similitude sans doute volontaire du titre – représente un moment-clé du féminisme littéraire italien.

Analyse de l’extrait

Contexte : il s’agit de l’incipit du texte.

Proposer lecture seul puis analyse en binôme

  • Un journal intime ?

            Au début du texte, journal intime très factuel, qui ne fait que lister des actions. Pas de dimension réflexive comme c’est habituellement le cas dans l’écriture diaristique. C’est volontaire : l’évolution des entrées du journal vers des réflexions de plus en plus poussées de la narratrice va permettre de souligner son évolution et sa prise de conscience de soi.

  • Usage symbolique du corps

            Il va signifier doublement : à un niveau premier et à un niveau second (qui ne se comprendra souvent que dans la suite de la narration). Le corps apparaît dans sa réalité physique (niveau premier) et signifie autre chose (niveau second ou symbolique). Cette stratégie narrative apparaît dès l’incipit dans Donna in guerra, à une place de choix, à un « lieu stratégique », si l’on considère sa fonction de condensation des enjeux textuels souvent à l’œuvre dans le roman. La protagoniste-narratrice, Vannina, revient sur le déroulement de sa journée dans ce qui ressemble à un journal intime : aux travaux domestiques qui ont rythmé les heures succède l’arrivée de ses règles alors qu’elle se repose sur une chaise longue. Décidant de ne pas se lever (« Non avevo voglia di alzarmi », « Non avevo voglia di mettermi in piedi »), elle laisse couler le sang entre ses jambes et conclut ainsi le récit de sa journée

            La description du début d’un processus corporel régulier, les menstruations, apparaît dans le texte comme une information au même titre que la liste des autres événements de la journée (le petit-déjeuner, le rangement de la maison, la préparation du repas...) : à ce premier niveau d’interprétation, la référence au corps pourrait sembler anodine et factuelle. La lectrice attentive pourrait toutefois pressentir un sens second dans ce fait apparemment anodin : le substantif « rivolo » (ruisseau) semble un peu excessif pour désigner le flux menstruel ; l’adjectif « benefico » (bienfaisant) peut également étonner, et laisse supposer l’idée d’un mieux-être et d’un changement positif ; enfin, le substantif « vacanza » placé dans l’incipit ne manque pas de rappeler le titre du premier roman de l’auteure, La vacanza, dans lequel une jeune fille vit un été particulièrement important dans sa vie dont elle sortira différente. La lecture du reste du roman confirme cette hypothèse d’un sens symbolique de la référence aux règles de la narratrice : en effet, avec ce cycle menstruel commence un nouveau cycle dans la vie de Vannina, au cours duquel son être sera changé et le cours de sa vie modifié (par la rencontre d’une femme étonnante, Suna, qui influencera son regard sur le monde, la décision de ne pas poursuivre une grossesse et le choix de quitter son mari Giacinto). C’est donc par le biais du corps que passe le changement, comme s’il était un signe prémonitoire annonciateur d’une révolution interne pour la protagoniste.

  • Banalité de la vie de la narratrice-protagoniste > neutralité qui permet la généralisation

            La narratrice est une institutrice devenue casalinga (« femme au foyer ») le temps des vacances d’été. Son temps est régi par ses activités domestiques et les horaires de son mari. Le personnage principal du roman n’est pas une figure héroïque, ni une femme hors du commun : c’est au contraire une femme du commun, peu caractérisée (elle ne se décrit pas et ne se présente pas dans son journal). Et l’on pourrait multiplier les exemples de ce type dans presque tous les romans marainiens à la première personne : la protagoniste-type reste assez neutre, peu originale, ancrée dans les mœurs de sa société et de son temps.

            Par le truchement de cette « neutralité » initiale, le passage peut alors s’effectuer du particulier au général. Si la femme qui raconte son histoire montre peu de traits distinctifs, son histoire devient potentiellement celle d’autres femmes, voire un symbole de l’histoire des femmes. Dacia Maraini met en scène des femmes pour le moins différentes, comme le relève Maryse Jeuland-Meynaud :

Leur physique, leur élocution, leurs paroles, leurs professions ou leurs conditions de vie, leurs désirs, leur âge, leur sexe, leur provenance ou leur localisation géographique font jouer des variables innombrables. [...] Au cours d’un renouvellement constant de situations, les personnages se succèdent, s’assemblent et se dispersent sans jamais se ressembler. Tous sont inédits.

Mais ces différences ne constituent pas une caractérisation si forte qu’elle empêcherait la projection des lectrices. L’ensemble des protagonistes crée une palette variée de possibles féminins sans jamais qu’aucune d’entre elles ne soit assimilable à la figure de l’Autre, du non- soi.

  • Nature duale du texte : politique et littéraire

            Si l’on s’en tient à une analyse de la « féminité » de l’écriture, ce passage (« ho sparecchiato… » peut apparaître comme un exemple d’« écriture féminine » à plusieurs titres : les thèmes abordés sont ceux de l’univers domestique (la maison et son entretien), la narration est factuelle mais ne mentionne aucun événement (Béatrice Didier notait dans L’Écriture-femme que celle-ci était marquée par « une relative carence de l’événementiel»), le style est décousu et rapide.

            Mais le choix du fond comme de la forme ne relève pas d’un déterminisme sexué non-maîtrisé : la recherche d’effets littéraires est évidente et l’impact souhaité chez la lectrice également. Par la répétition anaphorique des formes au passé composé, le sujet implicite « io » est redondant et l’accent est mis sur la répétitivité des tâches domestiques. Maraini joue également sur la syntaxe : la structure parataxique souligne elle aussi l’accumulation des tâches mais surtout leur absence de logique et de justification. Le cas est typique d’un emploi politique de l’écriture littéraire : en quelques lignes, la narratrice se donne à lire comme un individu aliéné, enfermé dans un cycle de répétitions sans fondements, et sans distance face à ses actions. Le temps du roman peut alors lui permettre d’évoluer vers d’autres horizons (en l’occurrence un début de libération de soi).

 

Conclusion :

            Cette journée de formation disciplinaire pourra je l’espère trouver des prolongements dans vos enseignements. Pour cela, on pourrait réfléchir à l’intégration de la question féminine en Italie dans différentes optiques du programme > mythes et héros, idée de progrès…

            Pour construire vos séquences, je vous conseille vivement le dossier de la Clé des langues qui recense des dizaines de publications sur le site

> dossier Les femmes et le féminisme : http://cle.ens-lyon.fr/italien/dossier-sur-les-femmes-et-le-feminisme-90199.kjsp?RH=CDL_ITA130000

A projeter au tableau

 

[1] Antonia ARSLAN, « Ideologia e autorappresentazione. Donne intellettuali fra Ottocento e Novencento », in Annarita BUTTAFUOCO et Marina ZANCAN (a cura di), Svelamento. Sibilla Aleramo, una biografia intellettuale, Milano, Feltrinelli, 1988, 334 p., p. 164.

[2] Pour la chronologie des droits des femmes en Italie, voir en particulier Emilia SAROGNI, La Donna Italiana, 1861-2000, Il lungo cammino verso i diritti, Milan, Il Saggiatore, 2004, et Maria Rosa CUTRUFELLI et al., Il Novecento delle italiane. Una storia ancora da raccontare, Rome, Editori Riuniti, 2001. Pour de plus amples références, on peut consulter la partie « Histoire des femmes en Italie » de la bibliographie.

[3] Autre nouveauté de la Constitution : le principe d’indissolubilité du mariage est supprimé. Cette suppression sera d’un grand intérêt au moment de promulguer la loi sur le divorce.

[4] Pour les chiffres retenus, voir les résultats du référendum donnés dans Giambattista SCIRE, « Il divorzio in Italia. Dalla legge al referendum » [En ligne], consulté le 8 octobre 2010. URL : http://lademocraziallaprova.blog.espresso.repubblica.it/interventi/files/ildivorzioinitlia.pdf.

[5] Emilia SAROGNI, op. cit., p. 168.

[6] Le Manifesto programmatico du DEMAU est reproduit dans Rosalba SPAGNOLETTI (dir.), I movimenti femministi in Italia, Rome, Savelli, 1974, pp. 36 et suivantes.

[7] Anna Rita CALABRÒ, Laura GRASSO, Dal movimento femminista al femminismo diffuso. Storie e percorsi a Milano dagli anni '60 agli anni '80, Milan, Angeli, 1985, p. 54 : « Cette définition nous semble efficace pour donner l’idée de la façon dont, les présupposés qui définissaient le Mouvement féministe des années précédentes n’existant plus (capacité de mobilisation collective, réseau de mise en relation des différents groupes...), celui-ci reste néanmoins un référent idéologique auquel se rattachent de nombreuses femmes ».

[8]  A ce sujet, voir Gianna POMA T A, « La storia delle donne: una questione di confine », Il mondo contemporaneo, Gli strumenti della ricerca, Florence, La Nuova Italia, 1983, pp. 1434-1469.

[9] En réalité, des travaux précurseurs proposant un regard critique sur des événements majeurs de l’histoire nationale et s’intéressant en particulier au sujet « femmes » existent déjà en Italie. Il s’agit de Alle origini del movimento femminile in Italia (1963) de Franca Pieroni Bortolotti et de Le origini del movimento cattolico femminile (1963) de Paola Gaiotti De Biase qui s’intéressent respectivement à l’issue pour les femmes du processus d’unité nationale et au catholicisme social du début du XXe siècle. Voir à ce sujet Annarita BUTTAFUOCO, «Storiografia italiana delle donne», Dizionario di storiografia [En ligne], consulté le 27 septembre 2012. URL : http://pbmstoria.it/dizionari/storiografia/lemmi/123.htm.

[10] Sur Memoria, voir Angela GROPPI, « Une revue d'antan : Memoria entre invention et innovation », in Françoise THEBAUD, Michelle ZANCARINI-FOURNEL (dir.), Clio. Histoire, Femmes et Sociétés, n° 16, L'Histoire des femmes en revues France-Europe, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 2002, pp. 5-7.

[11] Sur Genesis, voir Raffaela SARTI, « La genèse de Genesis », in Françoise THEBAUD, Michelle ZANCARINI- FOURNEL (dir.), Clio. Histoire, Femmes et Sociétés, n° 16, cit., pp. 77-92.

[12] Voir à ce sujet Francesca KOCK, « Storia delle donne » [En ligne], consulté le 27 septembre 2012. URL : http://pbmstoria.it/dizionari/storiografia/lemmi/402.htm.

[13] Joan SCOTT, « Gender: a useful category of historical analysis », American Historical Review, n° 91, 1986, pp. 1053-1075. Pour la traduction française : « Genre : une catégorie utile d'analyse historique », Le Genre de l'histoire, Les Cahiers du GRIF, n° 37-38, 1988, pp. 125-153. Pour la traduction italienne : « Il "genere": un'utile categoria di analisi storica », Rivista di storia contemporanea, n° 4, 1987, pp. 560-586.

[14] Françoise THEBAUD, Écrire l’histoire des femmes et du genre, Lyon, ENS Éditions, 2007, p. 22.

[15] Pour une analyse du regard des historiennes, voir Maura PALAZZI, Ilaria PORCIANI (dir.), Storiche di ieri e di oggi. Dalle autrici dell’Ottocento alle riviste di storia delle donne, Rome, Viella, 2004.

[16] Marina ZANCAN, Il doppio itinerario della scrittura. La donna nella tradizione letteraria italiana, Turin, Einaudi, 1998, p VIII : « du point de vue de l’histoire, à la domination sur le corps féminin a correspondu, outre le contrôle social exercé sur les femmes, la domination sur les formes de représentation du je : parmi elles la littérature ».

[17] Sur le rapport entre fascisme et féminité, voir le chapitre 4 intitulé « Le patriarcat fasciste » du tome V de l’Histoire des femmes en Occident [Georges DUBY, Michelle PERROT (dir.), tome sous la direction de Françoise THEBAUD, Paris, Plon, 1991-1992, pp. 197-222].

[18] Marina ZANCAN, op. cit., p. 106 : « la définition d’un nouveau point de vue ; la redéfinition des thématiques ; l’expérimentation de nouvelles structures narratives ; la recherche linguistique ; la réflexion sur l’écriture comme parcours d’identité ».

[19] Laura DI NOLA, « L’io sottratto », Poesia femminista italiana, Rome, Savelli, 1978, p. 10 : « dans laquelle la femme s’identifie comme produit de l’histoire, passant à une phase de rébellion et de révolte, où elle se rejette elle-même comme résultat d’une altération culturelle, prend conscience de la tragédie du Je soustrait, à travers d’une part l’utilisation d’une parole qui n’est pas sienne, mais aussi à travers la négation – désormais plus acceptée – du corps au féminin ».

[20] Michèle CAUSSE, Maryvonne LAPOUGE, Écrits, voix d’Italie, Paris, Éditions des femmes, 1977.

[21] Ibid., pp. 7-19.

[22] Sur la redécouverte en Italie du roman Una donna (1906) de Sibilla Aleramo par le mouvement néo-féministe italien, voir la quatrième partie de mon mémoire de Master 2 (Alison CARTON-VINCENT, « Una donna de Sibilla Aleramo : le premier grand roman féministe italien ? », mémoire de Master 2 en Études italiennes, sous la direction de Perle Abbrugiati, ENS LSH, juin 2008).

[23] Anna NOZZOLI, « Sul romanzo femminista degli anni settanta », DWF, n° 5, Donne e letteratura, octobre- décembre 1977, pp. 55-74.

[24] Giuliana FERRI, Un quarto di donna, Turin, Einaudi, [1973] 1976.

[25] Carla CERATI, Un matrimonio perfetto, Padoue, Marsilio, 1975.

[26] Gabriella MAGRINI, Lunga giovinezza, Milan, Mondadori, 1976.

Pour citer cette ressource :

"PAF", La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), mai 2014. Consulté le 02/12/2020. URL: http://cle.ens-lyon.fr/italien/litterature/paf