Vous êtes ici : Accueil / Littérature / Littérature latino-américaine / Poésie / Pedro Mairal - Poemas

Pedro Mairal - Poemas

Publié par Christine Bini le 05/11/2010
Trois poèmes extraits du recueil "Consumidor final" de Pedro Mairal, ainsi que leurs traductions en français.

En espagnol


Pedro Mairal, Consumidor final, Buenos Aires, Bajo la luna nueva, 2003

Cuando la lengua eclipsa

Cuando la lengua eclipsa este presente,
cuando cubre las cosas
con un color grisáceo y nominal,
hay un ácido al fondo de la experiencia fresca,
porque es aquí y ahora pero en el verbo rancio,
en la estructura fúnebre del habla.
La fronda del verano, el aire inédito
atraviesan el viejo pulmón occidental.
La vida inaugurada,
el sol contemporáneo vistos siempre
con el anteojo fijo, mortal, judeocristiano;
o el transcurrir adánico, las moscas,
todo cautivo en este latín erosionado.
El colibrí veloz entorpecido
por este carromato colonial
que rueda lentamente en sus vocales,
esta siesta sintáctica en el polvo del aire castellano.
El cansancio de la filología
espanta la inocencia de esta luz,
agrava los objetos, va imponiendo
la herencia de las manos sobre el tacto,
el andamiaje helénico a los vientos,
fuerza a la sangre a andar en su adjetivo,
a la noche a estrellarse acordemente
con su cosmogonía.
Cayendo como un párpado, el imperio
cae en la voz, ahora, mientras digo
la arena de la piedra de mi nombre.


La Mariposa

En la ropa colgada, en el yuyal,
atrás de los galpones y la siesta
vuela una mariposa de sangre.
A pique las cigarras
desploman todo el sol dentro de un balde.
Sólo la mariposa
escapa a lo monótono que cae.
En el calor volteado
sólo su brillo flota.
Un latido posado sobre un pasto,
las alas encendidas en el aire,
en torno a la humildad de las gallinas,
arriba en el verano,
abajo en la extensión de la culebra,
la brasa de sus solamente alas
circunda las camisas.
Con liviandad de soplo
vuela la mariposa en el cansancio,
vuela con su color de sangre que aliviana
el sueño de las sábanas mojadas.
Todo cae en la siesta.
Salvo la mariposa.

 

La fauna embalsamada

¿esto es un poema?
¿estar a oscuras sin dormir
puede ser un poema?
¿si no hay nada
puede haber un poema?
¿si digo que respiro en este cubo negro,
no es algo ya? ¿no es demasiado?
¿no es mucho más que esto en realidad?
busco un silencio quieto entre paredes
una sola palabra de penumbra
cualquiera menos noche
porque noche está solo permitida
a los poetas cósmicos
yo me refiero a este apagón del verbo
la boca ciega en la sombra de este miércoles
yo fui -yo quise ser- poeta natural, poeta cósmico
pero soy un poeta de edificio
poeta de ascensor
y no quiero dormir
quiero estar acostado sin luz en las palabras
por ejemplo:
¿adónde están las manos
de esta pregunta?
¿cómo es un poema en un departamento a oscuras?
yo que llamaba mulata, yegua de tinta a la noche
¿adónde voy a ir?
¿qué voy a hacer con mi fauna embalsamada
a las doce menos cuarto sin imagen
a tientas por el verbo del piso seis sin sueño?
vendo o alquilo mi fiel cosmogonía,
cambio sistema solar
por dos palabras ciertas
que consigan decir toda mi sombra.

Traduction française

 

Supermarket Spring
Pedro Mairal, Supermarket Spring, traduit de l'espagnol (Argentine) par Julia Azaretto, Lyon, L’atelier du tilde, 2017.





 

 

 

 

Quand la langue éclipse

Quand la langue éclipse ce présent,
et recouvre les choses
d’une couleur grisâtre et nominale,
un acide monte de l’expérience fraîche,
ici et maintenant et dans un verbe rance,
dans la structure funèbre de la parole.
La fronde de l’été le vent inédit
traversent le vieux poumon occidental.
La vie inaugurée,
le soleil contemporain sont toujours vus
à travers les lunettes figées, mortelles, judéo-chrétiennes ;
ou la lignée adamique, les mouches,
captifs de ce latin érodé.
Le vif colibri entravé
par ce char colonial
qui roule lentement sur ses voyelles,
cette sieste syntaxique, dans les nuages de poussière castillans.
La fatigue de la philologie
chasse l’innocence de cette lumière,
leste les objets, impose
au toucher l’héritage des mains,
aux vents l’échafaudage hellénique,
force le sang à marcher dans son adjectif,
la nuit à accorder ses étoiles
à sa cosmogonie.
Tombant comme une paupière, l’empire
tombe sur la voix quand je prononce
la pierre sableuse de mon prénom.


Le papillon

Entre le linge étendu et les ronces,
derrière les hangars et la sieste
vole un papillon de sang.
À pic les cigales
Dégringolent tout le soleil dans un seau.
Seul le papillon
échappe à la monotonie écrasante.
Dans la chaleur renversée
seul son éclat flotte.
Battement posé sur l’herbe,
ailes embrasées dans l’air,
cernant l’humilité des poules,
très haut dans l’été,
très bas dans l’étendue de la couleuvre,
seule la braise de ses ailes
entoure les chemises.
Souffle léger,
vole le papillon dans la fatigue,
vole avec sa couleur de sang qui soulage
le sommeil des draps mouillés.
Tout plonge dans la sieste.
Sauf le papillon.

 

Faune embaumée

c’est ça un poème ?
ne pas fermer l’œil dans le noir
c’est un poème ?
s’il n’y a rien
peut-on avoir un poème ?
si je dis que je respire dans ce cube noir
c’est pas un début ? c’est peut-être trop ?
c’est pas bien plus que ça en réalité ?
je cherche un silence immobile entre quatre murs
un seul mot de pénombre
n’importe lequel sauf nuit
parce que nuit n’est permis
qu’aux poètes cosmiques
moi je pense à cette extinction du verbe
bouche aveugle dans l’ombre de ce mercredi
j’étais — je voulais être — poète bucolique, poète cosmique
mais je suis un poète d’immeuble
poète d’ascenseur
et je veux pas dormir
je voudrais m’allonger sur les mots dans l’obscurité
par exemple :
où sont les mains
de cette question ?
comment reconnaître un poème dans un appartement sombre ?
moi qui appelais mulâtre, jument d’encre la nuit
où vais-je aller ?
que faire de ma faune embaumée
sans image à deux heures moins le quart
à tâtons dans le verbe du sixième sans sommeil ?
je vends ou loue ma fidèle cosmogonie,
échange système solaire
contre deux mots certains
qui parviennent à dire toute mon ombre.

 

 

 

Poemas/Poèmes

en espagnol
traduction française

 

Pedro Mairal

Retour à la page de présentation du poète

 

Un panorama de la poésie argentine contemporaine

Présentation et sommaire du dossier

 

Pour citer cette ressource :

"Pedro Mairal - Poemas", La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), novembre 2010. Consulté le 19/07/2018. URL: http://cle.ens-lyon.fr/espagnol/litterature/litterature-latino-americaine/poesie/pedro-mairal-poemas