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La clameur du lac

Publié par Salam Diab Duranton le 07/09/2007

Fiche rédigée par Edwige LAMBERT

Titre

EL BISÂTÎ Mohammed, Sakhab al-buhayrah, Sharqiyyât, Le Caire, 1994. Trad. française (Edwige Lambert) : La clameur du lac, Actes Sud, 1996.

Résumé

Venu on ne sait d'où, un vieux pêcheur intrigue, par ses rares apparitions, les gens de la côte... Au paroxysme d'une tempête, des hommes arrivés sur les eaux déchaînées forcent les portes des maisons mais échappent aux poursuites, insaisissables comme des spectres... Une femme guette la venue de la tempête pour aller recueillir sur la rive, à l'aube, les débris rejetés par les eaux... Parmi les trouvailles, un petit coffret dont s'échappe, quand on l'ouvre, une voix dont nul ne reconnaît le langage...
 

Présentation

Originaire de Port-Saïd, Mohammed el-Bisâtî semble modeler son récit dans les éléments constitutifs du paysage de cette région, dans sa matière même : un lac, sans doute celui de Manzala, à l'ouest de Port-Saïd. Un chenal. La mer. Des îles. Un canal. Un village qui s'étend inexorablement vers la côte... Dès lors, le paysage ne se réduit pas à un décor. Les personnages ne se contentent pas d'y évoluer, ils sont avec lui dans une sorte de corps à corps. Les eaux, les vents, la tempête bruissent dans le texte, lui donnent son rythme en faisant irruption par intermittence. Quatre parties composent Sakhab al-buhayra. Ni « chapitres »  tels ceux d'un roman  ni « histoires » séparées comme le seraient des nouvelles  ce sont plutôt des récits à double ou multiple fond scandés par quelques images fortes, obsédantes : paysage de terres et d'eaux mêlées ; coffres, coffrets, clos ou béants, qui révèlent ou non leur secret ; hommes venus de la mer comme d'un autre monde, étrangers à ceux de la côte (« eux », « nous ») ; passages incessants entre deux univers, traversées du miroir (l'eau/la terre, le village/les îles, les vivants/les morts) ; signes, inscriptions à demi effacées, usure des objets et des corps longtemps retenus dans les fonds et soudain rejetés sur la rive. Inhumation, exhumation. Une part de mystère subsiste dans chaque récit, frustre le lecteur qui serait à la recherche d'une histoire linéaire, d'un sens clos. « Ecoutez », dit Gomah, l'un des personnages, à qui l'interroge sur le coffret mystérieux que la mer a rejeté, et dont sort une langue que nul ne comprend... « Ecoutez seulement. »
 

Appréciation

Ce récit trouve sa force dans une écriture aux phrases brèves, parfois réduites à un seul mot, un mélange des temps qui brouille la chronologie, une syntaxe serrée, une langue précise, ciselée. Si ce texte singulier tire sa substance d'un paysage et d'un milieu social définis, il rejoint, par le travail de l'écriture, la dimension universelle de la littérature.
 

La clameur du lac

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Pour citer cette ressource :

"La clameur du lac", La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), septembre 2007. Consulté le 15/12/2019. URL: http://cle.ens-lyon.fr/arabe/litterature/contemporaine/fiches-de-lecture/la-clameur-du-lac