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Ayyâm Zâ'idah

Publié par Salam Diab Duranton le 07/09/2007

Ayyâm Zâ'idah

DAOUD Hassan, Ayyâm Zâ'ida, Dâr al-Jadîd, Beyrouth, 1990 Trad. française (Edwige Lambert) : Des jours en trop, Actes Sud, 2001.

Dans un village du Sud-Liban, un vieil homme se prépare au voyage ultime... Ou plutôt il résiste, se rebelle. Contre l'âge que ses proches lui attribuent, à cause d'une date de naissance approximative. Contre les défaillances du corps, les caprices de la mémoire. Contre la vie au ralenti que ses enfants voudraient lui imposer. Contre leur indifférence, leur cruauté, leur avidité... Sentant rôder autour de lui cet ennemi invincible et universel qu'il appelle Ezraël - l'Ange de la Mort -, un vieil homme se met à le combattre avec un rare acharnement car, contre toute logique, il a décidé - et répète à qui veut l'entendre - qu'Ezraël n'aura pas sa peau. Sans doute n'est-il pas dupe, mais il fait comme si... Il va sur ses terres, fait des projets d'avenir, tire des plans sur la comète... Il envisage même de se remarier. Face à son entourage, il invente mille ruses, parodiant le gâtisme sans lui échapper tout à fait. Car en surjouant le personnage dans lequel on cherche à l'enfermer, il finit par brouiller ses propres repères, ne plus savoir lui-même distinguer le vrai du faux. Sa bataille est peut-être dérisoire et pathétique, mais c'est aussi ce qui lui donne sa grandeur... Il arrive qu'il soit insupportable. Il entend tout régenter, avoir raison seul contre tous. Il se souvient, ou croit se souvenir. Il radote, se bute, s'obstine... Il s'obstine à descendre dans le puits malgré son grand âge. Trottine dans un espace qui est allé s'étrécissant avec le temps... Se querelle avec la famille, les voisins... « Ils ne me laissent pas gagner une seule manche », a-t-il coutume de dire. Au fond, la maison est devenue pour lui une sorte d'échiquier. Il lui faut ruser pour se déplacer, mais il y parvient assez bien : il n'est jamais là où on l'attend... Au fil d'un récit où se superposent passé et présent, rêves et rémi-niscences, le vieil homme dit et répète aux siens, comme pour conjurer l'inéluctable : « Ezraël ne peut rien contre moi. » Mais peut-on vaincre Ezraël ? C'est à travers une écriture rigoureuse, un récit obsessionnel, que Hassan Daoud pénètre la personnalité du vieil homme en énonçant, à la première personne, ses souvenirs et ses ressassements, ses regimbements, ses fantasmes.
Pour citer cette ressource :

"Ayyâm Zâ'idah", La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), septembre 2007. Consulté le 12/12/2019. URL: http://cle.ens-lyon.fr/arabe/litterature/contemporaine/fiches-de-lecture/ayyam-za-idah