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Un lugar llamado Oreja de Perro

IvánTHAYS
Publié le : 19 juin 2009
THAYS Iván, Un lugar llamado Oreja de Perro, Anagrama,  Barcelona, 2008. Ayant déjà acquis une certaine renommée au Pérou, Iván Thays, né à Lima en 1968, a été choisi en 2007 comme l'un des plus remarquables auteurs latino-américains de moins de 39 ans à l'occasion du festival Bogotá 39 (Hay festival). Professeur de littérature à l'Université Catholique de Lima, il a également présenté pendant sept ans une émission de télévision sur la littérature (Vano Oficio). Il collabore à plusieurs revues, et commente l'actualité littéraire par le biais de son blog, "Moleskine Literario". Il a publié un recueil de nouvelles et trois romans (dont Escena de caza en 1995) avant d'écrire Un lugar llamado Oreja de Perro, finaliste du prix Herralde 2008, qui sortira bientôt en France.   Pour son quatrième roman, Iván Thays nous fait partager l'histoire à la première personne d'un journaliste tourmenté. Sa femme, Mónica, l'a abandonné, et le souvenir de leur petit garçon, mort subitement quelques mois plus tôt, le poursuit. Il reçoit une lettre de Mónica. Le jour même, il est envoyé en reportage dans un village nommé Oreja de Perro, dans la province d'Ayacucho. Dans cette région durement frappée depuis vingt ans par le terrorisme et l'intervention des militaires, on attend la visite du président Toledo, qui lance un programme de pacification et d'assistance aux victimes. Le narrateur couvre l'événement, accompagné d'un photographe cynique appelé Scamarone. C'est alors qu'il fait la rencontre d'une femme enceinte extralucide, Jazmín. Elle cache un passé douloureux, elle comprend ses souffrances. Il y a aussi Maru, étudiante en anthropologie, belle et superficielle. Ces deux rencontres amoureuses ne lui permettront pas d'apaiser les souvenirs qui le torturent et le paralysent. Il reste à attendre, prisonnier de sa mémoire et incapable de répondre à la lettre de sa femme.    La narration est entrecoupée de flash-back : la mort de l'enfant, le départ de Mónica, la rencontre avec un homme devenu amnésique après un terrible accident. Le récit est marqué par l'attente : le narrateur contemple ce village rongé par la guerre où il est impossible d'avoir confiance en l'avenir et d'oublier des années d'horreur. Finalement, l'histoire personnelle du journaliste rejoint celle du village. Un lugar llamado Oreja de Perro est un roman qui retient l'attention du lecteur par un rythme soutenu, le récit est un va-et-vient perpétuel dans le temps et dans la mémoire du narrateur. La narration à la première personne nous plonge sans complaisance dans l'intimité d'un homme meurtri et désespéré, avec ses préjugés et ses pensées confuses. L'écriture est savoureuse, plurielle, concise. Le thème central du roman est celui de la mémoire, individuelle et collective. Une belle métaphore exprime l'idée, omniprésente dans le roman, du fardeau que peuvent représenter la mémoire et le passé : « No tienes por qué lamentarte por la amnesia. La memoria es una espía. Tú has logrado librarte de ella, has conseguido extraviar a tu espía. » (p.81). L'évocation, à travers la fiction, des victimes du terrorisme et de la violente répression étatique sensibilise le lecteur au traumatisme de la guerre, qui reste très vif malgré la politique de réconciliation mise en œuvre. Ce roman parle des horreurs vécues dans les villages andins pendant la guerre, des atrocités qui ont été longtemps passées sous silence. Mais il est surtout centré sur le narrateur, sur sa torture intérieure qu'il ne parvient à exprimer par les mots. Il parle de ce qui est au-delà des mots, de l'impossibilité d'oublier, d'écrire et d'analyser la douleur.    
 
 
Mise à jour le 9 octobre 2009
Créé le 19 juin 2009
ISSN 2107-7029
DGESCO Clé des Langues