Accès direct au contenu

 
Recherche
Retour rapide vers l'accueil

Le Chien du jardinier

Lope de Vega
Publié le : 18 décembre 2011
Le Chien du jardinier (El perro del hortelano, 1618), Lope de Vega, théâtre, traduit de l'espagnol par Frédéric Serralta, Folio théâtre, octobre 2011, 256 p.   Lope de Vega est une des figures essentielles du Siècle d'or espagnol, période qui s'étend du XVIe au XVIIe. Durant ce siècle débordant, les dramaturges développent un théâtre inventif, codé mais libéré, qui est à mettre en parallèle avec le théâtre élisabéthain. Le théâtre est alors un genre éminemment populaire. Les pièces mettent en scène autant les gens du peuple que les aristocrates, et les différences sociales sont exploitées dramatiquement (entendons par là dans la comédie), notamment dans le couple maître/valet. Ce sont là sans doute des considérations de spécialiste, qui ne doivent pas empêcher un public profane d'aller voir de plus près un texte écrit par un prêtre au XVIIe siècle. Comme Cervantès et son Quichotte, Tirso de Molina et son Don Juan, Calderón de la Barca et sa Vie est un songe, Lope de Vega (que les Espagnols continuent d'appeler simplement Lope, dans une proximité complice), avec Le Chien du jardinier, rend compte d'une réalité ancrée dans l'époque et bâtit également une intrigue, un monde, des rapports sociaux, qui nous touchent et nous interrogent. L'intrigue, elle peut apparaître comme rebattue : la comtesse Diana est amoureuse de son secrétaire Teodoro, mais leur union est impossible à cause de la différence de classe. La comtesse va tout mettre en œuvre pour que l'union de Marcela et Teodoro, issus du même milieu, n'aboutisse pas. Ce sont là les thèmes habituels de l'amour, de la jalousie, de la manipulation, traités de manière tout à fait théâtrale, avec son lot de retournements, de déguisements, de tromperies et de pirouette finale qui permet le mariage des amants. Dans le théâtre, et surtout dans le théâtre baroque, l'agencement des situations est aussi important que la langue employée. Chez Lope, tout est poésie. Dans le texte original, la pièce est écrite en vers, alternant rimes et assonances selon une codification qui épouse la position sociale des personnages. Dans la traduction française proposée dans cette édition Folio, Frédéric Serralta suit le texte au plus près, de façon très respectueuse et compréhensible, et renonce à la versification, ce dont on ne peut lui tenir rigueur, bien entendu. La traduction est fidèle et fluide. Que l'on en juge par cet extrait, qui fait référence au titre de la pièce : « Mais vous illustrez à merveille le conte du chien du jardinier. Embrasée de jalousie, vous ne voulez pas que je me marie avec Marcela, et, dès que vous voyez que je ne vous aime pas, vous recommencez à me faire perdre la raison et à me réveiller si je dors. Mangez donc, ou laissez manger, car je ne suis pas un homme à me nourrir d'espérance aussi lassantes ; parce que, sinon, je me remets dès l'instant à aimer où l'on m'aime ». L'écriture baroque est respectée dans ses fondements (manger/nourrir, par exemple, ou encore je ne vous aime pas/aimer où l'on m'aime, qui sont des balancements typiques de l'art du temps) mais, évidemment, la forme poétique est évacuée. La référence au titre de la pièce est explicitée en page 13 de la préface : « le chien du jardinier, qui ne mange pas les choux et ne les laisse pas manger ». Le dossier proposé pour la pièce (chronologie, bibliographie, notes, résumé) est assez complet pour une édition destinée au grand public, et la préface est éclairante. Un dernier mot sur la traduction : si la forme poétique des répliques n'est pas conservée en français, les sonnets qui jalonnent la pièce sont traduits en forme canonique, et cela permet d'accéder un tant soit peu à la musicalité originale. La lecture d'une pièce de théâtre est toujours un exercice paradoxal. Le texte théâtral est écrit pour être dit, incarné. Le parti pris de mise en scène, sur les planches, est une lecture disséquée et offerte. Cependant... en l'occurrence... le texte seul, même en traduction, résiste à la lecture silencieuse du lecteur. C'est là la marque du chef-d'œuvre, intemporel, civilisationnel et universel.  
Christine Bini (première publication de cet article dans La Cause Littéraire)
El perro del hortelano
 
 
Mise à jour le 18 décembre 2011
Créé le 18 décembre 2011
ISSN 2107-7029
DGESCO Clé des Langues