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El gran teatro del mundo

Calderón de la Barca
Publié le : 16 novembre 2008
CALDERÓN DE LA BARCA, Pedro, El gran teatro del mundo, edición, prólogo y notas de John J. Allen y Domingo Ynduráin, con un estudio preliminar de Domingo Ynduráin, Ediciones Crítica, Barcelona, 1997. CALDERÓN DE LA BARCA, Pedro, Le Grand Théâtre du monde suivi de Procès en séparation de l'Âme et du Corps, texte français de Florence Delay, revue L'avant-scène théâtre n°1159, Mai 2004. El gran teatro del mundo est un "auto sacramental alegórico", comme le précise le sous-titre complet, écrit vraisemblablement vers 1635. Sous l'influence italienne, on a déjà introduit au théâtre les machineries, la musique, la danse. Le caractère allégorique de la pièce ne peut en sortir que renforcé. Dans la très belle édition de Crítica, p.XXXIX, la reproduction de deux planches permet d'envisager ce qu'était le décor initial, deux globes creux, le terrestre et le céleste, qui s'ouvraient et d'où apparaissaient les personnages. Visuellement, nous sommes dans un arrière-fond sphérique. Les indications scéniques du texte sont par ailleurs très précises. Par exemple : «Con música se abren a un tiempo dos globos : en el uno estará un trono de gloria, y en él el AUTOR está sentado ; en el otro ha de haber representación con dos puertas, en la una pintada una cuna y en la otra un ataúd». Dans l'édition française de la revue L'avant-scène, les photographies de la mise en scène de la Comédie Française montrent un décor dépouillé à l'extrême, rigide, tout en lignes droites. En amont de la redécouverte du texte du Siècle d'Or, c'est bien ce glissement qui étonne de prime abord, ce basculement de l'esthétique baroque dans l'infrangible rectitude contemporaine, dans ce que l'on perçoit aujourd'hui comme le bon goût. On sent bien que l'on a eu peur de tomber dans le kitsch.   La redécouverte du texte, oublié depuis les années de Licence, est une surprise délicieuse. On se souvient que Carlos Saura dans son film Elisa vida mía montrait une scène de l'auto jouée par des enfants, avec candeur et sérieux. Le lecteur candide et sérieux d'aujourd'hui, quel que soit son âge, et surtout s'il n'est pas spécialiste du Siècle d'Or, trouvera sans conteste dans le texte de Calderón de quoi satisfaire son besoin, et son désir, de rêve et de réflexion. De quoi s'agit-il ? L'Auteur convoque le Monde : «je veux qu'à une pièce de théâtre le ciel assiste sur ta scène», puisque la vie humaine est une représentation... Les acteurs en seront le Roi, la Beauté, le Laboureur, le Riche, l'Enfant, le Pauvre, la Sagesse. Il leur faudra agir selon les préceptes de la Foi et de leur logique interne. La force du texte, et de son argument, réside dans le fait que la lecture anachronique est tout sauf fautive. Les autos sacramentales, représentés en pleine ville le jour de la Fête Dieu, célébraient à l'époque de Calderón le sacrement de l'Eucharistie. Pour les non-spécialistes de la période, le texte devient véritablement allégorique par la mise en abyme flagrante du théâtre dans le théâtre, certes - l'artifice est connu -, mais plus encore par, disons, la mise au carré de cet artifice. Si «la vida es sueño y los sueños sueños son», la vie rêvée que nous vivons se déroule sous les feux de la rampe. Vertigineuse métaphore de la condition humaine - d'une certaine vue de cette condition - El gran teatro del mundo peut être lu, aussi, comme une évidence de notre époque de «représentation», comme un reflet amplifié de nos travers. Il y a de la philosophie accessible - et non simpliste - dans ce texte, de la métaphysique sous le glacis de la Contre-réforme, de l'espoir sous l'inéluctabilité.   Métaphysique encore dans le Procès en séparation de l'Âme et du Corps, dans une première traduction française de Florence Delay. Si le texte reste immédiatement accessible au lecteur du XXIème siècle, c'est bien que le propos religieux de l'époque de la rédaction est un motif sans doute important, mais n'est qu'un motif pour le lecteur contemporain. Les thèmes abordés, la poésie du texte, les échos sur la question centrale de notre présence au monde, sur ce que nous faisons de notre vie... Imaginons que nous étudiions Calderón en classe, anticipons - si c'est possible - sur les prolongements que les élèves sauront y trouver...   Relisez Calderón !  
 
 
Mise à jour le 25 avril 2009
Créé le 16 novembre 2008
ISSN 2107-7029
DGESCO Clé des Langues