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Éléments de réflexion sur "Le chant d'Ulysse" dans "Si c'est un homme" de Primo Levi


Damien Prévost, professeur agrégé d'italien avec une illustration de Nicolas Brachet.

Cet article propose une analyse et des pistes de réflexion sur un extrait du
 "Chant d'Ulysse" [1] de Se questo è un uomo. Ces considérations n'ont pas pour objectif de fournir un commentaire strict du texte mais se proposent de guider le lecteur. Une illustration originale de Nicolas Brachet accompagne cet article.
Dans ce chapitre, Primo Levi voyage. Il voyage dans le camp, mais aussi dans sa mémoire à travers le souvenir du chant XXVI de l'Enfer. C'est un étrange voyage dans l'inconnu en réalité : Primo Levi peine à ce souvenir de ces vers appris par coeur et, il arrive sans s'en rendre compte, à un tercet qui va rallumer en lui la flamme de l'humanité. Un voyage aux sources de l'être.


 

INTRODUCTION



Le chant d'Ulysse est un chapitre assez bref de Se questo è un uomo qui évoque une scène du mois de juin 1944. Dans le passage à propos duquel nous proposons ces considérations, Jean Samuel que tout le monde appelle Pikolo, vient sortir Primo Levi du fond d'une citerne enterrée dont il est en train de racler la rouille avec d'autres détenus pour qu'il l'accompagne : ils doivent aller chercher la « soupe ». Cet intermède sera l'occasion d'un moment d'humanité retrouvée pour ces deux hommes.
Lors de cette « promenade », à la demande de Pikolo, Primo Levi tente de lui enseigner brièvement la langue italienne ; pour ce faire, il essaie de se remémorer le chant XXVI de l'Enfer de Dante, mieux connu sous le nom de chant d'Ulysse. Ce retour de la mémoire a des conséquences inattendues car les souvenirs hésitants de Primo Levi le conduisent à ces vers célèbres du chant XXVI :
« Considerate la vostra semenza
fatti non foste a viver come bruti,
ma per seguir virtute e canoscenza »[2]

Ces vers résonnent alors intensément dans les têtes de nos deux co-damnés.

Évidemment, le contexte d'Auschwitz n'est pas celui du voyage d'Ulysse, le sens des vers que Primo Levi se remémore est bien loin de ce que Dante a voulu exprimer à travers eux ; mais, qu'importe. Primo Levi et Pikolo sont hic et nunc et ces vers éclairent leur vie au sein de la machine déshumanisante qu'est Auschwitz. Rien d'autre n'a alors d'importance.

Ce chapitre est construit autour d'un axe principal : le voyage. Le voyage de Primo Levi et de Pikolo, le voyage d'Ulysse, le voyage dans la mémoire retrouvée. Chacun de ces voyages est bordé de montagnes au loin. Les montagnes des Carpates, la montagne du Purgatoire dantesque et les montagnes alpines de Primo Levi. Un jeu subtil de mises en abyme multiples.


Après une description de Pikolo[3] et du travail auquel est soumis Primo Levi, nous voici arrivés à la sortie de Primo Levi à l'air libre.


LA SORTIE DE L'ENFER



D'une certaine manière, la sortie de Primo Levi de sa citerne enterrée évoque une sortie de l'Enfer : il passe d'une atmosphère confinée et souterraine [4], où le jour ne parvient qu'à travers une trappe, à l'air « libre ». Il sort de sa peine infernale pour retrouver sa nature d'homme pensant. Primo Levi décrit cette sortie à travers, à coup sûr, une des descriptions les plus douces et les plus lumineuses de Se questo è un uomo :
« Si arrampicò fuori ed io lo seguii, sbattendo le ciglia nello splendore del giorno. Faceva tiepido fuori, il sole sollevava dalla terra grassa un leggero odore di vernice e di catrame che mi ricordava una qualche spiaggia estiva della mia infanzia ». [5]

Tout ou presque a déjà été écrit sur les références littéraires à Dante dans Se questo è un uomo, certaines sont évidentes, d'autres le sont moins. Certaines sont voulues et supportent le poids des événements, d'autres résultent sûrement de la simple influence d'une solide culture classique. Certes, les mots de la sortie de l'Enfer par Dante sont éloignés du « Si arrampicò fuori ed io lo seguii, sbattendo le ciglia nello splendore del giorno » de Primo Levi, néanmoins, nous pouvons y retrouver atmosphère semblable : la montée derrière un guide vers la clarté à travers une mince ouverture et le retour à la vie.

Lo duca e io per quel cammino ascoso
intrammo a ritornar nel chiaro mondo;
e sanza cura aver d'alcun riposo,
salimmo su, el primo e io secondo,
tanto ch'i' vidi de le cose belle
che porta 'l ciel, per un pertugio tondo ;
e quindi uscimmo a riveder le stelle. [6]

Quel sens donner à ces références ? Dans le cas présent, la référence n'est pas explicitement due à Primo Levi : de la sorte, on ne peut se limiter qu'à évoquer un parallèle significatif. Quoi qu'il en soit, ces échos, fussent-ils lointains, semblent structurer l'expérience de Primo Levi : Quand ils ne donnent pas un sens au vécu [7], ils éclairent sous un angle nouveau le vécu ou parfois . Primo Levi est un témoin, son récit n'est pas une fiction d'auteur, il décrit le réel, un réel inédit qui prend un sens particulier quand il est lu à la lumière d'œuvres qui, elles, ont été créées pour le sens qu'elles doivent produire.


LA MÉMOIRE RETROUVÉE



Ce bref voyage de Primo Levi et de Pikolo dans la douce tiédeur du mois de juin est l'occasion d'un voyage dans la mémoire. La mémoire de leur vie passée d'hommes, de leurs vies d'homme libre mais, par le biais de cette folle entreprise d'apprendre l'italien par la Divine Comédie, la mémoire du savoir, de ce qui élève l'homme. Tout leur a été pris : leur famille, leur nom, leurs cheveux, leurs maisons, leurs habits, leur dignité. Une seule chose subsiste, une source de bonheur, de réconfort mais aussi de souffrance : leur mémoire. Cette mémoire du passé peut, en effet, ne pas toujours se révéler agréable: dans « una buona giornata », Primo Levi rappelle ceux qui, insensés, se remémorent recettes et banquets du passé et qui se retrouvent insultés par les autres détenus [8]. Se souvenir, c'est raviver l'existence d'un paradis perdu et accentuer la souffrance de la peine actuelle. La même hésitation tourmente Primo Levi quand il finit par évoquer par hasard ses montagnes :
« E le montagne quando si vedono da lontano... le montagne... oh Pikolo, Pikolo, di' qualcosa, parla, non lasciarmi pensare alle mie montagne, che comparivano nel bruno della sera quando tornavo da Milano a Torino » [9]

Ce voyage dans la mémoire nous offre un chapitre à part : Primo Levi exprime sa détresse très simplement et très sincèrement. Ici, point de distanciation, nulle objectivation de la souffrance. Rien que l'émotion, rien que l'intimité d'un homme qui souffre en pensant à sa vie perdue, à ses montagnes. Primo Levi ne décrit plus, il dit « je » et « tu », il confie au lecteur sa détresse, cette détresse qui n'affleure d'habitude qu'à travers des formes impersonnelles (« quando piove si vorrebbe poter piangere » [10]). Ici, les mots sont si quotidiens et simples qu'ils en acquièrent une force insoupçonnée : l'économie de l'émotion tout au long de Se questo è un uomo prend ici tout son sens. Ces mots « Oh Pikolo, Pikolo, di' qualcosa, parla » nous donnent accès comme rarement au plus intime de Primo Levi. Une simplicité non dénuée de lyrisme ; un lyrisme peut-être lié à l'« Addio monti » d'Alessandro Manzoni.

Retrouver sa mémoire, c'est tout d'abord être un homme. Mais, c'est aussi éprouver la joie d'être cet homme, c'est savoir que l'on est ce même homme qui fut heureux autrefois mais qui n'est plus vraiment cet homme d'alors. Ce temps n'est plus, définitivement, irrémédiablement. Évidemment, on ne peut s'empêcher de penser aux mots de Françoise de Rimini :

« Nessun maggior dolore
che ricordarsi del tempo felice
nella miseria »[11]

LE VOYAGE



Le voyage est commun à chacune des expériences : Ulysse en route dans l'océan austral, Primo Levi dans sa mémoire et Primo Levi accompagné de Pikolo qui vont chercher la soupe. Dans chacun des cas, il s'agit d'un voyage aux confins de l'humanité : Ulysse passe Gibraltar pour aller découvrir l'inconnu et finit par apercevoir la colline du Purgatoire que nul homme vivant ne peut approcher, seule terre émergée de l'océan austral. Aucun homme ne peut accéder à ce lieu : Dieu déchaîne alors les eaux et engloutit le bateau et son équipage. De la même manière, Primo Levi voyage aux confins de l'humanité : avec Auschwitz, il accède lui aussi à des lieux auxquels l'humanité n'aurait jamais dû être confrontée. Primo Levi et Pikolo, à la manière d'Ulysse, voyagent aussi vers l'interdit que représente cette humanité recouvrée : ils se prennent pour des hommes en quelque sorte... Pour finir, le voyage dans la mémoire est un retour aux sources de leur humanité : ils sont bien des hommes, ils en ont encore la preuve tangible.


L'EXPÉRIENCE D'ULYSSE À LA LUMIÈRE D'AUSCHWITZ



Le cas particulier du chant XXVI de l'Enfer et ce que Primo Levi en fait et en retire est intéressant. En effet, le sens que ces vers prennent est finalement bien éloigné du sens qu'ils ont au sein de la Divine Comédie. Ulysse est en Enfer, dans la huitième bolge - celle des mauvais conseillers - du huitième cercle - celui des fraudeurs et des trompeurs. L'Ulysse dantesque, somme toute assez éloigné de celui de l'Odyssée, se retrouve condamné pour l'éternité à être supplicié par le feu [12] pour avoir convaincu son équipage de dépasser les colonnes d'Hercule (Gibraltar) et d'aller découvrir l'inconnu. Il est condamné pour avoir voulu « divenir del mondo esperto e delli vizi umani e del valore »[13] ainsi que pour la tromperie dont il s'est rendu coupable à travers le Cheval de Troie.

Primo Levi se souvient donc d'un chant de la Divine Comédie, sans trop savoir pourquoi il se remémore ce chant en particulier et sans l'avoir consciemment choisi. Pourtant, ce choix - car au fond, il s'agit bien d'un choix - éclaire de manière inattendue l'expérience de Primo Levi. Se souvenir c'est, comme nous l'avons déjà dit, se replonger dans ce qui reste à ceux à qui tout fut pris. En cela, s'agit déjà d'un retour à l'humanité. Par ailleurs, se souvenir de la Divine Comédie, c'est recouvrer sa nature humaine dans ce qu'elle a de singulier : la culture, le beau, la langue, le sens. C'est ainsi qu'il convient de considérer le discours de Primo Levi sur le sens et l'importance des mots utilisés par Dante. Les réflexions stylistiques et linguistiques sont, elles aussi, une attestation de l'humanité de Primo Levi : ce sont l'attrait et l'intérêt pour la connaissance.  Pour finir, ce moment est particulièrement signifiant car les vers dantesques prennent tout à coup un sens inattendu.

« Considerate la vostra semenza
fatti non foste a viver come bruti,
ma per seguir virtute e canoscenza »[14]

D'une certaine manière, Auschwitz réinterprète totalement ce tercet sorti de son contexte qui interpelle profondément Primo Levi :
« Come se anch'io lo sentissi per la prima volta : come uno squillo di tromba, come la voce di Dio. Per un momento, ho dimenticato chi sono e dove sono. »[15]

Dans la Divine Comédie, il s'agit de la harangue d'Ulysse au cours de laquelle il convainc son équipage de poursuivre leur route vers l'inconnu : ils ne sont pas faits de cette âme végétative des bêtes mais ils sont bien des hommes en quête du bien et de la connaissance. Il ne s'agit pas d'une remise en question de leur nature humaine : ils savent bien qui ils sont. On pourrait presque dire qu'Ulysse flatte ses hommes pour les convaincre de poursuivre leur voyage. Cependant, ce discours plein de superbe va le conduire en Enfer : arrivés en vue de la colline du Purgatoire, l'embarcation et l'équipage sombreront au fond de l'océan austral. Primo Levi lui donne un sens tout autre car le contexte l'impose : ces mots éclairent leur nature humaine. Ce sont bien des hommes, qu'ils n'oublient pas cette nature ! Qui plus est, suivre le bien et la connaissance, c'est justement ce qu'ils font en se souvenant du poème de Dante. Une fois de plus, mais ici de manière plus évidente, la littérature soutient et éclaire l'expérience vécue par Primo Levi.


CONCLUSION



Ce chapitre de Se questo è un uomo pose donc la question de l'humanité retrouvée. À divers égards, il détonne au sein de l'œuvre car il est empreint d'une intimité inhabituelle : l'impression du lien auteur/lecteur disparaît. Cette fois-ci, c'est le lecteur qui est témoin de ce qu'il voit, il observe cet homme qui cède au lecteur cette tranche de vie. Il s'agit, d'un témoignage sur l'humanité pris dans l'intimité, d'un texte fort rappelant à tous la force de la littérature : à défaut de sauver une vie et de redonner la liberté physique, elle offre une arme supplémentaire à l'homme pour trouver la force d'affronter des vicissitudes auxquelles jamais il ne pensait devoir se préparer. Ces lignes montrent comment la résistance à l'oppression peut prendre des visages insoupçonnés. Quelle hardiesse ! Oser être homme et parler de littérature au fond d'Auschwitz.


Pour citer ces ressources :

Damien Prévost. 11/2011. "Éléments de réflexion sur "Le chant d'Ulysse" dans "Si c'est un homme" de Primo Levi".
La Clé des Langues (Lyon: ENS LYON/DGESCO). ISSN 2107-7029. Mis à jour le 16 janvier 2012.
Consulté le 25 juillet 2014.
Url : http://cle.ens-lyon.fr/italien/elements-de-reflexion-sur-le-chant-d-ulysse-dans-si-c-est-un-homme-de-primo-levi-134565.




Notes



[1] Primo LEVI, Se questo è un uomo, « Il canto di Ulisse », pp. 99-103. Ce commentaire portera sur le passage qui va de « Appeso con una mano alla scala oscillante [...] » jusqu'à la fin du chapitre. En français, depuis « accroché d'une main à l'échelle de corde [...] » jusqu'à la fin du chapitre (pp. 171-179). Toutes les traductions sont tirées de la traduction de Martine Schruoffeneger, l'édition considérée est Primo Levi, Si c'est un homme, Julliard, Pocket, 2003.

[2] Dante ALIGHIERI, Divina Commedia, Inf., XXVI, 118-120. « Considérez quelle est votre origine / vous ne fûtes faits pour vivre comme des bêtes, / mais pour suivre vertu et connaissance ». Toutes les traductions de la Divine Comédie sont de Lucienne Portier aux éditions du Cerf.

[3] Son surnom de Pikolo est lié à son âge : Jean Samuel est le plus jeune du Kommando 98 et, à ce titre, il doit assumer la charge de Pikolo. Cette charge présente des avantages non négligeables : il joue le rôle de livreur, de commis aux écritures, il est responsable de la distribution de la « soupe », des outils... À ce titre, c'est bien un Prominent, mais ses qualités humaines en font un homme « bon » malgré ce statut.

[4] « Eravamo sei a raschiare e pulire l'interno di una cisterna interrata ; la luce del giorno ci giungeva soltanto attraverso il piccolo portello d'ingresso. [...] La polvere di ruggine ci bruciava sotto le palpebre e ci impastava la gola e la bocca con un sapore quasi di sangue. » Primo Levi, Op. Cit., « Il canto di Ulisse », p. 98. « Nous étions six à récurer et nettoyer l'intérieur d'une citerne souterraine. La lumière du jour ne nous parvenait qu'à travers l'étroit portillon d'accès. [...] La poussière de rouille nous brûlait les yeux et nous laissait dans la bouche et la gorge comme un goût de sang. », p. 168

[5] Primo Levi, Op. Cit., p. 100. « Il se glissa dehors, et moi je le suivis, clignant des yeux dans la splendeur du jour. Dehors l'air était tiède, et sous le soleil il montait de la terre une odeur légère de peinture et de goudron qui me rappelait une plage d'été de mon enfance. », p. 171.

[6] Dante ALIGHIERI, Op. Cit., Inf., XXXIV, 132-139. « Mon guide et moi, par ce chemin caché / entrâmes pour retourner dans le clair monde ; / et sans avoir cure d'aucun repos, / nous montâmes lui premier, et moi second, / et puis je vis de ces choses belles / que porte le ciel, par un pertuis rond ; / ensuite nous sortîmes à revoir les étoiles. ».

[7] On peut faire référence à tout le chapitre intitulé « Sul fondo » où les références dantesques sont fréquentes et caractérisent très clairement ce lieu inimaginable qu'est Auschwitz à son arrivée : l'Enfer.

[8] « Sigi ha diciassette anni [...] un terzo a raccontare », Primo Levi, Op. Cit., « Una buona giornata », p. 67.

[9] Ibid., « Il canto di Ulisse », p. 102. « Et les montagnes, quand on les voit de loin... les montagnes... oh ! Pikolo, Pikolo, dis quelque chose, parle, ne me laisse pas penser à mes montagnes, qui apparaissent, brunes dans le soir, quand je revenais en train, de Milan à Turin ! », p. 177-178.

[10] Ibid., « Kraus », p. 117. « Quand il pleut, on voudrait pouvoir pleurer. », p. 204.

[11] Dante ALIGHIERI, Op. Cit., Inf., V, 121-123. « Il n'est pire douleur / que se souvenir du temps heureux /dans la misère. ».

[12] Les âmes apparaissent sous la forme de flammes. Pour approfondir le lien entre la langue et le feu, cf. Jac., III, 4-5.

[13] Dante ALIGHIERI, Op. Cit., Inf, XXVI, 98-99. « prendre expérience du monde / et des vices humains, et de la valeur ; »

[14] Ibid., Inf., XXVI, 118-120. « Considérez quelle est votre origine / vous ne fûtes faits pour vivre comme des bêtes, / mais pour suivre vertu et connaissance »

[15] Primo LEVI, Op. Cit., « Il canto di Ulisse », p. 102. « Et c'est comme si moi aussi j'entendais ces paroles pour la première fois : comme une sonnerie de trompettes, comme la voix de Dieu. L'espace d'un instant, j'ai oublié qui je suis et où je suis. », p. 176.
 
 
mise à jour le 16 janvier 2012
Créé le 4 novembre 2011
ISSN 2107-7029
DGESCO Clé des Langues