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Andrea Mantegna, "La Camera picta"

Par Sarah Vandamme : Professeure agrégée d'italien
Publié par Alison Carton-Vincent le 02/06/2015
Il s’agit d’une pièce du château San Giorgio, entièrement recouverte de fresques virtuoses, mirant à l’autocélébration de la famille Gonzaga. Elles mettent en scène les membres de la famille, vivants et morts, au cours de plusieurs scènes évoquant des événements fondateurs et soulignant les vertus de Ludovico, ainsi que les effets de son bon gouvernement.


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Par Sarah Vandamme, professeure agrégée d'italien

 

Andrea MANTEGNA, La Camera Picta, 1465-74, Mantoue, Castel San Giorgio


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Fils d’un menuisier des environs de Padoue, Andrea Mantegna (Isola di Carturo, 1431 – Mantoue, 1506) débute très jeune dans l’atelier du peintre Francesco Squarcione. Appartenant à la même génération que Jacopo Bellini, Squarcione était un peintre dit « antiquario » en raison de son goût pour les ornements à l’antique. Au début du XVème siècle, un antiquario » n’était pas à proprement parler un « antiquaire », ni un historien de l’antiquité, mais un collectionneur passionné d’objets antiques : l’atelier de Squarcione, dans lequel s’est formé Mantegna, était encombré de fragments de statues, de sarcophages, ou d’épigraphes. L’antiquité n’avait certes jamais été perdue de vue par les artistes italiques, mais cette première Renaissance voit naître un goût plus philologique, plus érudit, plus conscient pour cette période. Le style « à l’antique » devient alors le plus moderne et le plus prisé par les commanditaires cultivés. A Padoue, ce goût pour l’esthétique à l’antique et les recherches sur la représentation de l’espace en perspective sont renforcés par la présence de Donatello, qui y séjourne dans les années 1440. Les artistes locaux, et parmi eux le jeune Mantegna, ont ainsi eu l’occasion d’admirer et de s’inspirer de l’un de ses chefs-d’œuvre, le fameux autel de Saint Antoine de Padoue.

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Donatello, Miracle de l’Âne, 1447, Basilique Saint Antoine de Padoue


Les premières œuvres de Mantegna, les fresques – très endommagées lors des bombardements de 1944 – de la Chapelle Ovetari de l’Eglise des Ermites à Padoue, sont très marquées par cette influence : les compositions sont amples, structurées par des éléments architecturaux à l’antique, et les personnages sont sculpturaux. La perspective est souvent virtuose, mettant en scène des personnages de dos ou en raccourci. Le raccourci – scorcio en italien –consiste à représenter un objet plus court pour figurer la perspective : l’exemple le plus spectaculaire de raccourci dans l’art de la Renaissance est précisément le Cristo Morto de Mantegna, conservé à la Brera de Milan.

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Andrea Mantegna, 1448-57, Miracolo di San Giacomo [photo datant d’avant les bombardements] et Il Martirio di San Cristoforo [copie du Musée Jacquemart André qui ne rend pas hommage au style sculptural de Mantegna, mais donne une idée du raccourci sur le corps de Saint Christophe], Cappella Ovetari, Chiesa degli Eremitani, Padova.

Mantegna connaît très rapidement un grand succès, et s’installe dès le début des années 1460 à la cour de Ludovico III Gonzaga à Mantoue, avec sa femme Nicolosia, fille de Jacopo Bellini – et donc sœur de Giovanni Bellini. De 1488 à 1490, il séjourne à Rome, où il enrichit encore sa connaissance de l’art et de l’épigraphie antiques. Mantegna devient le plus fidèle artiste de cour des Gonzaga, qui lui commanditent entre autres la fameuse Camera Picta.
Il s’agit d’une pièce du château San Giorgio, entièrement recouverte de fresques virtuoses, mirant à l’autocélébration de la famille Gonzaga. Elles mettent en scène les membres de la famille, vivants et morts, au cours de plusieurs scènes évoquant des événements fondateurs et soulignant les vertus de Ludovico, ainsi que les effets de son bon gouvernement. Dans un espace théâtral structuré par un décor en trompe-l’œil – une loggia recouverte de grotesques et des rideaux imitant le brocart doré – les personnages sont représentés fidèlement et en taille réelle. Comme dans la Cappella Ovetari de Padoue, le point de vue est légèrement rabaissé, ce qui donne aux figures un aspect monumental et héroïque : ce n’est donc pas par l’idéalisation des traits – les visages sont au contraire de véritables portraits, pas toujours flatteurs – mais par la mise en scène que les figures sont glorifiées.

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La cour de Ludovico III Gonzaga

Le plafond est lui aussi entièrement recouvert d’un décor en trompe-l’œil imitant le stuc, foisonnant de grotesques, de guirlandes à l’antique, et de médaillons d’empereurs romains. Clou du spectacle, un oculus en trompe-l’œil représentant, sur un ciel bleu azur agrémenté de nuages, des femmes riantes, un paon, et des putti représentés en raccourci.

oculus_1433232082198-jpgCet oculus est une référence à l’architecture antique. Il évoque le Panthéon de Rome, mais aussi plus simplement l’impluvium des villas patriciennes. L’oculus ouvert sur le ciel constitue en outre l’un des principes de l’architecture de Vitruve, dont on sait que Mantegna, désormais riche peintre courtisan, s’était inspiré pour l’édification de sa propre maison à Mantoue.

S’il est le premier exemple de ce genre en Italie, l’oculus de Mantoue préfigure les trompe-l’œil de Correggio et des églises baroques.

 


Au collège, il est bien sûr difficile en classe d’italien de trouver le temps et l’occasion de développer tous ces aspects. Mais l’œuvre en elle-même est si spectaculaire qu’il est tout à fait possible de l’exploiter, même de façon très superficielle. Les collégiens, souvent très dubitatifs devant une œuvre moderne ou contemporaine essentiellement conceptuelle, sont en revanche très largement sensibles à l’imitation virtuose du réel. Avant de cibler une partie de la fresque en particulier, on pourra leur montrer quelques vues d’ensemble de la camera picta, sans oublier bien sûr le fameux oculus, que certains auront peut-être déjà vu en carte postale, et qui ne manquera pas de les ravir. En fonction de la façon dont on voudra exploiter l’œuvre – notamment pour l’histoire des arts – elle peut donc être une bonne occasion d’acquérir du vocabulaire technique (affresco, illusionismo, ritratto, scorcio, trompe-l’œil, etc.).
Ensuite, la partie de la fresque représentant la cour de Ludovico pourra par exemple être utilisée dans le cadre d’une séquence sur la famille et la situation dans l’espace : à partir de la fresque, on peut imaginer un court texte décrivant les personnages et leur position, et demander aux élèves de deviner qui est qui. Lors de l’évaluation finale, on pourra choisir un autre tableau italien représentant une famille, et demander à l’élève de faire le même exercice.
 

 

EXEMPLE D’ACTIVITE EN CLASSE 

1. Leggi il testo e identifica i membri della famiglia Gonzaga sull’affresco
Il marchese Ludovico è di tre quarti, a sinistra, seduto su un trono. Sotto il trono, c’è il suo cane preferito, che si chiama Rubino (ma è anche un simbolo di fedeltà). In piedi dietro il marchese Ludovico, c’è Gianfrancesco, il suo terzo figlio. Davanti a Gianfrancesco, c’è suo figlio Ludovichino, nipote del marchese Ludovico. La moglie del marchese Ludovico, Barbara, è seduta sul trono di destra. La bambina di profilo accanto a lei (alla sua destra) è Paola, la sua figlia più giovane. Dietro Barbara, in piedi, c’è Rodolfo, il suo figlio maggiore. Dietro Rodolfo, alla sua sinistra, c’è la sua sorellina Barbarina.

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2. Sul tuo quaderno, disegna l’albero genealogico dei Gonzaga

3. Completa le frasi pronunciate dai personaggi dell’affresco

 

a. Ludovico: “Gianfrancesco è mio figlio e Paola è ...................................... .”

b. Paola: “Rodolfo è ...................................... e Barbara è ...................................... .”

c. Barbara: “Ludovico è ...................................... e Ludovichino è ................................... .”

 

 

 

 

 

Pour citer cette ressource :

Sarah Vandamme, "Andrea Mantegna, "La Camera picta"", La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), juin 2015. Consulté le 23/09/2018. URL: http://cle.ens-lyon.fr/italien/arts/arts-visuels/andrea-mantegna-la-camera-picta-