Le statut juridique des langues de l’Espagne se trouve encadré par la Constitution Espagnole dont le Título Preliminar affirme que:
1 - Le castillan est la langue espagnole officielle de l’État. Tous les Espagnols ont le devoir de la connaître et le droit de l’utiliser.
2 - Les autres langues espagnoles seront aussi officielles dans les Comunitats Autònomes respectives, conformément à leurs Estatuts d’Autonomia.
La Constitution fait référence aux Estatuts d’Autonomia, c’est-à-dire au texte légal dont dispose chacune des 17 Comunitats Autònomes, un texte qui consiste en un développement de la Constitution. Dans l’Estatut d’Autonomia des Baléares, un article entier est consacré à la question de la langue. Celui-ci stipule que :
1 - La langue catalane, propre des Îles Baléares, aura, avec la langue castillane, le caractère de langue officielle.
2 - Tous ont le droit de la connaître et de l’utiliser, et personne ne pourra faire l’objet de discriminations à cause de la langue.
3 - Les institutions des Îles Baléares garantiront l’usage normal et officiel des deux langues, elles prendront les mesures nécessaires pour en assurer la connaissance et elles créeront les conditions qui permettent d’arriver à la pleine égalité des deux langues en ce qui concerne les droits des citoyens des Îles Baléares.
L’
Estatut des Baléares précise aussi, par ailleurs, que :
- Les variétés insulaires du catalan, de Majorque, Minorque, Ibiza et Formentera, feront l’objet d’étude et de protection, sans préjudice de l’unité de la langue.
- L’institution consultative officielle pour tout ce qui a trait à la langue catalane sera l’Université des Îles Baléares.
Il convient de souligner, par ailleurs, que l’Estatut spécifie que le nom de la langue parlée aux Baléares est le catalan – c’est le nom utilisé par toute la communauté scientifique et universitaire – et non pas le baléare, comme voudraient l’appeler les secteurs anticatalanistes, affirmant ainsi explicitement l’unité de la langue catalane. Enfin, l’Estatut insiste aussi sur le fait que l’Université des Îles Baléares fait autorité et est la référence en matière de linguistique. Autrement dit, le catalan est géré légalement par un établissement sérieux, éloigné des préjugés.
En réalité, tout cela est parvenu à affaiblir un mouvement d’origine majorquin connu comme gonellisme, lequel se déclare opposé à l’unité de la langue catalane en même temps qu’il se déclare favorable à l’établissement d’une grammaire et d’une orthographe différentes de celles du standard catalan. Toutefois, malgré la dénomination officielle, il existe encore des organisations qui continuent de défendre ces théories et qui luttent vivement pour les faire accepter, comme nous l’avons déjà souligné.
Enfin, il faut aussi savoir que, tandis que l’Estatut d’Autonomia de la Catalogne utilise aussi le nom de catalan pour faire référence à sa langue, celui de la Communauté Valencienne, autre région catalanophone de l’Espagne, recourt au nom de valencien, ce qui a favorisé la naissance de l’équivalent local du gonellisme des Baléares, le blaverisme, dont le nom rend hommage à la défense passionnée de la frange bleue du drapeau de la région valencienne. De cette façon, les blaveros et leurs théories se trouvent protégés légalement. Cela provoque parfois des situations absurdes comme, par exemple, celle d’avoir des formulaires administratifs en catalan et en valencien ou de compter avec deux traducteurs différents au Sénat pour les sessions où les langues régionales sont tolérées. Il va sans dire que cela a bien évidemment encouragé les sécessionnistes linguistiques des Baléares à lutter pour faire changer le nom de la langue et l’appeler baléare.