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Le Syndrome d'Ulysse

Santiago Gamboa
Publié le : 24 juin 2011
Santiago Gamboa, Le Syndrome d'Ulysse, Traduit de l'espagnol (Colombie) par Claude Bleton, éd. Métailié et Point Seuil.
 
 
Paris : Paris magique, Paris beauté, Paris fantaisie... Autant de clichés sur la Ville Lumière qui n'apparaissent jamais dans Le syndrome d'Ulysse. Paris sombre, Paris pluvieux, Paris froid, Paris ingrat... voilà le décor de cette œuvre déstabilisante de franchise.
 
    Notre auteur nous présente ici, de façon romancée et fictionnelle, son expérience parisienne, lorsque très jeune, il a quitté sa Bogota natale pour venir découvrir Paris, en quête de culture et d'inspiration pour sa vocation d'écrivain. Mais seulement voilà, la vie y est très chère, les loyers, pour des chambres de bonne sans sanitaire ni aucune commodité, sont démesurés. De plus, pour un émigré, si légal soit-il en territoire français, trouver du travail, ou du moins un travail qui ne soit ni dégradant ni payé au lance-pierre, relève du défi.
 
    Esteban, le Colombien émigré héros de l'histoire, déambule dans Paris et sa banlieue en quête d'une vie meilleure et de nouvelles rencontres : échapper à la solitude semble être une priorité... Bien loin d'être une histoire égocentrique, axée sur les états d'âme d'un seul étranger perdu dans la capitale française, Santiago Gamboa a le talent de choyer ses personnages secondaires. En leur passant régulièrement le "micro", il leur donne, l'espace d'un instant, le rôle principal pour qu'à leur tour ils puissent raconter leur expérience, bonne ou malheureuse, l'histoire qui les a conduits dans cette triste Paris.
 
    Notre héros se trouve là, planté dans un monde où il ne semble pas trouver sa place. Trop pauvre pour être épanoui, mais mille fois privilégié par rapport aux personnages du monde qu'il côtoie : un Coréen atteint du syndrome éponyme du livre, des Africaines et Roumaines qui complètent leurs salaires en se prostituant, pour faire vivre leur famille... D'autres amis, plus atypiques, rythment également le récit : des passionnés qui cherchent leurs limites, des Marocains férus de littérature, des écrivains célèbres, une Colombienne riche, belle et accroc au sexe... et tant d'autres encore. Un florilège de personnages qui cherchent, tout comme notre héros, un sens à leur vie...

    "Entonces le pregunté: ¿Y a quién herí, a ti?, y ella dijo, sí, me hieres porque señalas que eres diferente, algo que es cierto, tú no vives lo mismo que nosotras y por eso puedes tomar distancia. Eres un privilegiado, al menos acéptalo, a lo que dije, está bien Susi, lo acepto, aun si la palabra «privilegiado» suena un tanto extraña a mis oídos cuando veo la vida que llevo, pero ella de inmediato reviró, deja de quejarte y duerme, me estás haciendo venir más dolor, yo entiendo que sufras, pero piensa en las vidas de los demás, todo el mundo tiene algo que contar y cree que es el único, por eso te doy un consejo y es que de vez en cuando te asomes a la ventana y observes la vida de la calle, pero le dije, Susi, mi ventana no da a la calle (en realidad quise decir «mi ventana ni siquiera da a la calle»)."
 
    Ce petit extrait résume parfaitement le message qu'a voulu transmettre l'auteur, ainsi que la condition et l'état d'esprit de notre personnage principal, qui a beau appartenir aux bas-fonds de la société, se rend peu à peu compte du fossé qui l'en sépare. Seul, il se sent surtout très seul, et pour pallier cette sensation désagréable, du fond de sa chambrita, il attend que le téléphone sonne : un nouvel emploi ? Son ex petite amie qui se repentirait ? Une invitation (à manger avec un peu de chance !) ? Une amie en manque de sexe ? Ou même simplement quelqu'un qui voudrait bavarder ? Toute proposition est une opportunité qu'il ne faut pas négliger... Avec humilité, curiosité et patience, Esteban cherche à quel monde il aimerait appartenir et se laisse volontiers entraîner sur des sentiers glissants. Il va même jusqu'à créer sa propre enquête (presque policière), autour de la disparition d'un compatriote colombien, pour pimenter son quotidien et trouver, on imagine, une raison de plus pour rester là, à piétiner et attendre que quelque chose se passe.
 
    L'oralité qui imprègne ce texte lui confère une véritable sincérité, et le prêt du « je » narratif aux différents personnages qui composent ce récit aide à comprendre que bien qu'entourés d'amis fidèles, on est seul protagoniste de sa vie.
 
Anne-Marie MOLIN
 
Pour citer cet article :
 

Santiago Gamboa. 2011. "Le Syndrome d'Ulysse".
La Clé des Langues (Lyon: ENS LYON/DGESCO). ISSN 2107-7029. Mis à jour le 15 août 2011
Consulté le 31 octobre 2014
Url : http://cle.ens-lyon.fr/espagnol/le-syndrome-d-ulysse-125710.kjsp

Santiago Gamboa sur La Clé des Langues
Critiques et entretiens sur Le Syndrome d'Ulysse
 
 
mise à jour le 15 août 2011
Créé le 24 juin 2011
ISSN 2107-7029
DGESCO Clé des Langues