D'autres, hommes ou femmes, avaient été recrutés dans les villes de Mexico, Chihuahua, Oaxaca, Monterrey et Veracruz. Le campement, situé en pleine montagne coréenne, était constitué d'un groupe de cabanes qui pouvaient loger chacune dix personnes. Ils y apprirent les rudiments de la défense individuelle, de l'usage des armes, pratiquèrent le tir au mortier et au bazooka, étudièrent l'utilisation des explosifs et les communications radio. L'activité commençait tôt au campement :
À 5 h 45 du matin, la cloche sonnait et on avait dix minutes pour arriver, en uniformes, bottés et le sac au dos, à l'appel des pelotons. Le programme du matin commençait à 6 heures. Il fallait d'abord courir 30 ou 40 minutes, ensuite on faisait l'exercice sur le terrain de football, à 7 h 30, toilette et préparation pour la revue de détails, tout devait être impeccable. On prenait le petit déjeuner et on allait en classe suivre des cours d'histoire, en général d'histoire de la Corée.
Il y avait des instructeurs et des interprètes, d'autres nous donnaient des cours de tactique sur carte, pendant les exercices, nous organisions des embuscades, chaque escadron désignait la personne qui allait la préparer. Dans les exercices, les soldats coréens jouaient le rôle des ennemis contre lesquels on devait tendre l'embuscade.
Le déjeuner était à 14 heures, après on avait droit à une heure de sieste. L'après-midi, on reprenait les mêmes activités, théoriques dans les salles de classe et pratiques à l'extérieur. Le soir, on terminait à 20 heures. Le samedi après-midi, c'était un peu moins occupé, et le dimanche, ils nous laissaient nous balader (7).
En novembre 1970, les jeunes militants du groupe sont de retour au Mexique. Ils ont été répartis en quatre secteurs : recrutement, éducation politico-militaire, expropriations et exploration, et envoyés dans plusieurs zones du pays. À Jalapa, Toluca, Salamanca, Guadalajara et Acapulco, ils ont établi des écoles d'entraînement. Le MAR entre en action le 18 décembre 1970, avec « l'expropriation » de plus d'un million de dollars à la Banco de Comercio de Morelia. Deux mois plus tard, il subit un premier revers : l'arrestation de trois femmes et 16 hommes, le tiers du contingent entraîné en Corée, à cause des soupçons que l'école de Jalapa a éveillés chez les voisins (l'un d'entre eux était policier).
Le 15 mars 1971, un mois après leur détention, la nouvelle est rendue publique. Gómez Souza, professeur et syndicaliste de Veracruz, est désigné par la presse comme un des principaux dirigeants. Le séjour à Moscou de la direction du MAR et son entraînement en Corée du Nord déchaînent alors un scandale diplomatique sans précédent. La Corée du Sud profite de l'orage pour laisser filtrer à la presse mexicaine une information selon laquelle le campement où le MAR a reçu son entraînement aurait hébergé 7 000 guérilleros originaires de divers pays d'Amérique latine. Ils accusent les Nord-Coréens, les Chinois et les Russes d'un complot dont seraient complice les Jeunesses communistes mexicaines.
Le 17 mars, un Luis Echeverría bouillant d'indignation déclare à la presse : « Partons de ce principe : le Mexique ne crée de problèmes à personne ; il est aujourd'hui victime d'une agression, alors qu'il a proclamé qu'il veut une coexistence pacifique et le respect mutuel, pour que les échanges culturels et commerciaux ne soient pas ralentis. » Un jour plus tard, sans explication, plusieurs diplomates soviétiques sidérés sont expulsés du pays : Dimitri A. Diakonov, attaché commercial ; Boris Boskoboinikov et Oleg M. Netchiporenko, deuxièmes secrétaires, et un autre fonctionnaire de l'ambassade, Alexandre Bolchakov.
Le gouvernement soviétique se déclare surpris ; les dirigeants communistes chiliens et italiens accusent la CIA d'« affabulation antisoviétique », et la revue
Selecciones del Reader's Digest publie un article à sensation où il est question d'une conspiration de la police secrète soviétique, le KGB, en terre mexicaine. Les intellectuels mexicains accusent soit l'extrême-droite soit la gauche internationale et dans la presse apparaissent d'innombrables placards de soutien à Echeverría. Personne ne voulait admettre, raconte Rogelio Raya, qu'il s'agissait uniquement du projet audacieux et naïf d'un groupe d'étudiants mexicains.
Quatre des inculpés obtinrent leur liberté sous caution. Les autres furent accusés des délits de conspiration, incitation à la rébellion, association de malfaiteurs, détention d'armes, vol avec violence, homicide et falsification de documents officiels. La section d'éducation politico-militaire avait été arrêtée en bloc. Les autres sections, intactes, continuèrent leur activité, mais sans se revendiquer du nom de l'organisation. La police publia les photos de sept personnes suspectées de faire partie du MAR ; l'une d'elles était Martha Maldonado, fondatrice de l'organisation et fille d'un ancien gouverneur de Basse-Californie, Braulio Maldonado. Le 9 juin 1971, la police arrête trois autres membres du MAR qui ont aussi été boursiers à Moscou : José Candelario Pacheco, José de Jesús Pérez et Pedro Leyva. Le lendemain tombait un jeudi.