Même s’il existe des différences locales, le catalan est, selon les linguistes, une langue qui connaît très peu de variations dialectales et ce malgré l’opinion générale des locuteurs puisque, jusqu’au XVème siècle, des circonstances politiques, culturelles et linguistiques favorables l’ont maintenu unifié. L’argument majeur qui sous-tend cette affirmation n’étant autre que l’intercompréhension dialectale. En effet, il apparaît que les locuteurs des différents dialectes du catalan se comprennent entre eux tandis que, dans des langues comme l’allemand, l’italien ou le basque, les locuteurs doivent se servir du standard pour se comprendre entre eux.
Il faut tout d’abord préciser que standard n’est pas synonyme de langue. Il s’agit d’une variété comme les autres, mais d’une variété unifiée, soutenue, privilégiée pour des raisons extralinguistiques, utilisée à l’écrit et dans des contextes formels et permettant la totale compréhension entre les différents dialectes. À ce propos, la configuration d’un modèle de langue standard catalan a suivi un processus long et compliqué.
L’écrivain et philosophe Ramon Llull (XIIIème siècle) a été le premier à écrire en langue romane sur des sujets réservés à l’époque au latin. Puisque le catalan n’avait pas de modèle de langue écrite et manquait de normes orthographiques, sa langue est alors devenue le point de départ du catalan standard. Par la suite, au cours des XIVème et XVème siècles, c’est la Cancelleria Reial (qui était l’institution administrative des rois de la Couronne d’Aragon) qui a agi comme référent linguistique.
Cependant, les évènements historiques, et notamment l’union de la Couronne d’Aragon et de la Couronne de Castille au XVIème siècle, ont amené le catalan à jouer le rôle de langue B dans une situation dite diglossique pendant plus de trois siècles (du XVIème au XVIIIème). En effet, le castillan représentait alors la langue des rois et, par conséquent, la langue rattachée au pouvoir et à la culture, c’est-à-dire au prestige. Au contraire, le catalan était uniquement considéré comme la langue du peuple et son usage était limité au domaine de l’oralité et à la littérature populaire, mais jamais à la haute littérature, ce qui explique que le catalan manquait alors d’un standard stable et prestigieux.
Cette situation de diglossie s’est ainsi poursuivie jusqu’au XIXème siècle, jusqu’à ce que les profondes mutations sociales qui avaient lieu dans toute l’Europe et que les nouveaux mouvements culturels comme le romantisme favorisent l’émergence d’une période connue comme la Renaixença. Ce nom renvoie, en fait, à la volonté des écrivains de recommencer à nouveau et de récupérer le prestige de la langue catalane, écartée pendant trois siècles de la vie publique et littéraire.
Avec la Renaixença comme point de départ et afin d’atteindre les objectifs de ces écrivains, Enric Prat de la Riba, président de la Catalogne, crée, en 1907, l’Institut d’Estudis Catalans (IEC) et, dans cet établissement, la Secció Filològica (1911), qui remplit dès lors et jusqu’à aujourd’hui la fonction d’Académie de la langue catalane.
L’objectif linguistique principal de l’IEC pouvait se résumer en une seule phrase : la normativisation de la langue catalane. Il va sans dire que, sans le travail colossal de Pompeu Fabra, cet objectif n’aurait jamais été atteint. Pompeu Fabra est le véritable créateur de la grammaire et de l’orthographe catalanes. C’est lui qui a favorisé la mise en place des Normes ortogràfiques (1913), du Diccionari Ortogràfic (1917), de la Gramàtica catalana (1918) et du Diccionari General de la llengua catalana (1932). En réalité, Fabra a essayé de trouver un équilibre entre le catalan de la Cancelleria Reial et le catalan contemporain, entre le catalan central et les autres dialectes, afin que tous les locuteurs, qu’ils viennent d’où ils viennent, se sentent représentés et se comprennent entre eux. En fait, l’exploit de l’IEC a été de réussir à créer un standard polymorphique et flexible, c’est-à-dire un standard qui puisse s’adapter à chaque territoire et à chaque situation de communication et qui facilite, par conséquent, la réception du message.
Cependant, le poids démographique, politique, économique et culturel de Barcelone a fait que le dialecte le plus présent dans le standard catalan soit justement celui de la capitale et de ses alentours, c’est-à-dire le dialecte central. Actuellement l’œuvre de Pompeu Fabra continue de constituer la base du catalan standard. L’IEC et certains organismes consultatifs, comme les départements de philologie des universités des territoires catalanophones, se chargent de l’actualisation et modernisation du standard catalan.