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L'Appât

José Carlos Somoza
Publié le : 6 juin 2012
José Carlos Somoza, L’Appât, Octobre 2011, traduit de l’espagnol par Marianne Million, 409p., Actes Sud
 
Suite aux attentats de New-York, Madrid, et d’une mystérieuse attaque nucléaire dans un quartier madrilène, toutes les polices d’Europe ont radicalement changé leurs méthodes de travail. En partant du principe que tout homme possède en lui un désir si puissant au point de pouvoir tout entraver, chaque être humain est catégorisé par « un Masque », et son penchant est identifiable grâce à une gestuelle bien précise.
 
Or, pour pouvoir accéder à ce classement, le policier doit suivre une formation totalement basée sur le théâtre Shakespearien. Chaque Masque correspond à un personnage précis du répertoire, et sert de référence.
 
Ces forces de l’ordre d’un genre nouveau s’appellent les Appâts. Leur particularité est de connaître Shakespeare sur le bout des doigts, et de ce fait, grâce à la simple gestuelle de la personne se trouvant en face d’eux, ils sont capables de trouver LA parade pouvant la décontenancer et provoquer en lui une « disruption » : « la disruption est une explosion du désir : tu plonges tellement dans le psynome que c’est comme si tu perforais la terre et, soudain, tu vois monter le pétrole comme un vomissement noir et visqueux ».
 
Sans pistolet, sans violence, le plaisir devient l’arme absolue…
 
Diana Blanco est le meilleur appât du département de psychologie criminelle de Madrid, mais à force de jouer des rôles différents pour pouvoir arrêter les pires sujets, elle se sent plus actrice que policier, et se sent perdue :
« Habituée à feindre tant d’émotions, j’ai souvent eu du mal à savoir ce que j’éprouvais maintenant ».
 
De ce fait, elle désire se retirer, mais un tueur en série, surnommé le Spectateur, tant sa personnalité semble rassembler à elle seule beaucoup de Masques différents, l’en empêche. Comme elle est la meilleure, elle seule peut le débusquer.
C’est un thriller d’un genre nouveau que nous propose Juan Carlos Somoza. Grand admirateur de Shakespeare, il a construit une intrigue dans laquelle le théâtre sert de base à l’élucidation de l’enquête. Chaque chapitre fait référence à une pièce bien précise, et de ce fait présente un désir en relation avec un personnage shakespearien. Ainsi, plus l’appât est familiarisé avec l’univers du dramaturge, plus il est susceptible de cerner « le psynome » d’autrui.
 
La problématique avancée fait de ce livre un roman inclassable car il use des pratiques théâtrales pour définir ses personnages et faire avancer l’intrigue. Simplement, à force de trop vouloir en faire, le surplus d’informations et de références rend le récit opaque, et surtout, caricature dangereusement les personnages au point que parfois, le lecteur a l’impression de lire la description d’un spectacle de marionnettes, ou la superposition de scènes jouées au ralenti. Enfin, la complexité des techniques avancée pour neutraliser un meurtrier ne sert pas la trame principale qui s’avère somme toute bien banale.
 
Finalement, Somoza a voulu mettre en évidence que « la vie n’est qu’un théâtre » et que Shakespeare, en dramaturge de génie, avait su mettre en scène toutes les nuances de l’âme humaine.
 
Virginie Neufville
Enseignante dans le Pas-de-Calais
L'auteur

José Carlos Somoza est né à La Havane en 1959 et vit à Madrid. Ses ouvrages, parus en français chez Actes Sud : La Caverne des idées (2002, et Babel n°604), Clara et la pénombre (2003, et Babel n°669) La dame n°13 (2005, et Babel n°793), La Théorie des cordes (2007, et Babel n°911), Daphné disparue (2008) et La clé de l’abîme (2009), sont traduits dans le monde entier.
Remerciements
Article paru le 3 juin 2012 dans
La Cause Littéraire
 
 
mise à jour le 7 juin 2012
Créé le 6 juin 2012
ISSN 2107-7029
DGESCO Clé des Langues