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Entretien avec Jenn DIAZ - Entrevista a Jenn DIAZ

Caroline Bojarski et Carlos Benguigui
 

Introduction

 
Jenn Díaz n'a que 22 ans mais n'en est pas moins une passionnée de littérature puisqu'elle peut se vanter d'être écrivaine, blogueuse, sous-directrice d'un magazine littéraire, et avant tout lectrice. Elle a publié en 2011 un premier roman, Belfondo, sélectionné en France pour le festival du premier roman de Chambéry. Dans un genre pouvant s'apparenter à la nouvelle, Jenn Díaz nous plonge au coeur de la vie d'un village où tous se connaissent, et où règne le diktat d'un chef de village bien particulier... Découvrons cette jeune espagnole qui réussit avec brio à se faire une place dans la littérature espagnole contemporaine.
 
Elle était l'une des invités du colloque organisé en mars 2012 par l'Instituto Cervantes de Lyon qui s'intitulait « El creador y su crítica ». Nous en avons profité pour lui poser quelques questions sur son livre et sur son état d'esprit au moment de sa conception.

Présentation du livre

  
À Belfondo, comme dans tous les villages, on connaît bien les histoires des uns et des autres. À Belfondo comme ailleurs, il y a de fortes têtes et des personnages hauts en couleurs : Beremunda la prostituée, Domitilda la veuve, Petronilo le croque-mort ou Tertulino l'aubergiste. Seulement à Belfondo, le chef du village s'autorise de manière plutôt autoritaire à contrôler la vie de ses habitants. Même si toutes les histoires que nous présente Jenn Diaz concernent plutôt la vie intime des habitants et ne mettent pas forcément au premier plan la figure du chef, tous pâtissent de son autorité. Drôle, triste, parfois cruelle, la vie des habitants est racontée pour laisser apparaître une réalité froide, bien loin des rêves que s'autorisent à formuler les épouses délaissées, les hommes fatigués par le travail ou les enfants, loin des préoccupations de leur âge. Les habitants se dévoilent et révèlent des secrets que leurs voisins seraient étonnés de découvrir. Qui se figurerait que Beremunda la prostituée s'invente une vie à l'extérieur du village, et qu'en réalité elle se rend dans la montagne pour sentir l'herbe lui piquer la peau ? Qui devinerait qu'Otile, la femme de l'instituteur, ne sait pas lire parce que son mari le lui interdit ? Parfois les histoires sont cocasses et font plutôt sourire. Il y a par exemple celle d'Horacio que l'on charge d'écrire les épitaphes et qui après en avoir écrit pour tous les villageois – au cas où l'un d'eux viendrait à mourir – , annonce un soir à sa femme qu'elle a désormais aussi le sien.
 
Le chef du village, lui, plane toujours au dessus des têtes comme une ombre sournoise. On comprend que s'il n'y a qu'un instituteur pour tout le village ou si les ouvriers cachent aux inspecteurs les enfants qui travaillent à l'usine, c'est qu'un oeil veille sur eux. Mais parfois, les histoires l'impliquent plus directement, comme quand il demande à sa femme de se faire passer pour la voix de Dieu auprès d'un aveugle pour imprégner  les plus dévots de ses propres valeurs.
 
Métaphore de la société ? Conte philosophique ? Récit de vies, tout simplement ? Chacun peut voir Belfondo d'une manière différente, tant les sujets abordés sont nombreux et les interprétations variées. En rencontrant Jenn Díaz, nous avons essayé d'apporter quelques réponses à la compréhension de ce livre et aux interrogations que soulevées par le thème prédominant de son livre : le pouvoir.
 

Entretien / Entrevista

 
Jenn Díaz, Belfondo es tu primera novela, se puede entender como una metáfora de la sociedad que sugeriría una dominación ideológica, social, patriarcal… ¿ Has pensado en esta dimensión al escribir la novela ?
Jenn Díaz, ton premier roman Belfondo peut être compris comme une métaphore de la société qui suggérerait une domination idéologique, sociale et patriarcale... As-tu pensé à cet aspect en écrivant ton roman ?
 
La he pensado a posteriori cuando empezaron a salir las críticas, y me di cuenta de  que en realidad había hecho una alegoría, pero en el momento de escribir Belfondo mi prioridad era escribir historias sobre los personajes de Belfondo. Yo me centraba más en cada uno de ellos de una manera más individual, pero construyéndolos con un punto de realismo he acabado haciendo un ejemplo de sociedad que es el actual. Pero mientras lo estaba escribiendo no era consciente.
J'y ai pensé a posteriori, quand les premières critiques ont été publiées, et je me suis rendu compte qu'en réalité j'avais créé une alégorie. Quand j'ai écrit Belfondo ma priorité était d'écrire des histoires sur les personnages de Belfondo. En me concentrant sur chacun d'entre eux et en les façonnant de manière réaliste j'ai fini par produire l'exemple d'une société actuelle. Mais quand je l'ai fait, je n'en étais pas du tout consciente !
 
Porque los personajes son como representantes de los males, de las enfermedades de la sociedad, cada uno tiene sus problemas...
Tes personages peuvent représenter les maux et les maladies de notre société, ils ont tous des problèmes...

Hablábamos de si era una novela feliz o triste, y el resultado es que todos los personajes están con desencuentros. Todos tienen una aspiración, un deseo, una meta, que no acaban de cumplir o que la cumplen de una manera en la que luego deben algo: un sordo puede ser en el campanario... todos tienen una aspiración pero tienen que pagar un precio por ello, entonces no acaban nunca de realizarse.
On me demande souvent s'il s'agit d'un roman joyeux ou d'un roman triste, mais pour répondre je dirais que tous les personnages voient leurs désirs frustrés. Ils ont tous un rêve, un désir ou un but qu'ils n'arrivent pas à réaliser ou bien qu'ils réalisent mais à charge de revanche : un malentendant peut par exemple être celui qui sonne la cloche...  ils ont tous un rêve mais doivent en payer le prix, ce qui ne leur permet jamais de le réaliser.
 
¿De dónde has sacado este universo tan bien descrito en Belfondo? ¿Conoces un Horacio o una Cuca en la vida “real”?
D'où vient cet univers si bien décrit dans Belfondo ? Connais-tu un Horacio ou une Cuca dans la “vraie” vie ?
 
Precisamente Horacio, esa idea no era mía, el concurso de epitafios. Horacio es porque pertenece a una persona que se llamaba Héctor y por eso le puse un nombre que empezara también por “h”.  Supongo que todos tenemos un Horacio o una Cuca, todos somos diferentes modelos de persona y creo que todos habitan en nuestra vida “real”. 
Justement, à propos d'Horacio et du concours d'épitaphes, il ne s'agissait pas d'une idée à moi. J'ai choisi le nom d'Horacio parce que je connais quelqu'un qui s'appelle Héctor et que je voulais trouver un prénom commençant par la letrre “h”. Je suppose que nous connaissons tous un Horacio ou une Cuca. Nous-même, nous sommes différentes personnes et je crois que toutes ces personnes font partie de notre “vraie” vie.
 
 Has declarado que escribes “para poder deshacer el hilo mental de confusiones y voces antiguas, para deshacerte un poco del peso que conlleva soportar todas esas vidas que no fuiste pero que te gustaría” y que “escribes por puro egoísmo” ¿Piensas un poco en el lector cuando escribes?
Tu as déclaré écrire “pour pouvoir dénouer le noeud des confusions mentales et des vieilles voix, pour te défaire du poid que représente le fait de porter toutes ces vies que tu n'as pas vécu mais que tu aurais aimé vivre”, et que tu écris “par pur égoïsme”. T'arrive-t-il quand même de penser  un peu au lecteur quand tu écris ?
 
 Ahora sí, pero cuando empecé a escribir Belfondo no tenía editorial y no estaba metida en el mundo editorial, entonces era puro juego. También por necesidad, al mismo tiempo que se escribe por necesidad un diario o una carta,  para expresar precisamente las emociones del encerramiento – del que estábamos hablando en este coloquio–, también por egoísmo. No todo el mundo tiene la suerte  de poder volcar todo lo que siente en un escrito y deshacerse un poco de ello. Escribo por egoísmo pero también por necesidad, es una especie de terapia par mí.
Maintenant oui, mais quand j'ai commencé à écrire Belfondo je n'avais pas de maison d'édition et je ne faisais pas partie du monde éditorial, c'était seulement un jeu... et aussi un besoin, comme on écrit un journal intime ou une lettre, précisément pour exprimer les émotions de l'enfermement  – dont nous sommes en train de parler dans ce coloque –, et aussi par égoïsme. Tout le monde n'a pas la chance de pouvoir transposer tout ce qu'il resent dans un écrit et de s'en détacher un tant soit peu. J'écris par égoïsme mais aussi par besoin, pour moi c'est comme une thérapie.
 
¿Cómo ves el hecho de estar ahora del lado de los escritores, de los autores? Sé que has leído mucho durante toda tu vida y ahora estás del otro lado....
Tu es maintenant du côté des écrivains et des auteurs, comment vois-tu ce changement ? Je sais que tu es une grande lectrice, et te voila maintenant du côté des écrivains...
 
Es extraño porque todavía no me siento “del otro lado”. Todavía me considero más  lectora  y acabo escribiendo reseñas, artículos... hablando siempre de otros. Todavía me sorprende mucho cuando se habla de mí: cuando se conoce a Jenn Díaz, cuando se conoce Belfondo... Es extraño, todavía estoy mentalmente “del otro lado” y me sorprende.
C'est étrange parce que je ne me sens toujours pas “de l'autre côté”... Je me considère plutôt comme une lectrice, je finis toujours par écrire des compte-rendus, des articles, en parlant constamment des autres. Cela me suprend encore quand on parle de moi en disant : nous avons découvert Jenn Díaz, nous avons découvert Belfondo... C'est bizarre, je suis toujours du côté des lecteurs et cela me surprend.
 
Creo que tienes un blog donde escribes artículos sobre libros que has leído...
Je crois que tu as un blog où tu écris des articles sur des livres que tu as lu...
 
Además de en ese blog escribo en una revista literaria de la que soy subdirectora. Por eso estoy siempre  más en contacto del lado del lector, hablando de los libros de los demás más que del mío. Supongo que por eso me cuesta también cambiar mi rol.
Oui, et en plus de ce blog j'écris dans une revue littéraire pour laquelle je suis sous-directrice. C'est pour cela  que je suis toujours en contact avec les lecteurs, plus à parler des livres des autres que du mien. Je suppose que c'est pour cela que j'ai du mal à changer de rôle.
 
¿Y cómo se llama  esta revista?
Et comment s'appelle cette revue ?
 
 
¿ Y tu blog dónde lo podemos encontrar?
Et où pouvons-nous trouver ton blog ?
 
Se llama Fragmentos de interior.blogspot. El título es por una novela de Carmen Martín Gaite.
Il s'appelle Fragmentos de interior.blogspot. Le titre vient d'un roman de Carmen Martín Gaite.
 
¿Cuáles son tus proyectos? ¿Tienes otras novelas en mente ?
Quels sont tes projets ? As-tu d'autres livres en tête ?
 
Tengo una novela en la recámara, apunto de salir, y ya estoy pensando en la siguiente y en la de mas allá.  La secuela literaria es siempre algo que nos da miedo. Pero siempre hay algo que contar: un cuento o un poema... siempre estamos.... al menos en mi caso siempre tengo algo que contar.
J'ai un roman en réserve, sur le point de sortir, et je suis déjà en train de penser au suivant, et à celui d'après. La page blanche est toujours quelque chose qui nous fait peur. Mais il y a toujours quelque chose à raconter : une nouvelle, un poème... on est toujours en alerte... enfin en ce qui me concerne, j'ai toujours quelque chose à raconter !
 
 

Pour citer ces ressources :

Caroline Bojarski et Carlos Benguigui. 05/2012. "Entretien avec Jenn DIAZ - Entrevista a Jenn DIAZ".
La Clé des Langues (Lyon: ENS LYON/DGESCO). ISSN 2107-7029. Mis à jour le 25 mai 2012.
Consulté le 20 avril 2014.
Url : http://cle.ens-lyon.fr/espagnol/entretien-avec-jenn-diaz-entrevista-a-jenn-diaz-154214.

Le livre

 
éditions Principal de libros, 2011, Barcelona, 160 pages
Santa Coloma de Cervelló

 
Pour écrire son roman, Jenn Díaz s'est inspirée de la Colonia Guël réalisée par Gaudí à Santa Coloma de Cervelló, en imaginant les habitants de cet endroit.
 
 
mise à jour le 25 mai 2012
Créé le 25 mai 2012
ISSN 2107-7029
DGESCO Clé des Langues