Première approche
Ce poème est d'abord difficile. Face à cette difficulté de compréhension immédiate, il convient dans un premier temps de privilégier l'observation formelle. Cet exercice permettra de faire le point sur la métrique.
On demandera aux élèves de compter les syllabes des vers. Ce sont des endécasyllabes, le vers privilégié dans la poésie espagnole pour les thèmes et les personnages nobles. Compter les syllabes permettra de faire le point sur les synalèphes : on constatera le grand nombre de synalèphes du poème, et on fera remarquer les deux hiatus (Otro et Hades) qui portent sur des mots commençant par des majuscules. On s'interrogera sur la signification de ces deux mots, et sur leur mise en relief.
On reviendra sur la notion d'assonance. Les élèves noteront que dans ce poème, il s'agit de rimes embrassées, et de quatrains. Puis on observera les enjambements, très nombreux.
On réfléchira ensuite sur les derniers mots des vers 1 et 4 des quatrains :
redes/paredes (piège, enfermement, prison)
Galerías/días (qui induit un chronotope, espace + temps)
Descifrado/desolado (énigme à résoudre, malheur de sa condition)
Suerte/muerte (destin)
Le « pareado » final insiste sur le souhait d'arriver à une « sortie », qui est la mort. La rime porte sur l'imparfait du subjonctif du verbe SER (=être) et sur l'attente qui devient synonyme d'espoir (« la espera »).
Ce recensement des derniers mots des quatrains permettra de s'interroger sur la nature de ce personnage qui dans le poème s'exprime à la première personne, qui est enfermé dans l'espace et dans le temps, entre des murs apparemment inexpugnables, qui souffre de sa condition d'être « unique » et attend « el Otro » et la mort. Le titre du poème « el laberinto » devrait conduire les élèves à identifier le Minotaure. On rappellera la légende, le fils hybride mi-homme mi-taureau né des amours de Pasiphaé, l'épouse du roi Minos, et d'un taureau. On racontera, ou laissera raconter par un élève, l'aventure de Dédale et d'Icare, les sept jeunes hommes et sept jeunes femmes que l'on servait en offrande chaque année au monstre, et on évoquera Thésée, le fil d'Ariane, en rappelant qu'Ariane était la soeur de Phèdre, ce qui permettra de citer le vers le plus célèbre de la littérature française : « La fille de Minos et de Pasiphaé ».
L'explication
À partir du déchiffrement formel (métrique, analyse des rimes) et de l'identification du personnage, l'analyse du texte découlera d'elle-même. On restera encore un instant sur la forme, en remarquant que les enjambements peuvent évoquer les tours et détours du Minotaure dans sa prison. Dès lors, l'architecture du poème rejoint l'architecture du labyrinthe. Les élèves analyseront les vers « Rectas galerías/que se curvan en círculos secretos/al cabo de los años ». Ils discerneront là encore la fusion de l'espace et du temps, qu'ils rapprocheront de « la usura de los días » et de « las cóncavas tardes ». Le beuglement (« bramido ») devra être assimilé à la nature animale du Minotaure, tandis que l'évocation de l'Autre (« Otro » avec majuscule) permettra de s'interroger sur la nature humaine du monstre. Cet « Autre », ce peut être Thésée, ou le souhait de rencontrer un autre pareil à soi. Dans le cas du Minotaure, cette rencontre est impossible. Le poème souligne la nature unique de cet hybride, mi-homme mi-taureau, et cette unicité conduit à la solitude. On fera donc remarquer l'expression « las largas soledades ».
Le premier mot du poème, « Zeus », place le thème directement dans le monde mythologique, et souligne la détresse et le caractère exceptionnel du Minotaure : le dieu des dieux lui-même est impuissant dans cette histoire. L'emploi de « ojalá », à la toute fin du texte, fait référence de façon subtile à un autre dieu, invoqué cette fois. On rapprochera les deux termes « Zeus » et « Ojalá », en insistant sur leur position dans le texte. Les élèves se réjouiront d'apprendre le mot mystérieux d' « épanadiplose »...